Dossier Philothérapie – Quand la philosophie nous aide – Article # 2

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DOSSIER

Philothérapie

Quand la philosophie nous aide

ARTICLE # 2

Mise en garde contre le copinage entre la philosophie et la psychologie


À lire avant cet article # 2, l’Introduction à ce dossier.


La philothérapie gagne lentement mais sûrement en popularité grâce à des publications de plus en plus accessibles au grand public (voir l’Introduction de ce dossier).

L’un des titres tout en haut de la liste s’intitulé « Platon, pas Projac! » signé par Lou Marinoff paru en français en l’an 2000 aux Éditions Logiques. Ce livre m’a ouvert à la philothérapie.

L’auteur est professeur de philosophie au City College de New York, fondateur de l’Association américaine des praticiens de la philosophie (American Philosophical Practitioners Association) et auteurs de plusieurs livres.

Dans « Platon, pas Projac! », il écrit :

« De tous les temps, les philosophes ont observé la nature humaine, ce qui ressemble à la description de tâches d’un psychologue. Une philosophie de l’humanité resterait incomplète sans un apport de la psychologie. De même, la psychologie dénuée d’une dimension philosophique ne remplirait pas son rôle. Ces deux sphères de l’activité humaine se sont pourries le jour où elles se sont séparées. »

MARINOFF, Lou, Platon, pas Projac!, Éditions Logiques, 2000, p. 45.

Je m’oppose fermement à une fusion entre la philosophie et la psychologie, cette dernière connaissant des dérives qui portent atteinte au bien fondé et au succès de ses interventions. En effet, la psychologie, science inexacte par excellence, tire dans toutes les directions, notamment, dans le domaine du développement personnel. Elle fait du MOI une montagne à gravir d’où, une fois au sommet, apparaît une autre montagne à gravir et ainsi de suite au sein d’une même thérapie voire d’une thérapie à l’autre.

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Dans son livre « Séduction psychologique – Échec de la psychologie moderne », William Kirk Kilpatirck, diplômé des plus grandes écoles dont les célèbres universités Harvard et Purdue, professeur de psychologie de l’éducation au Boston College, écrit :

ATTENTES ET RÉSULTATS

Il y a trop de « si », de « et » et de « mais » pour prouver une relation fortuite entre la montée de la psychologie et la détérioration du lien social, mais il existe certainement assez de preuves pour douter du profit que la psychologie prétend nous apporter. Dans les domaines où les professionnels savent véritablement ce qu’ils font, nous nous attendons à un résultat. Stanislas Andreski, sociologue britannique, fait la lumière sur ce point en comparant la psychologie et la sociologie à d’autres professions.

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Il note que lorsqu’une profession est fondée sur une connaissance bien établie, il devrait y avoir une relation entre le nombre de personnes qui exercent cette profession et les résultats accomplis :

« Ainsi, dans un pays où il y a pléthore d’ingénieurs en télécommunication, l’équipement téléphonique sera normalement meilleur que dans un pays où il n’y a que quelques spécialistes dans ce domaine. Le taux de mortalité sera plus bas dans les pays ou les régions où il y a beaucoup de docteurs et d’infirmières que dans les lieux où ils sont rares et éloignés. Les comptes seront généralement tenus avec plus d’efficacité dans les pays où il y a de nombreux comptables expérimentés que là où ils font défaut. »

Mais quel est donc le profit produit par la psychologie et la sociologie? Le professeur Andreski poursuit :

« … Partant, nous devrions constater que dans les pays, les régions, les institutions ou encore les secteurs où les services des psychologues sont très largement requis, les foyers sont plus résistants, les liens entre conjoints, frères et sœurs, parents et enfants, plus solides et plus chaleureux; les relations entre collègues plus harmonieuses, le traitement des patients meilleur; les vandales, les criminels et les toxicomanes moins nombreux, que dans les endroits et les groupes qui n’ont pas recours aux talents des psychologues. En conséquence, nous pourrions déduire que les États-Unis sont la patrie bénie de l’harmonie et de la paix; et qu’il aurait dû en être toujours plus ainsi durant le dernier quart de siècle en relation avec la croissance numérique des sociologues, des psychologues et des experts en sciences politiques. » Note originale de l’auteur : Stanislas Andreski, Social Sciences as Sorcery, Penguin Books, New York,1974, pp. 25-26.)

Cependant, ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, les choses semblent empirer. Les rues ne sont pas sûres. Les foyers se désintègrent. Le suicide sévit parmi les jeunes. Et quand la psychologie tente de régler de tels problèmes, il semble souvent qu’elle les aggrave. La création dans les villes de centres de prévention du suicide s’accompagne, par exemple, d’une augmentation de celui-ci. Les conseils matrimoniaux conduisent fréquemment au divorce. Par ailleurs, l’observation la plus élémentaire nous montre que l’introduction de l’éducation sexuelle dans un public très étendu n’a aucunement enrayé la hausse des grossesses non désirées, de la promiscuité et des maladies vénériennes. Il est plutôt manifeste que de tels programmes encouragent la sexualité précoce et les problèmes qui en découlent.

Il est difficile de ne pas conclure que l’ordonnance est à l’origine de la maladie. « Si nous constations », écrit Andreski, « que toutes les fois que les pompiers arrivent, le feu redouble d’intensité, nous finirions par nous demander ce qu’il peut bien sortir de leurs lances et si, par hasard, ils ne sont pas en train de verser de l’huile sur le feu » (p. 29) » (KILPATRICK, William A Kirk, Séduction psychologique (L’échec de la psychologie moderne), Centre biblique européen, Suisse, 1985, pp. 33-35.)

Ce livre de William A Kilpatrick figure au catalogue du Centre biblique européen et s’adresse à tous ceux et celles pour qui la psychologie n’a pas livré les résultats espérés et propose en échange de s’engager dans une vie chrétienne. On peut donc critiquer sa référence religieuse mais il s’agit tout même d’un constat dressé par un professeur de psychologie de profession et par un sociologue de réputation internationale.

Personne ne peut nier les nombreux échecs de la psychologie dans sa pratique clinicienne.

À mon avis, la psychologie prête flanc à la critique et à l’échec parce qu’elle tire dans toutes les directions, comme je mentionnais ci-dessus.

En fait, la psychologie aspire tout ce qu’elle peut en son sein sans trop de discernement. Elle fonce. Et si la philo peut lui-être d’une quelconque utilité, elle l’intégrera dans sa pratique en cabinet. Et c’est bien cette habitude de tout aspirer qui me fait douter des avantages d’une fusion entre la psychologie et la philosophie.

Un fait m’inquiète : la psychologie intègre, non pas LA philosophie, mais DES philosophies. Piger ici et là dans telle ou telle philosophie ne permet pas de connaître LA philosophie et encore moins de savoir comment philosopher.

La psychologie tire des bribes des philosophies avancées par Bouddha, Confucius, Jésus, Mahomet, Lao Tzeu, Socrate, Aristote, Épicure, Épictète, Montaigne, Spinoza, Schopenhauer, Lévinas… Des bribes qui sonnent bien à l’oreille et comme en trouvent à ne plus finir dans les séances de développement personnel.

Mais attendez. Certains philosophes praticiens ne font-ils pas la même chose ? Oui. Frédéric Lenoir, philosophe et sociologue, Docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), pige dans toutes les philosophies dans son livre « Petit traité de vie intérieure » dont voici la Présentation :

« De tous mes livres de philosophie et de spiritualité, celui-ci est certainement le plus accessible, mais sans doute aussi le plus utile. Car ce n’est pas un savoir théorique que je cherche à transmettre, mais une connaissance pratique, la plus essentielle qui soit : comment mener une vie bonne, heureuse, en harmonie avec soi-même et avec les autres. Ce que je dis ici avec des mots simples et des exemples concrets, comme au cours d’une conversation avec un ami, est le fruit de trente années de recherches et d’expériences. Mon témoignage personnel importerait peu s’il n’était éclairé par la pensée des philosophes et des sages de l’humanité qui ont marqué ma vie : le Bouddha, Confucius, Socrate, Aristote, Épicure, Épictète, Jésus, Montaigne, Spinoza, Schopenhauer, Lévinas parmi d’autres. Exister est un fait, vivre est un art. Tout le chemin de la vie, c’est passer de l’ignorance à la connaissance, de la peur à l’amour. » FL

Source : Frédéric Lenoir, site web.
https://www.fredericlenoir.com/essais/petit-traite-de-vie-interieure-2/

Cette idée qu’en mangeant des pommes de différentes variétés on deviendra pomiculteur ne tient pas la route.

Bien sûr, on peut user de techniques pour philosopher mais cela ne fera de vous qu’un technicien (en quête d’amélioration de votre technique ou d’une technique meilleure) au lieu de se former à philosopher pour devenir votre propre philosophe, car c’est bien là le but premier, le seul but utile.

Je réitère mon invitation à une distinction claire et nette entre LA philosophie et LES philosophies. On apprend à philosopher avec LA philosophie et non pas avec LES philosophies, à moins d’être un expert de l’histoire de la philosophie et de ses différentes doctrines et de l’analyse de ces dernières.

Et quand la psychologie tente de philosopher en glanant ici et là dans la sagesse d’une ou de différentes philosophies, elle ne philosophe pas. Elle « philosophise », c’est-à-dire qu’elle introduit le raisonnement philosophique dans la psychologie.

Philosophiser, verbe,rare. a) Empl. intrans. Synon. de philosopher (supra B).À quoi bon s’encombrer de tant de souvenirs? Le passé nous mange trop. Nous ne sommes jamais au présent, qui seul est important dans la vie. Comme je philosophise! (Flaub., Corresp., 1853, p.318).b) Empl. trans. Introduire le raisonnement philosophique (dans une religion, une science). Sa manière [de M. de La Mennais] de philosophiser le christianisme est-elle tout simplement (…) un pur déisme avec morale évangélique (…) et, si l’on veut aller au plus loin dans ce sens, est-elle un socinianisme humanitaire? (Sainte-Beuve, Portr. contemp., t.1, 1836, p.268).Le premier zélateur américain de Freud, Putnam, «philosophise» avec tant d’ardeur la psychanalyse que Ferenczi, longtemps le plus proche disciple de Freud, est obligé de lui répondre dans son article «Philosophie et psychanalyse» (L’Express, 19 févr. 1968, p.77, col. 2).

Source : Centre nationale de ressources textuelles et lexicales (CNRTL).

https://www.cnrtl.fr/definition/philosophiser

D’un point de vue théorique, j’approuve toutes les relations interdisciplinaires, y compris celle entre la psychologie et la philosophie. Mais je demeure sur mes gardes quand vient le temps de passer à la mise en pratique interdisciplinaire.

La psychologie, de par sa position dominante, teinte tout travail sur soi. Même les philosophes praticiens (philothérapies) se retrouvent sous l’influence de la psychologie, consciemment et inconsciemment. Je note une « psycholonisation » des philosophes praticiens dans leurs efforts et leurs argumentations pour rejoindre la population. En s’offrant comme une alternative pour résoudre les mêmes problèmes soulevés par la psychologie dans leur propre pratique, les philosophes praticiens se facilitent la vie. En revanche, ils ne mettent pas de l’avant les problèmes propres à être résolus par la philosophie.

Le titre du livre « Platon, pas Projac! » constitue un bel exemple de l’introduction de la philosophie sur le marché clinicien comme alternative à la médication relevant de la psychologie et de psychiatrie. Le titre frappe l’esprit et communique efficacement mais laisse tout de même crois que la philosophie s’attaque aux mêmes problèmes que la psychologie mais ce n’est pas le cas dans la réalité.

CAUSES ET RAISONS

La philosophie est une démarche intellectuelle d’acquisition de la sagesse en vue de la mettre en pratique dans sa quête du bonheur. On peut ajouter à cette notion très large, le bonheur de penser. La philosophie s’attarde aux raisons qui expliquent et motivent telle ou telle pensée, telle ou telle conception du monde et de l’existence, et à la connaissance, la vérité, la morale, la beauté, l’esprit et le langage.

La psychologie vise la santé mentale et cherche des causes dans le passé et quelquefois dans le présent du patient.

Bref, la santé intellectuelle relève de la philosophie et la santé mentale de la psychologie.

LA PHILOSOPHIE, LA SCIENCE DES PROFONDEURS

L’avantage premier de la philosophie réside dans ses efforts pour aller plus en profondeur que peut le faire la psychologie. Selon moi, la santé mentale trouve très souvent sa principale source dans la santé intellectuelle, Autrement dit, une bonne santé intellectuelle garantie une bonne santé mentale, du moins elle en est un terreau fertile. La philosophie doit donc occuper la première place dans la quête du bonheur et dans la levée des barrières empêchant la sérénité de la démarche. La santé intellectuelle est un processus continu qui demeure ouvert tout au long de la vie.

«D’abord, la psychologie est essentiellement centrée sur le “moi”. Elle cherche à comprendre les failles, les problèmes et les troubles du patient. Tandis que les domaines concernés par la philosophie sont bien plus larges : elle traite de l’homme en général, mais elle se demande aussi ce qu’est le monde, Dieu, les autres, la vie, le bonheur…

Ensuite, bien souvent la psychologie invite le patient à regarder en arrière ; à fouiller dans son enfance, à se souvenir d’un évènement qui serait l’origine d’un traumatisme. Elle cherche à guérir le passé. À l’inverse, la philosophie ne panse pas le passé. Elle permet, grâce à la rencontre des philosophes d’il y a 500 ou 2500 ans, de penser autrement, de ne pas rester bloqué sur des idées/pensées qui nous font du mal. On en découvre d’autres qui nous correspondent et on agit en fonction de celles-ci. En ce sens, la philosophie nous donne les clés pour agir, et pour prendre notre futur en main et redevenir maître de son destin.»

Source : Quelle est la différence entre la psychologie et la philosophie ?, Institut pandore.

« La psychologie est née de la philosophie »

«La philosophie et la psychologie sont deux champs d’étude ayant une place commune dans l’histoire. La psychologie est née de la philosophie. Elle apparut pour inclure la méthode empirique face aux questions soulevées par la philosophie. Par conséquent, la philosophie a apporté à la psychologie divers sujets d’étude tels que la sensation, la perception, l’intelligence et la mémoire.»

Source : Quelle relation existe-t-il entre la philosophie et la psychologie ? Nos Pensées.

À suivre

Voir notre dossier : Philothérapie – Quand la philosophie nous aide

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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