Votre éditeur prend position : « Culture pour tous » et non pas « Culture par tous »

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Votre éditeur prend position

« Culture pour tous » et non pas « Culture par tous »

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

Voici les « Critères d’admissibilité » pour les organisateurs d’activités dans le cadre des Journées de la culture 2021 sous l’égide de « Culture pour tous » :


Planifiez vos Journées dès maintenant

Artistes, artisans, travailleurs culturels, intervenants des milieux communautaire, municipal, scolaire ou des affaires de toutes origines… Proposez une ou plusieurs activités pour les Journées de la culture 2021, qui auront lieu les 24, 25 et 26 septembre! Libre à vous d’y prendre part au moment et pour le temps qui convient.

En participant à l’événement, vous signifiez votre engagement en faveur des arts et de la culture. MERCI de prendre part à ce vaste mouvement de démocratisation!

Pour devenir organisateur, il suffit de concevoir et de prendre en charge la réalisation complète d’une ou plusieurs activités.

Cette participation se fait sur une base volontaire.

Critères d’admissibilité

Toute activité inscrite à la programmation:

  • doit être interactive et permettre une incursion dans les processus de création et les savoir-faire.
  • doit être réalisée par ou avec des artistes, artisans et travailleurs culturels professionnels.
  • doit être accessible au public gratuitement*.

* Par ailleurs, vu l’importance et le caractère essentiel de leur travail, tous les artistes professionnels devraient être rémunérés équitablement par les organisateurs qui font appel à leurs services.


J’attire votre attention sur le deuxième critère d’admissibilité déterminant que toute activité inscrite à la programmation dans le cadre des Journées de la culture 2021 «doit être réalisée par ou avec des artistes, artisans et travailleurs culturels professionnels».

Source : Culture pour tous.

C’est la Culture pour tous et non pas la Culture par tous !

En fait, les Journées de la culture vise à donner du travail aux artistes, artisans et travailleurs culturels professionnels. Sur le site web de Culture pour tous, on peut lire :

Reconnaissant l’importance et le caractère essentiel du travail des artistes professionnels, nous encourageons les organisateurs qui font appel à leurs services à les rémunérer équitablement.

Source : Culture pour tous.

Au diable ! Les artistes, artisans et travailleurs culturels AMATEURS ! Il n’y en a que pour l’INDUSTRIE culturelle.

Il est question d’un « vaste mouvement national de démocratisation culturelle » :

Soutenez activement un vaste mouvement national de démocratisation culturelle

Vous cherchez à rallier une cause qui enrichit à la fois la vie culturelle des individus et celle de la société québécoise dans son ensemble ?

Vous souhaitez redonner à la communauté en favorisant l’accès des citoyens de tous les âges et de tous les milieux aux arts et à la culture ?

Source : Culture pour tous.

La vraie démocratisation est obligatoirement inclusive et non pas exclusive. Avec les Journées de la culture, il s’agit d’une démocratisation de l’accès des citoyens à des activités organisées uniquement par des professionnels. C’est exclusif.

Il est commun de penser que la culture devient culture qu’entre les mains de l’industrie, lorsqu’elle est commercialisée et le fruit des professionnels. Et souvent on parle de la culture d’un peuple ou d’une nation en se référant uniquement à l’industrie culturelle, une véritable aberration. Et quand on incite tous les individus à participer à la culture, en vérité, on veut qu’ils  CONSOMMENT les produits de l’industrie de la culture. On s’adresse aux citoyens à titre de CONSOMMATEURS de produits culturels. Lors des Journées de la culture, on lui offre pendant trois jours des produits (activités) gratuits. La démarche en est une de marketing industriel.

Est-ce qu’un peuple ou une nation dont l’industrie culturelle n’est pas développée n’a pas de culture ? Est-ce que seule l’industriel culturelle fait la culture d’un peuple ou d’une nation ?

Voici la définition de la « culture » par l’UNESCO :

Définition de la culture par l’UNESCO

«La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.»

Source : Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles. Conférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico City, 26 juillet – 6 août 1982.

Télécharger la déclaration (UNESCO).

Cette déclaration parle des « industries culturelles » en ces mots :

38. Les progrès technologiques de ces dernières années ont entraîné l’essor des industries culturelles. Quelle que soit leur organisation, celles-ci jouent un rôle important dans la diffusion des biens culturels. Dans leurs activités internationales, cependant, elles méconnaissent souvent les valeurs traditionnelles de la société, et suscitent des espoirs et des aspirations qui ne correspondent pas aux besoins réels de son développement. D’autre part, l’absence, surtout dans les pays en développement, d’industries culturelles nationales peut entraîner dépendance culturelle et aliénation.

La déclaration limite le rôle des industries culturelles à la « diffusion des biens culturels », un rôle qu’elle dit « important ». Mais qu’est-ce que le bon peuple peut faire lorsque l’industrie culturelle diffuse uniquement les biens culturels des professionnels ? Or, la culture d’une peuple ou d’une nation n’est pas uniquement le l’apanage des professionnels, loin de là. Autrement dit, les « artistes, artisans et travailleurs culturels professionnels » s’inscrivent dans la culture du peuple ou de la nation mais ils ne peuvent pas revendiquer être cette culture. Aussi, il faut souligner que l’industrie culturelle agit sur la culture par sa transformation en biens culturels, en produits industriels. L’industrie culturelle ne nous offrent pas nécessairement la création culturelle elle-même et encore moins l’ensemble de la création culturelle d’un peuple ou d’une nation. Elle choisit et applique des critères de sélection, souvent commerciaux.

Dans le domaine du livre, par exemple, l’industrie refuse plus de 90% des manuscrits soumis à son attention par les auteurs. Aussi grande soit-elle, la libraire met en vente que 10% de la création littéraire, et ce, pour une période dépassant rarement les trois mois. Les auteurs dont les manuscrits sont refusés sont beaucoup plus nombreux que les écrivains professionnels. Et pour devenir un écrivains professionnels, il faut être publié par un éditeur reconnu, c’est-à-dire voir son œuvre inscrite dans les 10% des œuvres retenues. Les autres, ceux et celles dont les œuvres ne sont pas retenues n’ont que le statut d’auteurs amateurs et ils sont d’emblée excluent des Journées de la culture et, j’insiste, même si leur nombre dépasse largement celui des écrivains professionnels.

C’est la Culture pour tous et non pas la Culture par tous !

Notre patrimoine littéraire ne saurait se limiter à la production de l’industrie du livre et, pourtant, les organisateurs des Journées de la culture ne retiennent que les écrivains professionnels.

 

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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