Montréal – La BD de la mairesse Plante est très utile. Voici pourquoi

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, pose avec son nouveau livre, Simone Simoneau, à Montréal, le 20 novembre. Elle y raconte son entrée en politique et le sexisme qu’elle a rencontré en cours de route.
La Presse Canadienne/Paul Chiasson

La BD de la mairesse Plante est très utile. Voici pourquoi

Mireille Lalancette, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) and Anne-Marie Pilote, Université du Québec à Montréal (UQAM)

La bande dessinée Simone Simoneau, imaginée par la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et illustrée par Delphie Côté-Lacroix, est finalement sortie en librairie le 27 novembre. En août dernier, l’annonce de la parution de cet ouvrage a été accueillie par une levée de boucliers.

Plusieurs personnalités médiatiques ont fait savoir à Valérie Plante que le moment était mal choisi, en pleine pandémie, pour publier une œuvre jetant un regard intime sur les défis et les surprises qu’offre le saut en politique pour les femmes.

Or, bon nombre de politiciens ont publié des ouvrages depuis septembre. Denis Lessard a même intitulé l’une de ses chroniques, dans La Presse, « L’automne littéraire de nos politiciens ». L’accueil médiatique leur a été plutôt favorable, voire très favorable, comme les ouvrages autobiographiques de Christine St-Pierre, De l’école de rang, au rang de ministre, toujours députée, et de Pauline Marois, Au-delà du pouvoir.

Valérie Plante semble être la seule à avoir essuyé critiques après critiques — souvent sexistes — et avoir vu le format qu’elle a choisi — une bande dessinée — moqué et tourné en dérision.

Pourtant le timing de publication et le format privilégié ne sont pas si mauvais. Ils sont même plutôt bons à notre avis.

Soulignons d’emblée que les Élections municipales 2021 sont à nos portes. Les électeurs seront appelés aux urnes dans moins d’un an, en novembre 2020. Or, en 2017, seules 205 femmes ont été élues à un poste de mairesse (18,8 % du total) et 2 358 (34,5 %) à un poste de conseillère. On compte encore trop peu de femmes au palier local et la publication d’un témoignage inspiré du parcours personnel de Valérie Plante est un outil intéressant pour encourager celles qui le souhaitent à s’impliquer politiquement.

Dans le cadre de nos travaux, nous nous intéressons toutes deux aux représentations médiatiques des acteurs politiques — masculins et féminins — ainsi qu’aux défis rencontrés par les femmes lorsqu’elles exercent leur leadership.


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Illustrer les étapes menant à l’élection

La bande dessinée, ou roman graphique n’est certes pas un format courant pour l’essai politique. Simone Simoneau montre cependant qu’elle n’est pas sans atout : la force incontestable de l’ouvrage de Valérie Plante réside dans l’illustration, ou plutôt dans la description illustrée de toutes les étapes menant à l’élection d’une femme en politique : le recrutement, le financement, l’importance de l’habillement, de la beauté et de l’apparence des femmes, la prise de parole en public, le porte-à-porte, notamment.

Grâce à des images graphiques fortes, Simone Simoneau porte un regard lucide sur la politique et ses défis. Il y a dans le médium choisi une manière originale d’expliquer les dessous des campagnes politiques ce que peu d’ouvrages font.

Il existe bien sûr des ouvrages universitaires comme Inside the Campaign. Managing Elections in Canada, mais ceux-ci s’adressent à d’autres publics. En ce sens, le format utilisé est intéressant. Une BD touche un auditoire plus large (autant les adultes que les jeunes.). L’histoire proposée par Valérie Plante permet de démystifier une campagne électorale et d’envisager la politique comme une activité à leur portée. Surtout, elle montre le parcours d’une citoyenne ordinaire qui parvient à se faire élire et qui représente un modèle féministe fort auquel les adolescentes peuvent s’identifier.

La BD de la mairesse de Montréal illustre par ailleurs fort bien comment le recrutement des candidats fonctionne. Simone Simoneau (le double de Valérie Plante) est approchée par un parti politique parce qu’elle se démarque par son implication dans le milieu communautaire. Elle n’avait jamais pensé elle-même briguer les suffrages au niveau local. C’est là une belle manière d’illustrer la manière dont les femmes entrent en politique.

À cet effet, les recherches d’Anne Quéniart et de Julie Jacques ont montré que les Québécoises sont moins présentes en politique, car elles se disent naturellement plus timides, doutent de leur potentiel et avalisent les rôles et les fonctions que la sphère privée leur réserve. Dans la même lignée, la professeure de sciences politiques Melanee Thomas a noté que les femmes jugent le b.a ba (lecture d’un budget, logique administrative, gestion de l’image) de la politique trop difficile à maîtriser. C’est pour ces raisons que des militantes ont fondé des organismes comme le Groupe femmes, politique et démocratie qui forme les futures candidates. D’ailleurs, Valérie Plante a siégé au conseil d’administration du Groupe pendant plusieurs années.

Démystifier les défis rencontrés sur le terrain

La BD de Valérie Plante décrit aussi très bien les différents défis rencontrés par les politiciennes sur le terrain. Parmi ceux-ci, mentionnons le sexisme et les doubles standards soulignés par Kathleen Hall Jamieson dans ses travaux : l’importance de la tenue vestimentaire comme élément clé de la construction de l’ethos des femmes politiques, la condescendance des gens qu’elle rencontre à son endroit (parce qu’elle est une femme et qu’elle est jeune, notamment) et enfin, une composante sexuelle dans les insultes reçues. Notons également le peu de modèles auxquels se raccrocher (Michelle Obama, Françoise David et Hillary Clinton sont présentées dans la BD).

L’ex co-cheffe de Québec Solidaire, Francoise David, au moment où elle annonce sa retraite de la vie politique, le 19 janvier 2017. Elle apparaît dans la bande dessinée «Simone Simoneau» comme modèle de femme politicienne.
La Presse Canadienne/Ryan Remiorz

Le livre met également en lumière la difficulté des candidates qui ne viennent pas du monde des affaires à lever des fonds dans leur propre réseau. Le coût des campagnes électorales reste un obstacle important à l’élection des femmes. Simone Simoneau peine à amasser l’argent nécessaire (5000 dollars) au démarrage de la sienne. Si les recherches montrent que les candidates réussissent (bien que difficilement) à remplir leur caisse électorale, celles-ci y parviennent avec des sommes modestes, alors que les hommes bénéficient de dons substantiels, comme le révèle cette étude des politologues Susan J. Caroll et de Richard L. Fox.

Le roman graphique de Valérie Plante et de Delphie Côté-Lacroix illustre aussi toute l’importance de s’entourer d’une équipe souvent composée de bénévoles qui vont travailler avec la candidate à faire de son élection un succès. Il dépeint tout le labeur de persuasion qui doit être fait pour être élue et le rôle clé de l’écoute de citoyens.

Simone Simoneau passe de longues soirées à faire du porte-à-porte, se heurtant souvent à nombreuses réponses négatives. Quand les réponses sont favorables, elle doit montrer qu’elle vient du « coin » et qu’elle maîtrise finement ses dossiers afin d’être crédible.

Si la candidate doit convaincre les citoyens, elle doit aussi jongler avec son rôle de mère, de conjointe et de fille. Réprimant un fou rire, sa propre mère lui avoue trouver cela cocasse que son chum « l’aide » avec les enfants et les repas. Simone Simoneau lui rappelle que c’est la moindre des choses. Ici, c’est bien joué. Les rapports de genre sont inversés. Le mari est celui qui soutient. Enfin, la famille et le rôle de mère qui restent au cœur de son travail et qu’elle ne doit pas mettre de côté. La fin du livre termine avec cette dimension : malgré son élection elle doit préparer le déjeuner à ses filles.

#Pas la dernière

Valérie Plante est la première mairesse de Montréal et, pour reprendre les mots du discours de victoire de Kamala Harris, elle ne « sera pas la dernière ».

En brisant ce plafond de verre, Valérie Plante a montré qu’il était possible de se faire élire et d’essayer de faire de la politique autrement. Avec cette BD, elle propose un contre-modèle à la socialisation qui assigne la politique aux hommes. Elle sensibilise, sans ambiguïté ni complaisance, aux défis d’être une femme en politique.

Tout comme la nouvelle campagne #PasLaDernière de l’Union des municipalités du Québec, clin d’œil à Kamala Harris, Simone Simoneau invite les femmes à prendre la place qui leur revient afin que le Québec atteigne enfin la parité au sein des conseils municipaux, et ce, dès les élections municipales de 2021.The Conversation

Mireille Lalancette, Professor, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) and Anne-Marie Pilote, Doctorante en communication, Université du Québec à Montréal (UQAM)

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This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

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