« (…), car l’université est le laboratoire où naissent les idées qui se répandent ensuite partout. » Joseph Facal, Les nouveaux habits de la fraude intellectuelle, Le Journal de Montréal, 17 juillet 2021.

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« (…), car l’université est le laboratoire où naissent les idées qui se répandent ensuite partout. »

Joseph Facal, Les nouveaux habits de la fraude intellectuelle, Le Journal de Montréal, 17 juillet 2021.

Dans sa chronique d’opinions intitulée «Les nouveaux habits de la fraude intellectuelle» et publiée dans l’édition du 17 juillet 2021 du quotidien Le Journal de Montréal, Joseph Facal dénonce de mouvement « wokisme » au sein des universités. Il introduit son sujet en ces mots :

Le 3 juillet dernier, le professeur Robert Leroux, de l’Université d’Ottawa, publiait dans nos pages un texte en forme de coup de poing.

Dans nos universités, disait-il, les sciences humaines et sociales sont en voie d’être détruites, si ce n’est pas déjà fait, par l’idéologie woke.

Il exagère ? Non, et je pourrais vous en parler pendant des heures.

SOURCE : Joseph Facal, Les nouveaux habits de la fraude intellectuelle, Le Journal de Montréal, 17 juillet 2021.


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Woke

Le terme anglo-américain « woke » (« éveillé » en français) désigne le fait d’être conscient des problèmes liés à la justice sociale et à l’égalité raciale (en)1. Par extension, le mot « woke » s’applique à toute personne qui serait consciente des injustices de l’oppression qui pèse sur les minorités2.

Le terme « wokisme »3,4 ou « wokeness »5 désigne son mouvement idéologique.

Origines et dérivés

Le terme « woke » provient du verbe anglais « wake » (réveiller), pour décrire un état « d’éveil » face à l’injustice6. Il est parfois utilisé en anglais vernaculaire afro-américain dans l’expression stay woke (en français : « rester éveillé(s) » ou « reste(z) éveillé(s) », selon le contexte) : en effet, woke est alors utilisé à la place de woken, la forme habituelle du participe passé de wake. Cela a conduit à son tour à l’utilisation de woke comme adjectif équivalent à awake, qui est devenu courant aux États-Unis.

Le terme a refait surface à l’époque de la naissance du mouvement Black Lives Matter en 2014, comme slogan pour encourager la vigilance et l’activisme face à la discrimination raciale7 et à d’autres inégalités sociales telles que les discriminations vis-à-vis de la communauté LGBT, des femmes, des immigrés et d’autres populations marginalisées8.

Le terme « woke » a fait l’objet de mèmes, de détournements parodiques et de critiques de la part de ceux qui lui reprochent une idéologie moralisatrice, sectariste et manichénne pouvant porter atteinte à la liberté d’expression.

Notes

  1. « Stay Woke: The new sense of ‘woke’ is gaining popularity » [archive], Merriam-Webster (consulté le 26 décembre 2016)
  2. « Minorités : sont-elles assez entendues ? » [archive], sur Franceinfo, (consulté le 28 juin 2021)
  3. Mathieu Bock-Côté, « Résister au wokisme » [archive], sur JournaldeMontréal.com, (consulté le 11 juin 2021)
  4. François Clemenceau, « Woke, cancel culture… De la France aux Etats-Unis, les limites de ces concepts dans la lutte contre les discriminations » [archive du ], sur lejdd.fr,
  5. (en-US) David Brooks, « Opinion | This Is How Wokeness Ends » [archive], sur nytimes.com, (consulté le 11 juin 2021)

Source : Woke, Wikipédia.


Au premier sous-titre de son texte d’opinions, monsieur Facal écrit :

Imposture

Dans la population générale, beaucoup s’en foutent.

Il faut dire que, dans le préjugé populaire qui voit le monde universitaire comme une tour d’ivoire déconnectée, il y a une lourde part de vérité.

On a tort de s’en foutre, car l’université est le laboratoire où naissent les idées qui se répandent ensuite partout.

SOURCE : Joseph Facal, Les nouveaux habits de la fraude intellectuelle, Le Journal de Montréal, 17 juillet 2021.

Monsieur Facal a tort de considérer l’université comme «le» «laboratoire où naissent les idées qui se répandent ensuite partout.» Il n’y a rien de plus faux. Et quant à se référer aux sciences humaines et sociales, parlons de la mère de toutes les sciences, la philosophie. L’université n’est pas le principal lieu de naissance des idées dans le domaine de la philosophie. Cette science est née dans la rue au cours de l’Antiquité et les philosophes les plus influents venus à la suite de Platon, Aristote, Héraclite / Parménide, Epictète, Marc-Aurèle, Sénèque et Socrate furent pour la plupart des indépendants, des libres penseurs. En philosophie, la publication des œuvres les plus influentes ne porte pas le saut des presses universitaires. Pour voir son œuvre (et ses idées) se répandre partout, il ne faut pas être un philosophe embrigadé par un esprit universitaire, confiné dans une tour d’ivoire déconnectée.

À contrario, monsieur Facal parle de la pénétration du mouvement « wokisme » au sein des universités. Ce mouvement est né dans la rue et le voilà installé en un rien de temps au sein des universités. Il y a porosité dans la tour d’ivoire s’il est aussi aisé de la conquérir.

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Manifestations du mouvement Black Lives Matter à Oakland (Californie) en 2014. Le mouvement est considéré comme responsable de la popularisation du mot « woke ». (Wikipédia). Black Lives Matter demonstration in Oakland, California – 14 December 2014 – This file is licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic license. Source : https://www.flickr.com/photos/mtumesoul/16021386151/

Quoiqu’il en soit, les sciences humaines et sociales au sein des universités sont menacées depuis leur création. Inventions universitaires à classer parmi les « fausses sciences » en raison de l’objet de leurs études. On attribue le titre de « vraies sciences » uniquement si l’objet étudié est physique, ce qui n’est pas le cas des sciences humaines et sociales.

Monsieur Facal écrit : «Ce qui détermine si vous faites de la science ou pas, ce n’est pas ce que vous étudiez, mais comment vous le faites». C’est la toute première fois que je lis une pareille affirmation. L’usage de la méthode scientifique appliquée à l’étude d’un objet ne donne pas lieu automatiquement à une science, à moins d’accepter qu’il y a ce que l’on nomme les «sciences exactes» et les «sciences inexactes». Le titre de science exacte est limité à l’étude d’un objet physique. Toutes les autres sciences sont dites inexactes même si elles s’appliquent la méthode scientifique. Le défaut des sciences inexactes ne provient donc pas de la méthode scientifique mais de l’objet de leurs études. On parle aussi des « sciences dures » et « sciences molles ».


Screenshot 2021-07-18 at 17-20-33 La science

La notion de «science exacte»

Nous savons qu’il existe plusieurs domaines scientifiques: la physique, la biologie, la sociologie, … On peut classer ces différentes sciences de plusieurs manières. Un tel classement est naturel: certaines sciences ont des liens étroits avec d’autres, ce qui nous amène à les mettre dans un même groupe. Nous allons discuter ici d’une classification assez connue: le classement des sciences en sciences exactes et inexactes (on dit aussi sciences «dures» et sciences «molles»).

Nous allons d’abord donner une définition du terme «science exacte» pour ensuite l’analyser.

Définition

Définition 6.Les sciences exactes regroupent:

  1. les sciences de la nature: chimie, physique, biologie, astronomie, …
  2. les sciences formelles: mathématique, informatique, géométrie, logique, …

Le terme de «science exacte» s’oppose aux sciences humaines et aux sciences sociales. Mais il reste une question: quelle est la raison de cette distinction entre sciences exactes et «inexactes»?

Science exacte?

Il faut d’abord faire attention au fait qu’on peut très bien travailler sur des sciences humaines et en même temps faire preuve de rigueur. En effet, le terme «inexact» est trompeur: on a l’impression que cela sous entend une sorte de manque de sérieux ou de rigueur. Les raisons de cette distinction sont en réalité tout autres.

D’une part, on peut dire que les sciences exactes sont plus précises. En effet, dans les sciences exactes on peut avoir des résultats chiffrés et avoir des théories ne contenant aucune ambiguïtés. En psychologie par exemple, c’est très différent, les choses sont d’une certaine manière plus complexes, il est bien souvent très difficile de déterminer exactement l’origine d’un problème psychologique. On n’aura jamais une affirmation aussi précise que par exemple: «le demi-grand axe de l’orbite de la terre est de 149 597 870 km». C’est un problème en réalité insoluble pour les sciences humaines et sociales: les théorie n’auront jamais de précision «mathématique». Donner un chiffre est quelque chose de vraiment puissant, ce chiffre peut être vrai ou faux, pas autre chose. Malheureusement, c’est (en général) impossible de chiffrer quoi que ce soit dans les sciences humaines.

En effet, on peut le montrer simplement sur un exemple. Lorsque l’on étudie la schizophrénie, on se trouve face à un problème complexe. Remarquons d’abord qu’il existe plusieurs formes de schizophrénie, avec des symptômes différents. Le problème se complique encore par le fait que la schizophrénie semble avoir des causes multiples. Mais de plus, tout les schizophrènes ne sont pas également atteint, certains ont des troubles graves, d’autres auront moins de symptômes. À partir de là, il est naturel d’introduire une échelle de valeur, mais cette échelle sera toujours subjective!! Il est évidemment impossible de dire à un patient: «Vous êtes schizophrène à un degré de 3,12 sur notre échelle de valeur». D’où le qualificatif d’inexact.

Le problème

Cette classification peut poser problème. Dire que l’on travaille dans une science inexacte semble peu gratifiant. Ce terme est un peu péjoratif.

Il est d’ailleurs assez intéressant de constater l’énorme attrait pour les mathématiques de la part de scientifiques travaillant dans les sciences humaines et sociales. L’idée de mathématiser la sociologie peut sembler étrange mais pourtant une partie de la sociologie est mathématisée à outrance (parfois avec des relations mathématiques relativement compliquées). Il semble clair que le but est d’atteindre une plus grande précision, qui pourrait (?) être offerte par la mathématisation. Cela est-il vraiment une bonne façon de raisonner? Je pense que la question se pose et je pense que la réponse est non. Afin de mieux cerner les efforts de mathématisation des sciences inexactes, nous allons nous intéresser à cet étrange attrait pour les mathématiques.

SOURCE : Free Sciences – Site sur les mathématiques, la physique et l’informatique.

NOTE : L’ensemble des textes et images sur le site FreeSciences est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International.


Je crois qu’il n’y a pas plus dommageable pour une société que de suivre aveuglément les recommandations des sciences inexactes. Car malgré l’application la plus rigoureuse des solutions proposées par les sciences humaines et sociales pour solutionner les problèmes à l’étude, et le recours aux mathématiques, bon nombre perdurent encore et encore. Ainsi, par exemple, la psychologie moderne démontre depuis longtemps son incapacité à solutionner des problèmes liés à son objet d’étude.


209px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgLa psychologie (du grec ψυχή / psukhế, « âme », et λόγος / lógos, « parole, discours »), est une discipline scientifique qui s’intéresse à l’étude du corpus des connaissances sur les faits psychiques, des comportements et des processus mentaux. La psychologie est la connaissance empirique ou intuitive des sentiments, des idées, des comportements d’une personne et des manières de penser, de sentir, d’agir qui caractérisent un individu ou un groupe1. Il est commun de définir aussi la psychologie comme l’étude scientifique des comportements2.

La psychologie est une discipline qui appartient à la catégorie des sciences humaines. Divisée en de nombreuses branches d’étude dont les théories et les méthodes de recherche varient grandement, la psychologie a des applications nombreuses.

Notes

1 Reuchlin, Maurice (1985) Psychologie PUF.

2 Eysenck 2000, p. 3-4..

Source : Psychologie, Wikipédia.


Si les sciences humaines et sociales craignent pour leur avenir devant la percée du mouvement « wokisme » au sein des universités, c’est bien parce qu’elles n’ont pas fait leur travail adéquatement au sein même des universités. À ce stade, il ne s’agit plus de « sciences inexactes », de « sciences molles », de « fausses sciences », des différents objets à l’étude ou de méthode scientifique, mais de la faiblesse de leur position au sein des universités. Les sciences humaines et sociales n’ont pas adéquatement enseigné et protégé leur mission au sein du corpus universitaire et auprès des décideurs au sommet des universités. Trop concentrées sur elles-mêmes, elles se font doubler à droite.

Car l’université n’est par une seule tour d’ivoire mais de multiples tours d’ivoires, autant qu’il y a de sciences et même de facultés et de départements tous déconnectés et en compétition entre eux. La percée du mouvement « wokisme » n’est qu’un symptôme d’une maladie incurable qui afflige la nature même de l’université. On y observe la nature humaine se déployer avec une pratique rigoureuse de la méthode scientifique dans tous les domaines mais sans la vivre elle-même en sa propre pensée. En effet, il m’apparaît que la pensée scientifique s’acquiert et se vit avant de s’appliquer. Les guéguerres entre universitaires me démontrent clairement que l’administration et la gestion de leurs institutions demeurent étanches à la pensée scientifique. L’institution universitaire ne s’applique pas à elle-même la pensée et la méthode scientifiques.

Et tout cela je l’affirme sans être moi-même un universitaire et encore moins un chercheur. Je ne suis pas diplômé d’une université. Tout ce que j’attendais de mes études collégiales, c’était qu’on me dise comment chercher le savoir et les connaissances qui me seraient nécessaires au cours de ma vie personnelle et professionnelle. Pour le reste, je m’en occupais. Ma prise de position ci-dessus relève donc de mon intérêt pour la formation de la pensée scientifique, et l’épistémologie.


209px-Wikipedia-logo-v2-fr.svgÉpitémologie

L’épistémologie (du grec ancien ἐπιστήμη / epistémê « connaissance vraie, science » et λόγος / lógos « discours ») est un domaine de la philosophie qui peut désigner deux champs d’étude :

  • l’étude critique des sciences1 et de la connaissance scientifique (ou de l’œuvre scientifique2) ;
  • l’étude de la connaissance en général3.

Cet article s’intéresse principalement à l’épistémologie en tant qu’étude des sciences et des activités scientifiques.

Parmi tous les thèmes sur lesquels cette discipline s’est penchée, celui de l’unité de la science est essentiel. Il s’articule autour de trois piliers :

De façon plus précise, l’épistémologie cherche à répondre à des questions telles que4 :

  • Quels sont les objectifs de la science en général ou de telle science en particulier ?
  • Par qui, par quelles organisations et par quelles méthodes ces objectifs sont-ils poursuivis et tenus ?
  • Quels principes fondamentaux sont à l’œuvre ?
  • Quels sont les rapports internes entre les sciences ?
  • Par qui et par quelles méthodes sont enseignées les sciences ?
  • Quelles sont les interrelations entre les théories des différentes sciences ?

Source : Épistémologie, Wikipédia.


Ma prise de position s’appuie aussi sur ma lecture et ma compréhension de certains travaux universitaires. Enfin, elle s’inspire de mes entretiens avec des universitaires; étudiants, professeurs et chercheurs. Bref, je ne suis qu’un observateur. Et c’est à ce titre que j’ai pris connaissance de l’opinion de Joseph Facal dans Le Journal de Montréal. Et c’est à ce titre que je la commente.

À monsieur Facal, je dis que ce n’est pas avec une telle opinion que vous mobiliserez la population. Il vous faut user de davantage de science pour « éveiller » (WOKE) la population.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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One comment on “« (…), car l’université est le laboratoire où naissent les idées qui se répandent ensuite partout. » Joseph Facal, Les nouveaux habits de la fraude intellectuelle, Le Journal de Montréal, 17 juillet 2021.
  1. […] Monsieur Crête questionne la place et le rôle des intellectuels dans les débats au sein de la société via les médias. Il souligne que, selon certains, nos établissements d’enseignement n’encouragent pas la prise de parole des intellectuels. À mon avis, nos intellectuels ne sont pas formés à une telle prise de parole. Je m’appuie sur cette affirmation de monsieur Crête : «Encore faut-il pouvoir se sortir de l’ultraspécialisation, de la myopie qui nous enferme souvent, et démontrer son habileté à construire une pensée critique.» Un constat bien connu sur lequel je me suis déjà prononcé un peu plus tôt cette semaine dans ma prise de position publiée dans ce magazine sous le titre « (…), car l’université est le laboratoire où naissent les idées qui se répandent ensuite p…. […]

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