Livre : Entrer en littérature, Bertrand Legendre et Corinne Abensour, Éditions Arkhé

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Livre

Entrer en littérature

Bertrand Legendre et Corinne Abensour

Éditions Arkhé

Présentation par l’éditeur

Cette enquête sur les processus de publication des premiers romans, s’intéresse à la fois au premiers romans et aux primo-romanciers. En étudiant les profils sociologiques et les stratégies d’auteurs en vue d’accéder à la publication, elle dévoile les critères mobilisés pour choisir les éditeurs, les modes de prise de contact ainsi que les représentations des politiques éditoriales qui prévalent dans l’esprit de ces auteurs.

Elle rend compte aussi des différents types de parcours au-delà de la publication du premier texte en examinant, selon les cas, les raisons déclarées du renoncement à l’écriture, les situations de poursuite d’écriture romanesque sans accès à la publication, et les changements ou non d’éditeur, ainsi que le déplacement du travail d’écriture vers des genres non romanesques voire l’auto-édition.

L’étude, menée au plus près des pratiques de l’édition littéraire, remet en cause nombre d’idées pré-conçues. La destinée des premiers romans et de leurs auteurs y est étudiée en profondeur, chiffres à l’appui.

Préface d’Antoine Gallimard

Spécialistes de l’édition contemporaine et responsables des masters « Politiques éditoriales » et « Commercialisation du livre » à l’université Paris 13-Villetaneuse, Bertrand Legendre et Corinne Abensour ont consacré l’essentiel de leurs recherches aux mutations de la filière du livre. Bertrand Legendre est par ailleurs responsable du Laboratoire des sciences de l’information et de la communication et du Laboratoire d’excellence Industries Culturelles et Création Artistique.


Sommaire

Avant-propos

Introduction

Éléments de méthodologies

  • Premier roman et primo-romancier, problèmes de définition
  • Période d’étude
  • Choix d’une base
  • Méthode d’enquête
  • Des approches comparées

Le premier roman dans la production éditoriale

  • La production de premiers romans, données quantitatives
  • L’empire de la nouveauté
  • Les éditeurs de premiers romans français
  • Les éditeurs de premiers romans étrangers
  • Le premier roman : un statut incertain
  • Le régime de l’exception
  • Un changement de temporalité
  • Primo-romanciers ?

Sociologie des primo-romanciers

  • La question de l’âge
  • La naissance d’une vocation
  • La place de l’écriture dans les parcours d’auteurs
  • Métier d’auteur et second métier

Les stratégies d’amateurs

  • Les éditeurs les plus sollicités
  • Le choix des éditeurs : quatre critères centraux

Les stratégies des professionnels de l’écrit

  • Les primo-romanciers enseignants
  • Les professionnels de la communication
  • Les professionnels des métiers du livre
  • Les professionnels des métiers de l’art et de la culture
  • Connaître le milieu ?

La relation auteur-éditeur : des rêves aux réalités

  • Lenteurs et précipitations
  • Le travail sur le texte
  • Une relation commerciale

Le premier roman entre médiation et méditation

  • Le premier roman et les prix littéraires
  • Le premier roman dans les médias
  • La critique du premier roman
  • Le primo-romancier et les lieux de méditation
  • La dématérialisation de la médiation et de la promotion

L’après premier roman

  • Poursuivre un travail d’écriture
  • Le début d’une carrière littéraire
  • Les cas de changement d’éditeur
  • Les cas de rejet
  • Le recours aux agents ?
  • Un statut d’auteur qui reste à construire

Conclusion


Extrait proposé par l’éditeur

Prologue

Les premiers romans et leurs auteurs sont au cœur d’un paradoxe : sujets régulièrement médiatisés, ils restent cependant, en dehors des moments de forte actualité littéraire, un angle mort du champ éditorial. Illustrant cette double caractéristique, le discours entourant les primo-romanciers et les textes qu’ils publient s’organise selon un mode bipolaire : d’une part, l’illustration épisodique de la possibilité du succès fulgurant, à l’image, très récemment, de celui rencontré par Alexis Jenni pour son premier roman, L’Art français de la guerre, prix Goncourt 2011 ; d’autre part, le registre de la complainte dans lequel s’inscrivent les auteurs déçus de leur expérience éditoriale et ceux, beaucoup plus difficiles à identifier, qui ne sont pas même parvenus à se faire publier. Si elles existent bien, ces deux modalités n’en sont pas moins réductrices, passant sous silence nombre de situations intermédiaires, moins tranchées, plus complexes dans leurs différentes facettes : les motivations de l’acte d’écrire, le désir de reconnaissance, la relation à l’éditeur et à la maison d’édition, la réception médiatique, la poursuite ou l’abandon du travail d’écriture au-delà du premier roman. C’est l’ensemble du processus d’entrée en littérature qui se joue entre ces deux pôles. Pour autant, aucune étude n’a jamais été menée à grande échelle et sur la longue durée. La littérature disponible sur le sujet prend essentiellement trois formes :

– celle du témoignage, tout d’abord, qu’il soit positif ou négatif. Dans son numéro Hors série «Le premier roman», la revue Europe rassemble ainsi plusieurs récits portant sur l’expérience d’écriture, de publication et de réception du premier roman, tels ceux de Martin Winckler, de Diane Meur ou de Jacques Serena ;

– celle de l’analyse à dominante littéraire. Les travaux menés sous la direction de Marie-Odile André et Johann Faerber s’intéressent ainsi, pour le déconstruire, au mythe du premier roman en mettant l’accent sur les modalités de lecture d’un genre qui n’en est pas un, sur la question des filiations revendiquées, niées ou malmenées, sur la dimension matricielle de ces textes au regard des œuvres qui les suivent ;

– celle qui relève de la sociologie ou, plus largement, des approches socio-économiques. Davantage centrés sur les conditions de production et de circulation de ces œuvres, ces travaux cherchent à appréhender dans leurs interrelations les acteurs, les structures, les pratiques (réception, cadre juridique, mise en marché) qui tendent à saisir le processus dans sa globalité. La même revue Europe proposait déjà en 2003 des analyses allant dans ce sens, telles celles de Bertrand Leclair voyant dans le premier roman un dispositif qui, s’appuyant sur «le leurre de la virginité de l’auteur» permet aux médias de se refaire «une virginité dans le rituel annuel d’automne».

L’étude menée ici s’inscrit dans cette dernière catégorie. Elle vise à permettre, dans la longue durée, de situer l’importance relative des premiers romans dans l’ensemble de la production romanesque, mais aussi de déterminer la part qu’y prennent les différents éditeurs, et d’étudier les profils sociologiques et les stratégies d’auteurs pour accéder à la publication : quels sont les critères mobilisés pour choisir les éditeurs ? quels modes de prise de contact sont privilégiés ? quelles représentations des politiques éditoriales prévalent dans l’esprit de ces auteurs ? De même, au-delà de la publication du premier texte, l’étude s’intéresse aux parcours des primo-romanciers en examinant, selon les cas, la part et les raisons déclarées du renoncement à l’écriture (panne d’inspiration, échec commercial du premier roman, trop faible rémunération, difficulté des relations avec l’éditeur), les situations de poursuite d’écriture romanesque sans accès à la publication, les suites de publication et les changements ou non d’éditeur, ainsi que le déplacement du travail d’écriture vers des genres non romanesques.

Tout semble indiquer que la situation du premier roman a évolué vers le milieu des années 1990 : si l’implication des éditeurs en la matière n’était jusqu’alors qu’occasionnelle et minimale et si les médias ne se mobilisaient que pour de rares «phénomènes», le premier roman a ensuite pris une place propre dans les stratégies éditoriales, dans l’attention des médias et dans les pratiques des médiateurs qu’ils soient marchands comme les libraires, ou non marchands comme les bibliothécaires. En ceci, l’on pourra sans doute établir une relation avec d’autres champs des industries de la culture, celui de la musique tout particulièrement, saisi de plus longue date par le renouvellement rapide des artistes, souvent promus par des émissions dédiées au repérage de «nouvelles stars». Sans être tenté de transposer les mutations à l’identique d’une filière à l’autre, cet empire de la nouveauté conduit a minima à un changement de temporalité qui tend, dans le champ littéraire, à accélérer le processus de construction de la notoriété, cette dernière n’étant souvent que très provisoire. Dans une plus large perspective, les questions qui se posent au sujet du premier roman et des primo-romanciers peuvent aussi être mises en relation avec des travaux tels que ceux consacrés par Pierre-Michel Menger au monde artistique caractérisé par la perspective de récompenses symboliques ou matérielles très incertaines mais potentiellement élevées, ou avec le portrait que donne Xavier Greffe de l’artiste «entrepreneur de lui-même» dont on pourra trouver certains échos dans le travail assidu d’auto-promotion que réalisent certains auteurs. Si la question du premier roman et la situation des primo-romanciers intègrent ainsi des tendances lourdes de la production culturelle, n’échappant pas, surtout dans le monde anglo-saxon, à des jeux d’enchères qui participent à la bestsellerisation de l’économie éditoriale et à la réduction de la part du fonds par rapport aux nouveautés, on ne saurait en rendre compte par la mise en évidence de ces seules tendances.

Certes, le discours de la complainte se trouve à profusion sur différents sites et blogs spécialisés qui recueillent les désillusions de candidats auteurs et d’auteurs déçus par une première expérience de la publication. Une certaine forme de récit convenu se constitue même pour exprimer la difficulté de «Survivre dans le milieu hostile de l’édition», autour des modes de recherche d’éditeurs, des attentes de réponses de leur part, de la nécessité ou non des réseaux de relations ; aujourd’hui réactivés par le Web ainsi que par les pratiques de quelques structures para-éditoriales, ces discours disent souvent un besoin de reconnaissance par l’écrit en même temps qu’ils dénoncent l’inflation de la production. Ils manifestent tout aussi fréquemment une large méconnaissance par les auteurs, voire un mépris, des questions juridiques et commerciales qui les concernent et conduisent ainsi à poser la question de leur professionnalisation, question au sujet de laquelle la dimension comparatiste de cette étude mettra en évidence des différences marquées entre modèle français et modèle anglais.

Mais ce moment du premier roman n’est pas nécessairement celui du premier écrit, nombre d’auteurs présentés comme primo-romanciers ayant écrit d’autres romans ou essais de romans non publiés, ou ayant eu accès à la publication d’autres types de textes. Il n’est pas non plus nécessairement inscrit dans le registre de la déception, et ceci indépendamment des résultats commerciaux et médiatiques, la relation auteur-éditeur prenant alors, sur le mode affectif, voire fusionnel, ou sur le mode littéraire, une dimension essentielle dans la construction de l’auteur. C’est dire que premiers romans et primo-romanciers sont à la fois producteurs et objets de discours croisés qu’il est d’autant plus malaisé de démêler qu’ils évoluent dans le temps et varient au sein d’une même catégorie d’acteurs. À la posture de la complainte d’auteur, peut ainsi être confronté le discours d’un Jacques Serena rejetant la part des réseaux de connaissance dans l’accès à la publication et affirmant qu’«un texte fort trouve toujours preneur», tandis que le discours des éditeurs eux-mêmes semble aujourd’hui prendre une certaine distance avec le phénomène du premier roman davantage présenté comme le fruit d’une construction médiatique que comme le résultat de stratégies éditoriales. À cet égard, il nous importait que soient nommés les auteurs des propos cités issus de différents entretiens réalisés au cours de cette enquête […]

Source : Arkhé,

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Conseils aux auteurs

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