Les mots nouveaux de l’édition 2021 du dictionnaire Le Robert


Fidèle à son habitude depuis quelques années, la Fondation littéraire Fleur de Lys rend disponible en téléchargement gratuit le dossier de presse de la nouvelle édition du dictionnaire Le Petit Robert, dans ce cas, l’édition 2021.


Le Petit Robert, le Dictionnaire historique de la langue française et Le Grand Robert de la langue française sont les ouvrages de référence officiels de la Fondation littéraire Fleur de Lys


Le Robert présente ses mots nouveaux 2021


Le Robert en quelques mots : Depuis 1951, Le Robert, une maison d’édition du groupe Editis, est la seule maison entièrement dédiée à la langue française. Présente sur les marchés grand public, éducatif et professionnel, elle offre un catalogue riche de plus de 300 titres et ouvrages sur la langue déclinés en versions papier et numérique, dont le célèbre Petit Robert de la langue française. Aujourd’hui, Le Robert investit de nouveaux territoires linguistiques avec Le Robert Correcteur, logiciel intelligent de correction et d’aide à la rédaction, et une certification en langue française. Le Robert a également lancé cette année Dico en ligne Le Robert, un dictionnaire gratuit animé de contenus originaux sur la langue française.


É  D  I  T  O

par Alain Rey

Seul dictionnaire de langue à être mis à jour en continu, avec une présentation annuelle de sa moisson documentaire, le Petit Robert 2021 a dû faire face et s’adapter à une situation exceptionnelle.

La langue, et surtout le vocabulaire, évolue sans cesse, mais à certaines époques, cette évolution se centre sur un évènement qui affecte la vie de chacun(e). Nul besoin de rappeler ce qui vient d’arriver à tous les francophones et au monde entier en 2020, les réactions du langage y suffisent : des néologismes (déconfiner, déconfinement), des anglicismes, évidemment (cluster), des mots anciens dotés d’un sens inattendu (comme traçage ou écouvillon), des composés (télé- est sollicité : télétravailler, téléconsultation), des expressions inédites (le patient zéro, la distanciation sociale, ou plutôt physique), et même des discussions à propos de ces nouveautés (la covid 19, demande l’Académie française, le covid, entend-on partout).

Cependant, le flux des besoins de nommer, en français comme en d’autres langues, ne s’est pas ralenti, et le Petit Robert les accueille, d’où qu’ils viennent : régions de France, Belgique, Suisse, Canada francophone…

Loin d’être restée confinée, la langue française telle que la présente ce dictionnaire manifeste sa vitalité, sa force d’expansion, son ouverture et, pour employer un mot à la mode, sa résilience cette année. Malgré les circonstances, nous vous convions à cette fête des mots que le Petit Robert a partagée l’an dernier avec Riad Sattouf. Cette année, confinement exige, l’invité d’honneur est tout simplement la langue française d’aujourd’hui.

« […] le Petit Robert 2021 a dû faire face et s’adapter à une situation exceptionnelle. »

Alain Rey


L  E   M  O  T

d’Aurore Vincenti

Il y a peu, j’entendais Alain Rey nous rappeler : « Le dictionnaire est un livre de  » choses dites « , dictiones en latin. Il n’est pas là pour affirmer ce qu’on aime ou pas mais pour enregistrer l’usage ». C’est parce qu’un mot a été dit, répété, compris et bousculé qu’il finit, à l’usage – et non à l’usure ! – par entrer dans un dictionnaire. Il témoigne d’une époque et d’expériences individuelles et collectives. Alors, il n’est pas question d’aborder cette sélection à l’affect ou à la préférence, mais de tendre l’oreille aux quatre coins de la francophonie et de se faire caisse de résonance des évolutions et des changements de notre langue française.

Pourtant, dans ce processus, il est bien question d’un amour plus grand. Un amour de la langue, de ses caprices et de ses bizarreries. Aimer les mots, c’est aussi aimer les détester, c’est les trouver laids et les aimer quand même, c’est trouver qu’ils sonnent faux, moche et chelou et les aimer encore. Aimer les mots, c’est leur faire confiance et ne pas laisser s’abattre sur nous la peur de leur disparition, de leur mutation ou de leur invasion.

La langue française n’est pas à l’article de la mort, elle va bien, comme en témoignent ces mots « nouveaux » qui franchissent les portes de notre Petit Robert chéri, année après année. La langue française est hospitalière : elle raconte la francophonie et le reste du monde aussi, du Japon au monde arabe, en passant par les États-Unis. Elle est cosmopolite, philanthrope, parfois, même un peu interlope… Alors, à tous les trouillards, les couards, les poltrons, les pétochards : serrez les fesses ; y a des néologismes et des anglicismes qui courent les rues du dictionnaire !

Avec la langue – comme avec le reste, d’ailleurs, il est souvent question d’habitude. Il arrive que ce soit le coup de foudre mais, la plupart du temps, on s’approche, on se renifle et on s’apprivoise. On en viendrait à croire à la magie : le dégoût n’est parfois qu’un prélude au ragoût !

Alors je voudrais m’adresser à chaque mot, chaque sens, chaque exemple nouveau de ce Petit Robert 2021 et lui dire, en citant René Char : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. »

« Un amour de la langue, de ses caprices et de ses bizarreries. »

Aurore Vincenti


LES NOUVEAUX MOTS 2021

L  E  S   M  O  T  S

de la crise sanitaire

Le dictionnaire entretient un rapport particulier au temps. En observant la vie des mots, il est tout à la fois un outil, un témoin, un repère et une clé : quand les a-t-on entendus pour la première fois, que sont-ils devenus au cours de leur (souvent) longue carrière, quelles bifurcations ou raccourcis ont-ils pris, quels autres mots ou autres sens ont-ils engendré ? Que nous permettent-ils de dire – et de comprendre ?

Aussi, le travail du lexicographe, cheville ouvrière du dictionnaire, s’inscrit-il sur le temps long – il en faut pour observer le devenir des milliers de mots qui naissent ou renaissent, vieillissent ou se transforment. Mais parfois, tout s’emballe, et des mots qu’on n’avait pas forcément vu venir s’imposent massivement dans l’usage courant. C’est ce qui arrive avec les mots covid, déconfinement, nasopharynx, oxymètre, saturomètre, télétravailler ou encore téléconsultation, passés dans l’usage quotidien avec la même brusquerie et la même rapidité que la pandémie à laquelle il nous faut faire face. Et puis, il y a les mots déjà répertoriés dans le dictionnaire, dont le sens s’étoffe, voire se renouvelle à l’épreuve des faits. C’est le cas de mots comme cluster , confinement, écouvillon, réserviste, traçage ou encore ventilateur, présents dans le Petit Robert de la langue française, dont les articles ont été augmentés. C’est le cas aussi d’expressions comme mesure/geste barrière, distanciation sociale/physique ou patient zéro.

Autant de mots nouveaux, mais aussi de nouveaux sens ou de nouveaux usages, dont les rédacteurs du Robert ont mesuré l’extraordinaire impact. À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles : ces sens et mots nouveaux dont nul ne pouvait anticiper l’essor au moment du bouclage de l’édition 2021 du Petit Robert de la langue française ont été intégrés à ses versions en ligne, respectivement accessibles sur Internet (Dico en ligne Le Robert), par abonnement ou via le code d’accès que les heureux propriétaires du Petit Robert de la langue française 2021 trouveront dans leur édition bimédia. La mise à jour de ces supports sera effective le 4 juin 2020.


LES MOTS NOUVEAUX •

Mots insérés à nos dictionnaires numériques uniquement : Le Petit Robert en version numérique et Dico en ligne Le Robert (hormis pauci-). Les articles ci-dessous sont ceux du Petit Robert. Cette mise à jour sera effective le 4 juin.

COVID [kvid] nom masculin ou féminin I ÉTYM. 2020 ◊ mot anglais de Coronavirus Disease « maladie à coronavirus » Maladie infectieuse et contagieuse causée par un coronavirus. Suspicion de covid. Patients atteints du, de la covid. Covid-19, à l’origine de la pandémie qui débuta en 2019.

DÉCONFINEMENT [dek̃finm̃]nom masculin I ÉTYM. 1968 ; rare avant 2020 ◊ de dé- et confinement ■ Levée du confinement. ■ CONTRAIRE : Confinement.

DÉCONFINER [dek̃fine] verbe transitif (conjugaison 1) I ÉTYM. 1987 ; rare avant 2020 ◊ de dé- et confiner ■ Mettre fin au confinement de (qqn.). ■ PRONOM. Région qui se éofn.CONTRAIRE : Confiner.

NASOPHARYNX [nazofaɛks]̃ nom masculin I ÉTYM. 1884 ◊ du latin nasus « nez » et pharynxANAT. Rhinopharynx.

OXYMÈTRE [ksimt] nom masculin I ÉTYM. v. 1830 ◊ de oxy-et -mètreTECHN. Appareil qui mesure le taux d’oxygène d’un mélange gazeux ou d’un liquide. Spécialt méd. saturomètre.

PAUCI-  Élément, du latin pauci « un petit nombre de » :
paucisymptomatique.

SATUROMÈTRE [satyɔmt] nom masculin I ÉTYM. 1989 ; autre sens 1839 ◊ de satur(ation) et -mètre  MÉD. Appareil qui mesure La saturation du sang en oxygène. → oxymètre.

TÉLÉCONSULTATION [telek̃syltasj̃]nom féminin I ÉTYM. 1971 ; attestation isolée 1928 ◊ de 1. télé- et consultation ■ Consultation médicale à distance, grâce aux moyens de télécommunication. → télémédecine.


LES ARTICLES MIS À JOUR •

Ces mises à jour concernent nos dictionnaires numériques uniquement : Le Petit Robert en version numérique et, pour la plupart, Dico en ligne Le Robert. Les articles ci-dessous sont ceux du Petit Robert. Cette mise à jour sera effective le 4 juin.

AÉROSOL n. m.

1 Suspension dans un milieu gazeux (l’air ou tout autre gaz) de particules colloïdales* solides ou liquides. Le brouillard, les nuages sont des aérosols. Aérosols émis par le nez, la bouche. Transmission de particules virales par les aérosols. 2 COUR. Système ou appareil qui pulvérise ces particules. Les aérosols sont employés comme véhicules de certains agents médicamenteux (aérosolthérapie n. f.). → atomiseur, nébuliseur. Laque pour les cheveux en aérosol. APPOS. Des bombes aérosols.

BARRIÈRE n. f. […]

4 FIG. Ce qui sépare, fait obstacle. → obstacle ; difficulté, empêchement ; borne, garde-fou. « Retourner à Genève était mettre entre elle et moi une barrière presque insurmontable » (Rousseau). □ Les barrières sociales, culturelles, linguistiques.LOC. FIG. Être de l’autre côté de la barrière. → barricade. « à cette minute, il aurait voulu être de l’autre côté de la barrière ; être ce gendarme borné et stupide » (Cossery). ♦ Barrières douanières : mesures destinées à freiner les importations dans un pays. Barrière fiscale. Barrière placentaire. Barrière des espèces : mécanisme faisant obstacle à la transmission d’agents infectieux, au transfert de gènes entre espèces différentes. ♦ APPOS. Geste, mesure barrière : précaution prise dans la vie quotidienne pour limiter la propagation d’un virus, d’une maladie. Respecter les gestes barrières.

CHOC n. m. […]

5 SPÉCIALT (1865 ◊ anglais shock) Choc opératoire, traumatique, anesthésique. commotion. État* de choc. Choc thermique : élévation brutale de la température du corps. (1985)

Choc toxique. Choc cytokinique : réaction immunitaire entraînant une production excessive de cytokine. → orage, tempête. POLIT., ÉCON. Choc pétrolier*.

CLUSTER n. m.

DIDACT. Groupement d’un petit nombre d’objets. Clusterd’îles, d’étoiles. Cluster de traits sémantiques. GÉNÉT. Cluster d’un ADN : répétition de la même séquence de nucléotides. Cluster de gènes : ensemble de gènes (famille multigénique*) regroupés sur une même région du génome et codant pour des protéines aux fonctions proches. ♦ MED. Foyer épidémique. ♦ MUS. Résonance de plusieurs notes jouées simultanément avec le poing, la paume ou l’avant-bras.

CONFINÉ, ÉE adj.

1 Enfermé. Vivre confiné chez Région confinée lors d’une pandémie. 2 (1842) Air confiné, non renouvelé. → renfermé. Atmosphère confinée.

CONFINEMENT n. m.

1 Action de confiner, de se ♦ SPÉCIALT, MÉD. Interdiction à un malade de quitter la chambre. → quarantaine. ♦ Fait de rester chez soi pour ralentir la propagation d’une épidémie. Mesures de confinement. Confinement des volailles : le fait de les rassembler dans un espace étroitement délimité (dans le contexte de l’épidémie de grippe aviaire, notamment). ■ 2 PHYS. NUCL. Maintien des matières radioactives à l’intérieur d’un espace déterminé, dans une installation nucléaire. Barrière de confinement : dispositif destiné à empêcher ou limiter la dispersion des matières radioactives. « Une énergie colossale, contenue, tout est là, dans un confinement qui ne demande qu’à être rompu pour donner toute sa mesure » (É. Filhol).  SPÉCIALT Confinement d’un plasma : opération destinée à isoler thermiquement un plasma dans les expériences sur la fusion thermonucléaire (tokamak). ♦ Propriété qui fait que les quarks ou les gluons ne peuvent être observés isolément mais seulement comme constituants des hadrons. → interaction (forte). CONTR. Déconfinement.

CONFINER v. tr.

1 IND. (1466) Toucher aux confins, aux limites d’un pays. La Belgique confine à, avec la France. □ Être tout proche, voisin de. Les prairies qui confinent à la rivière. FIG. « La rêverie confine au sommeil et s’en préoccupe comme de sa frontière » (Hugo). → côtoyer, friser. 2 (1477) Forcer à  rester dans un  espace limité. →  enfermer,  reléguer. « Cette espèce de retraite forcée où des circonstances passagères me confinent » (Sainte-Beuve). ■ 3 se confiner V. PRON. Se confiner chez soi. se cloîtrer, s’isoler, se retirer Population qui se confine lors d’une pandémie. Se confiner dans un rôle. → se cantonner. CONTR. Déconfiner.

CORONAVIRUS n. m.

Genre de virus à ARN responsable d’infections respiratoires et digestives chez l’être humain et l’animal. Maladie à coronavirus. covid.

CYTOKINE n. f.

Glycoprotéine produite par certaines cellules du système immunitaire et agissant sur d’autres cellules du même système pour assurer la régulation de leur prolifération. → interleukine, lymphokine. L’interféron est une cytokine. ADJ. CYTOKINIQUE. Choc*, orage, tempête cytokinique.

DISTANCIATION n. f.

1 THÉÂTRE Attitude de l’acteur qui prend ses distances avec son personnage ; attitude du spectateur prenant ses distances avec l’action Effet de distanciation. La distanciation brechtienne. 2 FIG. Recul pris par rapport à qqn, qqch. « la “distanciation” demeure possible à l’égard du modèle actuel de la croissance capitaliste » (Garaudy). Distance prise par le locuteur par rapport à sa propre énonciation. « La fonction herméneutique de la distanciation », étude de Ricœur. □ DIDACT. Distance créée entre deux choses, deux phénomènes. ■ 3 ANGLIC. (anglais social distancing) Distanciation sociale, physique : fait de maintenir une distance de sécurité entre les personnes pour des motifs sanitaires.

ÉCOUVILLON n. m.

1 Sorte de balai fait d’un long bâton auquel est fixé un chiffon, utilisé par les boulangers pour nettoyer leur four. 2 Brosse cylindrique à manche plus ou moins long, utilisée pour nettoyer et graisser l’âme des armes à feu. Petite brosse servant à nettoyer les bouteilles, les bocaux, les → goupillon. 3 MED. Bâtonnet muni d’une petite brosse ou d’une matière absorbante, utilisé pour nettoyer les cavités naturelles ou y effectuer des prélèvements.

ÉPICENTRE n. m.

1 Point ou zone de la surface terrestre qui constitue le foyer apparent des ébranlements au cours d’un tremblement de terre (opposé à hypocentre, foyer réel ou souterrain). Épicentre sismique. 2 Point central (d’un phénomène). L’épicentre d’une épidémie. « cet épicentre des passions politiques qu’est le Proche-Orient » (Le Monde,2013).

FOYER n. m. […]

■ 3 FIG. Point central, d’où provient qqch. → centre. Le foyer de la révolte. ♦ (1575) MÉD. Siège principal d’une maladie ; lésion. Foyer d’infection. Foyer tuberculeux. □ Lieu d’où se propage une maladie. Foyer épidémique. cluster. Foyer d’un séisme. hypocentre.

GESTE n. m.

■ 1 Mouvement du corps (principalement des bras, des mains, de la tête) volontaire ou involontaire, révélant un état psychologique, ou visant à exprimer, à exécuter qqch. → attitude, mouvement. Faire des gestes en gesticuler. S’exprimer par gestes. mimique, pantomime. Le langage par gestes des sourds. gestuel, mimique. LOC. Encourager qqn de la voix et du geste. Joindre le geste à la parole. Ne pas faire un geste : ne pas bouger. □ Gestes lents, brusques, vifs. Précision des gestes du chirurgien. Les gestes rituels de laprière. (gestique). Les gestes qui sauvent (en cas d’accident). Geste barrière*. ♦ Simple mouvement expressif ou caractéristique (du bras, de la main, de la tête). Faire un geste de la main signe. Un geste d’adieu. Geste approbateur de la tête. hochement. Geste du salut, du serment. « Taor leva la main droite, geste universel qui signife paix » (Tournier). « Le geste auguste du semeur » (Hugo). Un geste déplacé, obscène.LOC. Avoir le geste large : être généreux, faire des largesses.

IMMUNITÉ n. f. […]

■ 2 (1866) Propriété que possède un organisme de réagir à certaines substances(antigènes qu’il reconnaît comme étrangères. Immunité innée. Immunité acquise (accoutumance, immunisation, mithridatisation), spontanée ou provoquée (→ vaccination). Immunité humorale, assurée par la présence d’anticorps spécifiques. Immunité cellulaire, impliquant la production de cellules spécialisées (immunocompétent ; lymphocyte) qui réagissent avec les antigènes étrangers à la surface d’autres cellules de l’hôte. Immunité active (par contact avec un antigène), passive (sérothérapie). Immunité collective, de groupe : immunité acquise par une proportion de la population suffisamment importante pour casser la chaîne de transmission d’une maladie contagieuse.

ORAGE n. m.

1 Perturbation atmosphérique violente, caractérisée par des phénomènes électriques (éclairs, tonnerre), souvent accompagnée de pluie, de vent. → bourrasque, ouragan, tempête. Pluie, vent d’orage. Il va y avoir, il va faire de l’orage. Le temps est à l’orage. L’orage menace, éclate, gronde « Levez-vous vite, orages désirés » (Chateaubriand). Orage sec, qui ne produit pas ou peu de précipitations au sol. Orage supercellulaire*. Orage volcanique, qui accompagne l’éruption d’un volcan. ♦ (1869) Orage magnétique*. Orage solaire*. 2 FIG. Trouble qui éclate ou menace d’éclater. LITTÉR. Les orages des  « sa voix, son regard, sa figure sont à l’orage » (Balzac). Il y a de l’orage dans l’air : l’atmosphère est à la dispute. ■ 3 MED. Orage cytokinique : choc* cytokinique.

PANDÉMIE n. f.

MÉD. Épidémie qui atteint un grand nombre de personnes, dans une zone géographique très étendue (aussi endémie, épidémie). Pandémie de choléra, de Pandémie de Covid-19. Pandémie grippale. ADJ. PANDÉMIQUE.

PATIENT, IENTE adj. et n. […]

2 NOM (v. 1250) Personne qui subit ou va subir une opération  chirurgicale ; personne qui est l’objet d’un traitement, d’un examen médical. Le médecin et ses patients. client, malade ; patientèle. Patient zéro*. ♦ Personne qui subit ou va subir un supplice.

RÉSERVE n. f.

PERSONNES (1669) Les réserves : troupe non engagée, qu’on garde disponible pour intervenir au moment voulu. « S’il n’est point de réserves à jeter dans l’action, le premier recul est irréparable » (Saint-Exupéry). □ AU SING. (1740) Armée, corps de réserve. « C’est vrai que le troisième bataillon restera en réserve ? » (Dorgelès). ♦ (1791 réserve nationale) La réserve (opposé à l’armée active) : portion des forces militaires d’un pays qui peut être rappelée sous les drapeaux. Temps pendant lequel les citoyens d’un pays sont mobilisables. Réserve et disponibilité. Peloton d’élèves officiers de réserve (E. O. R.). → réserviste. Cadre* de réserve. Réserve sanitaire : ensemble des soignants qui ne sont pas en activité mais qui peuvent être appelés à exercer en cas de crise sanitaire. → réserviste.

RÉSERVISTE n.

1 Citoyen(ne) membre de l’armée de réserve. Les appelés et les réservistes.2 Soignant(e) qui fait partie de la réserve*

TEMPÊTE n. f.

1 Violente perturbation atmosphérique près du centre d’une dépression ; vent rapide qui soufe en violentes rafales, souvent accompagné d’orage et de précipitations. → bourrasque, cyclone, ouragan, SPÉCIALT Ce temps sur mer, qui provoque l’agitation des eaux et met les navires en péril. → houle (cf.Coup de chien*, gros temps*). Le cap des Tempêtes : ancien nom du cap de Bonne- Espérance. Tempête qui se lève, souffle, se déchaîne, fait rage. Affronter, essuyer des tempêtes. « La tempête allait commencer ses attaques, et déjà le ciel s’obscurcissait » (Lautréamont). Avis de tempête force 10 (vitesse du vent comprise entre 48 et 63 noeuds). □ PAR ANAL. Tempête de neige : chutes de neige avec un vent violent. Tempête de sable : vent violent qui soulève le sable en tourbillons. □ ASTRON. Tempête solaire*, magnétique*. ♦ (Élément de composés) Lampe-tempête, briquet-tempête, dont la flamme protégée ne s’éteint pas par grand vent. Des lampes-tempêtes. 2 FIG. (1585) Agitation. « Une tempête qui s’éleva dans mon sang » (Rousseau). □ LOC. Une tempête dans un verre d’eau : beaucoup d’agitation pour rien. □ ALLUS. LITTÉR. Une tempête sous un crâne : agitation mentale face à une difficulté. ■ 3 MED. Tempête cytokinique : choc* cytokinique.

TRAÇAGE n. m.

1 TECHN. Opération consistant à exécuter le tracé d’un schéma, d’une pièce à exécuter, etc. Traçage à plat, en l’air. Traçage optique, par projection sur le sol. ♦ INGÉN. Exploitation par traçages : creusement de galeries parallèles pour l’exploitation des ■ 2 ANGLIC. (anglais tracking) Fait de tracer (un produit). Le traçage des colis. suivi. ♦ (anglais contact tracing) Suivi des déplacements de qqn et de ses contacts. Traçage (numérique), à partir des données du téléphone mobile.

VAGUE n. f. […]

♦ Phénomène physique qui se propage, envahit un lieu. Une vague de parfum. Vagues de nuages. MÉTÉOR. Vague de chaleur, de froid : afflux de masses d’air chaud, froid. □ Phénomène qui se répand massivement. Vague de grèves, de licenciements. série. Vague épidémique. Première, deuxième vague. 3 Surface ondulée. « Sur les vagues fauves des fougères » (Mauriac).

VENTILATEUR n. m

1 Appareil servant à brasser l’air pour rafraîchir l’atmosphère. Ventilateur à main (panca), électrique. Ventilateur de table, de 2 Appareil produisant un courant d’air plus ou moins puissant (pour alimenter en oxygène une combustion, etc.). Ventilateurs à force centrifuge, à hélice, à turbine. soufflerie. ♦ Mécanisme utilisé dans le refroidissement d’un moteur. Courroie de ventilateur. VAR. FAM. ventilo. 3 MED. Respirateur (2°). Patient sousventilateur.

VENTILATION n. f.

1. (rare avant 1819) ■ 1 Opération par laquelle l’air est brassé, renouvelé.Ventilation naturelle, ascendante, descendante. aération. La ventilation d’un local. Ventilation et climatisation*. TECHN. Ventilation thermique (tirage d’une cheminée, etc.). Ventilation mécanique contrôlée (VMC) : dispositif mécaniqueassurant l’évacuationde l’air vicié et l’apport d’air frais dans un local. ■ 2 TECHN., DIDACT. Production d’un courant d’air pour permettre ou faciliterun phénomène physique ou chimique, lors d’une opération technique. □ PAR ANAL. Ventilation pulmonaire (respiration ; hyperventilation). Ventilation artificielle : respiration* assistée. (1574) DR. Le fait de ventiler (II). □ Estimation de la valeur relative d’une partie.

ZÉRO n. m. […]

POINT DE DÉPART ; POINT LE PLUS BAS 1 (1757) Point de départ des graduations thermométriques (température de la glace fondante), et de diverses échelles de grandeurs. Zéro degré.Il fait dix degrés au-dessus, au-dessous de zéro. (1819) Zéroabsolu (0 K) : température* la plus basse qu’on puisse concevoir (−273,15 °C) pour laquelle l’énergie cinétique des molécules est nulle. ♦ (1949) Point de départ du décompte des heures. Heures comptées de zéro à vingt-quatre. ADJ. Le train part à zéro heure dix. minuit. Effet zéro : résultat d’une mesure obtenue quand on ne met rien dans un appareil d’analyse. □ DIDACT. État, degré zéro, défini par l’absence des caractères d’un autre état pris comme référence. « Elle a la peau sèche, un long corps osseux et la voix pédagogue. C’est le degré zéro du charme » (Pennac). « Le Degré zéro de l’écriture », de R. Barthes. □ EN APPOS. Indique que le subst. a une valeur nulle. → nul. Le risque zéro n’existe pas. Prêt à taux zéro. Tolérance* zéro. Croissance* zéro. Option* zéro, double zéro. ♦ MED. Le patient zéro : la première personne a avoir été contaminée par un micro-organisme pathogène à l’origine d’une épidémie. Identifier le patient zéro. 2 (1900) Dans une notation de zéro à dix ou vingt, à l’école, La plus basse note correspondant à la nullité absolue. → 2. bulle. Avoir zéro en orthographe.Attraper un zéro. Collectionner les zéros. Zéro pointé*. Zéro de conduite : zéro comme note de conduite.


N O U V E A U X

mots du Petit Robert de la langue française 2021

Voici une sélection des nouveaux mots, sens et expressions du Petit Robert 2021 classés par thèmes. Les nouveaux mots sont soulignés, les nouveaux sens et exemples sont en italiques. Vous trouverez les définitions complètes à partir de la page 11.

NOUVELLE ÉCONOMIE, INTERNET

Les jeunes pousses de la tech sont souvent incubées par de grands groupes. Certaines développent des services reposant sur l’interaction avec un bot ou des technologies utilisant le cloud. Pendant la crise sanitaire, beaucoup ont dû télétravailler, ce qui n’empêche pas le droit à la déconnexion. Les équipes sont souvent encouragées à brainstormer pour rechercher des idées.

Que l’on soit technophile ou technophobe, on reconnaît quelques vertus au téléphone portable, ou natel en Suisse, appareil que l’on peut aujourd’hui acquérir sous forme reconditionnée. On le protégera d’une coque et l’on s’assurera d’avoir suffisamment de barres de réseau avant de passer un appel. On pourra blacklister les contacts indésirables, en particulier ceux ayant la fâcheuse habitude de nous spammer, et l’on se méfiera des trackeurs, logiciels intégrés à des applications afin de recueillir des informations. Sur les réseaux sociaux, on poste désormais sa story, et l’on consulte souvent des contenus sélectionnés par un curateur. Mais la détox numérique a parfois du bon !

SCIENCES, ENVIRONNEMENT

Le domaine des sciences s’enrichit avec les mots cannabidiol et THC désignant des molécules dérivées du cannabis, mésothéliome (tumeur qui se développe à partir du mésothélium) ou encore sartan, nom d’une famille de médicaments utilisés pour traiter l’hypertension.

Au chapitre des sciences cognitives, on trouvera les termes expérientiel (basé sur l’expérience) ou encore cognitique (domaine associant les sciences cognitives, la robotique et l’intelligence artificielle).

En matière d’environnement, les craintes liées à l’avenir de la planète accroissent la tendance à la collapsologie. L’évolution de la cryosphère (ensemble des glaces de la planète) est étudiée. La recherche en matière de viande cellulaire pourrait venir apporter une réponse aux problèmes environnementaux liés à l’élevage bovin.

En matière d’urbanisme, on parle désormais d’hypercentre. Et, loin des villes, on emploie pétrichor pour désigner l’odeur qui se dégage de la terre lorsque tombe la pluie après une période sèche.

GASTRONOMIE

Des spécialités culinaires du monde entier sont à l’honneur cette année : le dal, plat de lentilles indien ; le halloumi, fromage chypriote à pâte mi-ferme ; le tahin, pâte de graines de sésame, que l’on peut consommer avec des tranches de tempeh, pain de soja fermenté indonésien. Les adeptes de la cuisine asiatique apprécient un tataki de thon accompagné de daïkon (radis blanc) avec du kombucha (boisson acidulée obtenue par fermentation de thé sucré) et, en dessert, de savoureux mochis glacés. Si l’on est en Belgique, on appréciera des boulets à la Liégeoise. Autre spécialité régionale : le crémet d’Anjou, dessert à base de crème fouettée et de blancs d’œufs en neige.

Les amateurs de bière se désaltèrent avec une IPA (India pale ale, « bière blonde d’Inde ») tandis que celles et ceux qui ne sont pas veggies (végétariens) apprécient la viande maturée.

Entrent aussi dans nos usages de consommation le citron caviar, agrume originaire d’Australie, ainsi que la tendance du mocktail, cocktail sans alcool.

SPORT

La ringuette, sport d’origine canadienne proche du hockey, intègre les pages du Petit Robert. Le step et les squats sont aussi à l’honneur cette année.

SANTÉ, BIEN-ÊTRE

Lorsqu’on a la boule au ventre, pourquoi ne pas tenter une séance d’ASMR pour lutter contre le stress ? D’autres préféreront peut-être faire le choix du minimalisme pour leur bien-être. Des troubles du comportement (troubles dissociatifs, hypomanie) font également leur entrée dans le dictionnaire.

Les jeunes parents peuvent parfois pratiquer le cododo pour faciliter les premières nuits avec un nourrisson – en particulier quand vient le moment du bib.

SOCIÉTÉ

La fracture numérique défavorise nos concitoyens concernés par l’illectronisme. En entreprise comme en société, la notion de savoir-être (ensemble de qualités relationnelles et comportementales) a rejoint celle de savoir-faire. Sont aussi intégrées cette année les notions de présentéisme sur le lieu de travail et de mésusage.

S’agissant des relations intimes, le mot sexto fait son entrée officielle dans le Petit Robert, tout comme les termes polyamour et pansexuel. Non binaire désigne ou qualifie une personne qui ne se reconnaît pas dans l’identité de genre masculine ou féminine, tandis que le verbe transitionner a pour définition « engager une démarche visant à faire correspondre son expression de genre à son identité de genre ». La marche des fiertés permet de lutter contre les discriminations envers la communauté LGBT et contre la sérophobie (hostilité envers les personnes séropositives).

VIE QUOTIDIENNE, LOISIRS

Les séries télévisées font désormais partie de nos loisirs – qu’il s’agisse de séries sur fond de narcoterrorisme ou encore d’animés, dont certains sont signés par de célèbres mangakas.

Dans un registre familier, on peut désormais afficher ses amis en exhumant de vieux dossiers (informations compromettantes ou cocasses) : de quoi leur mettre la misère ! Pour leur défense, ceux-ci pourront toujours invoquer un mytho. On peut aussi exprimer sa surprise d’un « c’est guedin ! », employer « de ouf » ou « grave » pour appuyer son propos (« c’est grave bien »)… ou marquer sa désapprobation d’un lapidaire « c’est pourrave ». Pour les adeptes de la nuit parisienne, gare à ne pas finir avec des yeux de panda.

FRANCOPHONIE

Comme chaque année, le Petit Robert accueille de nombreuses nouveautés venues de la francophonie. En Belgique, lorsqu’il fait douf, c’est que le temps est lourd. On qualifie de nareux ceux qui se montrent difficiles quant à la propreté de la nourriture et des couverts. Un succès bête est un succès considérable alors qu’un bête papier est un papier ordinaire, sans importance. Avoir le cul dans le beurre, c’est vivre dans l’aisance. Quant à l’expression pincer son français, elle signifie « parler le français avec une certaine préciosité ou avec l’accent parisien ».

En Suisse, on peut être déçu en bien, c’est-à-dire agréablement surpris, et bobet signifie « idiot, nigaud ».

Au Canada, se désâmer veut dire « se donner beaucoup de mal ». Une personne bête est méchante ou désagréable. Partir à l’épouvante, c’est partir à toute vitesse. Certains découvriront aussi que les Canadiens disent ça prend pour « il faut » et que fêter s’emploie sans complément pour « faire la fête ». Enfin, faire un petit velours à quelqu’un, c’est lui faire plaisir.


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N O U V E A U   S E R V I C E

Les Éditions Le Robert lancent Dico en ligne Le Robert, un dictionnaire gratuit (incluant des définitions, des synonymes, des règles de grammaire et la conjugaison des verbes les plus courants) animé de contenus originaux sur la langue française.

DICO EN LIGNE LE ROBERT : L’EXPERTISE DU ROBERT À PORTÉE DE CLIC

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  • 200 000 synonymes organisés par sens
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  • La conjugaison des verbes
  • Des millions d’exemples en contexte
  • Toutes les règles de grammaire et d’orthographe
  • Des définitions du XVIIe siècle (issues du Dictionnaire universel d’Antoine Furetière, publié en 1690)

DIS-MOI ROBERT : UN ESPACE VIVANT DE DÉCOUVERTE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Dico en ligne Le Robert est complété par Dis-moi Robert, un blog sur la langue française qui met à la disposition des internautes des articles de fonds, des jeux, des podcasts, des vidéos, des conseils grammaticaux, proposés par les lexicographes et les auteurs du Robert. Pour explorer notre langue avec gourmandise !

INTÉGREZ DICO EN LIGNE LE ROBERT À VOTRE SITE INTERNET !

Les Éditions Le Robert ont le plaisir de proposer l’intégration gratuite de Dico en ligne Le Robert à tous les éditeurs de sites Internet ou blogs qui le souhaiteraient. Tout média en ligne sera donc en mesure d’offrir à ses lecteurs un dictionnaire de référence, riche et complet — contribuant ainsi à un vaste effort de promotion de la langue française auprès du grand public.

La marche à suivre pour insérer cette boîte de recherche est détaillée sur le site de l’éditeur, au lien suivant : https://www.lerobert.com/partenaires.html.


N O U V E A U   S E R V I C E

La mise à jour du dictionnaire ne s’arrête pas au choix et à l’intégration de mots, de locutions ou de sens nouveaux. Elle passe également par la relecture minutieuse et quasiment infinie à laquelle s’astreignent les lexicographes, et sur laquelle Marie-Hélène Drivaud, directrice éditoriale du Robert, lève un coin de voile. Des chroniques savoureuses et instructives à découvrir aussi sur notre blog Dis-moi Robert.

Au delà de la formule destinée à faire sourire, force est de constater que la moitié des hommes sont des Cet énoncé est correct grammaticalement et fait pleinement

sens, ce paradoxe apparent étant rendu possible par la polysémie du mot homme, qui désigne à la fois un individu de sexe masculin et un mammifère du genre Homo, membre de l’humanité. Des bricolages de fortune ont tenté de contourner cette regrettable polysémie. Des solutions empiriques, telles que la typographie, prétendent distinguer l’homme de l’Homme (de la même manière, et pour les mêmes raisons, que l’histoire du Petit Chaperon rouge et l’Histoire et ses sources). Disons-le tout net, ça ne fonctionne pas.

Cette situation, à laquelle on est habitué de longue date et que l’on feint de trouver satisfaisante, est toutefois dommageable : elle est source d’ambiguïté puisqu’il est difficile de savoir de quel individu on parle et, accessoirement, elle passe sous silence la moitié de l’humanité. Cette équivoque, ce flou peuvent avoir leur importance dans un ouvrage de référence tel que le dictionnaire, qui se doit d’être le plus précis possible et de bannir l’ambiguïté de ses définitions.

Illustrons notre propos par deux définitions du Petit Robert, tirées d’un millésime assez récent : CHEVEU : « Poil qui recouvre le crâne de l’homme. » MOUSTACHE : « Poils qui garnissent la lèvre supérieure de l’homme. »

Les cheveux ne sont pas l’apanage des messieurs, d’autant plus que certains sont chauves, et beaucoup plus fréquemment que les femmes. Quant à la moustache et à la pomme d’Adam, elles concernent généralement les représentants mâles de l’humanité. Sans parler des légitimes indignations féminines, voire féministes, à la lecture de la définition de cerveau, « masse nerveuse contenue dans le crâne de l’homme », nous ramenant aux obscures périodes où de doctes évêques s’interrogeaient gravement sur l’appartenance des femmes à l’humanité. Rendons à César ce qui lui appartient, et distinguons l’homme… de l’homme. C’est à cette tâche ardue que se sont attelés les lexicographes pour désambiguïser le Petit Robert.

La plupart des définitions de mots concernant l’anatomie humaine, les pathologies courantes, ont été améliorées par le remplacement d’homme par être humain, évident et efficace. L’infrason « qui n’est pas perceptible par l’homme » ne l’est pas davantage « par l’oreille humaine », la transformation n’affecte pas le sens. Cette solution a rapidement montré ses limites et nous a confrontés à un vaste chantier. Nous avons dû nous creuser les méninges, déployer des trésors d’imagination pour trouver des formules élégantes et équivalentes.

Traquer  la  redondance  pouvait  faire  l’affaire  :  le cheval, comme le chien, « domestiqué par l’homme », se retrouve « domestiqué » tout court, et c’est suffisant, la domestication étant le fait des humains. Le palanquin, « sorte de chaise ou de litière portée à bras d’hommes », comme la brouette, « qui sert à transporter des fardeaux à bras d’homme », est « portée à bras », puisqu’on imagine mal des pieuvres soutenant de tels dispositifs de leurs petits tentacules musclés. Les « hommes arrachés à leur pays d’origine », exemple à déracinement, font place à des « populations » connaissant le même sort tragique. Dans un contexte plus martial, « les hommes » se sont transformés en « les militaires », « les troupes ».

« Nous avons dû nous creuser les méninges, déployer des trésors d’imagination pour trouver des formules élégantes et équivalentes. »

Les « grands hommes de la nation », ceux du Panthéon, ont été transformés en « grands personnages », de même que les « hommes politiques » mués en « personnages politiques », ou les « hommes illustres », glorifiés à longueur de livre, sont devenus des « personnages célèbres ». La « mémoire des hommes », évoquée à plusieurs reprises (éterniser, histoire, immortaliser, immortalité, immortel, mémorable, mort, survivre…) est devenue la « mémoire collective ». L’attitude « de ceux qui » est maintenant celle « des personnes qui ». Le recours à des mots génériques, comme individu, personne, être, a résolu plusieurs cas. Était isolé « qui est séparé des autres hommes », l’est aujourd’hui « de ses semblables ».

Un habile changement de sujet ou de construction pouvait résoudre le problème : « Tous les hommes sont égaux devant la loi », à devant, a été remplacé par « Nous sommes tous égaux », plus inclusif et plus neutre. Voltaire nous conseille de cultiver notre jardin, c’est-à-dire « que l’homme doit mener une vie calme et laborieuse », glose qui gagne en autorité avec « qu’il faut mener une vie… ».

Le pronom personnel indéfini on nous a rendu service à plusieurs reprises. Par exemple, l’âge mûr, « où l’on a atteint son plein développement », n’est plus réservé au seul homme. Étymologiquement, on est le doublet de homme, les deux mots descendant du même homo latin, nominatif qui a donné on (attesté vers 1050 dans la Chanson de Roland sous la forme hom), tandis que l’accusatif hominem a donné homme. C’est ce qui explique des particularités telles que l’accord au masculin singulier avec le pronom on (sauf accord sylleptique) et la tournure l’on…, de nos jours le caractère masculin n’est plus perçu. Le latin distinguait homo « être humain » de vir « homme, mâle », mais homo prit, dès l’époque impériale, le sens d’« être humain de sexe masculin », supplantant vir et entraînant la confusion que l’on connaît. Le grec distinguait andros « le mâle » de anthropos « l’humain ».

Certains domaines, comme la philosophie, la théologie, nous ont donné davantage de fil à retordre pour rester subtils et didactiques. Nous finirons en avouant notre impuissance et les limites de notre créativité. Nos ancêtres les plus lointains nous ont posé une colle : les hommes préhistoriques, l’homme de Neandertal, devront se passer de compagne jusqu’à la fin des temps, ce qui est contraire à la vérité historique puisque nous sommes là…

Marie-Hélène Drivaud, Directrice éditoriale


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TÉLÉCHARGEMENT

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