Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai, Laurence Bouchet, Éditions Marabout

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DOSSIER

Philothérapie

Philosopher pour se retrouver

La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai

ARTICLE # 5

Ma lecture

Cet article présente et relate ma lecture du livre « Philosopher pour se retrouver – La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai », de Laurence Bouchet aux Éditions Marabout. Malheureusement ce livre n’est plus disponible à la vente tel que mentionné sur le site web de l’éditeur. Heureusement on peut encore le trouver et l’acheter dans différentes librairies en ligne.

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Philosopher pour se retrouver

La pratique de la philo pour devenir libre et oser être vrai

Laurence Bouchet

Éditions Marabout – 2015

Ce livre n’est plus disponible à la vente

Présentation par l’éditeur

Le premier guide de philosophie pratique.

La philosophie pratique permet de donner du sens et de trouver une stabilité dans un monde où tout va très vite, où nous avons à la fois l’impression d’être tout-puissants et impuissants. Or, tant que nous n’avons pas conscience de ce qui entrave notre pensée, nous ne sommes pas en mesure de dialoguer ni avec les autres ni avec nous-même.
Ce livre vous offre donc une méthode de philosophie pratique, de philosophie à vivre. Le fondement de la méthode implique un travail sur soi afin de mieux se connaître, puis une mise en œuvre de compétences philosophiques.

Chaque chapitre, consacré à une idée phare de la philo pratique, partira d’une citation ou un texte de philosophe. Il proposera un éclairage sur ce texte permettant au lecteur un questionnement sur lui-même.

Enfin, de façon pionnière, des exercices concrets pour la vie quotidienne.

Source : Éditions Marabout.

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À propos de l’auteur

Laurence Bouchet professeure de philosophie, philosophe praticienne et philosophe consultante. Elle enseigne la philosophie par le débat socratique. Elle anime des cafés de pratique philosophique à Pontarlier, Besançon, Champagnole, Paris. Elle propose également des interventions dans diverses institutions et auprès d’entreprises ainsi que des consultations philosophiques. http://www.la-philosophie-en-pratique.fr

Source : Google Livres.


Extrait

SIMPLICITÉ DE LA PHILOSOPHIE

« Je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit », « La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien », « L’homme est condamné à être libre », « Je pense, donc je suis », « Connais-toi toi-même », « Ose penser par toi-même », « Ce n’est pas la réalité qui nous blesse, mais la représentation que nous en avons », « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort », etc.

Voici, pêle-mêle, des citations de grands philosophes. Probablement le lecteur a-t-il déjà lu ou entendu l’une d’elles, vague réminiscence de ses cours de terminale. Le lycéen pourra en mobiliser quelques-unes pour agrémenter le développement de sa dissertation du baccalauréat. Au cours d’un dîner en ville, on pourra se sentir important en rappelant au détour de la conversation ce qu’ont dit Socrate, Montaigne, Descartes, Nietzsche ou Sartre.

Dans ce livre, je voudrais proposer une autre approche de la philosophie. Il ne s’agira pas d’apprendre sur les auteurs et d’expliquer telle ou telle pensée afin d’ajouter une connaissance nouvelle. Non. Bien plutôt, je voudrais inviter le lecteur à mettre en pratique la philosophie. À faire vivre ces idées en lui, à les questionner, à se questionner sur lui-même en les questionnant, à les expérimenter.

La philosophie est réputée pour sa complexité. Certains la fuient pour cette raison, comme si cette discipline trop brumeuse, trop fumeuse peut-être, n’avait rien à leur dire. D’autres, à l’opposé, la recherchent pour cette même raison ; en entrant dans les méandres de la réflexion, peut-être trouvent-ils moyen de fuir une réalité jugée trop difficile et décevante. On verra dans ce livre que, s’il est vrai que la philosophie est une discipline difficile, ce n’est pas en vertu de sa complexité, mais bien au contraire de sa simplicité. Il n’est pas facile d’être simple. Cela suppose un travail de dépouillement, une plus grande authenticité (voir ici), un courage certain pour assumer sa liberté et sa responsabilité, pour essayer, se lancer au risque de se tromper.

Aucune des citations proposées ci-dessus ne pose de redoutable problème de compréhension, aucune n’est particulièrement complexe, chacun en comprend le sens général, pourtant aucune n’est facile à appliquer. Au fil de ces pages, je voudrais donc indiquer des voies pour mettre en pratique la philosophie, pour qu’elle ne reste pas lettre morte. Ce livre ne prendra son sens que par celui que le lecteur pourra lui donner lorsque ses pages seront refermées. Il s’aventurera à philosopher, lorsqu’il tentera des expériences, prendra quelques risques et observera ce que cela produit.

Une autre façon de philosopher

En France, depuis vingt ans, depuis les premiers cafés philo mis en place par Marc Sautet, la philosophie s’est échappée des amphithéâtres et des classes de terminale générale. Elle a pris la tangente et pratique l’école buissonnière. On la trouve dans les cafés, à Paris comme en province, dans les écoles maternelles et primaires, dans les collèges, elle s’aventure dans les lycées professionnels. Elle s’expose en pleine campagne lors de séminaires ou se replie dans le cabinet du philosophe consultant. Elle s’essaie sur les réseaux sociaux, donne des rendez-vous par visioconférence.

Elle prend même ses aises dans un monde où personne n’aurait pensé la trouver : celui de l’entreprise et des équipes managériales.

Et le phénomène est mondial. La philosophie parle toutes les langues, circule sur la planète. Tous les ans sont organisées au mois d’août des rencontres internationales de pratique philosophique : « The International Conference on Philosophical Practice » (ICPP), 2012 en Corée, 2013 en Grèce, 2014 en Serbie… Tous les ans, à l’Unesco, au mois de novembre, divers philosophes praticiens exposent leur méthode d’animation de débats philosophiques et échangent sur ce qu’ils mettent en place.

La philosophie prend différentes formes, suit diverses écoles de pratique. Les approches varient en fonction de la place qu’elles accordent plutôt à l’expression de soi ou plutôt à l’exercice de l’écoute de l’autre. La méthode que je pratique a été en grande partie élaborée par le philosophe praticien Oscar Brénifier, même si mon travail diffère du sien sur un plan à la fois théorique et pratique (ces différences sont exposées sur mon site Internet). Quoi qu’il en soit, cette méthode implique un travail rigoureux sur les compétences* philosophiques (voir ici), ainsi qu’un travail sur les attitudes* (voir ici), c’est-à-dire une prise de conscience de soi grâce à la réflexion philosophique.

On le voit, les approches de la pratique philosophique sont multiples, mais elles ont toutes en commun de faire de la pensée un exercice au contact des autres. Par ces pratiques, la philosophie devient vivante et populaire, elle ne concerne plus seulement une élite mais tout un chacun.

Mon métier et l’enseignement traditionnel en France

La prise de conscience de ce dynamisme autour de la philosophie et en dehors des murs de la classe a renouvelé ma vision de l’enseignement de cette discipline. Étudiante en philosophie puis professeur de philosophie, je n’ai longtemps connu qu’une seule façon d’enseigner : la leçon magistrale ou le cours discuté. Dans tous les cas, le professeur ou le maître se plaçait en position d’enseigner ce qu’il savait à des étudiants ou des lycéens qui, eux, ne savaient pas. Dans tous les cas, le seul problème était d’apprendre un contenu théorique et non de se préoccuper de sa mise en pratique. On pouvait ainsi longuement disserter sur Sartre et la mauvaise foi* sans jamais se demander si nous-mêmes, professeurs ou étudiants, étions de mauvaise foi. On pouvait parler de la distinction des désirs chez Épicure, montrer qu’il y a certains désirs dont la poursuite nous rendra nécessairement malheureux, comme l’argent ou la gloire, car nous n’en aurons jamais assez, mais tout cela restait théorique et jamais nous ne cherchions à comprendre si nous-mêmes n’étions pas victimes de ces désirs vains. Comme si les idées des philosophes n’avaient aucune influence sur le cours de nos existences, comme si elles ne nous concernaient pas.

Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais…

Je me souviens du jour où, dans la classe, j’ai pris conscience que cette façon d’enseigner conduisait à une contradiction performative, c’est-à-dire à faire exactement l’inverse de ce que je disais. Il s’agissait de l’étude de ce fameux texte dont la lecture est quasi incontournable en terminale, un extrait de Qu’est-ce que les Lumières ? de Kant. Dans ce texte, le philosophe nous conseille d’oser penser par nous-mêmes, car si nous ne le faisons pas, d’autres se chargeront de le faire à notre place. Kant nous met en garde : il est possible de passer sa vie en restant mineurs, passifs et dépendants, effrayés à l’idée de penser, redoutant de faire le moindre pas en dehors des sentiers battus. Ce qui nous empêche de penser, ajoute-t-il, ce n’est pas une quelconque incapacité intellectuelle, mais simplement notre paresse et notre lâcheté. Apprenons donc à nous risquer, suggère-t-il, et malgré la timidité que nous inspirent les maîtres, nous verrons bien que cela n’est finalement pas si dangereux.

J’expliquais donc cela aux élèves tandis qu’ils écoutaient, notaient sur leurs cahiers : « Il faut oser penser par soi-même, trouver le courage d’aller contre sa paresse et sa lâcheté. » Mais ce qu’ils faisaient, ce que je les conduisais à faire, et à travers moi l’institution scolaire, était en complète contradiction avec le contenu des propos tenus par Kant. Je me trouvais moi-même dans la position du maître qui pense à la place des autres ! Je leur imposais la passivité par ma pratique d’enseignante, alors que le discours que je leur adressais leur demandait d’être actifs et autonomes.

Se risquer

Prenant conscience de cette contradiction, je m’interrompis et décidai de me taire afin d’inviter concrètement les élèves à penser par eux-mêmes, même timidement, même maladroitement. Aussitôt, je constatai que cette tâche était difficile, entravés qu’ils étaient par toutes sortes de complexes que leur éducation avait contribué à fabriquer : peur de ne pas savoir, peur de se tromper, peur de dire des bêtises, peur du jugement des autres et peur du professeur. Mais petit à petit, ils commençaient à s’aventurer, à s’engager dans leur propos, à en tirer une certaine fierté et même à proposer de belles idées qui me surprenaient, car je n’y avais jamais pensé. Depuis, je n’ai cessé de m’interrompre, de prendre une place non en plein, en imposant des connaissances et en faisant la leçon, mais en creux, en écoutant et en questionnant. Je n’ai cessé, aidée dans ma démarche par mes collègues philosophes praticiens, de faire en sorte que les élèves ou les personnes qui participent à des ateliers de philosophie osent penser par eux-mêmes. Depuis, mon travail est devenu plus complexe, plus déstabilisant, plus imprévisible, mais aussi plus passionnant.

Aux origines de la philosophie

À y regarder de plus près, cette pratique philosophique que je m’efforce de mettre en place avec d’autres animateurs philosophes n’est pas si nouvelle. Elle semble même un retour aux origines de la philosophie occidentale, un retour aux sources adapté à notre monde contemporain. En effet, lorsque Socrate se promenait sur l’agora en interpellant les passants, lorsque Épicure invitait dans son jardin ses amis pour philosopher, lorsque Épictète s’entretenait avec ses disciples, ils ne se contentaient pas de faire de grands discours théoriques (ils n’en faisaient d’ailleurs parfois pas du tout, se limitant à questionner, à l’instar de Socrate). Ce qu’ils disaient était fait pour être mis en pratique, leur discours ou leur questionnement devaient produire un effet. La philosophie n’était pas, comme elle l’est parfois devenue aujourd’hui, un pur jeu spéculatif, l’occasion de briller dans une dissertation, un article ou un livre. Elle impliquait un exercice sur soi, une confrontation avec la réalité.

Se distancier de soi et voir plus clair

À l’origine, philosopher par le dialogue avec les autres, par le dialogue avec soi-même, était un moyen de conduire ses pensées, d’y mettre de la cohérence tout en examinant différents points de vue. La philosophie permettait, par les compétences* que sont le questionnement, la conceptualisation, la définition, l’argumentation, bref tous les procédés abstraits de la pensée, de mieux comprendre la réalité et en même temps de prendre de la distance avec soi-même, d’y voir plus clair pour gouverner sa vie. Comme si, finalement, comprendre grâce à la raison le monde qui nous entoure permettait de mieux y trouver notre place, d’affirmer notre individualité tout en en connaissant les limites.

Ce dont on parle et celui qui parle

La philosophie, à l’origine, ne porte pas seulement sur ce dont on parle, mais aussi sur celui qui parle. Elle conduit à s’interroger sur soi, à tenter de mieux se connaître et de mieux agir : « Quand on approche Socrate de très près et que l’on entre en dialogue avec lui, même si l’on a commencé à parler avec lui de tout autre chose, il est nécessaire que l’on cesse d’être entraîné par le fil du discours en toutes sortes de détours, jusqu’à ce qu’on en vienne à devoir rendre raison de soi-même, aussi bien quant à la manière dont on vit présentement qu’à celle dont on a vécu son existence passée. Quand on en est arrivé là, Socrate ne vous laissera pas partir avant d’avoir, bien à fond et de la belle manière, soumis tout cela à l’épreuve de son contrôle… Je ne vois aucun mal à ce que l’on me rappelle que j’ai agi ou que j’agis d’une manière qui n’est pas bonne. Celui qui ne fuit pas cela sera nécessairement plus prudent dans le reste de sa vie. » (Platon, Lachès.)

La consultation philosophique

C’est dans ce retour aux origines que s’inscrit la pratique de la consultation philosophique. Lors de cet exercice, la personne qui vient trouver le philosophe est invitée à s’interroger sur elle-même. La consultation philosophique s’est développée il y a une trentaine d’années en Allemagne, à l’initiative de son fondateur, Gerd Achenbach, qui entendait rendre la philosophie plus accessible au public et en même temps revenir à la maïeutique* socratique.

Elle s’inscrit dans l’émergence du counseling, du coaching et de la philosophie du care des pays anglo-saxons. Selon cette tendance, l’individu aurait besoin du regard et du conseil d’une personne extérieure pour se développer et faire face à certains problèmes mêlant l’affectif, le professionnel et l’existentiel.

Dans ce foisonnement, la consultation philosophique répond à une exigence qui était déjà celle de Socrate : « Connais-toi toi-même ». Elle met au jour un système de représentation sur lequel nous appuyons notre existence sans toujours en avoir bien conscience. Elle produit un effet miroir, permet de se distancier de ce système de représentation, d’en observer les avantages, les limites, les rigidités. Il devient alors possible de mieux assumer notre liberté : notre système de représentation n’est pas figé une fois pour toutes. Si nous l’avons adopté, c’est parce qu’il avait une raison d’être, il permettait de satisfaire une aspiration. Mais si cette aspiration s’est modifiée ou s’il existe de meilleures manières de la satisfaire, alors nous pouvons changer.

De la même façon, nous adoptons certaines positions corporelles qui peuvent à la longue générer des contractures et limiter nos mouvements. La consultation philosophique procure à l’esprit ce que la séance de massage procure au corps. Elle donne de la souplesse, permet de prendre conscience de possibilités de penser et d’être que nous ne concevions pas à force de rigidité et de peur de souffrir. De même que le kinésithérapeute libère les mouvements en massant les points sensibles, le consultant philosophe libère notre pensée en nous aidant à mieux examiner nos crispations. La douleur est alors moins terrible que ce que nous imaginions et qui nous paralysait. Pour le corps comme pour l’esprit, la crainte de souffrir produit une souffrance plus grande que la souffrance elle-même, car cette dernière est redoublée par la crispation. Nous affronter à la souffrance réelle, c’est nous libérer de cette crispation, retrouver plus de mouvement et de légèreté.

Le besoin d’une quête existentielle

Philosopher, ce n’est donc pas accumuler des connaissances sur les philosophes, lire tous leurs livres, ce n’est pas seulement mettre en œuvre certaines compétences* intellectuelles s’appuyant sur la raison. Philosopher, c’est d’abord et avant tout se lancer dans une quête existentielle, une recherche exigeante d’authenticité et de vérité.

Cette authenticité s’acquiert en se défaisant d’une vie immédiate où l’on ne poursuit que plaisir, envies, flatteries et distractions, d’une vie où l’on se disperse. Dans notre monde contemporain, tout est fait, semble-t-il, pour éviter à chacun la confrontation avec soi-même. La technique, pour le meilleur mais aussi pour le pire, nous soulage des tâches pénibles. Certes, nous n’avons plus à fatiguer nos corps pour labourer la terre, faire la lessive, couper des arbres, tailler des pierres, nous déplacer, communiquer. Les machines, les automobiles, les avions, les ordinateurs et téléphones portables nous ont considérablement facilité les choses.

Nous pourrions donc déployer notre énergie et notre temps dans des activités constructives pour fortifier notre âme, pour faire de nous-mêmes des personnes authentiques et ouvertes aux autres, à la fois autonomes et solidaires. Mais loin de s’être développées, il semble que ces vertus soient plutôt en voie de disparition et que les valeurs qui les fondent, si elles sont toujours contenues dans nos discours, dirigent rarement nos pratiques. La technique, en nous soulageant des tâches pénibles, nous a fait perdre un certain goût de l’effort, de la confrontation avec l’adversité et de l’engagement dans l’existence.

L’illusion de la toute-puissance

La technique nous donne l’illusion de la toute-puissance et même si nous sommes souvent conscients de cette illusion, nous éprouvons les plus grandes difficultés à lui résister. D’un côté nous avons le sentiment d’une vie aux possibilités décuplées, d’un autre les possibilités offertes par la technique engendrent un sentiment d’impuissance. Dans les pays riches, il semble qu’il n’y ait plus de frein à la satisfaction de désirs toujours renouvelés, comme s’il fallait sans cesse combler le vide de l’existence pour ne pas y penser. Ainsi, devant notre ordinateur dont le fonctionnement nous est hermétique, lorsque guidés par notre envie nous cliquons, lorsque poussés par un vague sentiment nous « likons » sur Facebook, nous pouvons nous interroger sur les capacités que nous développons. Sur le coup, nous nous laissons entraîner et nous passons d’une page virtuelle à une autre sans voir le temps passer, mais que reste-t-il d’une telle expérience à la fin de la journée ? Et pour ne pas voir en face ce vide inquiétant, il ne nous reste qu’à fuir un peu plus et recommencer à se laisser happer.

Des clés pour se retrouver dans un monde sans repère

Ou bien, ou bien… Peut-être faut-il parvenir au fond du sentiment de vide, de mensonge et de facticité pour rebondir, décider enfin de réagir, de faire quelque chose de sa vie, de prendre le taureau par les cornes, de retrouver le goût de l’effort et du souci de soi.

Et si nous choisissons cette voie, alors la philosophie a quelque chose à nous apporter. C’est dans cette optique que je m’efforce de la vivre et de la faire vivre, en la mettant en pratique avec les personnes que je rencontre dans le cadre de cours au lycée, de cafés philo, de séminaires, d’ateliers collectifs ou encore de consultations et de formations individuelles.

Certes, entreprendre de se mettre dans la peau de Socrate est une tâche qui ne conduit pas toujours à se faire des amis, car il s’agit de chercher à dévoiler la vérité sans complaisance plutôt qu’à se faire aimer. Il n’est pas confortable d’aider chacun à regarder l’image qu’il renvoie aux autres au lieu de celle, plus flatteuse, qu’il s’est construite de lui-même. Et cela dans le but de l’encourager à se prendre en main, à changer peut-être ou assumer ce qu’il est, dans tous les cas à devenir l’auteur de sa vie.

Certaines personnes ne supportent pas une telle exigence, elles se fâchent, quittent l’assemblée, furieuses, ou ne viennent plus jamais s’adresser au philosophe avec lequel elles ont eu une consultation. D’autres, au contraire, comprennent et ressentent l’intérêt de cette démarche, certes exigeante et difficile. En faisant le choix de se connaître et de s’aventurer à philosopher, elles s’allègent des lourdeurs qui les entravaient et découvrent un plaisir nouveau, celui de cheminer, en dialoguant tantôt avec les autres, tantôt avec elles-mêmes, vers une vérité toujours mouvante, un « gai savoir », comme disait Nietzsche.

Ce livre s’adresse donc à ces personnes partantes pour une telle aventure, à celles qui optent d’abord et avant tout pour une quête d’authenticité avant celle du bonheur.

Dans quel état d’esprit lire ce livre

Comme je l’ai dit, la philosophie est d’abord une pratique vivante sur soi et en lien avec les autres, et non une pure théorie coupée de la réalité. Pourquoi dès lors écrire un livre ? Socrate lui-même se méfiait de l’écrit qui fige la pensée. Philosopher, c’est d’abord être en mouvement, dans la présence, l’étonnement et l’inattendu du dialogue. Il y a un danger à fixer les paroles dans les écrits, car elles peuvent devenir des objets de culte, des vérités qu’on ne questionne plus. Kant lui-même, dans ce fameux passage de Qu’est-ce que les Lumières ?, se méfiait des livres qui peuvent prendre la place de tuteurs, penser à notre place. Il ne suffit pas que les mots « Pense par toi-même » soient consignés dans un livre, encore faut-il que chacun se mette à penser par lui-même, et cela aucun livre ne peut le faire à notre place.

Alors, tout dépendra du lecteur et des raisons pour lesquelles il parcourra ces lignes. On peut lire passivement pour ne pas vivre. On peut lire pour fuir, pour se réfugier et se mettre à l’abri d’une réalité jugée trop difficile. On peut aussi lire pour prendre le temps de questionner, pour se mettre en retrait, pour ne plus se perdre et s’éparpiller dans l’urgence, on peut lire pour mieux agir et assumer.

Une personne avec laquelle j’avais pratiqué des consultations philosophiques et qui avait participé à des ateliers m’a dit trouver une structure dans le cadre de ces exercices, mais dès qu’elle retournait dans ce qu’elle appelait la « vraie vie », elle se sentait perdue. Il y avait pour elle deux mondes séparés, celui des ateliers, des cafés ou des consultations philosophiques, où l’on réfléchit, où l’on prend le temps d’examiner, d’écouter et de se poser, et de l’autre le monde de tous les jours où l’on se sent perdu, happé par l’urgence, où l’on n’a plus le loisir de réfléchir, de prendre du recul.

Mais la philosophie ne s’arrête pas à la porte de l’atelier ou du cabinet de consultation, elle est là jour après jour et nous accompagne. Toutes les situations du quotidien sont de belles occasions de philosopher, s’étonner, observer, comprendre et même décider de se lâcher et de prendre des risques.

C’est donc pour cette personne et pour celles qui lui ressemblent que j’écris ce livre, afin de leur donner les moyens de faire des liens entre ce qu’elles vivent et la philosophie.

Un livre pour accompagner les autres

Ce livre s’adresse, on l’aura compris, à ceux qui sont prêts à se lancer dans un travail sur eux-mêmes. Il concerne aussi ceux qui, en  chemin vers cette authenticité, découvrent qu’elle se construit dans la confrontation avec l’altérité et se sentent par conséquent disposés à accompagner les autres. Les personnes qui, par leur métier, sont concernées par le travail en équipe et par l’accompagnement : coachs, thérapeutes, managers, psychologues, formateurs, professeurs, infirmiers, trouveront également des pistes dans ces lignes. Il m’est arrivé de travailler avec une équipe de personnes en formation pour devenir cadres de santé. La philosophie leur a donné des outils. Elle leur a permis de formuler clairement les problèmes récurrents au sein d’une équipe d’infirmiers. Elle les a aidés à s’écouter et à parler sans dissimuler, à réfléchir ensemble aux solutions envisageables grâce à la distanciation que permet l’exercice de la raison et de l’argumentation.

Mode d’emploi de ce livre

Ce livre est composé de onze chapitres. Trois d’entre eux : « L’atelier de philosophie » (ici), « La consultation philosophique » (ici) et « Le praticien philosophe » (ici) sont consacrés à des explications méthodologiques sur la pratique philosophique. On y trouve aussi de nombreux exemples qui illustrent cette pratique.

Les huit autres chapitres : « L’amitié » (ici), « La critique » (ici), « L’intelligence des émotions » (ici), « L’ironie » (ici), « L’authenticité » (ici), « Le jugement » (ici), « Connaissance de soi » (ici), « La vie, la mort » (ici), proposent l’analyse d’un concept clé de la pratique philosophique lié aux attitudes* que cette dernière requiert et développe.

Des exercices pour une lecture active

Chaque chapitre est suivi de deux types d’exercices. Le premier propose au lecteur des questions qui lui permettront de travailler les compétences*, ou savoir-faire : analyse, questionnement, argumentation. Le second type d’exercice donne des pistes pour travailler les attitudes* philosophiques, ou savoir-être : authenticité, engagement, capacité à sortir de sa zone de confort.

Les compétences : réfléchir sur des questions

En marge du texte, le lecteur trouvera des questions qui l’accompagneront dans une lecture active. Ces questions ouvrent des pistes pour critiquer et problématiser : un peu comme si le texte proposait une voie, mais qu’il en était indiqué d’autres sur le côté, bifurcations dans lesquelles un lecteur promeneur pourrait s’aventurer. Ces questions sont regroupées par thème à la fin de chaque chapitre et accompagnées d’autres questions permettant de préciser et d’approfondir la réflexion. Le lecteur pourra se munir d’un cahier de réflexions dans lequel il proposera des réponses argumentées à ces questions. Il sera possible au lecteur de communiquer ses réponses réfléchies sur mon site Internet1 afin d’entrer en dialogue avec d’autres personnes.

Le lecteur pourra analyser ces questions. Chacune contient au moins un présupposé : en même temps qu’une proposition questionne, elle s’appuie sur une ou des affirmations. Par exemple, quand on demande « Pourquoi êtes-vous entré dans la bijouterie ? », la question affirme que vous êtes entrés dans la bijouterie. Pour chacune des questions proposées, le lecteur pourra relever les présupposés.

Les questions peuvent également orienter notre réflexion dans une direction. Par exemple, nous imposer un choix : « Veux-tu aller au cinéma ou à la piscine ? » Ou bien : « Vaut-il mieux aimer ou réfléchir ? »

Les questions exercent donc sur notre pensée un certain pouvoir, que parfois nous refusons. Lorsqu’un choix nous est proposé, il nous arrive de ne pas l’accepter, car nous voudrions tout prendre, un peu comme des enfants capricieux. Nous pouvons ainsi vouloir ainsi aller au cinéma et à la piscine. Aimer et réfléchir. Dans ce cas, nous refusons la question telle qu’elle nous est proposée. Face à une alternative, il est souvent plus confortable et plus agréable de ne pas choisir. Mais alors nous ne nous engageons pas, nous restons avec nous-même sans prêter attention à ce que la question peut avoir d’étrange et de dépaysant.

J’invite donc le lecteur à accepter les questions telles qu’elles sont formulées. C’est en acceptant les mots de l’autre, des mots qui ne sont pas les nôtres, que nous pouvons sortir de nos cadres de pensée. Ces questions contiennent des présupposés contestables que le lecteur pourra mettre au jour. Pourtant, je lui suggère de jouer le jeu, de faire confiance aux formulations, même si ce ne sont pas celles qu’il aurait choisies. Il s’agira de répondre par oui ou par non si la question pose une alternative, et d’étayer ensuite sa réponse par un argument ; de donner des causes ou des raisons si la question commence par « pourquoi », des moyens si elle commence par « comment ». S’il prend en charge les questions proposées, le lecteur trouvera des hypothèses de réponses qui le surprendront peut-être et le conduiront sur des chemins imprévus.

Les attitudes : pratiquer au quotidien

À la fin de chaque chapitre, le lecteur trouvera un autre type d’exercices qu’il pourra pratiquer cette fois non pas avec un stylo en main, mais dans sa vie quotidienne, au travail, en famille, avec ses amis, afin de mettre les idées en pratique. Ces exercices l’aideront à travailler ses attitudes* qui le disposeront à la pratique philosophique, un peu comme certains s’adonnent quotidiennement à des assouplissements pour accompagner la pratique d’un sport. Ces exercices constituent des pistes, mais le lecteur pourra en inventer d’autres.

Par exemple, participer à un atelier de pratique philosophique ou bien faire une consultation requiert un certain rapport à ses émotions et à son intelligence, ce qui n’est pas une attitude donnée d’emblée. Dans le chapitre « L’intelligence des émotions » (voir ici), des pistes de réflexion sont proposées pour mieux comprendre le rôle et le fonctionnement de nos émotions en lien avec l’intelligence. À la fin de ce chapitre, les exercices permettront au lecteur de s’exercer à prendre conscience de ses émotions. Une pratique régulière l’aidera à ne pas les subir, à mieux savoir les gérer, à ne pas les laisser entraver son intelligence lorsqu’il participera à un atelier de pratique philosophique, fera une consultation ou communiquera avec des personnes dans un tout autre cadre.

Source : Cet extrait est disponible sur le site web des Éditions Marabout et sur le site Google Livres.

MES COMMENTAIRES

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

5 étoiles sur 5

Publié en 2015, « Philosopher pour se retrouver » de Laurence Bouchet nous introduit puis nous instruit de la pratique de la philosophie sur le terrain dans le cadre d’ateliers de philosophie (rencontres de groupe) et de consultation philosophique (rencontres individuelles). J’accorde à ce livre 5 étoiles sur 5, non seulement en raison de l’enseignement que le lecteur y trouvera traitant de thèmes/concepts dont le choix est plus que pertinent, mais aussi en raison des questions en marge du texte et des exercices proposés au lecteur par l’auteure. Bref, ce livre est très bien fait, très bien écrit et aisé à lire.

Madame Bouchet écrit : « La consultation (philosophique) s’adresse donc à tous ceux qui désirent acquérir la sagesse et sont conscients de ne pas la posséder ». (page 55) La précision revêt une importance capitale. Si nous croyons déjà posséder la sagesse et que nous le démontrons en nous donnant nous-même raison, ou que nous n’aimons pas nous remettre en question, que nous préférons prendre pour vrai ce que l’on pense parce qu’on le pense, que nous n’aimons pas douter… La consultation philosophique ne produira pas l’effet escompté, du moins au départ.

Quant à la distinction à faire entre la consultation philosophique et la psychanalyse, un sujet qui me tient à cœur. Mme Bouchet écrit :

(…) La consultation philosophique partage avec la psychanalyse l’objectif d’une meilleur connaissance de soi. Elle en diffère toutefois sur trois points essentiels :

  • elle ne prétend pas accéder à l’inconscient et ne travaille que sur des pensées conscientes;
  • Elle ne s’élabore pas sur une parole libre et sans retenue, mais sur des réponses à des questions précises, voire binaires, posée par le philosophe consultant;
  • elle utilise les compétences* philosophiques que son l’analyse, la synthèse, l’argumentation, la mise à jour des présupposés, la problématisation et la conceptualisation.

Ainsi, au sous-titre « Analyser et non pas raconter » du chapitre « La consultation philosophique », l’auteure écrit : « Avec lui (le consultant philosophe), il s’agit de penser ce que l’on dit et non de dire tout ce que l’on pense. » (p. 59) Autrement dit et selon moi, il ne s’agit pas de répondre à un besoin de verbaliser pour se soulager mais plutôt un net besoin de verbaliser pour mieux comprendre ce que l’on pense, comment on pense et corriger le tir au besoin par l’analyse.

Si la simple verbalisation m’effraie dans le contexte d’une consultation philosophique, c’est parce qu’elle peut rendre le dialogue nécessaire difficile à tenir. Je reconnais l’avantage de s’entendre dire nos pensées pour ensuite penser ce qu’on vient de dire. Mais je ne reconnais aucun bénéfice au mémérage sur soi-même, si ce n’est un indice sur la situation trouble de la personne.

Choisir une consultation philosophique implique une prise de position avouée face au problème que l’on souhaite régler. Souvent, les philosophes consultants précise dans leurs essais que la personne devant eux a déjà fait l’expérience de d’autres types consultations sans en tirer les bénéfices espérés. La consultation philosophique devient en pareil contexte un dernier recours, un recours ultime.

L’auteur Laurence Bouchet précise : « SORTIR DE LA RUMINATION – Pourquoi une méthode aussi directive ? La consultation philosophique s’appuie sur l’idée de Platon selon laquelle penser, c’est entrer en dialogue avec soi-même. Or il existe de dialogue que si deux points de vue différents se confrontent. » (p. 61)

La particularité de ce livre n’a rien de commun avec les autres livres commentés dans ce dossier. Ces derniers nous introduisent à la consultation philosophique. Ils nous en donnent des exemples. Ils justifient l’approche et la contextualise. Le livre « Philosopher pour se retrouver » se présente plutôt comme un livre d’instruction pour apprendre à philosopher par soi-même et, pour les intéressés, à apprivoiser la consultation philosophique comme pratique. « Nous pouvons tous êtes philosophes. Nous devons tous êtes philosophes. Osons être philosophes ! » écrit-elle.


Le contenu du livre m’a beaucoup plus.

Je l’ai lu avec un grand intérêt.

Je vous en recommande la lecture.

* * * * *

Je luis accorde cinq étoiles sur cinq


Serge-André Guay, auteur et président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys


Sur le site web de Laurence Bouchet

Vous trouverez aussi des vidéos de consultations philosophiques sur le site web de l’auteur à cette adresse : https://www.laurencebouchet-pratiquephilosophique.com/-video-consultations-philo

Enfin, Laurence Bouchet offre « Une formation complète à la pratique philosophique ».

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