Être informer ou s’informer

Être informer ou s’informer

Par Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys / Appui-livres


On peut toujours être informé par les médias ou s’informer soi-même en recherchant l’information dont nous avons besoin.


J’estime à 10% la couverture de presse par les médias d’information traditionnels dans le monde. Et si je prends en considération les barrières linguistiques, j’estime la couverture de presse de langue française à 5%.

Mon estimation se base sur plus de 40 ans de cueillette et de vérification de l’information au cours de ma carrière à titre de journaliste et chroniqueur à la pige pour des médias écrits, d’animateur à la radio et à la télévision, d’éducateur aux médias, de conseiller en communication, de préposé aux renseignements, de fondateur et directeur d’une firme de recherche en marketing (études des motivations d’achat des consommateurs) et d’éditeur à la Fondation littéraire Fleur de Lys. Bref, j’ai cherché, vérifié et analysé de l’information tout au long de ma carrière.

Aujourd’hui âgé de 63 ans, je comprends maintenant pourquoi les vieux de ma jeunesse soutenaient que l’histoire de répète (sans cesse).

Dès ma première année d’études collégiales, je voulais qu’on instruise, non pas des détails de chaque matière de mes cours en vue de les maîtriser, mais comment chercher l’information qui me sera utile tout au long de ma vie personnelle et professionnelle.

Jusqu’à l’aube de la quarantaine, je me référais plus souvent qu’autrement aux médias d’information pour être informé de ce qui se passe dans le monde. Je savais déjà fort bien que les médias d’information ne traitaient pas de tous les sujets possibles. À titre de rédacteur en chef de la revue d’affaires régionale Flash PME, je rejetais moi-même des dizaines de communiqués de presse à chaque semaine, soit par manque d’adéquation avec notre lectorat, soit par manque d’espace.

Et quelques expériences de recherche d’information plus élaborées m’avaient déjà mis la puce à l’oreille sur le traitement de l’information plus ou moins fidèle à la réalité par les médias suivant chacun une politique éditoriale différente. Entre le communiqué de presse signé par la source originale de l’information et le traitement de l’information qu’il contient, il y a toute une marge, voir un filtre déformant. Les médias ne veulent pas se faire accuser de diffuser un  communiqué de presse tel quel. Ils en vérifient le contenu, cherchent des opinions contraires ou complémentaires, traitent le tout et décident de ce quoi ils nous informerons sur le sujet.

Et très souvent, il minimisent la mention de la source d’information principale, au point où il devient difficile de la retrouver. Pourtant, avec la venue du lien hypertexte, il n’y a rien de plus simple que de donner la source originale d’une information. Mais rares, très rares sont les médias qui les utilisent pour orienter leurs lecteurs vers la source première de l’information.

Reprenons l’exemple mis en vedette dans notre éditorial du 10 juillet dernier « Le virus de la Covid-19 est-il présent sur les livres en bibliothèques ? ». Dans son article traitant la Covid-19 en bibliothèque (« Le coronavirus indétectable sur les livres après trois jours »), LA PRESSE CANADIENNE cite à deux reprises la source de sa nouvelle, le USA Today et  Will Richter :

Cela veut dire que ces objets pourraient être remis en circulation en toute sécurité après 72 heures, rapporte le quotidien «USA Today».


Le chercheur responsable de l’étude, Will Richter, a expliqué que ses collègues et lui ont soumis des livres et des DVD à une simulation du pire éternuement imaginable.

Quand une agence de renommée internationale, en l’occurrence LA PRESSE CANADIENNE, donne un médias comme source de son information, il prend alors pour acquis que l’information de sa source est juste et vérifiée. Le texte de cette agence de presse précise sa source d’information en nous communiquant le nom du chercheur à l’origine de l’étude, Will Richter. Mais LA PRESSE CANADIENNE ne donne aucune information sur ce chercheur. Elle ne nous informe pas s’il est rattaché à une firme privée, un laboratoire universitaire, un organisme sans but lucratif…

Et Google dénombre « Environ 104 000 000 résultats » avec « Will Richter ». Essayer de trouver le bon Will Richter.

Le choix de LA PRESSE CANADIENNE est délibéré car sa source, le USA Today, précise à quelle institution est relié le chercheur Will Richter :

Will Richter, principal research scientist at Battelle, said the study built on existing research to essentially put materials through the worst that a sneezing adult or drooling toddler could do.

Source : ’Fake spit’ tests show library materials free of coronavirus after 3 days, USA Today,June 25, 2020.

Après vérification, l’article auquel se réfère LA PRESSE CANADIENNE ne provient pas du USA Today puisque ce dernier reproduit un article en provenance d’un autre média, The Colombus Dispach. Même si ce dernier est lié au USA Today (© Gannett Co., Inc. 2020. All rights reserved. Gannett | USA TODAY NETWORK), il n’en demeure pas moins le premier relayeur de la nouvelle.

Le USA Today donne un lien vers The Columbus Dispach dans son texte :

COLUMBUS, Ohio – Scientists have good news for libraries and their legions of customers. According to research by Columbus-based Battelle, the virus that causes COVID-19 is undetectable on books and other common materials after three days.

Et The Colombus Dispach donne un lien vers la source originale de la nouvelle, l’organisme Battelle :

Scientists have good news for libraries and their legions of customers. According to research by Columbus-based Battelle, the virus that causes COVID-19 is undetectable on books and other common materials after three days.

On peut conclure que la nouvelle fut bien rapportée par son premier relayeur, The Colombus Dispach, mais que la reprise par le USA Today est bonne, compte tenu du lien vers The Colombus Dispach. Mais la reprise de la nouvelle par LA PRESSE CANADIENNE est médiocre parce que l’agence nous demande de la croire sur parole, sans citer convenablement la source originale de la nouvelle en nous donnant un lien (pour vérifier).

Nous entrons ici dans une barrière linguistique car LA PRESSE CANADIENNE donne la nouvelle en français et la source qu’elle nous donne est de langue anglaise. On peut imaginer que LA PRESSE CANADIENNE n’a pas cru bon donner le lien vers l’article du USA Today parce que ce dernier est de langue anglaise. LA PRESSE CANADIENNE a-t-elle supposé que ses lecteurs étaient unilingues français et que d’ajouter un lien vers une source de langue anglaise n’était pas utile ?

Les médias nous demandent de leur faire confiance pour ÊTRE INFORMER mais il vaut toujours mieux S’INFORMER soi-même.

 

 

 

 

 

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

Publié dans Éditorial

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