Allocution de Jean-Louis Roy aux Matinées professionnelles de BAnQ

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Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Allocution de Jean-Louis Roy aux Matinées professionnelles de BAnQ

Avons-nous encore besoin de bibliothèques? De quelle utilité sont-elles?

Chers et chères collègues, amis et amies,

Je salue en priorité ceux et celles qui ont pensé à nous réunir dans cette série des Matinées professionnelles de BAnQ. Elles nous permettent d’éviter un surplace stérile et de maintenir le cap sur l’avenir. Certes, les temps sont difficiles pour un grand nombre et le resteront aussi longtemps que la pandémie de COVID-19 ne sera pas maîtrisée, aussi longtemps que ses effets sur l’économie et les finances publiques ne seront pas comblés par une reprise solide de l’activité économique. Je salue aussi nos partenaires qui viendront enrichir nos réflexions des leurs au sujet de questions majeures : de l’appui des communautés locales à leurs bibliothèques aux rôles de ces dernières dans l’atteinte des objectifs de développement durable arrêtés dans l’Agenda 2030 des Nations unies, sans oublier le développement de la culture de réseau pour les bibliothèques scolaires.

Je trouve dans cette liste des sujets de notre matinée, et de celles à venir, la toute première réponse aux questions qui nous réunissent aujourd’hui : Avons-nous encore besoin de bibliothèques? De quelle utilité sont-elles?

(1) Vivre ensemble est une immense opération qui suppose un écosystème fait de multiples composantes, une immense opération qui suppose pour chacun et chacune et pour tous et toutes l’existence d’une communauté d’appartenance.

Dans cette communauté (village, petite ville, quartier de grande ville) se déploient des offres qui sont autant de marqueurs vitaux pour les petits, les anciens, les familles dans toute leur diversité, les vivant seul qui sont nombreux, les étudiants, les anciens et nouveaux habitants, les handicapés, les immigrants, les chercheurs d’emploi, les retraités, etc. : offre de sport et de loisir, offre de sécurité, offre de bénévolat, offre d’emploi, offre de services de transport, de santé et d’éducation, offre de savoirs et de culture.

Ces offres ne sont pas facultatives, parallèles, indépendantes les unes des autres. Elles sont constitutives des communautés d’appartenance.

L’offre des bibliothèques appartient à cette catégorie des marqueurs vitaux qui, ensemble, façonnent les communautés d’appartenance, assurent leur cohésion sociale indissociable de la cohabitation apaisée des communautés et des personnes.

Il s’agit de la dimension politique du vivre-ensemble qui commande notamment la promotion et la protection des droits fondamentaux de chacun et de tous. « Black lives matter. All lives matter. » Quand l’écosystème se dégrade, alors la société se contracte et le vivre-ensemble avec elle. En conséquence, les responsables des bibliothèques, comme partie prenante du vivre-ensemble, doivent porter leurs demandes à tous les niveaux de la gouvernance, locale et nationale, avec le sentiment de porter une part significative de la cohésion et du bien-être commun.

(2) Ma deuxième réponse à la question qui nous réunit concernant l’utilité des bibliothèques plonge au cœur des besoins des personnes de toutes catégories. Ces dernières ont besoin des produits d’appel que seule la bibliothèque publique peut leur offrir.

La typologie de ces produits d’appel recoupe une vaste catégorie de nécessités, oui de nécessités, certaines intimes et personnelles, dépendant des événements de la vie et qui appellent des démarches privées. D’autres produits d’appel répondent à des besoins partagés par quelques-uns ou des grands nombres, besoins de loisirs, de formation, besoins sociaux, besoins économiques, besoins de connaissances générales et/ou spécialisées… de culture commune.

Enfin, les bibliothèques publiques ne sont pas que des lieux de recherche en lien avec des nécessités personnelles ou des besoins partagés. Elles sont aussi aujourd’hui des lieux d’apprentissage et d’expérimentation (labs), des espaces disponibles pour les rencontres, les travaux en équipe, les délibérations de toute nature, etc.

Les produits d’appel des bibliothèques permettent quotidiennement à des milliers de nos concitoyens de disposer de ressources immédiatement disponibles pour la satisfaction de leurs innombrables besoins intellectuels et culturels, économiques et sociaux, personnels ou collectifs, communs ou spécifiques selon l’âge, les situations de santé ou de handicap, les besoins découlant de toutes les déficiences intellectuelles et retards scolaires ou technologiques. Il m’arrive de comparer BAnQ à la Caisse de dépôt tant ses richesses cumulées et leur utilisation constituent un investissement dans le développement de la première ressource de toute société, la ressource humaine. À cet égard, la contribution des bibliothèques publiques au développement économique du Québec est majeure et je plaide devant vous pour qu’un tableau de bord annuel la mesure et la publicise.

Voilà ce à quoi servent les bibliothèques publiques.

Comme le cœur dans l’organisme, elles assurent leur part, leur part indispensable de soutien à l’élan vital de la communauté d’appartenance, aussi leur part indispensable de soutien aux millions d’initiatives individuelles et collectives, projets individuels ou partagés. Elles ajoutent de la vie à la vie.

Il s’agit de la dimension sociale et culturelle du vivre-ensemble. Tout cela doit être connu, soutenu, célébré. Au Québec, ce sont plus de 1050 bibliothèques publiques qui portent l’élan vital au sein des communautés d’appartenance. Pas moins de 2 650 000 Québécois y sont abonnés et, en 2018, elles ont reçu plus de 28 500 000 visites, prêté 55 millions de documents et répondu à près de 2 500 000 questions de référence. Nécessités personnelles et besoins partagés. Un service public.

Je reprends mon affirmation précédente. Quand l’écosystème se dégrade, alors la société se contracte et le vivre-ensemble avec elle. En conséquence, les responsables des bibliothèques doivent porter leurs demandes à tous les niveaux de la gouvernance, locale et nationale, avec le sentiment de porter une part significative de la cohésion et du bien-être commun. Un service public.

(3) Ma troisième réponse à la question qui nous réunit concernant l’utilité des bibliothèques se rapporte à la diversité linguistique et culturelle dont le Québec en Amérique du Nord constitue une illustration saisissante.

Nos bibliothèques publiques participent et à haut niveau à notre ADN historique. Elles montrent et rendent disponibles nos contributions à la civilisation, les narrations que nous avons partagées dans nos films, nos livres, nos vidéos, nos bandes dessinées, etc. Oui, comme toutes les nations du monde, le Québec a besoin de relais culturels et linguistiques qui nous maintiennent dans la continuité de notre présence au monde, de notre histoire, de notre avenir. Vrai au Maroc, vrai au Vietnam, vrai au Brésil, vrai au Sénégal, vrai en Allemagne – vrai universellement –, VRAI AU QUÉBEC.

Cela étant dit, il ne faut pas se tromper de monde et se tromper de temps. Nous vivons simultanément dans deux mondes, le monde historique que nous maîtrisons, le monde numérique qui cherche à nous maîtriser.

Il faut prendre acte de la puissance intrinsèque du monde numérique, de ses spectaculaires avancées, de sa force d’attraction, de sa capacité d’influence, de la qualité et la force de ses produits d’appel qui s’offrent sur tous les écrans du monde, y compris ceux que nos enfants utilisent pour leurs rencontres avec les autres, tous les autres, culturels, linguistiques, sociaux, etc. Ne nous laissons pas dépasser, emparons-nous des technologies et prenons les initiatives qui s’imposent pour que nos produits d’appel répondent aux nécessités personnelles et aux besoins partagés des Québécois en utilisant les leviers technologiques les plus avancés. Et pourquoi donc ne pas balancer dans le tout numérique?

Pourquoi des bibliothèques, nous avons Google?

Parce que jamais Google, Bing, Safari, Explorer et cie ne créeront et ne soutiendront les communautés d’appartenance où se vit la citoyenneté de proximité, la citoyenneté commune. Parce que jamais Google, Bing, Safari, Explorer et cie n’offriront les marqueurs vitaux dont toute communauté humaine a besoin pour un vivre-ensemble apaisé, confiant et fécond. Parce que jamais Google, Bing, Safari, Explorer et cie ne viendront en soutien des relais culturels et linguistiques dont le Québec, comme toutes les nations du monde, a besoin pour se maintenir dans la continuité de sa présence au monde, de son histoire et de son avenir.

Telle est l’utilité vitale de la bibliothèque, de nos bibliothèques publiques québécoises. Bonnes matinées.

Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

Publié dans Uncategorized

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