Le Québec et sa «capacité à penser de manière critique, à analyser de manière critique»

votre-editeur-prend-position-1200

VOTRE ÉDITEUR PREND POSITION

Le Québec et sa «capacité à penser de manière critique, à analyser de manière critique»

Dans son texte d’opinion publié dans l’édition du 19 juillet 2021 du quotidien montréalais LA PRESSE sous le titre Le fouet contre l’engourdissement, David Crête, Professeur à l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières, s’interroge :

La tempête pandémique se calmant, même s’il est tôt pour un bilan, il me semble que des questions surgissent et déclenchent une série de réflexions. Des interrogations qui touchent la capacité du Québec à penser, à réfléchir. Avons-nous encore cette capacité à penser de manière critique, à analyser de manière critique 

Source : Crête, David, Le fouet contre l’engourdissement, LA PRESSE, 19 juillet 2021.

Monsieur Crête questionne la place et le rôle des intellectuels dans les débats au sein de la société via les médias. Il souligne que, selon certains, nos établissements d’enseignement n’encouragent pas la prise de parole des intellectuels. À mon avis, nos intellectuels ne sont pas formés à une telle prise de parole. Je m’appuie sur cette affirmation de monsieur Crête : «Encore faut-il pouvoir se sortir de l’ultraspécialisation, de la myopie qui nous enferme souvent, et démontrer son habileté à construire une pensée critique.» Un constat bien connu sur lequel je me suis déjà prononcé un peu plus tôt cette semaine dans ma prise de position publiée dans ce magazine sous le titre « (…), car l’université est le laboratoire où naissent les idées qui se répandent ensuite partout. » Joseph Facal, Les nouveaux habits de la fraude intellectuelle, Le Journal de Montréal, 17 juillet 2021.

Selon monsieur Crête, il ne faut «pas attendre après les universitaires pour stimuler la réflexion publiquement.» Curieusement, il reconnaît le rôle des médias «dans la transmission du travail intellectuel». De ce propos, je comprends que les intellectuels ne prendront pas les devants et qu’il revient aux médias de les sortir de leur tour d’ivoire. Cette approche ne tient pas la route. Les médias devraient disposer eux-mêmes d’équipes d’intellectuels vulgarisateurs pour faire le lien entre les intellectuels et leurs lectorats. Et ce n’est généralement pas le cas. Les médias préfèrent et de loin les experts déjà rompus (formés et/ou expérimentés) à la communication médiatique.

Monsieur Crête dénonce le manque d’analyse rationnelle et véritablement critique dans les médias.

Chez nous, l’opinion, le témoignage, le commentaire, l’expert qu’on appelle ponctuellement et le propos émotif se portent bien. Mais on est loin de l’analyse rationnelle et véritablement critique.

Source : Crête, David, Le fouet contre l’engourdissement, LA PRESSE, 19 juillet 2021.

Monsieur Crête se réfère au livre «Nous méritons mieux – Repenser les médias au Québec» de Marie-France Bazzo dans lequel elle affirme que nous méritons mieux, côté contenu, dans nos médias. Monsieur Crête compare le marché médiatique québécois à celui de la France. Il souligne la petitesse du marché québécois des médias et que cela ne permet pas des médias nichés, à l’exemple d’un marché plus étendu comme en France. Il ne s’agit d’avoir un grand marché médiatique pour voir émerger des médias nichés. Au Québec, il n’y a aucune tradition pour inspirer de tels médias, contrairement à la France.

Monsieur Crête se réfère aussi au fait que les Québécois n’aiment pas les débats. Il donne en source le sondeur Jean-Marc Léger.

Jean-Marc Léger soutient que les Québécois n’aiment pas les débats. On aime bien le consensus. Mais est-ce sain ? Voulons-nous vivre dans une société qui penche toujours du même bord ? Pourquoi craindre le débat contradictoire 

Source : Crête, David, Le fouet contre l’engourdissement, LA PRESSE, 19 juillet 2021.

Faut-il préciser que ce trait caractéristique des Québécois ne constituerait pas un terreau fertile à une multitude de médias nichés tentant de soulever débat après débat. Nous ne sommes pas comme les Français.

Et «l’analyse rationnelle et véritablement critique» doit-elle engendrer des débats qui, tout compte fait, nous plongeraient, non pas dans l’information, mais dans des batailles d’opinions d’experts ?

En fait, ce ne sont pas les débats que les Québécois n’aiment pas. C’est plutôt la chicane tel que l’affirmait Lise Payette lors d’une entrevue accordée à Marie-France Bazzo sur les ondes de la radio de Radio-Canada dans les année 80. «Arrêtez de vous chicaner» lançaient nos mères à chaque accrochage entre adolescents des années 70-80. «Accordez-vous» ajoutaient-elles. On sait que les chicanes ne mènent nulle part et que trop souvent les débats débouchent sur des chicanes.

Mais, notre société ne penche pas toujours du même bord pour autant. Dans leur intimité, les Québécois débattent tant et aussi longtemps qu’une chine ne se point pas le bout du nez. Dans leur intimité, les Québécois savent tenir leur bout dans le respect de l’autre. Dans leur intimité, les Québécois pratiquent le retrait dans une éloge de la fuite résumée par « À chacun son opinion ».

Et si les Québécois aiment bien le consensus, c’est davantage par opposition aux chicanes qu’aux débats. Car des débats, nous sommes capables d’en avoir voire d’en susciter. Toute notre histoire est une suite débats d’où se sont dégagés les différents consensus nécessaires à notre évolution. On n’avance pas quand chacun tire la couverture de son bord.

Contrairement à monsieur Crête, je ne crois pas que les Québécois craignent le débat contradictoire. Il y a une seule condition : que le débat soit de qualité, c’est-à-dire qu’il repose sur des analyses rationnelles et véritablement critiques. On veut savoir et non pas croire. On veut savoir ce que vous savez. On veut des faits et des preuves scientifiques abordables à notre intelligence.  On veut savoir si vous doutez et pourquoi. Ensuite et seulement ensuite, nous prendrons une décision, nous forgerons notre propre opinion (à débattre entre amis).

Les intellectuels québécois impliqués dans la vie publique tout au long de notre histoire diffèrent grandement des intellectuels d’aujourd’hui. Nos intellectuels se contentent désormais uniquement de débattre entre-eux. Les Québécois ne les intéressent pas si ce n’est que comme objet d’étude. Il en va de même de notre société, pour autant qu’il y ait une subvention ou une bourse à la clé. Nos intellectuels ronronnent comme des chats dans leur panier universitaire. Pire encore, ils sont devenus comme les gens dans l’allégorie de la caverne exposée par Platon dans le Livre VII de La République. Bien sûr,  je généralise car il y en certains sur le terrain et impliqués dans la vie publique québécoise.

Quoiqu’il en soit, il ne revient pas aux médias de réveiller les autres ou de les prendre par main pour les sortir de la caverne.

 

 

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

Publié dans Uncategorized

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Les mots nouveaux des dictionnaires Le Robert 2022 (cliquez sur l’image)
DOSSIER
Follow Appui-livres on WordPress.com
Ce site web est sous licence Creative Commons – Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.5 Canada (CC BY-NC-ND 2.5 CA)
Article explicatif au sujet de notre maison d’édition
Dossier « Les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci »
Dossier – Résultats du sondage « Les Québécois et leurs écrits »
Composition technique d’un article de presse
Les styles interpersonnels selon Larry Wilson
Se connecter
Magazine littéraire

Ce magazine littéraire est l’œuvre de la Fondation littéraire Fleur de Lys et s'inscrit dans une mission d'éducation populaire au sujet du monde du livre, et ce, tant auprès des auteurs que des lecteurs.

Vous pouvez nous écrire à l'adresse suivante :


contact@manuscritdepot.com

Archives
Recherche par catégorie
%d blogueueurs aiment cette page :