Votre éditeur prend position : discrimination des auteurs amateurs

votre-editeur-prend-position-1200

La discrimination des auteurs amateurs

Serge-André Guay, auteur amateur, Lévis, Québec, Canada

Les agents de l’Institution littéraire québécoise discriminent les auteurs amateurs sous de fausses perceptions de leurs loisirs littéraires, de l’écriture à la publication en autoédition. À l’opposée de l’idée reçue, les auteurs amateurs dont je suis ne se réclament d’aucun milieu littéraire reconnu et encore moins de s’arroger le statut d’écrivain. Nous demeurons, le temps d’une ou plusieurs œuvres, de simples adeptes d’une pratique culturelle en amateur et nous en sommes fiers.

Interrogé par la journaliste Catherine Lalonde dans le cadre de sa série d’articles sur l’écriture de soi, Simon Harel, spécialiste des récits de soi et autobiographies à l’UQAM[1], soutient, face aux services d’aide à la rédaction et à la publication d’autobiographie : « Là, on tente de donner à des gens qui vont passer par l’histoire orale l’impression qu’ils sont devenus des auteurs, en leur vendant un livre relié avec leur nom sur la couverture. » (Autobiographie, se raconter pour revivre, Catherine Lalonde, 4 janvier 2021, LE DEVOIR)[2]. Mme Lalonde a déjà noté dans son article, à la lumière des spécialistes qu’elle a consultés, que « Les réserves naissent du jeu sur l’apparence de livre professionnel, sur l’apparence — fausse — d’autobiographie, sur la rapidité du processus. »

Et alors ? Qu’est-ce que ça peut bien faire si le résultat offre l’apparence de livre professionnel ?

Et qu’est-ce que ça peut bien faire si nous avons l’impression d’être devenus des auteurs ?

Nous ne sommes pas dupes. Nous connaissons notre place et notre statut. Nous ne nous prenons pas pour des auteurs parce que nous avons en main un tel exemplaire! C’est plutôt parce que nous avons consacré des heures et des heures, des jours et des jours, des semaines voire des mois à l’écriture que nous nous reconnaissons comme un auteur, un auteur amateur, sans prétention, même si la joie de tenir entre nos mains un tel exemplaire nous trahit. Nous éprouvons un sentiment du devoir accompli comme toutes personnes qui s’adonnent à des pratiques culturelles en amateurs à la vue de leurs œuvres qu’ils ont eu le courage de compléter.

Nous ne nous promenons pas en clamant « Je suis un auteur, je suis un auteur… », mais plutôt « J’ai écrit… » C’est pour dire que nous ne nous bombons même pas le torse sur notre statut d’auteur amateur, souvent éphémère parce qu’acquis de la publication d’une seule œuvre.

Aussi, nous nous distinguons des « auteurs entrepreneurs » (autonomes[3]) dont la démarche affiche des ambitions pécuniaires et même une aspiration avouée à une carrière professionnelle. À contrario, les pratiques de l’auteur amateur demeurent un simple loisir.

Notre connaissance limitée du fonctionnement du monde du livre ne nous permet pas de prétendre nous y inscrire. Le passage de nos œuvres à l’objet livre a pour seul objectif de les partager avec nos familles, nos amis et quelques lecteurs à portée de main ou d’un clic. Souvent intimes, nous ne souhaitons pas à nos œuvres une large distribution si ce n’est une accessibilité sur le web pour y référer nos lecteurs. Voilà pourquoi nous n’envisageons pas de soumettre nos œuvres à des éditeurs traditionnels, ce qui témoigne de nos attentes.

Un débat s’articule autour de l’usage des mots « autoédition » et « autopublication ». Certains agents de l’Institution de la littérature réduisent nos efforts à une simple autopublication, car, disent-ils, l’auteur amateur ne fait aucun travail éditorial comparable à celui d’un éditeur traditionnel. C’est vrai. Mais nous ne sommes pas pour autant la seule personne à juger nos œuvres; nous disposons de plus d’un regard pour nous conseiller. Et d’autre part, nous suivons volontairement les guides mis à notre disposition par des professionnels. De plus, nous confions nos œuvres à des services spécialisés en autoédition par souci de qualité et par respect de l’objet livre. Nous voulons que les exemplaires de notre livre soient les plus professionnels possible même si ce n’est qu’en apparence, peu importe que les experts parlent d’autopublication ou d’autoédition ou encore d’édition hors édition.

Nous sommes souvent les artisans de la confection de la maquette à soumettre à l’imprimeur. Nous ne disposons pas des logiciels professionnels de la grande édition et nous ne connaissons pas toutes les normes typographiques, nous usons au mieux de nos traitements de texte pour soigner la mise en page afin de ne pas décevoir nos lecteurs.

La discrimination dont nous souffrons s’étend jusqu’à la bibliothèque locale qui refuse d’acheter un exemplaire de notre livre en raison de la Loi du livre[4] qui les oblige à effectuer tout achat auprès des librairies agréées. Discriminés par force de loi, nous ne pouvons pas inscrire nos œuvres dans le patrimoine littéraire local.

Enfin, le Groupe de recherches et d’études sur le livre au Québec[5] (Université de Sherbrooke) s’accorde avec le chercheur belge Jacques Dubois pour qualifier nos œuvres de « littérature sauvage »[6]. Dans le cadre historique québécois, le qualificatif « sauvage » possède un lourd passé négatif par son association aux « indiens », deux mots bannis de notre vocabulaire.

Nous, les auteurs amateurs, sommes déjà passablement discriminés sans que des universitaires en rajoutent une couche.


[1] Lien : https://professeurs.uqam.ca/professeur/harel.simon/

[2] Lien : https://www.ledevoir.com/lire/592642/livres-autobiographie-se-raconter-pour-revivre

[3] Lien : https://www.uneq.qc.ca/services/auteur-autonome/

[4] Lien : https://www.mcc.gouv.qc.ca/index.php?id=4385

[5] Lien : https://www.usherbrooke.ca/grelq/

[6] Lien : https://www.erudit.org/fr/revues/memoires/2016-v8-n1-memoires02805/


Réponse de la journaliste Catherine Lalonde, Le Devoir

Monsieur,

Vous détournez les propos de M. Harel.

Le contexte pourtant est clair dans l’article (c’est moi qui souligne):

«Aujourd’hui, des entreprises privées, comme Mémorial éditions ou Mabiographie.ca, offrent désormais un service sur mesure d’écriture et d’édition de biographies, imprimées en toute petite quantité, qui prend les apparences des autobiographies professionnelles. Des initiatives qui laissent les spécialistes consultés perplexes. Comme archives familiales, pourquoi pas ? disent certains. « Je crois aussi à la littérature comme art et métier », indique Nicolas Lévesque. « Un artiste qui fait un portrait de nous, avec les codes, la technique, ça peut être plus fort. Quelqu’un parfois peut parler à notre place, mieux que nous. »

Les réserves naissent du jeu sur l’apparence de livre professionnel, sur l’apparence — fausse — d’autobiographie, sur la rapidité du processus.»

On ne parle donc pas, et M. Harel non plus, d’auteurs amateurs, mais bien de gens qui n’ont pas écrit une seule ligne; qui ont raconté leur vie à un rédacteur qui l’a écrite à leur place, sans aucune reconnaissance finale pour ce rédacteur-là.

C’est ce service-là que commente M. Simon Harel.

Bonne fin de journée, merci de lire Le Devoir,

Catherine Lalonde

Reporter


Réponse de Simon Harel

Monsieur,

Je n’ai pas répondu à vos courriels.

Je ne m’engagerai pas dans un débat au sujet de vos affirmations quant à ce que le journaliste du Devoir a rapporté de mes propos.

Je vous ai bloqué sur mon compte Gmail.

Vous intervenez dans le cercle de ma profession.

Vous troublez ma quiétude et mon droit à une vie privée exempte d’interpellations répétées.

J’ai été interrogé par le Devoir à titre d’expert et de professeur titulaire spécialiste du domaine autobiographique.

Mon intervention était de nature professionnelle et se trouve protégée par la liberté académique qui est affirmée par la Charte de mon université et défendue par mon syndicat.

J’ai les éléments en main qui m’autorisent à vous poursuivre pour harcèlement moral et diffamation.

Ceci est le premier et dernier avis que vous recevrez.

Bien à vous,

Simon Harel


Réponse de Alexis Lussier, Directeur du département d’études littéraires, Université du Québec à Montréal

Cher monsieur, bonjour,

Je vous confirme que j’ai bien reçu votre courriel, en précisant, cependant, que M. Simon Harel n’est pas à l’emploi de l’UQAM depuis plusieurs années.

En vous adressant mes plus respectueuses salutations,
Alexis Lussier
Directeur du département d’études littéraires
Université du Québec à Montréal
​C.P. 8888, succ. Centre-ville
Montréal, Québec
H3C 3P8, Canada


Ma conclusion

Je me suis trompé (une fois encore) dans mon interprétation de l’article de Catherine Lalonde (Le Devoir). Il m’apparaît que je n’ai pas associé le propos du professeur Harel au bon sujet :

On ne parle donc pas, et M. Harel non plus, d’auteurs amateurs, mais bien de gens qui n’ont pas écrit une seule ligne; qui ont raconté leur vie à un rédacteur qui l’a écrite à leur place, sans aucune reconnaissance finale pour ce rédacteur-là.

Catherine Lalonde, Le Devoir.

Il n’y a donc pas de discrimination envers les auteurs amateurs dans les propos de M. Harel et l’article de Mme Lalonde.

Je dois reconnaître que je n’ai pas bien compris cette phrase de M. Harel rapportée dans l’article de Mme Lalonde : « Là, on tente de donner à des gens qui vont passer par l’histoire orale l’impression qu’ils sont devenus des auteurs, en leur vendant un livre relié avec leur nom sur la couverture. »

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

Tagged with: , , , ,
Publié dans Votre éditeur prend position
2 comments on “Votre éditeur prend position : discrimination des auteurs amateurs

Répondre à Plainte contre Simon Harel, Professeur associé, Département d’études littéraires, UQAM, pour ses propos méprisant envers les auteurs amateurs dans le quotidien Le Devoir | Appui-livres Annuler la réponse

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Concours pour les Québécois et résidents du Québec : abonnez-vous à ce magazine en ligne et courez la chance de gagner un dictionnaire Le Robert illustré 2022

Joignez-vous à 1 291 autres abonnés

Les mots nouveaux des dictionnaires Le Robert 2022 (cliquez sur l’image)
DOSSIER
Follow Appui-livres on WordPress.com
Ce site web est sous licence Creative Commons – Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.5 Canada (CC BY-NC-ND 2.5 CA)
Article explicatif au sujet de notre maison d’édition
Dossier « Les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci »
Dossier – Résultats du sondage « Les Québécois et leurs écrits »
Composition technique d’un article de presse
Les styles interpersonnels selon Larry Wilson
Se connecter
Magazine littéraire

Ce magazine littéraire est l’œuvre de la Fondation littéraire Fleur de Lys et s'inscrit dans une mission d'éducation populaire au sujet du monde du livre, et ce, tant auprès des auteurs que des lecteurs.

Vous pouvez nous écrire à l'adresse suivante :


contact@manuscritdepot.com

Archives
Recherche par catégorie
%d blogueueurs aiment cette page :