Les emprunts linguistiques à l’anglais par la langue française : malaises !

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Les emprunts linguistiques à l’anglais par la langue française : malaises !

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

J’éprouve toujours un malaise avec l’usage de mots et d’expressions de langue anglaise par la langue française. La sortie des nouvelles éditions annuelles des différents dictionnaires, notamment Le Petit Larousse et Le Robert de la langue française, met en vedette l’entrée de mots nouveaux de vocabulaire dont certains en anglais. Au Québec, l’intégration de ces mots en anglais dans les dictionnaires indignent les défenseurs de la langue française, toujours plus nombreux au sein de la population.

Le 12 mai dernier, Serge Denoncourt, chroniqueur invité à l’émission de télévision Bonsoir Bonsoir à l’antenne de Radio-Canada, a dénoncé l’ajout de mots en anglais dans le dictionnaire Larousse 2022 (Cliquez ici pour écouter cette chronique). L’invitée principale, Madame Béatrice Picard, la doyenne des actrices québécoises, s’est écriée, après la mention de l’ajout de l’expression « click-and-collect » dans le Larousse 2022 : « Alors il ne travaille pas ces gens-là ! Ils prennent des mots anglais. C’est facile de faire des dictionnaires comme ça. »  Plus tard, à la mention de l’ajout du mot « cluster » au Larousse, Mme Picard a ajouté : « Non, non, non, moi, je décroche. Je n’achèterai jamais le Larousse. Et moi, je vais le dire à tout le monde :  »N’achetez plus le Larousse ». » Voilà le genre de réactions suscitées par l’usage de mots en anglais dans la langue française au Québec. Une réaction d’autant plus violente que le Québec, par le biais de l’Office québécois de la langue française (OQLF), s’efforce depuis l’adoption de sa Charte de la langue française (dite « loi 101 ») en 1977 de soigner sa langue officielle et de franciser les mots anglais et les anglicismes qui se glissent indûment dans le langage courant et professionnel. On donne souvent en exemple l’adoption par les Québécois du mot « courriel » (courrier électronique) en remplacement de « email » (electronic mail) mis de l’avant par l’OQLF.

Il fut un temps où les Québécois admiraient la France comme la Mère patrie de la langue française. Dans ma jeunesse, nous reconnaissions celui ou celle parlant un français de France comme supérieur sur le plan linguistique. Mais le vent a vite tourné en faveur du français québécois. Et l’anglicisation de la langue française en France a fait apparaître cette dernière comme corrompue. Pendant que nous remplacions tous les panneaux de circulation de notre Belle province « Arrêt / Stop » par un simple « Arrêt », la France se vaudrait déjà dans le shopping, les parkings…

L’anglais de France

Les emprunts à l’anglais ont tellement nourri la langue des Français qu’on ne pourrait l’en purger sans l’endommager. Et qu’on le veuille ou non, cela fait partie de la culture des Français!

Bien des Québécois, débarqués à Paris, à Bordeaux, à Lyon pour les vacances, s’indignent de la présence envahissante de l’anglais sur les affiches, à la télé, dans les vitrines de magasins, les slogans politiques, les affiches de manif, les « happy hours ». Jusqu’à la ville de Paris, qui a pris pour slogan olympique « Made for Sharing ». En juin, lors des célébrations du 75e anniversaire du « D-Day » (le Jour J), la presse française nous abreuvait de reportage depuis « Juno Beach » et autres « Omaha Beach » (qui ne sont que de vulgaires plages). Dans les écoles de commerce, on préfère parler de « managers » plutôt que de gestionnaires ou de cadres. Un « trader » est nettement plus dans le coup qu’un courtier, pas vrai ?

Lire la suite / Source : Nadeau, Jean-Benoît, L’anglais de France, Culture – Chronique, L’actualité, 5 août 2019.

L’anglais en France: no problem!

En visite en Belgique cette semaine, Régis Labeaume s’est à nouveau insurgé contre le laxisme linguistique de nos cousins français et la prolifération d’anglicismes dans le langage et l’affichage. Souhaitant que «la francophonie se réveille», le maire de Québec a même demandé l’aide de la nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie, Michaëlle Jean. Or, que l’on soit en France ou au Québec, la perception du danger ne semble pas la même.

Dans les kiosques à journaux de Paris, des magazines collector avec des people en vedette. À la radio, une publicité vante les derniers baskets pendant la fashion week. À la télé, au rayon des faits divers, un couple victime d’une invasion de domicile, un home jacking. À la une du site Slate, «le mash-up des succès pop 2014».

Lire la suite / Source : Provencher, Normand, L’anglais en France: no problem!, Le Soleil, 6 décembre 2014.

Je ne suis pas et loin de là un puriste et je ne maîtrise pas encore la langue française à mon goût mais j’évite les mots anglais, par habitude et par respect pour ma langue maternelle. Je préfère parler et écrire un mauvais français que de parler franglais.

Bernard Cerquiglini, professeur de linguistique et conseiller scientifique du petit Larousse, répond à la question « Comment choisit-on les mots qui entrent dans le dictionnaire ? » adressée par franceinfo :

Cela prend une année entière ! Nous écoutons la radio, nous notons, nous lisons, nous faisons des fiches et nous arrivons à pratiquement un millier de mots vraiment intéressants. Mais il n’y a de place que pour 150 d’entre eux, donc les mots sont versés dans l’entonnoir des sélections, des votes, des discussions. Tout cela se termine à trois dans une salle du sous-sol des éditions Larousse où nous faisons la sélection finale, en repoussant certains mots à l’année suivante naturellement. Cette année, pandémie oblige, nous sommes montés jusqu’à 170 mots. Je n’avais jamais vu un tel changement linguistique. Cela me rappelle ce qui s’est passé pendant la révolution française : un bouleversement, l’apparition de mots et de sens nouveaux et surtout une appropriation collective de la langue. C’est ce qui nous a frappés, préparant cette édition.

Lire la suite / Source : Petit Larousse illustré 2022 : 170 nouveaux mots, « un bouleversement » pour ce professeur qui n’a « jamais vu un tel changement linguistique » – Bernard Cerquiglini, professeur de linguistique et conseiller scientifique du petit Larousse, voit dans l’apparition de ces nouveaux mots une appropriation collective de la langue. franceinfo, culture, Radio France, 4mai 2021.

Je serais insulté si l’Office québécois de la langue française soutenait écouter la radio et lire pour proposer des mots nouveaux à intégrer à son Grand dictionnaire terminologique de la langue française.

À la question « Certains anglicismes font aussi leur entrée dans le Larousse, comme click and collect ainsi que son équivalent français cliquer-retirer. Le mot click and collect porte la mention « déconseillé ». Pourquoi ? », il répond :

Forcément, je ne suis pas très favorable à l’entrée de ces anglicismes dans le Larousse, néanmoins je suis un scientifique, c’est pourquoi nous avons fait entrer « click and collect ». Mais nous avons aussi fait entrer « cliquer-retirer » en le recommandant. Nous donnons une image de la langue bien sûr mais nos lecteurs sont aussi friands de conseils pour l’utiliser et nous souhaitons donc les y aider. Le terme « divulgacher » (pour l’anglicisme spoiler) que nous avons fait entrer l’an dernier nous avait tellement plu que nous en avons un peu accru l’usage. En tant que linguiste et membre de l’OuLiPo, j’aime les mots-valises. Dans l’édition de cette année, mon mot favori est « consommacteur » par exemple. C’est un mot-valise parfait, utilisez le !

Lire la suite / Source : Petit Larousse illustré 2022 : 170 nouveaux mots, « un bouleversement » pour ce professeur qui n’a « jamais vu un tel changement linguistique » – Bernard Cerquiglini, professeur de linguistique et conseiller scientifique du petit Larousse, voit dans l’apparition de ces nouveaux mots une appropriation collective de la langue. franceinfo, culture, Radio France, 4mai 2021.

Je ne comprends pas pourquoi ce professeur de linguistique et conseiller scientifique du petit Larousse s’appuie sur son statut de scientifique pour proposer des mots anglais dans l’usage de langue française.

Si les emprunts linguistiques s’inscrivent dans l’histoire même des langues, il ne faut tout de même pas en abuser.

D’abord, un mot sur l’emprunt linguistique…

Il faut savoir que l’emprunt est un phénomène tout à fait normal, voire nécessaire, qui permet à toute langue d’évoluer, de s’enrichir. De tout temps, les diverses cultures en contact se sont donc échangé du vocabulaire. Ainsi, si de nombreux anglicismes ont intégré le français, ce dernier a également légué plusieurs mots à l’anglais. Pensez notamment à rendez-vous, à foie gras, à déjà vu et à ballet.

Par ailleurs, de « vieux » emprunts à la langue de Shakespeare (film, confortable, déodorant, éditorial, etc.) ne sont aujourd’hui plus perçus en tant que mots anglais, et ce, que leur origine demeure évidente, comme c’est le cas de camping, ou non — saviez-vous que paquebot vient de packet-boat?

Il n’en demeure pas moins que tous les emprunts ne sont pas nécessaires et légitimes, soit parce qu’ils ne s’inscrivent pas bien dans le système linguistique, soit parce qu’ils concurrencent inutilement des termes français équivalents, par exemple.*

Parmi la panoplie de mots anglais que l’on retrouve en français québécois, en voici 7 qui sont acceptés et 7 qui demeurent critiqués et qu’on devrait par conséquent éviter.

(…)

Si vous avez un doute sur certains emprunts à l’anglais, référez-vous au GDT ou à la Banque de dépannage linguistique de l’OQLF, qui répertorie les principaux anglicismes à éviter.

Lire la suite / Source : Dufour, Johannie, Emprunts à l’anglais : 7 mots acceptés et 7 mots critiqués en français québécois, Scriptum – marketing de contenu, 18 février 2019.

* Le soulignement est de nous

L’aspect de la concurrence à des termes français équivalents me plaît dans cette prise de position de Mme Dufour, rédactrice et réviseure chez Textuel. Et sa référence aux ressources de l’Office québécois de la langue française m’a conduit à l’article Les emprunts à l’anglais :

Le traitement des emprunts à l’Office québécois de la langue française

Le traitement des emprunts, et particulièrement ceux faits à l’anglais, suscite au Québec de nombreux questionnements. Il a ainsi toujours été une composante essentielle de l’action de l’Office québécois de la langue française. Tout en faisant la promotion du développement et de l’enrichissement du français, en vertu de la mission de francisation qui lui est dévolue par la Charte de la langue française, l’Office ne saurait rejeter en bloc tous les emprunts à l’anglais. Il se propose donc, pour ses diverses recommandations linguistiques et terminologiques, de jeter un regard avisé sur ceux-ci en fonction des principes et des critères énoncés dans sa Politique de l’emprunt linguistique.

Dans la Banque de dépannage linguistique, de nombreux articles sont consacrés aux emprunts à l’anglais. Alors que plusieurs des mots ou expressions traités demeurent déconseillés, certains, à la suite d’une analyse approfondie, sont considérés comme tout à fait acceptables; pour d’autres encore, sans qu’ils soient jugés incorrects, des réserves demeurent. Riches d’explications et d’exemples, les articles de la Banque proposent des solutions de rechange à divers emprunts susceptibles de poser problème aux usagers et aux usagères de la langue française, particulièrement en contexte québécois.

Pour ce qui concerne le volet terminologique des travaux de l’Office, c’est-à-dire ceux portant sur les mots désignant des concepts liés à des domaines d’emploi spécialisés, on se référera au Grand dictionnaire terminologique.

Compléments :

Typologie des emprunts (Généralités sur les emprunts)

Foire aux questions sur l’emprunt (Généralités sur les emprunts)

Lire la suite / Source : Office québécois de la langue française, Les emprunts à l’anglais, article rédigé en 2019.

L’approche du Québec et celle de la France diffèrent grandement face à l’usage de mot en anglais dans la langue française. À mon avis, la France a perdu sa prestance internationale dans le domaine de la langue française en raison de son manque de rigueur. Aussi et il faut bien de souligner, si tout un chacun parle un français marqué par de trop  grandes différences, son français, on ne se comprendra plus entre nations francophones.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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