Comment les biais cognitifs influencent l’hésitation vaccinale

Une femme et un enfant passent devant une clinique de vaccination Covid-19, le 23 novembre 2021 à Montréal. Le Québec a commencé à vacciner les enfants âgés de 5 à 11 ans.
La Presse canadienne/Ryan Remiorz

Comment les biais cognitifs influencent l’hésitation vaccinale

Hossein Azarpanah, Concordia University; Louise Pilote, McGill University; Mohsen Farhadloo, Concordia University, and Rustam Vahidov, Concordia University

En 2011, l’Organisation mondiale de la santé a reconnu la réticence à la vaccination comme un enjeu de plus en plus important. Elle en a fait une nouvelle priorité, principalement en raison du retour de maladies évitables par la vaccination, comme la rougeole en Europe et aux États-Unis.

Dix ans plus tard, en 2021, nous constatons que l’hésitation par rapport à la vaccination est encore plus forte, et ce, malgré tous les efforts déployés. Avec la pandémie, le phénomène a atteint un sommet, alors que tous les efforts mis en œuvre pour la gérer dépendent de la volonté de la population de se faire vacciner. Les chiffres sont peu prometteurs dans la mesure où, dans chaque pays, une partie de la population est réticente à se faire vacciner.

Cliquez ici pour lire d’autres articles de notre série sur les vaccins

La réticence à la vaccination correspond « au retard dans l’acceptation des vaccins ou à leur refus malgré la disponibilité des services de vaccination ». Les raisons les plus citées par les personnes qui hésitent à se faire vacciner sont la méfiance à l’égard de la sécurité des vaccins et la crainte des effets secondaires.

Les vaccins sont utilisés chez les personnes en santé pour prévenir une maladie qui pourrait être dommageable dans le futur. Cependant, comme elles sont en bonne santé au moment de la vaccination, elles peuvent avoir des craintes quant à la sécurité du vaccin.

Notre équipe formée de chercheurs en analytique d’affaires et en intelligence artificielle de l’Université Concordia et d’un professeur d’épidémiologie de l’Université McGill a publié un article dans la revue BMC Public Health examinant ces craintes sous deux angles.

Pour comprendre les préoccupations quant à l’innocuité des vaccins, nous avons d’abord analysé les données des systèmes de rapport des événements indésirables liés aux vaccins. Ces systèmes de signalement ont pour fonction de suivre les événements indésirables consécutifs à une vaccination et de les stocker dans une base de données. Au Canada, il s’agit du Système canadien de surveillance des effets secondaires suivant l’immunisation (SCSESSI).

Nous nous sommes ensuite concentrés sur les sciences cognitives et avons mis en évidence le rôle essentiel des biais cognitifs pouvant favoriser l’hésitation lors de la prise de décision concernant la vaccination.

Des données probantes concernant l’innocuité des vaccins

Un centre de vaccination où l’on aperçoit en arrière-plan le premier ministre de l’Ontario Doug Ford visitant le site et au premier plan une file de personnes attendant de le saluer
Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford visite un centre de vaccination à Windsor, en Ontario. La méfiance à l’égard de l’innocuité des vaccins et les préoccupations quant à leurs effets secondaires sont les raisons les plus citées pour expliquer la réticence à se faire vacciner.
La Presse canadienne/Geoff Robins

Une solution pour atténuer la méfiance à l’égard de l’innocuité des vaccins consiste à fournir des informations concrètes et pertinentes sur la sécurité des vaccins et les effets indésirables. Dans cette optique, nous avons analysé tous les événements indésirables signalés au U.S. Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS).

Nous avons étudié près de 294 000 rapports sur une période de huit ans, allant de 2011 à 2018. Cela représente environ 115 rapports par million de personnes, couvrant 87 types de vaccins. Les vaccins dont les effets secondaires ont été les plus fréquemment signalés étaient ceux contre la varicelle, la grippe, le pneumocoque et le virus du papillome humain (VPH).

Chaque rapport du VAERS (qui correspond à un incident) fait état en moyenne de trois effets indésirables, les plus courants étant les éruptions cutanées, la fièvre, les gonflements, la douleur et les maux de tête. Seuls 5,5 % des rapports ont été jugés graves et rapportaient des cas d’hospitalisation, de handicap, de menace à la vie ou de décès. Les principaux effets indésirables observés dans ce groupe incluent la fièvre, les douleurs, les vomissements, les maux de tête et l’essoufflement.

Nous avons également analysé les effets indésirables signalés à Canada Vigilance. Les résultats concordent avec ceux du VAERS.

Nos résultats sont regroupés dans un tableau de bord interactif. Il s’agit d’un outil dont peuvent se servir les professionnels de la santé et les responsables des communications sur les vaccins afin de fournir au public des informations fondées sur des données probantes. La recherche suggère que les données sommaires sont le meilleur format pour communiquer des informations sur l’innocuité des vaccins. Utiliser ce tableau de bord dans les stratégies de communication peut donc contribuer à atténuer les hésitations et les inquiétudes liées à la sécurité et à renforcer la confiance dans les vaccins.

Le rôle des biais cognitifs dans l’hésitation à la vaccination

Un homme vêtu d’un T-shirt et d’un chapeau de camouflage tenant une pancarte anti-vaccin au premier plan et un groupe de personnes en arrière-plan
Un manifestant anti-vaccin devant un hôpital de Montréal en septembre 2021.
La Presse canadienne/Paul Chiasson

Après avoir examiné les préoccupations concernant les effets indésirables des vaccins, nous avons analysé, dans la deuxième partie de notre étude, le rôle des biais cognitifs sur l’hésitation à se faire vacciner. Nous avons recensé les biais cognitifs susceptibles d’avoir une influence sur le message communiqué et la prise de décision.

Comme mentionné précédemment, les vaccins sont administrés à des personnes en bonne santé. Au moment de prendre des décisions concernant la vaccination, les gens peuvent percevoir un certain degré de risque, d’ambiguïté et d’incertitude quant aux résultats, ce qui peut favoriser l’intrusion de biais cognitifs dans le processus décisionnel. Ceux-ci peuvent rendre les gens hésitants à se faire vacciner.

Par exemple, contrairement à l’effet positif que produit la communication d’informations sommaires sur l’innocuité des vaccins, qui accroît la confiance dans ces derniers, les rapports détaillés sur les effets secondaires des vaccins diminuent le niveau de confiance pour deux raisons.

Tout d’abord, lorsque les personnes réticentes à se faire vacciner lisent un tel rapport sur un événement indésirable, elles verront ce qu’elles veulent voir. C’est un exemple de biais de confirmation, qui est la tendance à retenir et à sélectionner les informations confirmant ses idées préconçues.

Un bras portant un tatouage de cœur et un petit pansement rond sur un point d’injection
La recherche indique que les informations sommaires sur l’innocuité des vaccins constituent le meilleur moyen d’accroître le niveau de confiance.
La Presse canadienne/Kayle Neis

Ensuite, un rapport détaillé sur les effets indésirables accroît la vivacité de l’événement. Il revient donc plus facilement à la mémoire au moment de prendre la décision de se faire vacciner. C’est l’effet du biais de disponibilité, la tendance à attribuer plus de poids aux facteurs qui sont plus faciles à se rappeler.

Nous avons recensé 15 biais cognitifs dans le processus de prise de décision concernant les vaccins et les avons classés en trois groupes :

  • Les biais cognitifs déclenchés par le traitement des informations liées aux vaccins comprennent le biais de disponibilité, comme dans l’exemple ci-dessus, ainsi que l’effet de cadrage, l’oubli de la fréquence de base, le biais de disponibilité, l’effet d’ancrage et le biais d’autorité.
  • Les biais cognitifs déclenchés lors de la prise de décision liée à la vaccination comprennent le biais d’omission, qui consiste à considérer les résultats de l’absence d’action comme moins dommageables que ceux de l’action, même si ce n’est pas le cas. D’autres comprennent l’aversion à l’ambiguïté, le biais d’optimisme, le biais du temps présent et les valeurs protégées.
  • Les biais cognitifs déclenchés par des croyances antérieures concernant la vaccination comprennent le biais de confirmation tel que celui donné en exemple, ainsi que le biais de croyance, le biais de l’information partagée et l’effet de faux consensus.

La liste complète des biais cognitifs influant sur la prise de décision concernant la vaccination et leurs exemples est disponible ici. Les responsables et les praticiens de la santé publique peuvent utiliser cette liste et personnaliser leurs plans, leurs interventions et d’autres formes de communication sur les vaccins afin d’atténuer l’hésitation à se faire vacciner.

Vous pouvez également consulter la liste et voir si ces biais ont influencé vos propres décisions concernant la vaccination.


Vous avez une question sur les vaccins Covid-19 ? Envoyez-nous un courriel à l’adresse ca-vaccination@theconversation.com et des experts répondront à vos questions dans les prochains articles.The Conversation

Hossein Azarpanah, PhD Candidate in Business Technology Management, Concordia University; Louise Pilote, Professor of Medicine, James McGill Chair, McGill University; Mohsen Farhadloo, Assistant professor, John Molson School of Business, Concordia University, and Rustam Vahidov, Professor, Dept. of Supply Chain & Business Technology Management, Concordia University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Actualité au jour le jour

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