Semaine Hommage aux auteurs amateurs

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Semaine Hommage aux auteurs amateurs


Tous les articles de cet Hommage aux auteurs amateurs

1er février 2021 : Semaine Hommage aux auteurs amateurs.

2 février 2021 : Des « univers de consolation ». Note sur la sociologie des écrivains amateurs, Valérie Stiénon, COnTEXTES

3 février 2021 : Comptes rendus : Aux frontières du champ littéraire, sociologie des écrivains amateurs, C. F. Poliak, Économica, Dominique Pasquier

4 février 2021 : Aux frontières du champ littéraire – sociologie des écrivains amateurs, un compte-rendu par Alain Viala

5 février 2021 : Écrivaines amateurs et écritures biographiques en ateliers d’écriture, Sylvia Faure, SociologieS


Les auteurs amateurs, ceux et celles qui écrivent et publient à loisir, sans aucune ambition pécuniaire, se retrouvent souvent l’objet de sévères critiques formulées par bon nombre d’agents de l’Institution québécoise de la littérature, notamment les milieux traditionnels de l’édition, les universitaires et les critiques. Au moindre jugement négatif des auteurs amateurs, je monte au créneau, parfois même en me trompant dans mon interprétation des propos tenus. Ce fut le cas récemment avec ma critique de la série de l’article Autobiographie, se raconter pour revivre signé par Catherine Lalonde et paru dans l’édition du 4 janvier dernier du quotidien Le Devoir. Je me suis emporté et j’ai dû supprimer ma critique. Tout cela pour vous dire que j’ai l’épiderme hypersensible face à toutes les critiques des auteurs amateurs et même les critiques que ne le sont qu’en apparence.

Je cumule près de 20 ans d’expérience auprès des auteurs amateurs à titre président éditeur de la Fondation littéraire Fleur de Lys, le pionnier québécois de l’édition en ligne avec impression papier à la demande (un exemplaire à la fois à la fois à la demande expresse de chaque lecteur). Jusqu’en 2003, le Québec ne comptait aucun éditeur librairie en ligne sur le web avec la possibilité de télécharger un exemplaire numérique ou de commander un exemplaire papier. Non seulement, la Fondation littéraire a été pionnière dans ce domaine mais elle fut aussi la première entreprise à choisir la forme juridique sans but lucratif proposée par les auteurs intéressés par le projet. Ainsi, le but de la Fondation littéraire Fleur de Lys n’est pas d’enrichir des actionnaires mais plutôt de réinvestir tous ses bénéfices dans ses activités destinées aux auteurs amateurs. L’organisme a pu se doter d’une mission d’éducation populaire auprès des auteurs. Nous connaissons tous les difficultés des novices tentant de s’introduire dans le monde du livre, peu importe le type d’édition. Nos centres d’information et les nombreux articles de notre magazine en ligne en ligne traitant du droit d’auteur, du numéro ISBN, du dépôt légal et du nouveau monde du livre répondent à la demande des auteurs amateurs.

Grâce au travail bénévole, la Fondation littéraire Fleur de Lys a introduit un nouveau type d’édition, un hybride de l’autoédition et de l’édition à compte d’auteur baptisée « édition participative ». L’auteur et l’éditeur partagent les coûts de l’édition et de l’infrastructure de vente en ligne. Habituellement, l’auteur assume à lui seul tous les frais dans le cadre de l’autoédition et de l’édition à compte d’auteur. Avec l’édition participative, la Fondation littéraire Fleur de Lys assume une partie des frais de l’édition, de la publication et de la vente en ligne. Nous avons opté pour des forfaits à prix fixe avec différentes options d’édition et de publication. Il s’agit d’une autre nouveauté proposée par la Fondation littéraire Fleur de Lys car, peu importe le nombre de pages du manuscrit et du livre final, peu importe l’ampleur du travail, tous les auteurs amateurs déboursent le même montant forfaitaires. Il en va de même pour les lecteurs puisque les exemplaires des livres sont offerts à un prix fixe, à quelques exceptions près. Les livres profitables supportent les livres déficitaires. Bref, nous formons une communauté d’auteurs et de lecteurs partageant leurs ressources pour assurer une certaine démocratisation de l’accès à l’édition.

Dès le départ, l’Institution québécoise de la littérature nous a reproché de vouloir éditer tout et n’importe quoi. Pourtant nous avions déjà mise de l’avant une politique éditoriale stricte et un Comité de lecture chargé de son application. Si, comme nous le soulignait Christian Mistral, « tout œuvre achevée mérite d’être publiée », il faut respecter les attentes des lecteurs. Personne ne veut du « tout et n’importe quoi ». Imposer une politique éditoriale et un Comité de lecture dans le monde de l’autoédition, de l’édition à compte ou de l’édition participative fut une autre nouveauté introduite par la Fondation littéraire Fleur de Lys. Toutes ces nouveautés s’inspiraient des critiques faites par les auteurs amateurs en d’autres pays où l’édition en ligne prenait son envol. La Fondation a corrigé les défauts relevés par ces auteurs dans les différentes offrent de services en Europe et aux États-Unis d’Amérique. Cette semaine en hommage aux auteurs amateurs s’inscrit en réponse aux trop nombreuses critiques de leurs loisirs littéraires.

À partir d’une enquête sur les participants à un concours de nouvelles, Claude F. Poliak rend compte du monde de ceux que l’on désigne souvent comme « écrivains amateurs ». En retenant cette appellation, il ne s’agit pas d’entériner une coupure irréductible entre amateurs et professionnels comme si elle allait de soi. Il s’agit plutôt de prendre au sérieux les aspirations exprimées, les pratiques mises en œuvre, les stratégies déployées par ceux qui s’adonnent à l’écriture dans l’espoir d’être un jour édités. Chacun à leur manière, ils expriment le « rêve » d’être écrivain, dont le réalisme ou l’irréalisme dépendent de leurs chances objectives d’être publiés. Si certaine(e)s, qui évaluent mal leur capital culturel, ne voient dans leurs échecs qu’un effet de l’arbitraire, la plupart « jouent à être écrivains » en sachant qu’ils jouent. Ils jouent sans se prendre au sérieux, lorsqu’ils envoient, sans illusion, des manuscrits chez des éditeurs reconnus. Ils jouent, sérieusement, lorsqu’ils cherchent une forme de consécration « à leur mesure » en se confrontant à des alter ego. Les chances d’accès des profanes au champ littéraire sont infimes, mais, avec le développement des politiques culturelles, des « simili-champs littéraires » ont ainsi pu se constituer et satisfaire les besoins de reconnaissance des amateurs dans des espaces « faits pour eux », qui les « appellent » et qu’ils contribuent, pour certains, à construire et à perpétuer. Comme les écrivains « vrais », les prétendants au titre d’écrivains s’orientent dans ces espaces, et « adaptent » leur production en fonction de la perception qu’ils ont des possibilités qui s’offrent à eux.

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À partir d’une enquête sur les participants à un concours de nouvelles, Claude F. Poliak rend compte du monde de ceux que l’on désigne souvent comme « écrivains amateurs ». En retenant cette appellation, il ne s’agit pas d’entériner une coupure irréductible entre amateurs et professionnels comme si elle allait de soi. Il s’agit plutôt de prendre au sérieux les aspirations exprimées, les pratiques mises en oeuvre, les stratégies déployées par ceux qui s’adonnent à l’écriture dans l’espoir d’être un jour édités. Chacun à leur manière, ils expriment le « rêve » d’être écrivain, dont le réalisme ou l’irréalisme dépendent de leurs chances objectives d’être publiés. Si certaine(e)s, qui évaluent mal leur capital culturel, ne voient dans leurs échecs qu’un effet de l’arbitraire, la plupart « jouent à être écrivains » en sachant qu’ils jouent. Ils jouent sans se prendre au sérieux, lorsqu’ils envoient, sans illusion, des manuscrits chez des éditeurs reconnus. Ils jouent, sérieusement, lorsqu’ils cherchent une forme de consécration « à leur mesure » en se confrontant à des alter ego. Les chances d’accès des profanes au champ littéraire sont infimes, mais, avec le développement des politiques culturelles, des « simili-champs littéraires » ont ainsi pu se constituer et satisfaire les besoins de reconnaissance des amateurs dans des espaces « faits pour eux », qui les « appellent » et qu’ils contribuent, pour certains, à construire et à perpétuer. Comme les écrivains « vrais », les prétendants au titre d’écrivains s’orientent dans ces espaces, et « adaptent » leur production en fonction de la perception qu’ils ont des possibilités qui s’offrent à eux.

Cette semaine nous rendons un Hommage aux auteurs amateurs. Il s’inspire de ma lecture du livre Aux frontières du champ littéraire. Sociologie des écrivains amateurs signé par la sociologue Claude Fossé-Poliak et publié en 2006 aux Editions Economica (illustration ci-dessus). Ce livre m’a fait un bien énorme parce que, pour la première fois, je lis une analyse objective au sujet des auteurs amateurs, loin des discriminations dont ils sont habituellement l’objet. J’ai déjà dénoncé cette discrimination des auteurs amateurs dans plusieurs de mes articles dans ce magazine.

Claude F. Poliak est sociologue. chercheure au CNRS. Elle est membre du Centre de sociologie européenne (CNRS/EHESS) et travaille depuis plusieurs années sur les « les rapports profane à la culture » : autodidaxie, sociologie de la lecture, sociologie de l’écriture. Outre de nombreux articles, elle a notamment publié La vocation d’autodidacte (L’Harmattan, 1992), Histoires de lecteurs, avec G. Mauger et B. Pudal (Nathan, 1999). Source : Quatrième de couverture, Aux frontières du champ littéraire – Sociologie des écrivains amateurs (2006). Illustration ci-dessous.

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Le livre Aux frontières du champ littéraire. Sociologie des écrivains amateurs m’a libéré d’un poids que je portais sur mes épaules depuis plusieurs années en raison de cette discrimination quasi-systématique des auteurs amateurs dans les grands de la part de bon nombre d’universitaires, journalistes et chroniqueurs de nos médias et tous les autres agents de l’Institution de la littérature au Québec.

Il faut d’emblée mettre dans un monde à part la presse régionale hebdomadaire qui honore sa mission de faire connaître les auteurs locaux, même si ces derniers s’autoéditent. Il n’y a là aucune discrimination.

Dans son livre Aux frontières du champ littéraire. Sociologie des écrivains amateurs, la sociologue Claude Fossé-Poliak écrit :

De cette présentation schématique et nécessairement réductrice, retenons l’existence d’auteurs autodidactes issus de milieux populaires qui n’ont pas quitté leur univers d’origine ou qui se sont peu déplacés dans l’espace social et celle de transfuges, d’intellectuels de première génération qui, les uns comme les autres, ne disposent pas des ressources nécessaires pour pouvoir accéder au champ littéraire, ce qu’ils n’ignorent généralement pas. Il y a, bien sûr, des exceptions : quelques agrégé(e)s de lettres, fils ou filles d’enseignants ou de cadres supérieurs dont rien n’assure qu’ils ne sont pas des prétendants « sérieux ». Quant aux autres, nombre d’entre eux parviennent à exister — plus ou moins bien — dans un espace « fait pour eux », pour autant qu’ils soient parvenus a cerner leur champ des possibles littéraires. Les quelques figures d’érudits locaux en sont un exemple. Reste que ces écrivains d’intention partagent avec les « vrais » écrivains un certain nombre de caractéristiques, voire de capitaux, qui permettent de rendre compte de leur disposition à l’expression littéraire, mais dont le volume ou la « qualité » les vouent à l’obscurité. Par ailleurs, les motifs qu’il invoquent pour rendre compte de l’activité littéraire à laquelle ils s’adonnent et des fonctions qu’ils prêtent à l’écriture les distinguent moins qu’on pourrait le supposer des écrivains « reconnus ».

Poliak, Claude F., Aux frontières du champ littéraire. Sociologie des écrivains amateurs, chapitre Des prétendants démunis, Editions Economica, 2006, p. 95.

La sociologue note que les prétendants au statut d’auteur amateur ou d’écrivains « reconnus » n’ignorent généralement pas qu’ils ne disposent pas des ressources nécessaires pour pouvoir accéder au champ littéraire. Ainsi, j’ajouterai que tous les auteurs amateurs ne sont pas à l’image décrite par certains médias et universitaires québécois. Ils ne rêvent pas sans connaître leurs limitent. Pour autant, ils ne s’interdisent pas de rêver, souvent à échelle réduite de leurs succès auprès de leurs proches ou même de leurs concitoyens de leur région. Les auteurs amateurs savent fort qu’ils écrivent à loisir et non pas pour en faire une occupation à temps plein. Il faut toujours distinguer les auteurs amateurs des auteurs entrepreneurs, ces derniers visant une éventuelle carrière. À la question « Pourquoi écrivez-vous ? » la sociologue rapporte de nombreux témoignages. Elle précise :

« La période de l’enfance et de l’adolescence apparaît ainsi comme un moment décisif de l’entrée en écriture pour un quart des auteurs de manuscrits envoyés à l’occasion de ce concours (12% lient explicitement, et souvent sous la forme de l’évidence, adolescence et écriture), moment fondateur qui n’est pas non plus le seul apanage des profanes.»

Poliak, Claude F., Aux frontières du champ littéraire. Sociologie des écrivains amateurs, chapitre Pourquoi écrivez-vous? Editions Economica, 2006, p. 102.

Je retiens trois témoignages :

« J’ai eu une jeunesse difficile… pour justement me recréer un autre monde, un monde à moi, que ne soit pas celui qu’on voulait m’imposer, qui me semblai menteur… » (Prix Goncourt)

« Je pense que je me suis mis à écrire pour de très mauvaise raison. Probablement parce que j’étais assez fâché entre dix-huit et vingt ans ; assez fâché avec la vie réelle, que je n’aimais pas. Écrire était le plus court chemin pour corriger la réalité. » (Prix Fémina)

« C’est l’inadéquation entre la vie au quotidien et les rêves… J’écris, je dirais depuis l’âge de treize ou quatorze ans. Dès cette époque, je ne me sentais pas forcément à l’aise dans la vie telle qu’elle était… Je me renfermais… L’écriture c’est un exutoire… et ça m’a permis aussi d’aller un peu au bout de certaines choses. » (technicien, BST, recueil de poèmes à compte d’auteur).

Poliak, Claude F., Aux frontières du champ littéraire. Sociologie des écrivains amateurs, chapitre Pourquoi écrivez-vous? Editions Economica, 2006, p. 103.

P.S.: BST = Brevet de technicien supérieur.

Je me reconnais dans cette observation liant « adolescence et écriture ». J’ai écrit mes premiers poèmes à l’adolescence. Ils furent publiés dans la revue des Anciens du collège que je fréquentais. Je les ai lus à la radio locale. Ils furent aussi publié dans l’hebdomadaire local où je signais une chronique de poésie. Et à la fin de mes études secondaires, j’étais membre de la Société des poètes canadiens-français au sein de laquelle j’assumais le rôle de directeur du concours national de poésie. De plus, j’ai publié deux recueils (plaquettes) de poésie et une revue étudiante de poésie avec la complicité de mon collège. Lors de la quatrième année de mes études secondaires, j’ai effectué mon choix de carrière en mettant dans la balance, les nombres et l’alphabet. J’ai opté pour l’alphabet. Aujourd’hui âgé de 63 ans, je soutiens que l’écriture a fait et fait encore partie de tous mes succès depuis 50 ans. Personnellement, je m’attendais donc à intéresser les jeunes et leurs écrits lors du lancement de notre maison d’édition en ligne (Fondation littéraire Fleur de Lys) en 2003 mais ce ne fut pas le cas. Ce sont les pré-retraités et les retraités qui furent les plus nombreux à nous soumettre leurs manuscrits. Sans doute parce que les jeunes étudiants québécois sont déjà débordés de travaux de toutes sortes dans leur parcours scolaire. Sans doute aussi parce que l’écriture à l’adolescence est très souvent intime, si intime que le secret s’impose, notamment pour le journal personnel.

Selon les données de l’Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, le groupe d’âge de 15 à 24 ans est celui qui s’adonne le plus à la pratique de l’Écriture en amateur de poèmes, d’histoires, de romans ou d’un journal personnel (voir tableau ci-dessous).

Les pratiques culturelles au Québec en 2009 – Recueils statistiques

Cliquez sur le tableau pour agrandir

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À la question «Diriez-vous que vous pratiquez les activités suivantes: écrire des poèmes, des histoires, des romans, un journal personnel souvent, quelquefois, rarement ou jamais?», 24.5% des des personnes interrogées lors de l’enquête Les pratiques culturelles au Québec en 2009 par groupes sociaux (publiée en 2011) répondent par l’affirmative. De 1999 à 2009, le nombre de Québécois s’adonnant à l’écriture en amateur est donc passé de 16,3% à 24.5%, une augmentation de 8.1%. Source : Le peuple en écriture : près d’un Québécois sur quatre s’adonnent à l’écriture en amateur de poèmes, de romans ou d’un journal personnel

Publier un premier livre à la retraite, c’est le rêve que plusieurs aînés ont réalisé depuis le début de la pandémie, grâce à l’auto-édition

Les journalistes et les chroniqueurs culturels, agents à part entière de l’Institution de la littérature, sont peu familiers avec le monde de l’autoédition. Dans ce reportage de Radio-Canada, on peut voir le site web de l’entreprise Carte Blanche :

Carte Blanche présente son offre en ces mots : « Édition à compte d’auteur et service complet d’édition ». Or, l’édition à compte d’auteur est différente de l’autoédition.

Faire affaire avec Carte blanche, c’est remettre entre les mains de professionnels toutes les étapes de la fabrication et de la distribution de votre livre. Chez Carte blanche, le résultat sera à la hauteur de vos espérances.

Source : CARTE BLANCHE.

À l’opposée, avec l’autoédition, c’est l’auteur qui contracte les services dont il a besoin. Pourquoi le journaliste de Radio-Canada ne fait-il pas la différence ? Parce qu’il vient de s’aventurer dans un monde qu’il ne connaît pas et qu’il ne s’est pas donné la peine de connaître. Dommage.

Claude F. Poliak, parlant des auteurs amateurs, écrit ceci dans la conclusion de son livre :

Chacun à leur manière, ils expriment une « rêve » – en l’occurrence celui d’être écrivain -, dont le réalisme ou l’irréalisme est à rapporter à leurs chance objectives de la réaliser. Il serait facile de railler des aspirations manifestement décrocher de la réalité : si certain(e)s, qui évaluent mal leur capital culturel, ne voient dans leurs échecs qu’un effet de l’arbitraire et de l’injustice qui les frappent en refusant de les reconnaître comme écrivains, la plupart « jouent à être écrivains » en sachant qu’ils jouent. Ils jouent, sans se prendre au sérieux, lorsqu’ils envoient, sans illusion, des manuscrits chez Gallimard. Ils jouent, sérieusement, en y croyant, lorsqu’ils cherchent une forme de consécration « à leur mesure » en se mesurant à des alter égo. L’exercice de la littérature en amateur est un jeu social comme un autre doté d’enjeux et supposant une croyance.

Poliak, Claude F., Aux frontières du champ littéraire. Sociologie des écrivains amateurs, Conclusion, Editions Economica, 2006, p. 303.

En 2006, les expressions « auteurs amateurs » et « écrivains amateurs » ne posaient pas véritablement de problèmes en France, là où Claude F. Poliak a réalisé son étude. En décidant de retenir le sous-titre « Sociologie des écrivains amateurs », elle ne soulevait pas de polémique. Aujourd’hui, l’usage des mots « écrivain » et « amateur », le second qualifiant le premier, soulève des questions quant au monopole du statut d’écrivain dévolu d’emblée à l’Institution de la littérature, notamment à ceux et celles édités par l’industrie traditionnelle du livre et reconnus par leurs pairs. Ainsi, l’expression « auteur amateur » s’avère plus acceptable de nos jours, question de ne pas irriter les écrivains de profession (ou de métier).

Soulignons aussi la mise de l’avant des expressions « auteur indépendant », « auteur entrepreneur » et « auteur autonome ». La première désigne les auteurs optant pour l’autoédition sans distinction. La seconde concernent les auteurs amateurs aspirant à une carrière professionnelle ou avec des ambitions pécuniaires. Elle cible également les auteurs amateurs qui entreprennent de fonder et de gérer leur propre maison d’édition. La troisième se rapporte aux « écrivains de la relève, aux écrivains professionnels et à tous ceux qui ont besoin d’informations sur le milieu du livre et le métier d’écrivain » (Union des écrivaines et des écrivains québécois – UNEQ). Si votre démarche s’inscrit dans une pratique culturelle en amateur, l’expression « auteur autonome » ne vous concerne pas. Le groupe des « auteurs amateurs » se compose donc des gens qui, comme vous et moi, écrivent et publient leurs œuvres à loisir, sans ambition pécuniaire. Nous nous inscrivons dans les pratiques culturelles en amateurs et, plus spécifiquement dans la catégorie « loisirs littéraires ». Nous sommes, comme l’observe la sociologue Claude Fossé-Poliak, aux frontières du champ littéraire. Pour l’Institution de la littérature nous nous situons probablement en dehors du champ littéraire lui-même ou, si vous préférez, juste de l’autre côté de la barrière, question de protéger son monopole de l’usage du qualificatif « littéraire ». Mais toutes ces distinctions importent peu à l’auteur amateur parce qu’il est loin, aux frontières du champ littéraire, du centre des débats à son sujet et au sujet de ses œuvres au sein de l’Institution de la littérature. En fait, l’auteur amateur ne cherche pas longtemps à percer le mur de béton aux limites du champ littéraire. Le monde du livre demeure opaque pour celui ou celle qui jette un coup d’œil de l’autre côté du mur. L’auteur amateur n’est pas naïf pour autant. Il connaît sa place. À l’instar de ses pairs s’adonnant à des pratiques culturelles en amateur, ses ambitions et ses rêves sont teintés d’un réalisme raisonné.

Tous les articles de cet Hommage aux auteurs amateurs

1er février 2021 : Semaine Hommage aux auteurs amateurs.

2 février 2021 : Des « univers de consolation ». Note sur la sociologie des écrivains amateurs, Valérie Stiénon, COnTEXTES

3 février 2021 : Comptes rendus : Aux frontières du champ littéraire, sociologie des écrivains amateurs, C. F. Poliak, Économica, Dominique Pasquier

4 février 2021 : Aux frontières du champ littéraire – sociologie des écrivains amateurs, un compte-rendu par Alain Viala

5 février 2021 : Écrivaines amateurs et écritures biographiques en ateliers d’écriture, Sylvia Faure, SociologieS

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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