Québec – Affront des éditeurs envers les écrivains

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Québec

Affront des éditeurs envers les écrivains

Par Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

J’attendais avec impatience la version finale de la revue de de la semaine du 30 janvier au 5 février de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) pour constater si elle mentionnerait l’article « Les propositions des maisons d’édition pour améliorer la santé du livre » publié par Radio-Canada sur son site web le 4 février. L’article de Radio-Canada y est bel et bien répertorié par l’UNEQ dans sa revue de presse, et ce, malgré que les propos du président de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) soit à mes yeux un véritable affront envers les écrivains.

Cet article de Radio-Canada s’inscrit au cœur du sujet de l’heure : la révision des lois sur le statut de l’artiste lancée par le ministère de la Culture et des Communications du Québec. La date limite pour le dépôt des mémoires dans le cadre de cette consultation a été fixé au 1er février. L’UNEQ a présenté son mémoire le 26 janvier et tenu une campagne de sensibilisation en adressant une lettre ouverte aux médias.


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COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Révision des lois sur le statut de l’artiste : les écrivaines et écrivains ne doivent plus être considéré·e·s comme une sous-catégorie d’artistes

Montréal, 26 janvier 2021 — Le ministère de la Culture et des Communications du Québec procède actuellement à une consultation en ligne sur la révision des deux lois sur le statut de l’artiste. Dans son mémoire déposé aujourd’hui au ministère, l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) affirme que la loi qui régit le statut des écrivain·e·s est injuste, inéquitable et inapplicable, et revendique un nouvel encadrement législatif.

« L’UNEQ réclame pour les écrivaines et les écrivains le même statut légal que les artistes de la scène, du disque et du cinéma », déclare Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ. « Nous demandons que la littérature soit une discipline qui apporte aux artistes les mêmes droits que ceux d’autres domaines. Il faut d’ailleurs noter que les principaux syndicats d’artistes du Québec appuient formellement la position de l’UNEQ, jugeant injuste et inconcevable que les écrivaines et les écrivains soient privé·e·s de leur droit syndical. »

La Loi sur le statut professionnel des artistes des arts visuels, des métiers d’art et de la littérature et sur leurs contrats avec les diffuseurs (S-32.01), adoptée en 1988, a mené à la reconnaissance légale de l’UNEQ en 1990, mais n’oblige en rien la négociation d’ententes collectives et ne prévoit aucune sanction lorsqu’une des parties refuse de négocier. Cette situation absurde serait impensable dans d’autres secteurs d’activité.

« Depuis 30 ans, l’UNEQ tente par tous les moyens de poser les bases d’une entente collective qui encadrerait tous les contrats liant un·e écrivain·e à une maison d’édition et éviterait à chaque artiste d’être seul·e pour négocier. Mais toutes nos actions ont été vaines », déplore Laurent Dubois, directeur général. « Cette situation ne peut plus durer. La révision législative doit enfin mettre un terme à des pratiques injustes et inéquitables. Au Québec, encore en 2021, certains contrats d’édition contiennent des clauses abusives qui privent par exemple les artistes de leurs droits pour une durée et un territoire illimités, mais aussi pour leurs œuvres futures qui n’existent pas encore ! On croit rêver ! »

Une loi qui aggrave la situation socio-économique de nos artistes

La situation socio-économique des écrivaines et des écrivains ne cesse de se dégrader, et la Loi S-32.01 est en grande partie responsable de cette détérioration :

  • la Loi ne fournit aucune protection ni aucun filet social aux écrivaines et écrivains ;
  • la Loi fait des écrivaines et des écrivains une sous-catégorie d’artistes en les traitant différemment des artistes de la scène, du disque et du cinéma ;
  • la Loi prive les écrivaines et les écrivains de leur droit fondamental à une représentation collective ;
  • la Loi n’encadre pas la totalité des activités du métier (lectures publiques, conférences, tables rondes, etc.) et n’empêche en rien que des organisateurs d’événements culturels proposent souvent peu ou pas de rémunération pour des prestations offertes au nom de la « promotion » et de la « visibilité » ;
  • la Loi contribue à la précarisation du métier.

Il faut souligner que les revenus tirés de l’écriture sont loin de permettre aux écrivaines et aux écrivains de vivre de leur plume. Par exemple, le revenu médian d’un·e écrivain·e au Québec n’était que de 3 000 $ en 2017, selon un sondage mené auprès des membres de l’UNEQ. Ce revenu, essentiellement constitué de redevances sur la vente de leurs livres et de droits de reproduction, n’a pas évolué depuis 1991.

Depuis mars 2020, la pandémie de la COVID-19 a privé de nombreux écrivaines et écrivains de précieuses sources de revenus : celles et ceux qui ont perdu leur emploi ont dû se rabattre sur la Prestation canadienne d’urgence ou l’assurance-emploi, l’annulation de salons du livre ainsi que la fermeture des écoles et des bibliothèques les empêchent de donner des conférences et des ateliers rémunérés. Une loi sur le statut de l’artiste conséquente aurait dû les protéger pendant cette période de crise et leur garantir un cadre minimum par l’entremise d’ententes collectives assorties d’assurances et d’un régime de retraite.

Le #moiaussi littéraire, qui a défrayé les manchettes à l’été 2020, a lui aussi démontré la nécessité de structurer davantage les relations de travail du milieu pour offrir, entre autres, à toutes et tous des recours syndicaux indispensables, comme des mécanismes de grief, d’arbitrage et de médiation.

Vers des pratiques justes et dignes de notre époque

« Nous nous battrons pour que cette révision change les paradigmes prévalant dans le domaine littéraire », prévient Suzanne Aubry. « Il convient de rappeler que beaucoup d’argent public est injecté dans la chaîne du livre, et c’est une bonne chose. Mais pendant combien de temps encore cet argent servira-t-il à financer une chaîne qui appauvrit son premier maillon ? Combien de temps faudra-t-il avant qu’une loi impose à ce milieu largement subventionné la négociation de normes et de barèmes minimaux à respecter ? »

Pour lire le mémoire de l’UNEQ déposé au Ministère, cliquez ici

Pour en savoir plus sur la révision des lois sur le statut de l’artiste par le Ministère, cliquez ici

À propos de l’UNEQ

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) est reconnue l’association représentative des artistes du domaine de la littérature et compte actuellement plus de 1 600 membres. Le syndicat professionnel travaille depuis 1977 à la défense des droits socio-économiques des écrivaines et des écrivains, ainsi qu’à la valorisation de la littérature québécoise au Québec, au Canada et à l’étranger.

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Source : Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ).


L’article de Radio-Canada nous apprend que l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) a déposé son mémoire moins d’une semaine après l’UNEQ. Sans cet article nous n’en aurions rien su puisque l’ANEL ne parle pas de ce sujet sur son site web et dans ses messages sur ses pages des réseaux sociaux.  Nous avons adressé une demande d’accès au mémoire de l’ANEL au responsable concerné au sien du ministère de la Culture et des Communications du Québec qui nous a invités à adresser notre demande à L’ANEL. Nous avons demandé à la directrice générale l’ANEL, Karine Vachon, un exemplaire du mémoire de son association pour obtenir cette réponse : « Merci pour votre intérêt, mais nous ne diffusons pas le mémoire de l’ANEL pour le moment ». Bref, il n’y a qu’une seule source d’information au sujet du mémoire de l’ANEL et c’est l’article de Radio-Canada.

Selon Radio-Canada, l’ANEL considère que seule une augmentation des ventes livres entraînerait une hausse du revenu des écrivains. Autrement dit, l’ANEL ne souhaite pas que les écrivains obtiennent un statut similaire aux autres artistes. L’UNEQ veut une révision des lois sur le statut de l’artiste afin de négocier des ententes collectives avec l’ANEL pour améliorer la situation financières des écrivains, comme le font les autres syndicats d’artistes en d’autres domaines pour leurs membres.

La Loi sur le statut professionnel des artistes des arts visuels, des métiers d’art et de la littérature et sur leurs contrats avec les diffuseurs (S-32.01), adoptée en 1988, a mené à la reconnaissance légale de l’UNEQ en 1990, mais n’oblige en rien la négociation d’ententes collectives et ne prévoit aucune sanction lorsqu’une des parties refuse de négocier. Cette situation absurde serait impensable dans d’autres secteurs d’activité. Source : UNEQ.

La proposition de l’ANEL à l’effet d’adopter une politique nationale en faveur de la lecture dans le but avoué d’augmenter les ventes de livres pour engendrer une hausse du revenu des écrivains est totalement absurde. Seuls les écrivains dont les œuvres sont un succès de vente connaîtraient une hausse de leur revenu. Ainsi, l’ANEL ne propose rien de moins qu’un statut quo pour la très grande majorité des écrivains puisque leur rémunération se fonde déjà sur les ventes.

La proposition de l’ANEL visant la mise en place d’une politique de promotion de la lecture aurait aussi pour objectif de réduire le taux d’analphabétisme au Québec afin d’augmenter la taille du marché du livre et ainsi le revenu des écrivains par des ventes à la hausse.

Et quant à miser sur une seule proposition, une augmentation des ventes, aussi bien la décliner sous toutes ses formes. L’ANEL propose donc au gouvernement de soutenir davantage l’achat de livres aux sein des institutions scolaires, des collèges et des universités.

On ne s’étonnera pas non plus de voir l’ANEL proposer plus de subventions gouvernementales pour ses membres par le biais d’une hausse du budget de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC). Face aux gouvernements, l’ANEL revient sans cesse avec sa demande d’une aide accrue de l’État, et ce, en toutes circonstances et depuis plusieurs décennies. En fait, l’ANEL ne bouge pas tant et aussi longtemps qu’il n’y a pas davantage d’aide de l’État. Et pour ne pas être en reste avec les écrivains, l’ANEL propose aussi une hausse du budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) à qui il revient de soutenir les écrivains au-delà de la rémunération fondée sur les ventes de livres. L’ANEL formule cette proposition pour se dédouaner des écrivains, rien de plus.

L’ANEL argumente son désaccord avec l’UNEQ au sujet du statut des écrivains sur le type contrat qu’elle signe avec ces derniers :

En ce qui concerne la volonté de l’UNEQ d’obtenir pour les écrivains et écrivaines un statut semblable à celui des artistes du milieu du cinéma ou du spectacle, l’ANEL souligne que le contrat liant une maison d’édition à un auteur ou une autrice n’est pas un contrat de travail, contrairement à celui qui unit un acteur ou une actrice à une maison de production. Source : Radio-Canada.

Curieusement, cette énoncé de l’ANEL est justement le pourquoi de la révision des lois sur le statut de l’artiste. Il faut changer le contrat entre l’écrivain et son éditeurs ou soumettre tous les contrats des écrivains avec les éditeurs à une entente collective.

À titre de fournisseur de matière première, les écrivains sont ni plus ni moins que des travailleurs autonomes. Et ce n’est qu’un titre par défaut car si l’écrivain est devenu au fil des dernières années un travailleurs autonome par obligation, c’est en raison des lacunes des éditeurs en matière de promotion des ventes. On peut même se demander si l’ANEL a les habiletés et les compétence essentielles pour remplir toutes ses obligations contractuelles avec les écrivains dans le domaine du marketing et de la promotion des ventes. Évidemment, l’ANEL ne s’est jamais engagée à ce que les écrivains puissent vivre de leur plume.

Revenus des écrivains

  • En 2008, le tiers des écrivains (34% ou 505 personnes) ont gagné un revenu personnel inférieur à 30 000$, 38% (ou 575 personnes), un revenu entre 30 000$ et 59 999$ et, enfin, 29% (ou 430 personnes), 60 000$ ou plus. Le revenu personnel médian, de l’ordre de 39 400$, est supérieur au revenu médian de la population du Québec touchant un revenu et ayant 25 ans ou plus (29 975$3).

  • En 2008, les deux tiers (65% ou 980 personnes) des écrivains québécois ont tiré moins de 5 000$ de leur travail de création littéraire, tandis que 22% (ou 330 personnes) ont touché entre 5 000$ et 19 999$ et 13% (ou 200 personnes), 20 000$ ou plus. Une trentaine d’écrivains (2%) ont tiré un revenu de création de 60 000$ ou plus. Le revenu médian tiré de la création littéraire est de 2 450$.

  • Le rapport entre le revenu tiré de la création littéraire et le revenu personnel total détermine l’indice de revenu artistique; plus l’indice est élevé, plus la part des revenus obtenus grâce à la création littéraire est importante parmi tous les revenus personnels. Pour les deux tiers des écrivains (66% ou 1 000 personnes), l’indice de revenu artistique est inférieur à 0,2, ce qui signifie que moins du cinquième de leur revenu personnel est tiré de la création. Un indice de revenu artistique élevé signifie que presque tout le revenu personnel est attribuable aux activités de création littéraire; tel est le cas de 185 auteurs (12%), dont l’indice est supérieur à 0,8.

Source : Les écrivains québécois : un aperçu statistique, Observatoire de la Culture et des Communications, Institut de la statistique du Québec. (PDF)

Faut-il insister ? « En 2008, les deux tiers (65% ou 980 personnes) des écrivains québécois ont tiré moins de 5 000$ de leur travail de création littéraire » Il est étonnant qu’avec des ventes de 614 millions de dollars par année, dont une part de marché des livres d’auteurs québécois et des maisons d’édition québécoises et canadiennes dans les ventes de livres au Québec s’élèvant à environ 55%, l’industrie québécoise du livre ne soit pas capable de payer adéquatement ses fournisseurs de matières premières, les écrivains.

Et que dire du travail gratuit des écrivains ?


Déclaration des autrices et auteurs contre le travail gratuit

Depuis la fin du mois de septembre 2019, plusieurs écrivains québécois contribuent à la rédaction en ligne d’une Déclaration des autrices et auteurs contre le travail gratuit, qui a été signée par plus de 150 écrivains au moment d’écrire ces lignes.

Cette Déclaration, hébergée sur Google Docs, « est un travail collaboratif qui est né d’un ras-le-bol, d’une grande fatigue, d’un sentiment d’exaspération devant une situation économiquement intenable pour plusieurs d’entre nous », peut-on lire en introduction.

Voici les faits saillants de la Déclarationque vous pouvez lire en cliquant ici.

  • « La grille de tarifs et d’honoraires de l’UNEQ (Union des écrivaines et des écrivains québécois) suggère des tarifs minimaux qu’aucune association n’a le pouvoir de faire respecter, dans l’état actuel de la loi sur le statut de l’artiste. (…) Nous croyons qu’en tant que professionnels de l’écriture, ce minimum devrait être pris en considération au moment de nous inviter à participer à un projet artistique. »
  • L’écriture est un travail qui exige du temps, et trop souvent ce temps de travail n’est pas rémunéré : « (…) toute œuvre écrite sans bénéficier d’une bourse à la création ou de tout autre financement est une œuvre que son auteur ou son autrice aura « payé » pour l’écrire. Un manuscrit peut prendre des années avant d’être prêt à être envoyé à une maison d’édition. Ce temps et ce travail sont peu reconnus dans la majorité des cas et nous souhaitons que cela change. »
  • « Pour ajouter l’insulte à l’injure, nous sommes souvent payé·e·s en retard. Il n’est pas rare que l’un·e d’entre nous reçoive rémunération pour un projet six mois après prestation alors qu’on lui avait promis un paiement en 30 jours ouvrables. »
  • L’argument de la « visibilité » (lorqu’on demande aux écrivains de bosser gratuitement en leur faisant miroiter une quelconque présence médiatique ou publique) « est une insulte à notre intelligence et à notre talent : l’exposure ne nous sert à rien pour payer le loyer. »
  • Les signataires estiment que 10 % de redevances accordés aux auteurs sur la vente de leurs livres est insuffisant. « Pourquoi ne pas réviser ce maigre 10 % accordé aux auteurs et autrices, par exemple ? Ce serait un bon point de départ vers une réforme possible de la chaîne du livre. »
  • La Déclaration déplore également que des salons du livre ne rémunèrent pas les écrivains lors d’entretiens devant le public. « La même chose est vraie quand nous nous déplaçons dans des écoles pour rencontrer des élèves ou des étudiant·e·s de tous les niveaux. »
  • Il est également question des personnes noires, autochtones, racisées, lesbiennes, gays, et autres minorités sexuelles qui « n’ont pas toujours accès aux mêmes ressources et aux mêmes réseaux d’entraide et sont donc maintenu·e·s dans une vulnérabilité toujours plus grande. »
  • En conclusion : « Nous sommes fatigué·e·s. Nous ne voulons plus agir en bénévoles de la culture. »

Ces revendications sont similaires à celles de l’UNEQ dans le cadre de son volet syndical, la défense des droits socio-économiques des écrivains.

La professionnalisation des artistes passe par un système de rémunération juste, équitable, un filet social protecteur et une reconnaissance des spécificités de leurs conditions de travail. L’UNEQ est mobilisée pour que la ministre de la Culture du Québec tienne son engagement de réviser les lois sur le statut de l’artiste, engagement inscrit dans la politique culturelle dévoilée en juin 2018. La Loi sur le statut professionnel des artistes en arts visuels, des métiers d’art et de la littérature et sur leurs contrats avec les diffuseurs (L.R.Q., chapitre S-32.01), en particulier, doit être revue pour fixer le cadre d’une entente collective protégeant les écrivaines et les écrivains — pour en savoir plus, cliquez ici.

L’UNEQ invite celles et ceux qui se sentent concernés à appuyer les revendications de la Déclaration des autrices et auteurs contre le travail gratuit.

L’UNEQ invite aussi les signataires de la Déclaration à travailler de concert avec leur syndicat professionnel, reconnu depuis 1990 le plus représentatif des artistes du domaine de la littérature en vertu de la Loi S-32.01.

Source UNEQ.


Déclaration des autrices et auteurs contre le travail gratuit

Texte rédigé entre septembre et octobre 2019, disponible ici dans sa version définitive

Cette déclaration collective est un travail collaboratif qui est né d’un ras-le-bol, d’une grande fatigue, d’un sentiment d’exaspération devant une situation économiquement intenable pour plusieurs d’entre nous. Cette déclaration n’a ni point de départ ni point d’arrivée — sinon ce texte, définitif parce qu’il faut parfois s’arrêter et passer à autre chose. Il ne s’agit de l’initiative de personne. Cette déclaration ne nous appartient pas. Nous la faisons circuler, vous en entendrez peut-être parler, mais elle ne doit pas être attribuée à quelqu’un·e en particulier : les idées qui y sont exposées sont celles d’un grand collectif dissensuel sans visage mais avec plusieurs noms. Si vous la consultez en tant qu’organisateur ou organisatrice, éditeur ou éditrice, directeur littéraire ou directrice littéraire, bibliothécaire, professeur·e, enseignant·e, etc., sachez que notre objectif n’est pas de vous attaquer, mais bien plutôt d’expliquer pourquoi nous pensons que le travail gratuit doit cesser, pourquoi nous pensons que le métier que nous pratiquons mérite d’être considéré à sa juste valeur, pourquoi nous choisissons, peut-être, d’enfin vous dire non quand vous nous proposerez de travailler avec vous sans salaire, cachet ou quelque forme de rémunération que ce soit. Nous ne sommes pas assoiffé·e·s de cash, mais nous pensons que l’écrivain·e ne mérite pas d’être un simple pion dont tout le monde se sert.

À propos des conditions de travail des écrivain·e·s

La grille de tarifs et d’honoraires de l’UNEQ (Union des écrivaines et des écrivains québécois) suggère des tarifs minimaux qu’aucune association n’a le pouvoir de faire respecter, dans l’état actuel de la loi sur le statut de l’artiste. De plus, ces tarifs n’ont pas été révisés depuis septembre 2015, et plusieurs sont basés sur une enquête menée en 2007 auprès de réviseures et réviseurs linguistiques; c’est donc dire qu’il s’agit d’une base, d’un plancher, de la plus petite valeur qui puisse être accordée à notre travail. Nous croyons qu’en tant que professionnels de l’écriture, ce minimum devrait être pris en considération au moment de nous inviter à participer à un projet artistique. Nous tenons donc à rappeler aux organismes et aux personnes qui sollicitent des écrivains et des écrivaines pour leurs projets de retourner à cette grille et de la considérer comme le minimum requis avant de contacter qui que ce soit. Le salaire devrait être le barème qui justifie la tenue ou non d’une activité littéraire. Si le budget de l’événement ou de la publication ne le permet pas, c’est donc que la faisabilité de ce projet repose sur le travail gratuit de personnes qui, pourtant, sont spécialistes de leur domaine — et n’est-ce pas la raison pour laquelle ces personnes sont sollicitées? Un parallèle intéressant peut être établi avec d’autres « métiers » spécialisés pour lesquels nous acceptons pourtant de payer les tarifs normaux : électricité, plomberie, psychologie clinique, massothérapie, coiffure, esthétique, mécanique automobile, traduction, révision linguistique, etc.  Qu’est-ce que ces pratiques disent sur la valeur que l’on accorde au travail des professionnel·le·s de l’écriture? Cela est d’autant plus problématique que la plupart du temps, ces « offres » viennent de personnes qui sont actives dans le milieu, donc qui a priori accordent de la valeur à la littérature… Nous cherchons donc à valoriser un effort collectif, autant comme praticien·ne·s de la littérature que comme personnes qui organisent parfois des événements, et nous nous engageons dans les deux cas à agir pour faire en sorte que toutes et tous soient rétribuées de manière équivalente. Cela signifie aussi que pour participation égale à un événement, un·e auteur·e « vedette » ne sera pas davantage rétribué·e qu’un·e autre auteur·e dont il a été jugé que la réputation était inférieure à celle de la célébrité sollicitée.

Cette discussion concerne évidemment les conditions matérielles du travail d’écriture. Nous n’aimons pas en parler, nous aimons imaginer que l’art apparaît dicté par les muses, mais il y a dans la réalité des gens qui doivent se libérer du temps pour écrire, alors que le monde continue de tourner. Considérant les ventes des ouvrages québécois, il est impossible pour quiconque (ou à peu près) de ne subsister que grâce aux droits d’auteurs. Il faut donc imaginer que chacun·e occupe un ou plusieurs autres emplois et que l’écriture, dans ces conditions, doit se faire sur du temps qui est « volé » aux contingences de la vie matérielle et quotidienne. Donc, même si le geste d’écrire ne coûte presque rien (ce qui reste à nuancer, parce que le travail demande un certain nombre d’investissements qui sont monétisables ou qui se mesurent en énergie vitale — et qui sont rarement rentables pour l’écrivain·e), il demande du temps qui mérite d’être rémunéré. Dans ce sens, toute œuvre écrite sans bénéficier d’une bourse à la création ou de tout autre financement est une œuvre que son auteur ou son autrice aura « payé » pour l’écrire. Un manuscrit peut prendre des années avant d’être prêt à être envoyé à une maison d’édition. Ce temps et ce travail sont peu reconnus dans la majorité des cas et nous souhaitons que cela change.

Nous souhaitons d’ailleurs rappeler la situation de pauvreté particulière dans laquelle le travail d’écriture plonge certaines personnes. Il y a des auteurs et autrices qui ne peuvent avoir d’autre emploi que l’écriture, qui reçoivent, par exemple, des prestations de l’aide sociale. Leur situation est compliquée puisque l’écriture ne peut leur garantir un revenu stable, et qu’iels ne peuvent prendre le risque de faire des demandes de subvention, voire d’accepter des prix venant avec de l’argent, parce que cela les priverait, par la suite, de l’aide sociale (puisqu’iels perdraient leur statut de personnes « inaptes » au travail en raison de leurs revenus qui seraient alors trop « importants » aux yeux des agents de programme de l’aide sociale), sans pourtant leur garantir un réel revenu à long terme. Dans un monde idéal, un revenu minimum garanti permettrait à ces personnes de survivre avec davantage de dignité. Toutefois, dans l’attente, les solliciter pour du travail gratuit s’apparente dangereusement à une violence de classe que nous ne pouvons que dénoncer.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, nous sommes souvent payé·e·s en retard. Il n’est pas rare que l’un·e d’entre nous reçoive rémunération pour un projet six mois après prestation alors qu’on lui avait promis un paiement en 30 jours ouvrables. Si d’audace nous osons nous plaindre, on nous fait nous sentir comme des enfants gâté·e·s. Dans ce sens, nous aimerions évoquer la possibilité d’être payé·e·s à la réception du texte ou le jour-même de l’événement. Le processus d’écriture peut prendre des semaines, voire des mois; lorsque le texte est rendu, le travail a déjà été accompli. Il serait donc juste d’être rémunéré·e·s en temps opportun.

À propos de la visibilité

Cet argument bidon qu’on nous sert pour nous solliciter sans rémunération est une insulte à notre intelligence et à nos compétences : l’exposure ne nous sert à rien pour payer le loyer. Cela dit, c’est un piège dans lequel nous tombons facilement puisque nous savons très bien que nous pourrions, justement, dans la plupart des cas, profiter d’une présence médiatique ou réelle dans un événement… Comment négocier alors que nous savons que nous avons besoin de nous faire connaître et que nous avons peur de ne plus jamais être invité·e·s si nous refusons? La peur n’est-elle pas un affect-clé dans le maintien de ce système trop souvent inéquitable? Il ne faut pas oublier que la société québécoise, comme toute société, bénéficie d’avoir une littérature riche, vivante et diversifiée, que cela contribue à son rayonnement, à son éclat, et à sa réputation. Le problème, pour nous, est que ce capital symbolique repose pour l’instant sur le labeur non rémunéré des écrivain·e·s.

Nous nous demandons sérieusement pourquoi il est admis et accepté que tous les intervenant·e·s de la chaîne du livre soient payés peu importe les ventes (graphiste, imprimeur·e, réviseur·e·s, éditeurs et éditrices, distributeurs, diffuseurs, libraires, correctrices et correcteurs d’épreuves, responsables des communications, traductrice et traducteur, etc.), sauf la personne qui a écrit le livre en question. Certes, nous recevons parfois une avance sur les ventes potentielles de nos livres, mais il nous faut attendre un an avant de toucher à nos droits d’auteurs — si par chance nos redevances sur les ventes du livre sont supérieures à l’avance qui nous a été versée. Pour ceux et celles qui ne le savent pas, l’auteur/autrice ne reçoit, dans la grande majorité des cas, que 10 % des sommes générées par les ventes du livre. C’est le principe de la « vache à lait » comme en musique ou en arts vivants : l’artiste, par son travail « gratuit », crée du capital pour la personne qui distribuera le fruit de son labeur. Mais on oublie que s’il n’y a pas d’artistes, il n’y a pas d’œuvres. Il faut trouver des moyens de démanteler ces rapports de force. Certain·e·s se tournent vers l’autoédition et la vente directe. D’autres préfèrent penser qu’il est possible de réformer la chaîne du livre. Nous n’avons pour l’instant que très peu de pistes de solution… mais nous pensons qu’il est important de rappeler la manière dont l’argent est distribué sur toute la chaîne, et nous souhaitons aussi réfléchir à la création, peut-être, de nouveaux modèles qui renverseront l’ordre établi. Pourquoi ne pas réviser ce maigre 10% accordé aux auteurs et autrices, par exemple? Ce serait un bon point de départ vers une réforme possible de la chaîne du livre.

Plusieurs revues de création littéraire existent grâce au travail non rémunéré des écrivain·e·s qui publient dans leurs pages. Les subventions aux revues et aux éditeurs versées par le Conseil des arts du Canada ne sont admissibles qu’aux organismes qui versent des redevances à leurs collaborateurs et collaboratrices, incluant les écrivain·e·s; c’est donc dire que les organismes subventionnaires reconnaissent le caractère essentiel de la rémunération du travail des auteurs et autrices. Nous savons tout de même qu’il y a là un cercle vicieux : pas de subventions si pas de rémunération, pas de rémunération parce que pas de subvention… Mais cette impasse se joue souvent « sur le dos » des personnes sans qui, nous le rappelons, il n’y aurait tout simplement pas de revue de création : les auteurs et autrices qui produisent des textes pour ces revues. Il est difficile pour nous de blâmer des bénévoles lorsqu’iels nous demandent de travailler bénévolement pour elleux, sachant qu’iels ne sont pas payé·e·s non plus pour leur travail; reste qu’encore une fois, on nous promet une visibilité qui, dans la réalité des choses, ne se transforme que très, très rarement en véritable salaire. Et que dire des concours littéraires qui exigent des frais de participation? Ces revues et ces prix contribuent à la vitalité et à la richesse du milieu littéraire, mais sont autant d’occasions ratées d’obtenir un salaire pour les écrivain·e·s qui y participent. Écrire est un métier.

Nous sommes souvent sollicité·e·s, lors des salons du livre, pour aller présenter notre travail au grand public. Néanmoins, cela se fait, encore une fois, dans la plupart des cas, gratuitement et sur du temps volé à l’écriture ou à nos autres activités professionnelles. Pourquoi certains salons du livre ne rémunèrent-ils pas leurs auteurs et autrices lors des entretiens devant le public? Nous n’arrivons d’ailleurs pas à comprendre les politiques officielles de chaque salon. Cela nous semble, de l’extérieur, plutôt aléatoire : certain·e·s sont payés, d’autres pas, et quand il y a compensation, le cachet est parfois offert par le salon lui-même, parfois par la maison d’édition. Une politique globale permettrait de lever le voile sur les pratiques actuelles, qui demeurent plutôt mystérieuses, et permettrait aussi d’assurer une juste compensation pour toustes. Notre présence lors d’un salon du livre n’est pas une faveur qu’on nous fait, une publicité gratuite qu’on nous offre. Il s’agit de travail : nous devons présenter notre démarche lors d’entrevues ou d’entretiens, nous devons rencontrer le public lors des séances de signature, nous devons contribuer au contenu des médias radiophoniques qui sont sur place, etc. Nous travaillons. Encore une fois : sans auteurs et sans autrices, pas de salons.

La même chose est vraie quand nous nous déplaçons dans des écoles pour rencontrer des élèves ou des étudiant·e·s de tous les niveaux. Aux professeur·e·s qui nous invitent tout en nous expliquant qu’ils n’ont pas les moyens de nous payer et que leurs étudiant·e·s n’ont pas le temps de lire nos livres, mais que notre présence pourrait contribuer à leur épanouissement, nous souhaitons rappeler qu’il existe certains programmes mis en place afin de faciliter la tournée des écrivains dans vos écoles. L’UNEQ gère quatre programmes gouvernementaux; certaines associations locales en proposent également, comme l’AAOF; le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec aussi; le Conseil des arts du Canada et le Conseil des arts et des lettres du Québec, entre autres organismes, en proposent plusieurs. Vous devez faire les démarches nécessaires avant de nous inviter. Chaque déplacement implique une journée de congé au travail, ou une journée de moins consacrée à l’écriture de nos projets en cours. Soyez conscients de notre situation avant de nous demander de venir en classe. Vous êtes payé·e·s pour votre travail; nous méritons la même considération.

De plus, pour ceux et celles d’entre nous qui habitent à l’extérieur de Montréal, le fardeau est double : non seulement nous devons nous déplacer vers la métropole sans que nos frais d’hébergement et de déplacement ne soient remboursés, mais nous ne serons pas payé·e·s pour notre temps, notre énergie et notre travail si vous n’avez pas fait les démarches essentielles avant de nous inviter à votre événement ou dans votre école. La « visibilité » que vous prétendez donc nous offrir en nous invitant nous coûte très cher. Revenons donc à la peur dont nous parlions plus tôt : si nous ne payons pas pour « nous faire voir », nous serons d’autant plus invisibles; le travail gratuit nous plonge donc dans un cercle vicieux dont il est difficile de s’extraire.

À propos de la « marginalité » de certain·e·s d’entre nous

Les auteurs et autrices qui écrivent dans les marges (BIPOC, personnes LGBTQIA2S+, personnes vivant en situation de handicap, etc.) n’ont pas toujours accès aux mêmes ressources et aux mêmes réseaux d’entraide et sont donc maintenu·e·s dans une vulnérabilité toujours plus grande. Néanmoins, iels sont souvent sollicité·e·s comme « token » ou « personnes issues de la diversité » pour que l’événement ou le projet de publication ne soit pas trop homogène, et ce, sans égard aux enjeux esthétiques qui leur sont propres. De plus, l’exigence d’être la voix marginalisée dans un projet plutôt homogène force la personne minoritaire à défendre et justifier sa démarche artistique vis-à-vis de ses semblables, et ce, même si le projet est principalement le fruit de gens privilégiés. Il en résulte un processus où la personne marginalisée est antagonisée par ses semblables et ainsi encore plus vulnérabilisée. Nous disons qu’il faut repenser les critères sur lesquels on se base pour inviter les personnes racisé.e.s, issues des communautés LGBTQIA2S+, les personnes vivant en situation de handicap, etc., et faire en sorte que ces critères soient recentrés autour de leurs œuvres et de leur discours, et non de leur marginalisation ou de leur position à l’extérieur de la « norme » – à moins que tel soit clairement le sujet de leur travail de création. Si les éditeurs et éditrices, les directeurs ou directrices littéraires ou les organisateurs et organisatrices d’événements n’offrent pas de rémunération juste et adéquate à tout le monde, les personnes marginalisées, souvent, devront refuser en premier de participer au projet en raison des obstacles systémiques énumérés ci-dessus. Nous pensons ici notamment aux personnes vivant avec une maladie chronique, un handicap, ou en situation de pauvreté, et aux personnes marginalisées par leur conditions socioéconomiques ou en raison de leur identité et qui n’ont pas toujours accès aux mêmes réseaux d’entraide et de soutien que leurs pair·e·s plus privilégié·e·s. Nous pensons aussi à tous ces événements qui ont lieu dans des endroits qui ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite, aux personnes qui utilisent une aide à la mobilité (fauteuil, marchette, canne, etc.), et aux personnes vivant avec des maladies chroniques ou des insensibilités majeures. Il devient alors toujours plus difficile pour ces personnes de se libérer du temps pour écrire ou pour se déplacer. Ne pas leur offrir de rémunération pour leur travail ou leur présence à un événement est un geste violent qui reconduit les oppressions dont ces personnes sont victimes. Ainsi, le milieu littéraire reproduit le même, l’identique, et continue de fonctionner en vase clos.

Notre expérience nous a appris que trop souvent, ces personnes ne sont pas payées pour leur contribution artistique pour plusieurs raisons : on croit leur faire une fleur en leur donnant accès à une plateforme de notoriété malgré leur bas niveau de professionnalisation, sans prendre en compte le travail sans compensation juste qui leur est demandé. Leur lutte dans le champ social et dans le champ littéraire est alors doublement plus difficile. Il s’agit d’un obstacle supplémentaire pour ces personnes dans leur quête de professionnalisation; on croit que le simple fait de les inviter est un geste noble, quelque chose comme le devoir civique de représenter un point de vue, et que cette responsabilité rend inappropriée une compensation en argent. Il faut donc changer la philosophie par rapport aux enjeux de diversité et de représentation; nous estimons qu’il n’est plus du tout acceptable de s’appuyer sur une injustice matérielle pour atteindre la parité ou une certaine diversité (souvent symbolique) dans vos projets. La pauvreté est une violence. Vous ne pouvez vous targuer de réaliser un projet qui aspire à réduire les violences symboliques grâce à une représentation diversifiée si vous maintenez par là même une autre forme de violence en privant les personnes marginalisées de compensation juste pour leur temps et travail. Le changement de paradigme que nous appelons par cette déclaration nécessite que nous cessions d’applaudir certains projets pour la diversité des voix qu’ils mettent de l’avant si les participant·es marginalisé·es ne sont pas rémunéré·e·s.

À propos du contexte global

Nous vivons dans les suites de nombreuses séries de coupes budgétaires en culture en raison de politiques d’austérité (Harper, Charest, Couillard, etc.). Nos revendications croisent celles d’autres milieux artistiques. Il nous apparaît essentiel que le milieu littéraire soit financé, et bien (mieux) financé, afin d’éviter de reproduire l’oppression dont nous sommes victimes lorsqu’on nous sollicite pour du travail gratuit.

À cet effet, puisqu’on nous demandera sans doute de trouver des solutions, nous pensons notamment à la possibilité de mettre sur pied des programmes de subventions plus souples et plus nombreux. Les organismes subventionnaires mettent souvent l’accent uniquement sur les frais liés au déplacement (hébergement, transport, repas), et s’il nous reste 4 $ sur l’argent reçu, il faut immédiatement tout remettre — surtout ne pas avoir de compensation pour le temps que le déplacement nous a pris! Cela nous semble plutôt symptomatique du fait que l’écriture, la prise de parole, la participation des écrivain.e.s à différents événements ne soit jamais considérée comme un « vrai » travail (rémunéré). Cela dit, nuançons un peu : nous passons des heures innombrables à écrire, mais non pas à créer : nous devons sans cesse produire des demandes de subvention pour notre subsistance, ou encore pour nos déplacements. Ces nouveaux programmes plus souples que nous appelons de nos vœux pourraient nous

permettre, par exemple, d’écrire un texte court pour un magazine culturel ou pour une conférence à laquelle nous avons été invité·e·s, mais ne devraient en aucun cas faire reposer le fardeau de notre participation à un événement sur nos propres épaules. Nous l’avons dit : il existe des programmes de subvention pour les organismes qui souhaitent nous inviter chez eux, et nous pensons qu’il s’agit de leur responsabilité de s’assurer qu’ils pourront nous rémunérer et rembourser nos frais de déplacement. (Plus haut dans cette lettre, nous en avons énuméré quelques uns : nous vous invitons à cliquer sur les liens hypertexte qui vous mèneront là où vous trouverez les informations nécessaires pour demander le financement dont votre projet a besoin.)

Ajoutons finalement que certain·e·s d’entre nous travaillons — pas le choix, pour gagner notre vie en dehors des redevances que nous recevons — dans des métiers de l’édition, de la diffusion ou de la promotion de la littérature, tout en étant auteurs et autrices, et que même si nous n’en sommes pas moins dans la situation pénible qui est décrite tout au long de cette déclaration, nous pensons qu’il peut être utile de sensibiliser nos employeurs à l’épineuse question de la rémunération des autrices et auteurs. Nous encourageons par là-même toustes celleux qui le peuvent à le faire à rappeler, dans leurs réseaux professionnels, la dure réalité que nous dénonçons ici.

Nous sommes fatigué·e·s. Nous ne voulons plus agir en bénévoles de la culture. Vous nous dites parfois que tout cela est de notre faute comme nous avons choisi de « vivre de notre passion », que nous n’avons pas « de vraie job »… Nous savons pourtant que notre travail est essentiel, qu’une société sans ses écrivain·e·s ne peut pas survivre bien longtemps. Nous savons que ce que nous faisons a de la valeur. C’est pourquoi nous décidons de signer cette déclaration et que nous affirmons que le travail gratuit est inacceptable.

  1.  Personnes noires, autochtones ou racisées (Black, Indigenous, People of color).
  2.  Lesbiennes, gays, bisexuel·le·s, personnes trans*, queer/en questionnement, personnes intersexe ou intersexuées, personnes agenre/asexuelles ou autres, personnes bispirituelles, et plus.

Source : GoogleDoc et UNEQ.


L’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) tente de discréditer l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec (UNEQ) selon notre interprétation des propos rapportés dans l’article de Radio-Canada :

Il (Arnaud Foulon, président de l’ANEL) considère que l’UNEQ représente une minorité des écrivains et écrivaines et qu’elle compte surtout des membres parmi les personnes écrivant des romans, de la dramaturgie ou encore de la poésie. « Les éditeurs publient aussi des manuels ou des livres de cuisine, c’est une autre réalité pour les auteurs de ces ouvrages. Il faut respecter la bibliodiversité. » Source : Radio-Canada.

Compte tenu que la profession littéraire fut estimée à 1 510 écrivains au Québec en 2010 par l’Institut de la statistique du Québec et que l’Union des écrivaines et des écrivains québécois compte 1 600 membres, on ne peut pas affirmer que l’UNEQ représente  une minorité.

Je ne comprends pas cette sortie médiatique de l’ANEL alors que son président appelle à agir « de manière solidaire » (Radio-Canada). Je ne comprends pas également pourquoi l’ANEL récupère pour elle-même, pour son propre financement par l’État, la révision des lois sur le statut de l’artiste.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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