Un roman écrit sans la lettre « e » : Profil d’assassin, roman policier, lipogramme en « E », André Bertione, Fondation littéraire Fleur de Lys

Profil d’assassin, roman policier, lipogramme en « E »,

André Bertione, Fondation littéraire Fleur de Lys

Lévis, Québec, 2011, 140 pages. ISBN 978-2-89612-381-0


NOTE DE L’ÉDITEUR

L’auteur de ce livre n’utilise pas la lettre « E » dans son texte. Cet exercice reconnu pour ses difficultés se nomme e-lipographie et s’inscrit dans la famille du lipogramme (du grec leipogrammatikos, de leipein (« enlever, laisser ») et gramma (« lettre ») : «à qui il manque une lettre»). La notion a été inventée au sein de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle). Source : Wikipedia.

À consulter sur Internet :

Lipogramme
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lipogramme

Petit manuel d’e-lipographie :
http://marcautret.free.fr/sigma/pratik/script/elipo.php#sur

Ouvroir de littérature potentielle
http://fr.wikipedia.org/wiki/Oulipo

http://www.oulipo.net/


PRÉSENTATION

Paul Black, avocat syndical très connu, consacrait tout à son travail jusqu’au jour où il sombra dans l’alcool. Vivant sur ses succès passés, il est approché par Jonathan Maldoff, PGD à la Global Trust Canada, qui lui offre un mandat lucratif pour relocaliser plusieurs membres de son personnel qui n’ont pas été en mesure de s’adapter aux nouveaux besoins du marché. Paul Black accepte l’offre qui lui est proposée croyant qu’il s’agit d’un travail facile à accomplir mais constate rapidement qu’il s’enfonce plutôt dans un monde où règne la violence.

Pourquoi Jonathan Maldoff avait-il exigé que Paul Black travaille à la Global Trust Canada dans l’anonymat ?

Qu’y avait-il à la Global Trust Canada qu’on voulait cacher au grand public ?

Mal préparé pour évoluer dans un environnement qu’il ne connaît pas, Paul Black devra faire appel à toutes ses ressources pour éclaircir le complot dans lequel il a été entraîné à son insu.

* * *

Note : le texte de ce livre utilise la figure de style lipogramme, plus spécifiquement la e-lipographie, c’est-à-dire écrit sans la lettre «E».


Extraits

AVANT-PROPOS

Au cours du mois d’avril 2009, j’ai mis la main à la composition du roman qui suit, un roman où il n’y a aucun «E» dans la narration.

N’ayant jamais suivi aucun cours sur l’art grammatical du français, j’ignorais si j’avais un savoir suffisant pour aboutir à un roman pas trop insignifiant.

M’y donnant à fond, mot à mot, j’avançais, pourtant, dans mon travail, un travail ardu qui, moult fois, n’aboutissait qu’à un insatisfaisant brouillon. Alors, à court d’imagination, j’abdiquais, foutant mon manuscrit au fond d’un tiroir. Un mois passait, parois trois, sans qu’il n’y ait aucun ajout à mon manuscrit. N’abandonnant pas pour autant, j’ai poursuivi ma composition. Mon manuscrit s’amplifia jusqu’au jour où j’ai mis un point final à ma composition. Il m’a ainsi fallu plus d’un an d’un harassant travail pour qu’il y ait un point final à mon roman.

J’applaudis aujourd’hui à l’obstination qui m’anima tout au long d’un aussi passionnant travail.

CHAPITRE 1

Brillant avocat, Paul Black faisait du droit syndical. À 52 ans, il avait pris part à d’importants conflits syndicaux partout au Canada. Il avait jusqu’alors abattu du bon boulot. Mû par la passion du travail, il n’avait jamais un instant à lui sauf lorsqu’il s’autorisait l’achat d’un bon bouquin qu’il lisait au lit. Lui, auparavant, si sportif, faisait toujours son jogging du matin pour avoir un bon cardio. Il s’adonnait aux arts martiaux au point où il maîtrisait l’art du combat corps à corps. Aujourd’hui, pourtant, il avait pris du poids. Il buvait trop. Son travail d’avocat l’amusait moins. Il n’aspirait plus qu’à son condominium tout confort ainsi qu’aux cocktails où, parfois, il prononçait un discours pour un public poli mais nonchalant.

Aujourd’hui, à minuit moins dix, assis dans son grand lit à baldaquin, Paul Black consultait un rapport qu’un assistant lui avait soumis. N’arrivant plus à y saisir un mot, il posa son rapport au bout du lit puis poussa un profond soupir car il voulait dormir. Il tourna dans son lit jusqu’à minuit vingt mais n’y parvint pas. Quand ça arrivait, il sortait, montait dans son auto puis roulait au hasard dans la nuit pour toujours aboutir dans un bar ou un pub irlandais où il s’abrutissait d’alcool. Mais là, il faisait trop froid pour sortir. Aux informations du soir, on annonçait moins vingt.

Dans son lit, Paul Black avait chaud. Il manquait d’air. À 2h00 du matin, il parvint à s’assoupir lorsqu’il coucha tout nu, mais fut aussitôt assailli par un inconfort grandissant, vivant d’hallucinants flash-back. Il voyait un doigt qu’on pointait sur lui l’accusant d’avoir assailli, sans raison, un individu, provocant ainsi sa mort dans la confrontation qui avait suivi.

Pourquoi, par un fatal coup du sort, il y a vingt ans, Paul Black avait-il conduit un ami à la station d’autobus un jour où il avait plu. Il stationna son auto au parking, salua son ami qui, aussitôt grimpa dans l’autobus. Il allait partir quand il vit un comptoir-lunch dans la station d’autobus. Ayant faim, il quitta son auto, sac à dos à la main. Il s’installa au bout du comptoir puis commanda un « trio hot-dog ». Nonchalant, il pivota sur son banc pour saisir un journal qui traînait là, qu’il parcourut d’un air distrait. On y disait qu’au Portugal, l’inauguration d’un pont avait fait dix morts. On parlait aussi d’un putsch au Liban puis d’un ouragan qui s’abattait sur Cuba. Quant aux sports, on disait qu’au football Ottawa avait battu Calgary 28 à 21. Paul Black abandonna son journal sitôt qu’on lui apporta son « trio hot-dog ».

N’ayant pas vu qu’on avait mis son coca-cola trop au bord du comptoir, Paul Black l’accrocha du doigt. Son coca-cola tomba sur son voisin. Il s’agissait d’un punk à l’air abruti qui avait grosso modo vingt-cinq ans. Il portait un surnom plutôt idiot : Smurf. Il avait à coup sûr un QI lui donnant l’imagination d’un babouin.

— Pardon, dit Paul Black à Smurf d’un air confus.

— Fuck you ! rugit Smurf, toisant Paul Black d’un air provoquant, alors qu’il tordait son chandail qui arborait la swastika du Parti Nazi.

Voyant qu’un climat inamical s’installait, Paul Black comprit d’instinct qu’il lui fallait partir. Il ramassa son sac à dos puis sortit du snack-bar. Il quitta la station d’autobus, ignorant Smurf qui, toujours tordait son chandail. Tout aurait pu finir ainsi mais quand Paul Black arriva au parking, il fut assailli par Smurf qui l’avait suivi. Un tic convulsif l’agitait. Il sauta sur Paul Black à bras raccourcis. Un swing du droit mis Paul Black au tapis. Il s’agissait d’un coup puissant mais qui n’avait pas mis Paul Black knock-out. Paul Black roula au sol, puis aussi vif qu’un chat, prit position. Smurf sortit un long poignard qu’il dissimulait sous son chandail. Connaissant l’art subtil du Jiu-Jitsu, Paul Black affronta son assaillant.

Agitant son poignard, Smurf fonça sur Paul Black qui, sans mal, contra l’assaut du punk. Il appliqua à Smurf un puissant coup bas qui lui arracha un cri aigu. Paul Black agrippa aussitôt Smurf au bras puis tordit l’articulation. Sous la torsion, Smurf grimaça puis poussa un cri plaintif. Il lâcha son poignard qui tomba au sol. Il riposta, mordant Paul Black au cou. Aussitôt, Paul Black culbuta Smurf au sol, s’assurant qu’il fut loin du poignard. Il porta la main à son cou qui saignait. Quant à Smurf, accroupi au sol, il tâtait son bras dont l’articulation faisait mal. Sans son poignard, Smurf n’avait plus l’instinct du combattant. Tout aurait pu finir ainsi.

Paul Black aurait pu abandonner Smurf à son sort. Mais, il n’y avait pas un chat à l’horizon, aucun traînard qui avait suivi la confrontation. Alors, dans un sursaut, Paul Black pivota puis porta à Smurf un coup magistral au larynx. On aurait dit un coup qui sortait tout droit d’un film d’arts martiaux.

Paul Black savait qu’il s’agissait d’un coup fatal. Smurf vacilla. Il toussa puis cracha du sang. Suffoquant, il tomba au sol, tout d’un bloc. Paul Black s’approcha. Il tâta son pouls. La mort avait fait son travail.

Paul Black s’assit, fourbu, fixant Smurf dans la mort. Abasourdi, il agrippa son sac à dos qui traînait au sol à dix pas d’où gisait Smurf. D’un pas lourd, il avança jusqu’à son auto puis s’installa au volant. Son cou saignait toujours mais il irait plus tard à l’hôpital ou dans un CLSC. Il ouvrit son sac à dos. Il y fouilla, trouva son sans-fil puis composa 9-1-1. Il n’a fallu qu’un court laps avant qu’un fourgon n’apparut à la station d’autobus. On transporta Smurf à l’hôpital où l’on officialisa sa mort, un rapport à l’appui.

Trois mois plus tard, Paul Black paraissait au tribunal. Son avocat prouva au jury qu’on l’avait assailli, qu’il risquait la mort quand Smurf pointa sur lui un poignard aussi coupant qu’un rasoir. Paul Black jura à son tour, sur un ton larmoyant, qu’il n’avait pas pu fuir lorsqu’il fut assailli par Smurf. Convaincant, il affirma qu’il n’avait pas voulu la mort du punk. Tout parut fort clair au jury qui, aussitôt, acquitta Paul Black.

Ainsi, son forfait fut blanchi par la loi mais il ignora toujours la paix. La connaîtrait-il un jour, si jamais un jour il la connaissait ? Jamais, il n’oublia qu’il avait commis un assassinat. Aussi, un an plus tard, il sombra dans l’alcool au point où, disait-on, son taux d’alcool surpassait son taux sanguin. Il disait qu’il buvait dans un but social car ça faisait « in » pour un avocat d’avoir un drink à la main lors d’un cocktail ou au golf, à la fin d’un tournoi. Il avait pris goût à l’alcool mais il consommait aussi du pot ou du hasch. Quant il fumait un « joint » lors d’un party, on l’associait à un bon vivant qui voulait avoir du plaisir. Pourtant, Paul Black n’avait jamais aucun plaisir. Il vivait dans un chagrin constant.


AU SUJET DE L’AUTEUR

Il est né en 1947 à Montréal et passe toute sa jeunesse sur le Plateau Mont-Royal. En 1969, il s’inscrit à l’Université McGill où il obtient un baccalauréat en sciences. Plus tard, il gradue de l’École des Hautes Études Commerciales avec un certificat en publicité. Il complète sa formation académique avec une maîtrise en carriérologie à l’Université du Québec à Montréal. Il débute sa carrière professionnelle comme chimiste industriel puis devient gestionnaire de production dans l’industrie pharmaceutique jusqu’en 1987, date à laquelle il réoriente sa carrière pour devenir recruteur scientifique en bureau-conseil, activité professionnelle qu’il pratique encore aujourd’hui. Durant ses temps libres, il pratique le Tae Kwon Do durant une dizaine d’années après quoi, il s’initie à la peinture. Il commence à écrire en 2008 et se spécialise dans la rédaction de textes en lipogramme, un mode d’écriture dans lequel on s’impose de ne pas utiliser une ou plusieurs lettres de l’alphabet. Aujourd’hui, il publie son premier livre dont le texte compte 20000 mots sans un seul «E», qui raconte le cheminement d’un avocat syndical dans le monde du crime.


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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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