Avec une mage bénéficiaire de 1% pour les libraires, est-ce que la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre est un échec ?

ÉDITORIAL

Avec une mage bénéficiaire de 1% pour les libraires, est-ce que la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre est un échec ?

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
Appui-Livres – Agence de presse et quotidien québécois dédiés au monde du livre

La fermeture des libraires québécoises en ces temps de crise du Covid-19 pousse une fois de plus à l’avant-scène leur rentabilité. Katherine Fafard, directrice générale de l’Association des libraires du Québec, n’hésite pas à rappeler le bénéfice net de 1% des libraires.

Pour ces entreprises, « le bénéfice net au bout d’une année ressemble à 1 %, rappelle Katherine Fafard (directrice générale de l’Association des libraires du Québec). Ce n’est pas une industrie d’énormes profits. Une crise comme celle-là pourrait vraiment être catastrophique pour la chaîne du livre. »

Source : Les chaînes du livre se défont, Natalia Wysocka, LE DEVOIR, 3 avril 2020.

Le journaliste de LA PRESSE revient aussi sur le profit net des libraires:

En temps normal, on ne devient pas riche au Québec en vendant des livres : les libraires ont un taux de profit net d’environ 1 %. Et nous ne sommes pas en temps normal.

Source : Plus de Michel Tremblay et moins de Molière pour sauver l’industrie du livre québécois ? Vincent Brousseau-Pouliot, La Presse, 15 avril 2020.

Pourtant le Québec dispose d’une «Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre». Le ministère de la Culture et des Communications du Québec soutient :

Depuis 1981, la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (chapitre D-8.1) régit les pratiques commerciales des intervenants de la chaîne du livre, de façon à assurer à chacun une part – la plus équitable possible – des revenus tirés du commerce du livre.

Source : Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre, Ministère de la Culture et des Communications du Québec.

Cette loi vise «à assurer à chacun une part – la plus équitable possible» lit-on. Mais est-ce que cette loi atteint réellement son objectif fondamental en laissant seulement 1% de profit net aux libraires québécois ? Est-ce que ce 1% de profit net est normal ?

Le ratio de la marge bénéficiaire nette indique le pourcentage du chiffre d’affaires qu’une entreprise conserve après avoir couvert l’ensemble de ses coûts, y compris les intérêts et les impôts.

On calcule la marge bénéficiaire nette en divisant le bénéfice net par les revenus nets, puis en multipliant le total par 100 %.

Plus le ratio est élevé, plus l’entreprise dispose de fonds à distribuer aux actionnaires ou à investir dans de nouvelles occasions. Le ratio de la marge bénéficiaire nette s’avère donc important pour déterminer la santé financière d’une entreprise. On l’utilise généralement pour suivre le rendement d’une entreprise au fil du temps ou pour comparer des entreprises d’un même secteur.

Source : Ratio de la marge bénéficiaire nette, Banque de développement du Canada (BDC).

La «Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre» élimine le libre marché. Le résultat : un profit net de 1% pour les libraires. Est-ce une bonne approche ?

La proposition de l’adoption d’un prix unique du livre pour améliorer le sort des libraires québécois n’a pas été adoptée par le gouvernement du Québec.

Le gouvernement de Philippe Couillard ne réglementera pas le prix des livres, contrairement à ce que souhaitait l’ancien gouvernement de Pauline Marois. Les libéraux mèneront plutôt une réflexion sur les moyens de consolider les librairies indépendantes.

Source : Québec jette aux oubliettes l’idée du prix unique du livre, Radio-Canada,20 juin 2014.

Il faut nous rappeler la contestation de la proposition d’un prix unique du livre au Québec (Voir notre dossier). Dans son «Opinion» publiée dans l’édition du 16 août 2013 du quotidien LA PRESSE, Jacques Fortin, président des Éditions Québec Amérique, soutenait  que l’instauration d’un prix unique du livre au Québec, à l’image de celui en France, serait nuisible aux libraires :

Légiférer maintenant en faveur d’une réglementation du livre, dans le contexte économique nord-américain, m’apparaît une mesure inutile et nuisible. Une telle politique se traduira par une augmentation du prix du livre et ne ramènera pas les clients des grandes surfaces dans les librairies, bien au contraire.

Sur quelle logique s’appuie le rabais de 10 % envisagé quand la marge bénéficiaire du libraire indépendant se situe sous les 2 % ? Une telle politique donnerait une plus grande marge bénéficiaire aux grandes surfaces. Une belle occasion, pour ces commerces grand public, d’élargir leur offre et de livrer une concurrence encore plus apparente.

(…)

Si l’on veut appliquer le modèle français, il faudra abroger la loi 51, remettre aux libraires le marché des livres scolaires, autoriser les éditeurs à vendre leurs livres aux bibliothèques et aux collectivités en leur permettant d’accorder une remise pouvant atteindre 15 %. Idéalement, il ne faudrait pas autoriser de remise au public, considérant la maigre marge de manœuvre financière avec laquelle le libraire doit composer. Sommes-nous prêts à prendre ce beau risque ?

Source : Nuisible aux librairies, Jacques Fortin, président des Éditions Québec Amérique, Opinion, LA PRESSE, 16 août 2013.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec souligne : «La politique culturelle du Québec, Partout, la culture, accompagnée de son premier plan d’action gouvernemental en culture 2018-2023 et dotée d’un budget historique de 600,9 M$, a été dévoilée le 12 juin 2018.» (Source: MCCQ). Près de deux ans plus tard, la chaîne québécoise du livre est toujours sur le qui-vive.

Pourquoi ? Est-ce la carcan de la Loi du livre qui, malgré les sommes investies, tétanise l’industrie québécoise du livre ? Quoiqu’il en soit, personne ne veut changer la Loi du livre d’un iota ! Or, cette loi réduit passablement l’éventail des actions gouvernementales dans le domaine du livre.

Et une autre question se pose, pour être équitable envers les tenants de la Loi du livre : la situation serait-elle pire qu’elle ne l’est déjà sans la Loi du livre ? Pour répondre à cette question, des simulations sont nécessaires mais elle ne viendront pas… Ne viendront jamais !

C’est avec la peur au ventre face aux réactions potentielles à tout changement à la Loi du livre que les gouvernements se succèdent depuis son adoption en 1981. Les chaînes à la Loi du livre sont plus fortes que la chaîne du livre elle-même. Les libraires doivent donc continuer à vivre avec un profit net de 1%, les yeux rivés sur le gouvernement, année après année, jusqu’à la fin des temps.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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