Un nouveau texte de notre auteur Jean-Pierre Bacon, Le behaviorisme radical

Le behaviorisme radical

par Jean-Pierre Bacon

Une formulation adéquate de l’interaction entre un organisme et son milieu doit […] toujours spécifier trois choses : 1) les circonstances dans lesquelles la réponse survient, 2) la réponse elle-même, et 3) les conséquences *renforçantes. L’expression « contingences de renforcement » désigne l’ensemble des interrelations entre ces trois éléments. (B. F. Skinner. L’analyse expérimentale du comportement, traduit de l’anglais par A. M. et Marc Richelle, 2e édition, Dessart & Mardaga, 1971, p. 23.)

Le behaviorisme dit « radical » est la philosophie de la science des contingences de renforcement, appelée aussi « analyse expérimentale du comportement » et « analyse opérante ». Dans cet article, nous allons parler du behaviorisme radical (1) en lien avec la science dont il est la philosophie et (2) en rapport avec les grandes propositions philosophiques de l’Histoire.

(1) Le behaviorisme radical
et l’analyse expérimentale du comportement

  1. L’objet de l’analyse expérimentale impliquée ici est le comportement.
  2. Le comportement est toute réaction d’un individu, publique ou privée.
  3. Classiquement, les comportements sont classés en innés et acquis. Techniquement, la classe des réponses qui sont montées dans l’histoire évolutive des organismes est appelée « le répondant » et celle des conduites acquises dans l’histoire personnelle, « l’opérant ».
  4. Le comportement acquis (dit « volontaire », « intentionnel » ou autre) est l’objet spécifique de la science des contingences de renforcement.
  5. Tout comportement émis a une forme, tridimensionnelle, appelée « topographie ». C’est sous cet aspect que tout organisme, incluant celui qui l’émet, lui répond d’abord, lorsqu’il est public. Quand il est privé, son existence est « inférée » de ses éventuelles manifestations publiques, auxquelles la communauté répond, sous leur topographie.
  6. Une donnée scientifique est que l’environnement agit non seulement avant qu’un individu opère, mais aussi après. Cela est montré chez tous les organismes: des rats par exemple jusqu’aux hommes. Un opérant est caractérisé par le fait que ses cas ont des conséquences qui font que la fréquence de l’émission de la conduite augmente dans les mêmes circonstances ultérieures. Pour un behavioriste radical, c’est en transformant l’organisme qui agit que ces conséquences font augmenter la probabilité (induite de l’observation de la fréquence mentionnée) qu’il se comporte à nouveau ainsi, en de telles situations.
  7. Le comportement opérant est un ensemble (appelé « classe ») qui est « défini » par la caractéristique de ses éléments (l’opérant émis, les organismes en train d’agir ainsi), et d’eux seuls, d’être en relation avec des cas de la même classe de circonstances d’émission et avec des cas de la même classe de conséquences, celles qui renforcent la conduite. À l’origine d’un opérant dans un répertoire, il y a le renforcement d’un comporte­ment inconditionné : les conséquences de celui-ci font que les stimuli qui le précèdent de près acquièrent le rôle de facteurs d’émission de l’opérant. Il y a lieu ici de parler d’une nouvelle causalité : les variables (les dépendantes et les indépendantes) sont « historiques » : elles sont établies, au cours de la vie d’un organisme.
  8. Techniquement, on appelle « contingences de renforce­ment » l’ensemble des interrelations entre le comportement émis (le membre de la classe), les circonstances d’émission et les effets qui renforcent.
  9. On peut dire que la définition précédente apporte la conscience réfléchie de ce qu’on appelle communément « l’expérience positive ». (Les contingences punitives correspondent à la mauvaise expérience.)
  10. L’exposition à un cas de contingences de renforcement suffit parfois pour qu’un organisme apprenne une conduite. Mais l’apprentissage de certaines réponses (telles que l’identification des objets abstraits) nécessitent toujours l’exposition à un ensemble de tels déterminants.
  11. Un tel ensemble est à distinguer de l’expérience globale d’un individu. Celle-ci a trait à l’émission d’un opérant de son répertoire, produit au détriment des autres, dans ces situations. (Un répertoire est un ensemble construit en attente de son éventuelle découverte.) Un comportement résulte d’un organisme tel qu’il est au moment où il agit, son état étant le produit de son exposition antérieure au milieu environnant, en tant que membre d’une espèce et en tant qu’individu.
  12. Un comportement opérant (une classe définie par des propriétés) est à distinguer de ce comportement émis, lequel est un cas de l’opérant.
  13. Le renforcement (c’est-à-dire l’accroissement de la fréquence d’un comportement) peut être occasionné sous le mode positif ou sous le mode négatif. Communément dit, un renforcement sous le mode positif est une récompense, et un renforcement sous le mode négatif est la disparition ou l’atténuation d’une chose aversive qui est présente dans le milieu. On distingue deux grandes catégories d’agents du renforcement positif: les agents primaires, dits «non conditionnés», comme la nourriture, et les agents secondaires, dits «conditionnés», comme l’argent. (Les stimuli aversifs sont regroupés, eux aussi, en deux grandes catégories: celle des primaires, comme les agressions corporelles, et celle des secondaires, comme les blâmes. Noter que le nom «la punition» se réfère à une grande classe incluant deux types de processus: l’administration d’un agent du renforce­ment négatif et la suppression d’un agent du renforcement positif. Celle-ci occasionne l’extinction de la réponse dans le répertoire de l’organisme, alors que celle-là ne fait plutôt qu’engendrer la cessation temporaire de cette conduite, qui risque d’être produite à nouveau, en des circonstances non menaçantes, à savoir dans des situations où il ne semble pas que la punition sera octroyée un jour. La punition n’est donc pas le contraire du renforcement. Et nulle n’est positive. Aucune n’est un processus de conditionnement et elle engendre souvent des sous-produits nuisibles, comme l’anxiété, ressentis par un individu, qui, parfois, doit d’abord être désensibilisé pour apprendre.) Les systèmes de renforcements sont de différents types et produisent des comportements ayant des forces et des probabilités qui diffèrent.
  14. Les comportements qui ont des renforcements différents diffèrent. Par exemple, l’action d’allumer un luminaire qui est renforcée par les objets maintenant visibles doit être distinguée de celle de la même topographie dont le renforcement est l’éloignement d’un suspect : ces comportements se produisent dans des situations faciles à distinguer.
  15. Une conséquence qui renforce un comportement est à différencier des autres effets qu’il peut certes occasionner chez un individu donné.
  16. Les circonstances de l’émission d’un comportement opérant sont constituées, en primauté, par ce qu’on appelle techniquement son contrôle, à savoir le prééminent facteur préalable à l’émission de la conduite. Par exemple, un aliment contrôle sa vision, sa prise en main, sa mastication, son ingestion… Plusieurs corps constituent, dans l’éventualité, celui de leur regroupement « volontaire ». Un individu est le contrôle du comportement verbal appelé communément son « nom propre ». Une boule et une table de billard forment, éventuellement, le phénomène qui est le contrôle de la réponse verbale « la boule roule sur la table pendant ce temps ». (Noter que les mots « sur » et « pendant » sont dits des « termes de relation » : ils n’ont pas eu l’occasion d’être produits isolément avant l’invention de l’alphabet et de l’écriture.) La description « tu donnes de l’argent » est le contrôle, à la fois, du descriptif « tu as donné de l’argent », de la négation « tu ne donnes pas de l’argent », de la prédiction « tu donneras de l’argent », de la modalité « il faut que tu donnes de l’argent », de l’ordre « donne de l’argent », etc. Un tel facteur d’une conduite « volontaire » n’a pas à être présent dans une circonstance d’émission, ni même à exister au moment où elle est émise : le terme déterminant en cause ici est la situation d’émission du comportement, et des facteurs préalables différents du contrôle peuvent la constituer.
  17. Les circonstances d’émission d’un opérant peuvent comprendre des objets dont le rôle est d’accroître la force du facteur précédent, de le préciser, d’agir à sa place, etc. Ce peut être un éclairage adéquat, un moment du jour, une photo, un mot, qui a un aspect bien différent de ce qu’il représente, etc. Cet élément est appelé, techniquement, un « stimulus discriminatif ». Le concept est proche de celui décrit en 16.
  18. Un stimulus discriminatif qui est « proche » du renforcement peut, lui aussi, être présent dans une situation et « favoriser » la production d’un comportement. Ce peut être un individu au regard menaçant, qui ordonne quelque chose, ou un homme souriant, qui demande une information, par exemple : le premier est un stimulus discriminatif d’un renforcement sous le mode négatif, et le second, d’un tel facteur sous le mode positif. Le tonnerre est un stimulus qui « favorise » des réponses contrôlées par un orage. Ces stimuli discriminatifs sont à distinguer de ceux qui sont considérés dans le paragraphe précédent. Ainsi, tout organisme apeuré en tant que son état ressenti est le contrôle de la réponse sensitive impliquée, et de l’identification du sentiment, mais il n’est pas celui d’une réaction médiatisée par la réponse sensitive, comme la fuite, la rigidité sur place ou la destruction d’une menace (toutes définies sous le mode du renforcement négatif, notons-le) : ici l’état ressenti en est discriminatif. (Tous les auteurs ne font pas ces nuances et certains mêmes appellent « contrôles » les facteurs postérieurs des opérants, appelés « renforcements ». D’une façon globale mais conforme au discours de plusieurs autres sciences, disons ici que la réponse est la variable dépendante et que ses conditions, celles postérieures comme les facteurs qui sont antérieurs, en sont les variables indépendantes.)
  19. Une ou des propriétés peuvent être importantes pour la production d’une action. Par exemple, le rouge d’une pomme peut importer lors de sa cueillette, avant l’ingestion de l’aliment, etc. Aucune réponse non sociale ne leur est appropriée. (Une réponse non sociale est toujours émise sous au moins une étendue spatiale et une durée, les deux constituées par le stimulus auquel il est répondu.) C’est en produisant le nom (le comportement social verbal) de cette propriété ou de ce concept (ensemble de propriétés), en plus d’une occasion où sont discriminés un ou des corps qui le constituent, qu’un individu apprend à l’identifier, à en faire un objet (abstrait) : le « référent d’un mot ». Ainsi et à l’exclusion des autres, tout objet rouge constitue le contrôle du mot « rouge », une carie ressentie, le « référent » du mot « mal de dent », tout objet en fer, celui du mot « fer », plus d’un corps, celui du nom « l’ensemble de ces corps », une boule et une table, celui de l’événement associé à « la boule est sur la table ». Ces conditions antérieures à l’émission d’un comportement sont parfois appelées « propriétés primaires » et « propriétés secondaires ». Elles diffèrent des entités dites « propriétés tertiaires » ou, plus communément, « valeurs », comme le beau, le bon, le vrai, qui sont l’affaire des conditions ultérieures, à la réponse émise, que sont les renforcements.
  20. Une réponse à un stimulus est à distinguer de sa généralisation à un autre objet, en raison de ce qu’ils ont certaines propriétés communes.
  21. Un comportement est souvent médiatisé par une réponse sensitive comme la vision. Par exemple, on saisit un objet après l’avoir observé.
  22. La fermeture d’un œil à l’arrivée d’un jet d’air est, elle, un « réflexe » (un répondant). Ce jet d’air est appelé un « stimulus inconditionnel » de ce réflexe. On peut « provoquer » cette réponse par un son que l’on produit en plus d’une occasion un peu avant le jet d’air. Ce son devient ce qu’on appelle un « stimulus conditionnel » du répondant. Le son appartenant au mot vocal « son » peut agir ainsi. Les rôles de ces stimuli ne sont pas celui d’un stimulus sonore qui « favorise » (sous sa topographie) la fermeture « volontaire » des paupières d’un individu ou qui est le facteur d’émission (contrôle) du mot (abstrait) « son » : dans ces deux derniers cas, le comportement en cause est un opérant.
  23. Un comportement verbal est un comportement. C’est une conduite complexe. (Elle va servir ici à résumer ce qui précède et à établir d’autres nuances pour l’analyse, en vue du contrôle et de la prédiction.) Le comportement verbal est antérieur aux signes (stimuli discriminatifs verbaux) et postérieur au comportement non verbal, dans l’histoire personnelle d’un homme et dans celle de l’être humain.
  24. On peut dire qu’un comportement verbal est un « élément de communication ». Cela permet, entre autres, qu’un locuteur puisse parler de choses qu’aucun homme actuel n’a pu, lui-même, observer.
  25. Un locuteur peut répondre à une description qu’il a lui-même émise, et en être renforcé. Quand c’est un autre auditeur qui agit sous son contrôle, les trois termes des contingences de renforcement qui déterminent la description sont répartis entre le locuteur, qui décrit la situation sous le contrôle direct de celle-ci, et l’auditeur, qui répond à la description et en est renforcé. Des renforcements sociaux (positifs) « définissent » initialement cette parole, puis la « maintiennent », en médiatisant l’essentiel renforcement (sous le mode positif ou négatif) de la séquence. Ceux-là diffèrent d’un effet de « finalité » comme un compliment pour avoir ce savoir ou la disparition d’une punition à ne pas le donner. Ce qui renforce la demande d’une info, c’est celle-ci. Ce qui sélectionne celle-ci, c’est la conséquence de l’acte qu’elle contrôle.
  26. Un ensemble d’expériences positives (contingences de renforcement) responsables de l’existence d’un comportement verbal dans le « répertoire » d’un émetteur diffèrent de celles dont relève la réponse que lui donne un auditeur, pouvant être le locuteur. C’est l’union de ces deux ensembles de déterminants qui explicite « l’élément de communication », médiatisé par des renforcements sociaux. Ce grand ensemble est à distinguer de l’expérience globale de l’un ou de l’autre individu, laquelle rend compte de l’éventuelle émission de leurs réponses. L’une explique aussi, entre autres, « l’intention » (le « but », le « projet », le dessein », etc.) du locuteur, et l’autre, « la compréhension » de l’auditeur et, même, « l’extension » de celle-ci qu’est l’ensemble de ses actions sous la parole. Certaines d’entre elles sont à lier à ce qu’on peut appeler « le sens » (proche de « but », de « direction », etc. — non de « signification », caractérisant l’ensemble des déterminants) que l’un et l’autre attribuent à la parole impliquée.
  27. Une phrase qui « favorise » l’émission d’une réponse devient son facteur d’émission (appelé sa « règle ») après que cette réponse ait été renforcée. Une réponse dirigée par une règle est de la grande classe qui comprend à la fois la conduite de la même topographie qui est modelée directement par l’ensemble de ses contingences de renforcement et celles qui sont dites « mixtes » du fait qu’elles tiennent à la fois à un tel modelage direct par le milieu et à un tel contrôle (ce qui est le cas, par exemple, de la description « le frère de Paul est chauve » produite par un homme qui sait, par expérience, que l’individu décrit est chauve et, par information, qu’il est frère de Paul).
  28. Une parole émise est constituée par un locuteur. Nous pouvons parler de celui-ci en termes de la physique (car c’est un individu), en termes de l’anatomie et de la physiologie (bien qu’on ne puisse pas encore le faire en tant que son comportement verbal) et en termes de l’analyse opérante. Cependant, l’opérant (la classe qui le comporte ou, communément dit, le comportement en général) n’est présen­te­ment décrit qu’en termes d’un ensemble de contingences de renforcement.
  29. Un comportement verbal émis est à différencier du stimulus discriminatif verbal (un écrit sur du papier, par exemple) qui lui appartient (comme le comportement de marcher est à distinguer des éventuelles traces laissées lors de sa production par celui qui marche).
  30. Manipuler des stimuli discriminatifs verbaux sous leur forme (dans un cadre logique ou non) est une conduite du grand type appelé « le comportement verbal », mais ces termes, manipulés, ne sont jamais les comportements verbaux auxquels ils appartiennent. On opère cette manipulation en mathématiques, en poésie, lorsqu’on utilise la grammaire, quand on veut éviter l’effet d’un « terme » redondant, etc.

(2) Le behaviorisme radical
et les grandes propositions philosophiques de l’Histoire

  1. Sous l’éclairage de l’analyse opérante — qui est une science à part entière — un behavioriste radical soutient une philosophie qui non seulement ne fait appel ni à la matière ni à l’esprit, mais permet d’écarter le matérialisme (qui implique les penseurs pour qui la matière est non pas un type d’objets abstraits, exercés par des corps, mais une « substance », un fondement possédant quelque chose d’éternel), l’idéalisme (impliquant ceux qui dérivent tout de l’esprit ou qui nient carrément l’existence des corps : spiritualistes et idéalistes proprement dits) et le panthéisme (qui impliquent les penseurs pour qui le premier principe est une substance, une entité éternelle unique, dont toutes les choses ne sont que des modes d’existence, comme Dieu et Le Monde, l’Esprit et la Matière). En soutenant que l’âme est le comportement et que la vie est le concept qui définit la classe des êtres vivants, à savoir leur caractéristique de métaboliser, de croître… de se reproduire, il s’oppose aussi à l’animisme et au vitalisme. (Ces processus-ci, communé­ment observés chez les animaux, manifestent des choses moins apparentes, comme des constituants moléculaires, des structures internes et des phénomènes relevant soit, directement, de l’histoire de l’univers astronomique, soit de l’histoire évolutive des organismes.) De plus, pour lui, les objets abstraits existent, en tant que les corps qui les constituent, — à l’encontre du réalisme platonicien du conceptualisme aristotélicien ainsi que du nominalisme occamien.
  2. En termes de discordances entre des réponses plutôt qu’entre des manifestations d’une chose qui ne peut rendre compte du monde de la réalité, il écarte de grands systèmes. Il discrédite des propositions comme : a) ce qui est communément appelée « l’expérience » n’est pas à la source des véritables connaissances, b) il faut capituler devant la science et la « fonder » sur des postulats d’une « Raison » qui serait innée, ou, du moins, sur des règles méthodologiques permettant de se passer de la science, c) il faut se taire quand on est confronté à la frontière de ce qui peut être dit, et, d) on doit alors s’adonner à l’indescriptible « extase » qui apporte le changement inexpli­cable de l’ordre de la morale, lequel est opposé à l’ordre normatif de la science.
  3. En termes de discordances occasionnelles entre des réponses plutôt qu’en des entités « privées » qui ne livrent pas les « raisons » des expériences communes, il explique, entre autres, l’accord qui s’établit entre les observateurs, bien que ces personnes diffèrent et que leurs expériences privées soient inconnues d’autrui. De plus, il n’a pas, ainsi, à délaisser de données, importantes, permettant de comprendre les choses. Il n’est pas de ceux qui avancent, à l’opposé de « l’intuition », a) qu’il faille se tourner exclusivement vers les moyens d’observer les phénomènes, comme le proposent les partisans du positivisme logique, de l’opérationnalisme ainsi que les supporters de leur équivalent en psychologie, b) qu’il soit possible d’ignorer ce qui est appelé « le phénomène mental » (dont les cas ne seraient que des épiphénomènes, au comble impossibles à observer objectivement), c) que la physique de la matière ne pourra arriver à rendre compte de ces choses ou, même, d) qu’un robot qui se comporterait exactement comme un homme, répondant comme lui aux stimuli et changeant son comportement en fonction des mêmes opérations, passerait le test de pouvoir être considéré comme un être humain même s’il n’éprouvait aucune des sensations humaines, n’avait nulle pensée véritable, etc.!
  4. Il explique adéquatement les phénomènes que sont les sensations, les émotions, les sentiments, les besoins, etc., et n’est donc pas confronté à l’idée d’introduire « l’esprit » dans le comportement impliqué, contrairement à ce qu’il en est dans, entre autres, les courants du cognitivisme. (Certains de ceux-ci sont appelés « behavioristes » — de l’anglais behavior. Mais le comportement, bien loin d’y être l’objet principal de l’analyse, n’y est qu’un indicateur de ce qui ne va pas au niveau cognitif.) Il peut aider à comprendre aussi la démonstration freudienne de l’inconscient, la relation qu’il y a entre l’amplitude des stimuli et les sensations, la psychophysique, la médecine psychosomatique, les processus intrapsychiques de la psychiatrie, etc.
  5. Il dirige l’attention sur le lien entre l’individu et le milieu. L’étude scientifique des objets phénoménaux, abstraits, est tributaire d’elle. Il ne la détourne pas, en particulier, de la recherche des événements environnementaux antérieurs, contrairement à l’empirisme, qui est opposé, à raison, au rationalisme. Le rationalisme engage les penseurs qui attribuent l’origine du savoir à une raison, indémontrée. L’empirisme, lui, implique ceux pour qui toute connaissance vient des expériences qui se gravent sur une tabula rasa. En ne fournissant pas la conscience réfléchie de la nature de l’expérience et, même, en dissociant celle-ci et le monde de la réalité, voire en incitant à spéculer sur la conscience comme forme de connaissance de soi, ce système a mené les penseurs à combler l’intervalle entre le présent d’un individu et les événements antérieurs de son histoire environnementale par de nuisibles processus internes imaginaires (appréhension des objets selon l’agréable et le désagréable, jugement sur le monde perçu, etc.).
  6. Il est à l’opposé du psychologisme : ce nom renvoie à la psychologie cognitive ou à une pseudo-science (réductible ni à l’anatomie, ni à la physiologie, ni à la neuroscience) pour laquelle, de plus, le monde est une représentation, les concepts sont dans l’esprit, il existe une autonomie à la fois de celui-ci, de la logique, du langage, des différents processus mentaux et, donc, des lois psychologiques souveraines, etc.!
  7. L’introspection demeure pour lui une façon que le sujet possède de se connaître, mais comme elle est souvent trompeuse, il met à l’écart le mentalisme et évite un grand nombre des difficultés qu’il occasionne.
  8. Il ne méprise pas non plus le futur, pour se consacrer au hic et nunc (ici et maintenant) comme le font les partisans de la phénoménologie et de l’existentialisme. En découvrant que le milieu agit également après une réponse émise, il est capable de décrire pourquoi les êtres se comportent comme ils le font, non uniquement comment ils agissent, comme c’est le cas avec le structuralisme (par définition de son objet). (Bien sûr, la prédiction est possible dans le cadre de ce système-ci, mais elle est basée sur la narration — description narrative — de ce que les gens font souvent — à un certain âge ou à un moment donné dans l’histoire du groupe, par exemple. Elle n’est pas fondée sur une explication — description explicative — du comportement en termes des facteurs dont la manipulation permet la prédiction et le contrôle.)
  9. Contrairement aux divers partisans du scepticisme, il n’a pas non plus à mettre entre parenthèses la question classique qui est relative à l’existence des objets externes. En accord avec les apparences et avec la vraisemblance, il justifie plutôt d’affirmer que les organismes, les corps inertes et plus généralement tous les objets qui possèdent une position indiscutable dans l’espace et le temps ont une existence indépendante des réponses de n’importe quel être sensible ou pensant. Il y a tout avantage à penser ainsi. Conformément à ces apparences et à cette vraisemblance, confirmée de la position la plus utile possible pour diriger des conduites appropriées dans le monde, un phénomène (tout comme une sensation — soit dit en passant) ni n’est une connaissance ni ne se réduit à ce qui est connu. Le phénomène est certes objectif, mais au sens de « relatif aux objets qui le constituent », et il est subjectif au sens de « relatif au sujet de la connaissance dont il est le contrôle ». La connaissance, elle, est subjective au sens trivial de « émise par un sujet » et elle peut être objective au sens de « dépourvue d’influences subjectives ». Pour sa part, le monde dont il est souvent question ici est constitué non pas de phénomènes davantage que de sensations, mais d’expériences, où les stimuli exercent les aspects qui le caractérisent (les phénomènes) et où la réalité vainc généralement les occasionnelles « apparences ».
  10. Le behaviorisme radical propose la position la plus cohérente qui soit pour analyser tous les phénomènes, en question ici, et il le fait en tournant l’attention vers l’extérieur d’une façon radicale, sans concéder à la métaphysique. Cette philosophie est globale du fait que le comportement est ce à quoi nous renvoient l’examen des mythes, des religions, de la théologie et même des diverses philosophies du « non », l’épistémologie, les philosophies des mathéma­tiques et de la logique, des sciences pures, de la biologie et de la médecine, les sciences humaines et les sciences sociales, les discours au sujet des techniques et de l’intelligence artificielle, l’éthique, etc. L’histoire, elle-aussi, est l’affaire de comportements et la philosophie de l’histoire nous y renvoie. Le behaviorisme radical a son mot à dire dans le domaine de toute science, incluant la physique, car, entre autres, la connaissance scientifique est le comportement des hommes de science et leurs lois dirigent ceux des intéressés, non pas de la Nature. Aussi il permet de dissiper les faux-problèmes, car ceux-ci sont l’affaire de suggestions fautives opérées par des stimuli discriminatifs verbaux.

Conclusion

Les propositions du behaviorisme radical ne sont pas des vérités absolues. Aucune ne doit être considérée comme un axiome, un principe, une définition, ni comme un théorème (une déduction ou une induction dans un cadre logique), en vue d’une reconstruction de la connaissance dans un carcan légal. Aussi, nulle n’implique même que nous fassions appel aux mots « absolu », « insécable », « parfait », « spirituel », « inaccessible en soi », « indicible », « transcendant », « infini » (relativement à une quantité, à une étendue spatiale ou temporelle, etc.) sinon dans un but pratique, pour dissiper la suggestion de l’existence de l’accessibilité à une chose dans sa grandeur, dans sa limite, etc. Les propos ne sont pas non plus irréfutables. Tous sont susceptibles d’être écartés afin d’établir la position la plus possible sensée, cohérente, réaliste, rationnelle, vraie, simple et satisfaisante, pour diriger des conduites appropriées. Cela dit, il demeure que le behaviorisme radical est la philosophie (théorie) d’une science — non une interprétation, objet de l’herméneutique, ni une chose plus subjective encore. Par-delà l’utilité de fournir une même façon de parler de la réalité dans ses aspects, l’objectif visé ici n’est ni plus ni moins que de comprendre le monde afin de l’améliorer à l’aide de la connaissance scientifique et des techniques qui en découlent, en accord avec Francis Bacon, plutôt qu’avec René Descartes. La conception scientifique de l’homme implique les remises en question qui caractérisent le nihilisme : la critique de « valeurs » traditionnelles, incluant celles qui seraient l’affaire de « renforcements » dans un prétendu « au-delà de la vie ». Cependant, elle conduit à la considération de ce que « l’homme pourrait faire de l’homme » en tirant profit, au maximum, de ses prédispositions génétiques et d’une saine planification et gestion d’une culture que tous ses membres trouveraient « bonne » car elle favoriserait leur survie et apporterait à chacun tout le « bien-être » possible à court et à long terme même, en faisant de sa survie une valeur, par l’intermédiaire de renforcements différés des conséquences de plus en plus éloignées de leurs comportements actuels. Noter que des penseurs appellent « le problème du bien » ce qu’ils associent à l’énoncé « Si Dieu n’existe pas, absolument tout est permis! ». Mais les renforcements positifs et les renforcements négatifs sont fondamentalement issus de l’histoire évolutive et ils ont donc existé avant qu’on ne les appelle « le bon et le mauvais », « le bien et le mal », « la vertu et le péché », « le juste et l’injuste », « le légal et l’illégal », « le vrai et le faux », etc. et, en toute vraisemblance, avant qu’ils ne soient « ressentis ». (Noter que rien ici n’interdit d’ajouter l’hypothèse d’un être divin, mais que tout a un grand effet sur l’idée de la nécessité et de la suffisance du principe.)

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages ayant servi à l’élaboration de la première partie de l’article

  1. F. Skinner. L’analyse expérimentale du comportement. Éd. Dessart & Mardaga, 1971.
  2. F. Skinner. Pour une science du comportement : le behaviorisme, éd. Delachaux & Niesle, 1974.
  3. F. Skinner. Par-delà la liberté et la dignité, Coll. Libertés 2000, éd. Hurtubise HMH.
  4. F. Skinner. La révolution scientifique de l’enseignement, éd. Dessart & Mardaga, 1969.
  5. F. Skinner. Science et comportement humain, Éditions IN Press, 3e édition, 2011.
  6. F. Skinner. Verbal behavior, Martino Publishing, Mansfield Center, CT, 2015.
  7. F. Skinner, The behavior of organisms, Copley Publishing Group, Acton, Massachusetts, 01720, 1991, un sommaire universitaire de dix années de recherches fondatrices du scientifique de renom, gratuit en numérique.
  8. F. Skinner. Walden 2 communauté expérimentale, Éditions IN Press, 2e édition, préface revisitée par l’auteur en 1976, 2012.
  9. F. Skinner. Une sélection de citations, Communauté Los Horcones, traduction par Esteve Freixa i Baqué, le téléchargement est gratuit, http://esteve.freixa.pagesperso-orange.fr/citations_skinner.pdf

J.-P. Bacon. Une philosophie scientifique et globale pour aujourd’hui et pour l’avenir, la Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, 2e édition, 2020, 138 p., gratuit en format numérique.

J.-P. Bacon. La philosophie sa nature, ses grandes questions, les plus célèbres philosophes, un classement de leurs propositions et son avenir, la Fondation Littéraire Fleur de Lys, Lévis, 2021, article en format numérique, téléchargement gratuit.

  1. Richelle. B. F. Skinner et le péril behavioriste, éd. Pierre Mardaga, 1977.
  2. Richelle. Du nouveau sur l’esprit? éd. PUF, 1993, 258 p.
  3. Malcuit, L. Granger et A. Larocque. Les thérapies behaviorales, PUL, 1972.
  4. Seron, J.-L. Lambert et M. Van der Linden. La modification du comportement, éd. Dessart & Mardaga, no 64, 1977.

Noter que plusieurs milliers d’articles universitaires sont disponibles gratuitement en tapant, sur la page d’accueil d’un navigateur web, des mots-clés comme « behaviorisme », « stimulus discriminatif », « renforcement », « système de renforcements » … et en associant le mot « behaviorisme » à d’autres, comme « autisme », « hyperactivité », « troubles de l’attention » …

Pour la liste des textes philosophiques ayant servi à l’élaboration de la deuxième partie de l’article, voir la bibliographie de l’ouvrage suivant :

BACON, Jean-Pierre. Tous les grands problèmes philosophiques sous l’éclairage de la science des contingences de renforcement, la Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, mai 2017, 1484 p., gratuit en format numérique.

AU SUJET DE L’AUTEUR

Diplômé du deuxième cycle de la faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, Jean-Pierre Bacon a été professeur de physique et de mathématiques, au Collège de Montréal. Ses réflexions, étalées sur plus de quarante ans, l’ont ensuite mené à la rédaction d’un ouvrage encyclopédique : Tous les grands problèmes philosophiques sous l’éclairage de la science des contingences de renforcement, une histoire critique de la pensée réfléchie de la lointaine Antiquité à nos jours, la Fondation littéraire Fleur de Lys, 2017, 3 t., 1484 p., gratuit en numérique. Ce travail spécialisé a déjà été téléchargé plusieurs milliers de fois depuis sa parution… Plus récemment, il a écrit l’ouvrage intitulé Une philosophie scientifique et globale pour aujourd’hui et pour l’avenir, la Fondation littéraire Fleur de Lys, 2e édition, Lévis, 2020, 138 p., gratuit en format numérique.

COMMUNIQUER AVEC L’AUTEUR

Jean-Pierre Bacon se fera un plaisir de lire et de répondre personnellement à vos courriels.

Adresse de correspondance électronique :

bacon.jean-pierre@videotron.ca

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Le behaviorisme radical

► NOTE TRÈS IMPORTANTE

Il est strictement interdit d’offrir ce livre en téléchargement sur un autre site.

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LIVRES DE CET AUTEUR

Tous les grands problèmes philosophiques sous l’éclairage de la science des contingences de renforcement, Le behaviorisme radical et les grands problèmes philosophiques, Essai, Jean-Pierre Bacon, Fondation littéraire Fleur de Lys – Exemplaire numérique gratuit (PDF) – Lien de téléchargement

Une philosophie scientifique et globale pour aujourd’hui et pour l’avenir, essai, Jean-Pierre Bacon, Fondation littéraire Fleur de Lys. – Exemplaire numérique gratuit (PDF) – Lien de téléchargement

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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