Notre auteur Christian Mistral est décédé

Notre auteur Christian Mistral est décédé

L’un des premiers écrivains professionnels à appuyer le projet d’édition en ligne ManuscritDepot / Fondation littéraire Fleur de Lys, Christian Mistral est décédé la semaine dernière à l’âge de 56 ans nous a appris sa sœur sur sa page Faceboook.

Message de la sœur de Christian Mistral

Je ne sais bien écrire les choses.
Lui savait.
J’aurais dû lui demander, avant qu’il parte.
Mon frère, l’écrivain Christian Mistral, n’est plus.
Il a cassé sa pipe, repris ses ailes.
Habilement, de son « verbe facile », tranchant, parfois trop, comme une lame rougie par le feu, il laisse derrière une marque indélébile sur le visage de la littérature québécoise.
Un grand V, peut-être, comme dans Vamp, Vautour, Vacuum et Valium.
C’était mon frère, par Vents et marées.
Vogue en paix sur le bateau de ta bouteille, on se reverra, si ce qu’on raconte est vrai, pour un soir de scotch. XX

Source : Annie Roy, Facebook.


p.christian-mistral

Christian Mistral fut l’un des premiers auteurs à appuyer notre projet de maison d’édition en ligne (manuscritdepot.com / Fondation littéraire Fleur de Lys ). Voici le message qu’il nous avait fait parvenir :

Je découvre cette superbe et téméraire initiative, Manuscrit Dépôt, le jour où expire le contrat me liant à mon éditeur papier relativement à une plaquette poétique que je me proposais d’abord de renvoyer sous les rotatives chez un autre éditeur. Mais quelle délicieuse opportunité, n’est-ce pas, d’appuyer plutôt ce projet et ces gens derrière, d’un geste symbolique qui ne prendra pas trop de place ? La politique éditoriale n’admet de contrainte que celle dictée par la Charte des Droits et des Libertés de la Personne, ce que je ne suis pas sûr de comprendre, et avec quoi je suis certain d’être en désaccord. Un artiste ne saurait endosser la moindre limite à son expression. Je suis d’ailleurs sous l’impression que la Charte garantit justement la droit d’écrire ce qui nous chante, mais il est vrai qu’une exception est faite pour la littérature haineuse, concept aussi flou que celui d’obscénité qui bannit Henry Miller et D.H. Lawrence des librairies durant trente ans, et qui autorise toujours les douaniers ainsi que les censeurs cinématographiques à décider pour nous de ce que nous sommes autorisés à lire, voir, écouter. Mais cette réserve mise à part, et confiant qu’il ne s’agit là que d’une formulation légale prudente, j’appuie chaleureusement les efforts de Serge-André Guay et de Renée Fournier: l’industrie de la lecture résiste à l’Internet à un point qui menace sa propre survie, c’est un refus irrationnel qui confine au conservatisme criminel, et si MD décolle de terre, il aura sa place dans les manuels d’histoire littéraire qu’on mettra à l’étude dans cinquante ans. Le train passe : qui le prendra?

Christian Mistral


Dans le texte AU SUJET DE L’AUTEUR publié avec notre réédition de son œuvre FATALIS, on peut lire :

C’est pourquoi Mistral a souhaité contribuer au projet Manuscrit Dépôt: à cause d’une phrase lue sur la page d’accueil du site, choquante d’abord, puis pénétrante à la réflexion. Cela disait que tout livre achevé méritait d’être publié, du seul fait qu’on l’avait achevé. « Ma première réaction a été celle d’un auteur confirmé, arrivé, parvenu: j’ai rigolé. Puis j’y ai repensé, en fait l’idée ne m’a pas quitté, jusqu’à ce que m’apparaisse l’évidence: que c’était plein de bon sens, et que je le savais par expérience. J’avais juste failli l’oublier. »

Source : https://manuscritdepot.com/a.christian-mistral.html.


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Christian MISTRAL est un écrivain Québécois qui se passe généralement de présentation. VAMP, son premier roman publié à l’âge de 23 ans, l’a propulsé sur une trajectoire de triomphes et de déboires publics; dix livres et quinze ans plus tard, l’artiste majeur dont on annonçait la naissance a mûri et trouvé le moyen d’acheminer la marchandise. Lorsqu’on lui demande ce qu’a impliqué un tel succès aussi tôt, Mistral s’indigne, sonore: «Tôt ? Ça n’avait rien de hâtif, croyez-moi. J’ai quitté l’école à seize ans pour écrire à plein temps. Les refus d’éditeurs, les attentes interminables, le fin fond du baril désespéré paranoïaque, je connais, j’ai donné. Sept ans, ça a duré.

Sept années de proverbiales vaches maigres. Un peu moins du tiers de ma vie, alors. C’était long, et la percée n’était pas prématurée: je crois que je n’aurais pas réussi à continuer bien longtemps.

Aujourd’hui, je dirige une collection de romans, et je rédige personnellement chaque lettre de refus, sans me dissimuler derrière une réponse standard et sans imputer la mauvaise nouvelle à un fantomatique comité de lecture. C’est très dur, et je sais que je me fais un ennemi pour la vie presque chaque fois.

En tout cas s’ils sont comme moi. Je n’ai oublié aucun de ces salauds qui me refusaient poliment, autrefois. Certains sont même devenus des amis de l’homme que je suis, mais celui que j’étais déteste toujours passionnément leur courte vue d’alors, l’angoisse et le chagrin et le découragement que leurs maudites lettres impersonnelles me causaient. Des lettres qui précipitent des suicides, pour tout dire: j’ai eu connaissance d’au moins deux cas.

Alors voilà, j’essaie de parler à l’auteur d’un écrivain à un autre, sans analyser son oeuvre ni élaborer sur mes impressions, mais en cherchant la phrase qui rendra au mieux pourquoi ce texte-là ne convient pas à ma collection. Je ne fais ça que pour les manuscrits bien écrits, remarquez: quand l’auteur a travaillé et qu’il est intelligent. Sauf que ça ne réduit pas la difficulté d’une miette, vu que tous les manuscrits que je reçois rassemblent ces qualités. Les nuls, les velléitaires, ceux qui ne sont pas faits pour ça, ne se rendent pas à la conclusion de leur ouvrage.»

C’est pourquoi Mistral a souhaité contribuer au projet Manuscrit Dépôt: à cause d’une phrase lue sur la page d’accueil du site, choquante d’abord, puis pénétrante à la réflexion. Cela disait que tout livre achevé méritait d’être publié, du seul fait qu’on l’avait achevé. « Ma première réaction a été celle d’un auteur confirmé, arrivé, parvenu: j’ai rigolé. Puis j’y ai repensé, en fait l’idée ne m’a pas quitté, jusqu’à ce que m’apparaisse l’évidence: que c’était plein de bon sens, et que je le savais par expérience. J’avais juste failli l’oublier. »

Membre de l’Association des Écrivaines et des Écrivains Québécois.


Présentation de Fatalis par Louis Hamelin

Notes pour une épitaphe par Louis Hamelin

J’avais promis d’écrire sur Christian Mistral quand il serait mort. Mais il se porte honteusement bien, et l’amitié me rappelle maintenant à ses rudes devoirs.

Pourquoi, ai-je alors pensé, ne pas prendre un peu d’avance et lui rédiger sa notice tout de suite?

Je l’avoue, j’ai d’abord pris ce grand garçon pour un romancier. Depuis, il a tout fait pour me détromper. Nouvelles, proses, chansons, et maintenant un poème! Le bouquet… une fleur de ville obscène, écarlate. Un jour, j’adressai à ce poseur une lettre qui, jamais postée, commençait ainsi : Ô toi grand fanal fendant des nuits de notre lyrisme!

C’est le fanal que je vois en Mistral. Toujours.

Ce long poème, j’en ai entendu parler. Voici que je le lis, c’est toute la différence. On y retrouve cet indécrottable narrateur qui suivra sans doute l’auteur au-delà de la tombe. Dans un livre, on n’a pas le choix de ses obsessions.

Max Cockrell «s’entend penser», ça donne ce que ça donne, qui nous change de ceux qui ont besoin de cinq citations par page pour arriver à un résultat. Le style? «Un brutal jet de sang…» L’écriture de Christian Mistral atteint ici à une fulgurance inespérée. Il y a tout le reste : la bière et le vin rouge, les bars et deux romans qui ont fait date. I| y a tout cela et puis il y a l’essentiel, cette poésie où Mistral, de son propre aveu, revient à de tenaces amours. Et pourquoi donc, sinon «la réplétion du songe» et ce retour sur soi que l’emportement de la prose ne favorise pas toujours.

Dans Fatalis, j’entends des dents qui grincent, des coups de poing dans la nuit et des cauchemars amicaux.

Fatalis, c’est l’amour de tout le monde, l’infini à portée d’un chien galeux.

Il faut s’attendre à toute la mauvaise foi de la terre. L’amour qui tourne au crime pourrait tenir en trois lignes, comme c’est l’usage, n’était de cette «sonore prière soûle» qui est comme l’introït de la véritable cérémonie. Un gars qui arrive, comme ça, chez une fille qu’il connaît à peine: il faut faire confiance à celui qui tient le crayon.

J’aime ce poème qui me prouve que son auteur doute, qu’il doute encore et garde le goût du risque, surtout quand l’important, le nécessaire est en jeu : je parle du contact avec des épidermes.

L’amour que vous lirez ici ne sera pas, en dépit des apparences, «triomphant breveté garanti». Que non… Une expérience, peut-être, avec en prime l’ineffable coup de pied au cul. Mais quand le feu résurgent embrase ces nuits inédites, qu’il nous suffise de savoir que «toute la ville pourrait venir se joindre à la joie».

Chez Mistral, on s’égare entre deux baux, on se prend les pattes à des rêves de chrome. Mais il manquait encore, à cet univers viandu, son filet mignon, objet de pur plaisir et de désespoir. Malcolm Lowry, dans une missive restée célèbre, présenta le roman de sa vie, Au-dessous du volcan, comme une sorte de «Divine comédie ivre». Devant la brève aventure que voici, je dirai avec Max Cockrell que Fatalis a tout de la «grandiose bagatelle abstraite». S’agissant d’une oeuvre d’art, ce projet tinte à mon oreille comme un titre de noblesse. Et puis, si Christian Mistral persiste à exister, à signer, à plastronner, je mettrai de côté ma couronne de fleurs (de violettes) et mon épitaphe toute prête: «Né d’un piment rouge et d’une vieille chicano, il s’est fait violence.»

Louis Hamelin
1992


Revue de presse

Source : Union des écrivaines et des écrivains québécois.


Site web officiel de Christian Mistral

christian-mistral-site-web-001

http://christianmistral.com/

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Actualité au jour le jour

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