Je ne suis pas d’accord avec l’économiste Pierre Fortin à l’effet de « Protéger notre culture en l’exportant »

Je ne suis pas d’accord avec l’économiste Pierre Fortin à l’effet de « Protéger notre culture en l’exportant »

Par Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

Dans sa chronique du 7 avril 2021 dans le magazine L’actualité, l’économiste Pierre fortin soutient que « Plus les artistes québécois rayonneront à l’étranger, plus les arts d’ici pourront profiter d’économies d’échelle et continuer à se développer ». Sur la plan de financier, il affirme : « Pour éviter la menace de décroissance à long terme, notre culture doit se construire sur des assises économiques plus autonomes. Or, la seule voie d’avenir sécuritaire pour notre industrie culturelle est de profiter au maximum des économies d’échelle en s’ouvrant au marché international. La mondialisation est là, pour le meilleur et pour le pire. Il faut nous en servir à notre avantage. »

Finalement, monsieur Fortin tombe lui aussi dans le piège de la justification par la petitesse du marché québécois pour expliquer la difficile rentabilité de notre industrie culturelle, et ce, à l’instar d’un très grand nombre d’intervenants. Pour les uns, l’industrie culturelle québécoise a besoin du support de l’État pour être rentable. Pour sa part, monsieur Fortin avance l’idée de la rentabilité potentielle qu’entrainerait une plus importante exportation des produits culturels québécois pour assurer davantage d’autonomie de notre industrie culturelle face à l’aide financière de l’État.

Selon la thèse de la petitesse du marché québécois, nous ne pouvons pas faire vivre et profiter la culture d’ici uniquement avec la population en nos frontières. Dans le domaine du livre, les éditeurs brandissent régulièrement la petitesse du marché québécois pour appuyer leurs demandes d’aide financière à l’État. Il en va assurément de même en d’autres domaine INDUSTRIEL de la culture. En fait, presque toutes les politiques d’aide à la culture de l’État québécois se justifie par la petitesse de notre marché qui ne permet pas sans elles de rentabiliser la culture d’ici­, de lui éviter d’être déficitaire.

Je ne suis d’accord avec monsieur Fortin.

D’une part, les références à la « culture québécoise » se limitent en tout et pour tout à L’INDUSTRIE culturelle. Or, je ne suis pas prêt à affirmer que mon identité et mon âme québécoises soient liées à une INDUSTRIE aussi culturelle soit-elle. Ma culture québécoise n’est pas le fruit d’une INDUSTRIE. On utilise l’expression « culture québécoise » à toutes les sauces pour l’accoler au PEUPLE québécois mais, à chaque fois, il s’agit de l’INDUSTRIE culturelle, non pas de la culture elle-même. « Par abus de langage, on utilise souvent le mot « culture » pour désigner presque exclusivement l’offre de pratiques et de services culturels dans les sociétés modernes, et en particulier dans le domaine des arts et des lettres. » lit-on sur Wikipédia.

D’autre part et par opposition, la culture ne prend pas racine et ne fleurit pas dans l’INDUSTRIE culturelle.

La culture est, selon le sociologue québécois Guy Rocher, « un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte » (Guy Rocher, 1969, 88).

Source : Culture, Wikipédia.

Nous sommes très loin de la définition d’une industrie culturelle. Si l’industrie tire de notre culture des produits, elle ne peut pas se l’approprier au point de présenter ses produits comme « la culture québécoise ». Notre culture n’est pas un simple catalogue de produits commerciaux. La culture n’a pas besoin de forcer la porte d’une industrie pour exister. La culture existe par elle-même, en nous-même et dans l’âme et l’esprit du peuple qui la partage. Il n’y a là aucun lien avec une quelconque industrie. Sans l’industrie, la culture existe tout de même. Il en va de même de l’artiste. Il existe peu importe qu’il soit ou non industrialisé.

Du latin cultura, son sens courant la rapporte à la formation spirituelle, ayant élevé le goût, l’intelligence et la personnalité à la dimension de l’universel. L’homme cultivé est ainsi en mesure d’exercer son jugement.

Dans son sens sociologique, la notion s’entend de l’ensemble complexe incluant connaissances, techniques, traditions et caractérisant une société ou un groupe donné.

Source : La Culture en philosophie, La Culture : une préoccupation philosophique moderne, La-Philosophie.com.

L’offre de l’industrie culturelle ne correspond pas à cette définition de la culture.

Selon le sociologue et philosophe français Edgard Morin maintenant :

« La culture est un patrimoine informationnel constitués des savoirs, savoir-faire, règles, normes propres à une société […]. La culture s’apprend, se réapprend, se retransmet, se reproduit de génération en génération. Elle n’est pas inscrite dans les gênes, mais au contraire dans l’esprit-cerveau des êtres humains. »

Source : La Culture en philosophie, La Culture : une préoccupation philosophique moderne, La-Philosophie.com.

L’offre de l’industrie culturelle ne correspond pas non plus à cette définition de la culture.

À force de répéter au peuple québécois que sa culture trouve sa représentation dans les produits d’une industrie culturelle, on mêle les cartes et nous y perdons beaucoup.

Je ne suis pas contre l’industrie culturelle. Je ne suis pas contre l’exportation de ses produits. Mais en aucun temps il faut parler de l’exportation de la culture québécoise.

On exporte pas l’âme et l’esprit d’un peuple. Ce que nous exportons, ce sont des produit et non pas la culture elle-même. Il est temps de cesser de jouer avec les mots car ce n’est pas en exportant notre culture qu’on la protège.

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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