Milieu littéraire : le harcèlement touche une écrivaine sur trois

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COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Milieu littéraire : le harcèlement touche une écrivaine sur trois

Montréal, 20 octobre 2020 — L’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) révèle les résultats d’une enquête menée auprès des autrices et auteurs québécois début octobre. Ces chiffres démontrent sans équivoque le déséquilibre du rapport de force entre les partenaires du milieu, déséquilibre qui mène bien souvent à des comportements inacceptables et à une omerta intolérable.

L’UNEQ dénonce également l’absence de recours pour les victimes et une privation d’une partie de leurs droits syndicaux.

Des chiffres qui donnent le vertige

Près d’un quart des 444 répondant.e.s déclarent avoir subi au moins une fois un comportement inadéquat répétitif ou une seule conduite grave. Ce taux passe à 32,8 % quand il s’agit des femmes ou personnes issues des minorités de genre.

Une femme ou personne issue des minorités de genre sur sept déclare avoir subi des attouchements dans le cadre de relations professionnelles. Plus d’une sur cinq a été victime d’intimidation et une sur trois a reçu des propos humiliants.

« Ça fait froid dans le dos ! », s’exclame la présidente de l’UNEQ, Suzanne Aubry. « Ces données doivent nous alerter sur l’ampleur d’un phénomène tenu secret trop longtemps. »

La loi du plus fort

Force est de constater que la plupart des agissements recensés par l’enquête de l’UNEQ reposent sur un déséquilibre du rapport de force dans le milieu littéraire : 41 % des répondant.e.s estiment avoir ressenti au moins une fois le déséquilibre du rapport de force avec leur interlocuteur.trice avant et au moment de la négociation d’un contrat d’édition, 40,5 % dans des échanges privés ou publics, et 36 % lors d’événements littéraires (festivals, salons du livre, lancements, etc.)

Pour 31,5 % des répondant.e.s, il est difficile voire impossible de considérer le milieu littéraire comme sain et d’y évoluer de manière équitable avec les autres partenaires. Ce chiffre grimpe à 37 % pour les femmes et minorités de genre ayant moins de 10 ans de carrière.

Un milieu dans lequel on ne parle pas de ces choses-là

59 % des personnes ayant subi un ou plusieurs abus déclarent ne pas avoir tenté de parler à l’un des responsables de l’entreprise ou de l’organisation, car c’était impossible ou par peur des conséquences.

« Il faut bien comprendre que l’absence de représentation collective pour nos artistes entraîne une loi du silence tacite dans le milieu. Comment voulez-vous exprimer une difficulté vécue quand rien ne vous protège, quand vous pouvez être placé du jour au lendemain sur une liste noire des écrivaines et écrivains qui osent parler ? », déclare Laurent Dubois, directeur général de l’UNEQ.

L’absence de recours : une discrimination de plus pour les victimes

L’UNEQ reconnaît que le milieu travaille actuellement à développer des moyens pour prévenir ces situations. Sensibilisation, formations et codes de déontologie spécifiques seront probablement mis en place sous peu par plusieurs organisations.

« Ce travail de prévention est certes indispensable, mais il faut également aborder la question des recours, des sanctions, de l’accompagnement des victimes, des processus de justice réparatrice. Et c’est là que des désaccords de fond apparaissent entre les acteurs », poursuit Laurent Dubois.

« L’absence d’ententes collectives signées dans le milieu littéraire prive les écrivaines et écrivains des mécanismes de griefs, d’arbitrage et de médiation. Un recours en médiation, par exemple, permettrait à l’UNEQ de représenter un.e membre dans une démarche de grief et ainsi d’éviter qu’il ou elle ne soit seul.e face à son interlocuteur, souvent placé en position de force. »

À ce sujet d’ailleurs, l’enquête indique que 88,2 % des personnes qui se sont prononcées estiment nécessaire de disposer de mesures de griefs, de médiation et d’arbitrage.

Une lame de fond depuis l’été dernier

En juillet 2020, le milieu littéraire québécois a été littéralement submergé par un mouvement rassemblant plusieurs centaines de femmes et de personnes issues de minorités de genre qui ont dénoncé les comportements malsains auxquels elles sont trop souvent confrontées. Elles ont interpellé les acteurs du milieu afin qu’ils mettent fin au harcèlement sexuel ou psychologique qui a déjà fait de trop nombreuses victimes.

Dans une lettre rendue publique le 15 juillet dernier, plus de 150 signataires s’adressent directement à l’UNEQ, syndicat professionnel des écrivaines et écrivains québécois, pour agir et faire changer les choses.


Violences sexuelles et abus de pouvoir dans le milieu littéraire : il est plus que temps d’agir

Montréal, 15 juillet 2020 – L’UNEQ donne son appui à la lettre rédigée par un groupe constitué de plusieurs centaines de femmes et minorités de genre déterminées à faire cesser une situation qui ne peut plus durer dans le milieu littéraire.

Dans cette lettre, intitulée « Revendications et pistes de solutions » et rendue publique ce 15 juillet (cliquez ici), de nombreuses actrices du milieu littéraires (autrices, éditrices, traductrices, libraires, etc.) prennent la parole afin que les choses changent. Dans le sillon du mouvement #metoo #moiaussi, la récente vague de dénonciations secoue le secteur culturel et interpelle directement les acteurs du milieu littéraire pour que, au-delà du temps d’écoute et de partage actuel, des actes soient posés dans le but de combattre les abus de pouvoir et la masculinité toxique qui minent les relations de travail de toutes sortes de manières insidieuses.

Le groupe soumet plusieurs recommandations d’actions, dont certaines sollicitent l’UNEQ directement.

« Il va de soi pour l’UNEQ de soutenir pleinement la diffusion de cette lettre, et nous félicitons par ailleurs le travail colossal de ce groupe, qui depuis plusieurs jours écoute, reçoit, compile, analyse, pense, panse et se mobilise pour bâtir un plan d’action fort que nous ne pouvons qu’accueillir avec respect et admiration », déclare Mélissa Verreault, vice-présidente de l’UNEQ et coordonnatrice de la cellule d’urgence mise en place le 7 juillet dernier. « Nous devons maintenant étudier le tout, rencontrer nos partenaires, voir ce qui est réalisable à court, moyen et long terme. Nous voulons poser des gestes concrets et réfléchis qui auront des effets pérennes et engendrerons des changements profonds. »

Dans ce sens et dans un souci d’efficacité, le conseil d’administration de l’UNEQ mandate son comité parité et égalité femmes-hommes, auteur d’un travail remarqué l’an dernier sur la place de la femme dans le champ littéraire, afin qu’il étudie dans le détail les différentes propositions formulées aujourd’hui par le groupe de femmes et minorités de genre. L’UNEQ donnera à ce comité, qui pourra être élargi au besoin afin d’y inclure les expertises indispensables, les moyens nécessaires pour émettre des recommandations dans un délai raisonnable et pouvoir très vite passer à la mise en place de mesures structurantes.

Lutter contre les abus de pouvoir

De trop nombreux témoignages entendus ou lus ces dernières semaines reposent sur une caractéristique spécifique au monde littéraire : l’absence d’encadrement législatif des conditions de travail des écrivaines et écrivains. Cette carence génère des rapports de forces déséquilibrés dont certains peuvent abuser et qui deviennent la source de nombreux drames.

« Que faudra-t-il pour que les écrivaines et écrivains québécois puissent bénéficier, comme des milliers d’autres artistes, de la protection légale qu’ils/elles méritent ? » interroge Laurent Dubois, directeur général de l’UNEQ. « Pourquoi est-ce si compliqué d’accepter que les relations professionnelles qui existent entre les artistes que nous représentons et les différents acteurs de la chaine du livre soient négociées, encadrées, protégées ? Il nous manque aujourd’hui, plus que jamais, une Loi sur le statut de l’artiste qui nous permette de ne pas laisser seules et seuls les écrivaines et écrivains tout au long de leur carrière et qui contraigne les maisons d’édition à appliquer des conditions de travail saines et sécuritaires. »

Le gouvernement du Québec avait entamé un travail de révision des deux lois sur le statut de l’artiste en décembre 2019. La séquence de consultations a été interrompue par la pandémie dès le mois de mars. L’UNEQ demande à la ministre de la Culture et des Communications de bien vouloir envisager une reprise de ces travaux dès que possible et de trouver des solutions permettant les consultations à distance pour ne pas repousser ce dossier à une période post-COVID-19, dont l’horizon demeure malheureusement toujours inconnu. Ainsi, nous serons mieux outillés pour accompagner toutes celles qui aujourd’hui nous demandent avec courage de les aider à éradiquer les relations de travail malsaines qui sont malheureusement trop répandues dans notre milieu.

À propos de l’UNEQ

Depuis plus de 40 ans, l’Union des écrivaines et des écrivains québécois regroupe des poètes, des romanciers, des auteurs dramatiques, des essayistes, des auteurs pour jeunes publics et des auteurs d’ouvrages scientifiques et pratiques. L’UNEQ, qui représente actuellement plus de 1 600 auteurs, travaille à la promotion et à la diffusion de la littérature québécoise, au Québec, au Canada et à l’étranger, de même qu’à la défense des droits socioéconomiques des écrivains.

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Source : Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ)


Afin de mieux mesurer l’ampleur et les conséquences d’une situation aussi inquiétante, l’UNEQ a donc consulté les écrivaines et écrivains, membres ou non du syndicat, au début du mois d’octobre 2020.

« La situation est maintenant connue de toutes et tous, personne ne peut décemment la nier dans le milieu comme au gouvernement », conclut Suzanne Aubry. « Nous, écrivaines et écrivains québécois, sommes plus que jamais déterminé.e.s à en finir avec ces comportements toxiques et ces abus de pouvoir à répétition. Cette situation ne peut plus durer ! Il est grand temps de changer complètement de paradigme et d’instaurer un véritable dialogue social. Nous nous rassemblons, solidaires, unis, pour dénoncer, certes, mais aussi pour obtenir une justice réparatrice et une protection décente pour les autrices et les auteurs que nous représentons. »

À propos de l’UNEQ

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) est reconnue l’association représentative des artistes du domaine de la littérature et compte actuellement plus de 1 600 membres. Le syndicat professionnel travaille depuis 1977 à la défense des droits socio-économiques des écrivaines et des écrivains, ainsi qu’à la valorisation de la littérature québécoise au Québec, au Canada et à l’étranger.

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Source : Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ)

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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