Les bars et les cafés alimentent aussi notre créativité

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Les bars et les cafés alimentent aussi notre créativité

Korydon Smith, University at Buffalo; Kelly Hayes McAlonie, University at Buffalo, and Rebecca Rotundo, University at Buffalo

Tandis que la pandémie contraint des milliers de petits commerces à fermer temporairement ou à mettre la clé sous la porte, les conséquences de la disparition du bistrot du coin vont au-delà de la simple perte économique.

Elles impliquent aussi une perte collective de créativité.

Des chercheurs ont montré comment la pensée créative pouvait être cultivée grâce à des habitudes simples : faire de l’exercice physique, dormir suffisamment, lire, etc. Mais les échanges non planifiés avec des amis proches, des connaissances ou de parfaits inconnus sont aussi un catalyseur de créativité. La fermeture des cafés (et des bibliothèques, salles de sport et musées) nous prive de ces occasions.

Bien sûr, toutes les rencontres fortuites ne génèrent pas des idées géniales. Pourtant, quand nous passons d’un lieu à un autre, chacune de nos interactions sociales plante une petite graine qui, en germant, peut devenir une nouvelle source d’inspiration.

Quand nous sommes privés des rencontres et des moments d’observation qui titillent notre curiosité, de nouvelles idées, petites ou grandes, restent dans les limbes.

Ce n’est pas la caféine qui fait la différence, mais les gens

On a souvent l’impression que les idées et les œuvres d’artistes, d’écrivain·e·s et de scientifiques reconnu·e·s sont le fruit de leur seul esprit. Or c’est faux. Même les idées des poète·sse·s, des mathématicien·ne·s et des théologien·ne·s les moins sociables sont issues de débats plus vastes avec leurs pairs ou constituent des réactions au monde extérieur.

Comme l’écrit l’auteur Steven Johnson dans Where Good Ideas Come From (D’où viennent les bonnes idées), la « meilleure façon d’avoir une bonne idée, ce n’est pas de rester assis tout·e seul·e dans sa tour d’ivoire en essayant d’avoir des pensées grandioses » mais d’« aller se balader », de « garder l’esprit ouvert aux heureux effets du hasard » et de « fréquenter les cafés et autres débits de boisson où l’on peut rencontrer du monde ».

Tout comme les auteur.trice·s d’aujourd’hui utilisent parfois les cafés comme un second bureau, c’est dans les salons de thé et les cafés de Londres au XVIIIe siècle qu’est né le Siècle des Lumières. Les gens sentaient déjà instinctivement qu’ils étaient « plus productifs et plus créatifs quand ils travaillaient dans les cafés », assure David Burkus, auteur de The Myths of Creativity (Les Mythes de la créativité). Comme les études le montrent, ce n’est pas la caféine qui fait la différence ; ce sont les gens. Le simple fait d’être entouré·e de personnes qui travaillent peut nous encourager à en faire de même.

A painting of a cafe with tables and people closely packed together.
Bondés, chaotiques et riches d’inspiration.
Heritage Images via Getty Images

En d’autres termes, la créativité est sociale.

Elle est aussi contextuelle. L’environnement bâti joue un rôle méconnu mais crucial. Au Royaume-Uni, par exemple, des chercheurs en architecture ont découvert que l’ergonomie de la salle de classe avait un impact sur le rythme d’apprentissage des élèves. Certaines caractéristiques de la pièce, comme le mobilier ou l’éclairage, jouent un rôle aussi important que les enseignants. Dans les cafés, la créativité est elle aussi affectée par la décoration et l’ameublement.

Concevoir un environnement propice à la créativité

Les bâtiments influent sur un grand nombre de facultés humaines. La température et l’humidité, par exemple, affectent notre capacité à nous concentrer. La lumière du jour a un effet positif sur la productivité, la gestion du stress et le système immunitaire. Quant à la qualité de l’air, déterminée par les systèmes de climatisation et la composition chimique du mobilier et des matériaux d’intérieur comme la moquette, affectent à la fois notre santé respiratoire et notre santé mentale. On a même établi un lien entre l’architecture et le bonheur.

De la même façon, un café bien pensé stimule la créativité – et les rencontres imprévues peuvent être source d’innovation.

Deux établissements récents, le Kilogram Coffee Shop en Indonésie et le Buckminster’s Cat Café à Buffalo, dans l’État de New York, aux États-Unis, ont été conçus avec ce type d’interactions à l’esprit.

Ceiling-to-floor windows and compact tables are features of the cafe.
Le Buckminster’s Cat Cafe à Buffalo, dans l’État de New York, aux États-Unis.
Florian Holzherr, Author provided

Leur disposition horizontale et ouverte encourage les gens à se regrouper, augmentant ainsi les chances de faire de nouvelles rencontres. Le mobilier léger aux formes géométriques permet aux clients de disposer les sièges selon leurs préférences et s’adapte aux groupes de tailles variables, par exemple quand un ami arrive à l’improviste. L’un et l’autre disposent de vues sur l’extérieur, ce qui contribue à une sensation de calme et offre des occasions propices à la rêverie. Le bruit ambiant est modéré, ce qui induit une disfluence cognitive, c’est-à-dire un état de profonde réflexion.

Retrouver l’âme des cafés

Beaucoup de cafés se limitent actuellement à la vente à emporter pour pouvoir rester ouverts. Tous ont dû faire face à la tâche difficile d’appliquer les gestes barrières tout en préservant l’atmosphère de leur établissement, dans les périodes de déconfinement. Certains éléments, comme l’éclairage, peuvent facilement être conservés tels quels tout en respectant la distanciation sociale et les autres mesures de sécurité. D’autres, comme les sièges faciles à déplacer pour encourager la collaboration, posent davantage de problèmes.

Bien que ces ajustements permettent aux établissements de rester ouverts et d’assurer la sécurité des clients, ils vident aussi ces lieux de leur âme.

Selon le philosophe Michel de Certeau, les espaces que nous occupons servent de toile de fond sur laquelle se dessine l’« ensemble de possibilités » et d’« improvisations » de la vie quotidienne.

Quand les échanges sociaux sont strictement numériques, ces possibilités deviennent limitées. Les conversations sont prévues à l’avance, et les apartés qui précèdent ou suivent une réunion ou un événement quelconque ne sont plus possibles. Lors des réunions en visioconférence, les participants s’adressent à tout le monde ou à personne.

Les propriétaires de cafés, leurs employés et leurs clients attendent avec impatience la fin de la pandémie. Car, même si les gens s’arrêtent au café du coin sous prétexte de prendre leur dose de caféine, ce qui les attire vraiment dans ce lieu, c’est sa convivialité et son animation.


Traduit de l’anglais par Iris Le Guinio pour Fast ForWordThe Conversation

Korydon Smith, Professor of Architecture and Co-Founder of Global Health Equity, University at Buffalo; Kelly Hayes McAlonie, Adjunct Instructor of Architecture, University at Buffalo, and Rebecca Rotundo, Associate Director of Instructional Design, University at Buffalo

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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