L’Amérique latine pourrait devenir un leader mondial de la science ouverte non commerciale via La conversation

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L’Amérique latine pourrait devenir un leader mondial de la science ouverte non commerciale

Fernanda Beigel, Universidad Nacional de Cuyo (UNCUYO)

Pour répondre aux défis que nous réserve le siècle à venir, des pandémies au changement climatique en passant par l’automatisation et le big data, la science doit s’ouvrir à tous. Les citoyens doivent avoir le même accès aux informations que les chercheurs, et les scientifiques pouvoir accéder à des bases de données de qualité et interconnectées afin de nous aider à mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Ces principes sont parmi ceux qui guident le mouvement Science ouverte. La durabilité et l’inclusion sont essentielles pour une science ouverte. Elles peuvent être favorisées par la mise en œuvre commune de pratiques, d’infrastructures et de modèles de financement garantissant une participation équitable des scientifiques issus d’institutions et de pays défavorisés, dans une recherche du progrès et d’approfondissement des connaissances.

Nous devons nous assurer que les bénéfices de la science sont partagés, sans restriction, entre les scientifiques et le grand public. L’une des façons d’y parvenir consiste à créer des systèmes scientifiques nationaux afin de partager et d’améliorer le savoir dans des domaines variés.

La création du CRIS en Europe

L’un des principaux obstacles à la science ouverte est le manque d’intégration des bases de données existantes (des bibliothèques publiques aux fichiers de données gouvernementaux, en passant par les archives universitaires) qui ont été créées à différentes époques, avec des outils différents, et qui ne communiquent pas entre elles.

Ainsi, de nombreuses archives institutionnelles qui se sont enrichies pendant des générations grâce aux efforts des documentalistes ne sont pas connectées aux bases de données des établissements d’enseignement. Elles ne comportent pas de mots-clés ou de liens permanents vers les métadonnées, indispensables au partage des connaissances. Ces dernières années, il est devenu encore plus urgent de créer des systèmes d’information nationaux capables de recueillir des informations destinées aux chercheurs, aux institutions, aux archives, aux bases de données ouvertes, aux projets de recherche et aux scientifiques amateurs.

Old opened book with colourful sketches above
Sésame ouvert.
Sergey Nivens

Dans les années 1990, pour répondre à cette demande, l’Europe a développé un système d’information de recherche, le « CRIS » (pour Current Research Information System), déployé dans un premier temps au niveau institutionnel dans les universités. L’Organisation européenne pour les systèmes d’information de recherche (EuroCRIS) est née en 2002, ouvrant la voie à d’autres systèmes similaires qui ont été mis en place dans d’autres régions du monde.

L’exemple de l’Amérique latine

L’Amérique latine utilise depuis longtemps des catalogues et des répertoires de données au service du développement. Depuis les années 1960, on a vu apparaître des notices bibliographiques, des recueils de données et des catalogues régionaux gérés par de grandes universités publiques et des institutions régionales.

Dans les années 1990 ont été créés de nouveaux répertoires et bases de données, futures fondations d’une infrastructure solide favorisant la liberté d’accès aux découvertes scientifiques. Avec le lancement des bases de données de revues scientifiques en libre accès Latindex, SciELO et Redalyc, la numérisation des revues scientifiques s’est accélérée et les recherches publiées ont ainsi bénéficié d’un nouveau gage d’ouverture. Grâce à une forte implication publique, ces bases de données ont servi de tremplin pour le développement d’un système non commercial en accès libre qui fait aujourd’hui la renommée de la région.

L’Amérique latine est aujourd’hui mieux armée que jamais pour créer une infrastructure de science ouverte en s’appuyant sur ces ressources. La preuve par deux exemples éloquents.

Au Brésil, le système BrCris est né de la collaboration de l’Institut brésilien des sciences et des technologies avec plusieurs grands organismes publics. Le Brésil est un vaste pays, doté d’un réseau scientifique et technologique professionnel assorti d’une variété de bases de données au niveau national, ce qui rend leur intégration particulièrement compliquée. Le portail de données ouvertes, la plate-forme CV Plataforma Lattes et l’annuaire des groupes de recherche CNPQ sont deux exemples caractéristiques. Le BrCris a été conçu pour intégrer ces grandes bases de données, mais aussi pour offrir une infrastructure de science ouverte compatible avec le Federated Network of Institutional Repositories of Scientific Publications, un réseau de bases de données qui collecte la production scientifique de dix pays latino-américains. L’autre objectif du BrCris est de rapatrier les données brésiliennes depuis le reste du monde.

Le Cabinet royal portugais de lecture, Rio De Janeiro, Brésil
Le Brésil a mis à la disposition des chercheurs l’ensemble des connaissances scientifiques du pays.
Nido Huebl/Shutterstock

Le second exemple est celui de la plateforme PerúCRIS, née suite à l’adoption de la loi sur l’accès libre à l’information, au Pérou, en 2013. Elle a depuis intégré trois plates-formes d’information scientifique : l’annuaire des chercheurs, l’annuaire national des institutions et le réseau national des bases de données. Cette nouvelle plate-forme répertorie aussi tous les mémoires et thèses des étudiants. PerúCRIS inclut aujourd’hui cinq annuaires consacrés aux ressources humaines, à la production scientifique, aux projets, aux institutions et aux infrastructures, et s’adresse, au-delà de la communauté scientifique, à l’ensemble de la société. Cette plate-forme permet au public de découvrir de nouvelles technologies, de participer à des programmes de science citoyenne ou encore de trouver des idées innovantes propices à l’investissement.

Si les projets-pilotes de systèmes d’information de recherche sont portés en Amérique latine au niveau national et non institutionnel, c’est en raison des mécanismes de financement. La plupart des universités de la région impliquées dans la recherche scientifique et technologique sont publiques et contribuent aux systèmes d’information nationaux. Tributaires des fonds publics, ces organisations n’ont pas les moyens de financer un système CRIS au niveau institutionnel, et encore moins d’acheter ce type d’outil auprès des grandes entreprises proposant ce genre de prestation.

Mais ce n’est pas un point faible. Un logiciel en accès libre tel que dSPACE, sur lequel s’appuie la plate-forme péruvienne, garantit que les informations scientifiques restent dans le domaine public, tenant ainsi la promesse d’une science ouverte.

Nouvelles méthodes de collaboration

Les exemples du Brésil et du Pérou montrent qu’un système d’information de recherche national peut contribuer à une véritable intégration de toutes les plates-formes et organisations scientifiques existantes à l’échelle d’un pays, voire d’une région. Ces bases de données peuvent ensuite servir à évaluer les travaux de recherche grâce à leurs répertoires complets des chercheurs, institutions, productions et projets disponibles dans un pays donné.

Les bases de données CRIS établies en Amérique latine donneront de la visibilité à une variété de publications et de profils de chercheurs, tout en promouvant de nouvelles formes de collaboration scientifique, surtout lorsque celles-ci ne correspondent pas aux courants principaux valorisés par le milieu académique.

Cette approche ouvre la voie à une science plus inclusive et plus pertinente sur le plan social, tout en s’inscrivant activement dans le dialogue entre la science ouverte et le reste du monde.


Le mouvement Science ouverte est issu de la communauté scientifique et s’est rapidement répandu à travers les nations, appelant à l’ouverture des portes de la connaissance. Les investisseurs, les entrepreneurs, les décideurs politiques et les citoyens se joignent à cet appel. L’UNESCO prépare un instrument normatif et fait progresser les cadres politiques sur la science ouverte dans ses États membres.

Cet article fait partie de la série « Les belles histoires de la science en libre accès », publiée avec le soutien du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Pour en savoir plus, veuillez consulter la page Ouvrirlascience.fr.


Traduit de l’anglais par Valeriya Macogon pour Fast ForWordThe Conversation

Fernanda Beigel, Investigadora del CONICET, Directora del Centro de Estudios de la Circulación del Conocimiento (CECIC, Universidad Nacional de Cuyo), Universidad Nacional de Cuyo (UNCUYO)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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