OPINION : «Lisez bleu! Achetez des livres québécois!», encore une poussée de capitalisme littéraire

«Lisez bleu!»

«Achetez des livres québécois!»

Encore une poussée de capitalisme littéraire

SERGE-ANDRE GUAY, PRÉSIDENT
FONDATION LITTÉRAIRE FLEUR DE LYS

« L’autrice jeunesse Nadine Descheneaux a lancé le mouvement #jelisbleu sur les réseaux sociaux afin d’inciter la population à acheter des livres québécois. Cette initiative, qui s’inspire de celle du Panier bleu, vise à soutenir les écrivains et écrivaines, mais aussi l’ensemble de la chaîne du livre au Québec. » écrit la journaliste Fanny Bourel de Radio-Canada.

Sur sa page Facebook, l’écrivaine signe ce message :

Parce que je suis entièrement d’accord avec l’initiative du Panier Bleu, j’ai donc décidé de lancer l’idée #jelisbleu Partagez le mouvement!

💙Utilisez #jelisbleu et montrez-moi ce que vous lisez! 📘Achetez des livres québécois! #jelisbleu #livresquébécois #auteurequébécoise #auteurquébécois

Pendant que plusieurs intervenants du monde du livre à travers le monde épousent la culture de gratuité en cette période de crise sanitaire qui force le confinement des populations en offrant des livres gratuits en format numérique, une écrivaine québécoise lance un mouvement empreint de capitalisme littéraire. Et c’est un ordre : «Lisez bleu! Achetez des livres québécois!»

Nous avons déjà dénoncé cette approche dans l’Opinion : Le capitalisme littéraire mis en lumière par la pandémie de COVID-19.

Nous serions sur notre lit de mort que le monde québécois du livre nous dirait d’acheter des livres québécois en vue de les laisser en héritage.

Les populations tirent le diable par la queue et sollicite l’aide financière des gouvernements pour être capable de subvenir à leurs besoins essentiels, nous sommes une fois de plus sollicités pour achetez des livres.

Le temps n’est pas à la promotion des ventes mais à la mise en avant de toutes les sources de lectures auxquelles nous avons déjà accès gratuitement, notamment le prêt de livres numériques en ligne offert par les bibliothèques, la lecture gratuite en ligne de l’intégral de livres numériques (non pas des extraits, mais l’intégrale) ou le téléchargement gratuit de livres numériques, le tout, sur les sites des éditeurs, sans oublier la bibliothèque en ligne LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES et LA BIBLIOTHÈQUE ÉLECTRONIQUE DU QUÉBEC. Mentionnons aussi la bibliothèque de livres numériques gratuits de la Fondation littéraire Fleur de Lys.

Les élans capitalismes ne cadrent pas très bien avec la situation financière actuelle des populations à travers le monde.

Le monde québécois du livre nous ordonne de lire, c’est bien et nous sommes sympathiques à cette idée. Mais ça se gâte à chaque fois parce que la lecture est liée à un geste d’achat. L’objectif ultime est de fidéliser ce geste d’achat et non pas de promouvoir la littérature québécoise.

La menace plane : si vous n’achetez pas de livres québécois, c’est toute la chaîne du livre qui va tomber en faillite entraînant dans son sillon tous les écrivains.

Peu importe les interventions gouvernementales, avec Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (Communément appelée « loi du livre »), les aides financières de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec, du Fonds du livre du Canada, du Conseil des Arts et des lettres du Québec, du Conseil des Arts du Canada… la chaîne québécoise du livre est encore et toujours au bord du gouffre, et ce, depuis qu’elle est devenue une industrie culturelle à part entière au cours des années 70-80.

À force de crier au loup…


Le garçon qui criait au loup !

d’après Esope

Il était une fois un jeune berger qui gardait tous les moutons des habitants de son village. Certains jours, la vie sur la colline était agréable et le temps passait vite. Mais parfois, le jeune homme s’ennuyait.

Un jour qu’il s’ennuyait particulièrement, il grimpa sur la colline qui dominait le village et il hurla : « Au loup ! Un loup dévore le troupeau ! »

A ces mots, les villageois bondirent hors de leurs maisons et grimpèrent sur la colline pour chasser le loup. Mais ils ne trouvèrent que le jeune garçon qui riait comme un fou de son bon tour. Ils rentrèrent chez eux très en colère, tandis que le berger retournait à ses moutons en riant toujours.

Environ une semaine plus tard, le jeune homme qui s’ennuyait de nouveau grimpa sur la colline et se remit à crier : « Au loup ! Un loup dévore le troupeau ! »

Une nouvelle fois, les villageois se précipitèrent pour le secourir. Mais point de loup, et rien que le berger qui se moquait d’eux. Furieux de s’être fait avoir une deuxième fois, ils redescendirent au village.

Le berger prit ainsi l’habitude de leur jouer régulièrement son tour… Et chaque fois, les villageois bondissaient sur la colline pour trouver un berger qui riait comme un fou !

Enfin, un soir d’hiver, alors que le berger rassemblait son troupeau pour le ramener à la bergerie, un vrai loup approcha des moutons…

Le berger eut grand peur. Ce loup semblait énorme, et lui n’avait que son bâton pour se défendre… Il se précipita sur la colline et hurla : « Au loup ! Un loup dévore le troupeau ! »

Mais pas un villageois ne bougea… « Encore une vieille farce ! dirent-ils tous. S’il y a un vrai loup, eh bien ! Qu’il mange ce menteur de berger ! »

Et c’est exactement ce que fit le loup !


Participez à une industrie florissante motive les consommateurs qui gagne ainsi en statut. Soutenir une industrie toujours en famine, sur le bord de la mort, démotive les consommateurs parce que leurs gestes d’achat ne semblent pas faire la moindre différence au fil des ans.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Éditorial, opinion.
3 comments on “OPINION : «Lisez bleu! Achetez des livres québécois!», encore une poussée de capitalisme littéraire
    • yanoujol dit :

      Il est aisé de parler d’ « une poussée de capitalisme littéraire » lorsque que vous imposez un prix au don pour un livre à votre fondation. D’autant que les 10% en redevance ne valent en rien les 17% que je reçois pour survenir à mes besoins afin de continuer à offrir aux lectrices et lecteurs d’avantage d’œuvres. Du titre de fondation, je ne vois que le nom. Et avant de tirer sur les maisons d’éditions si vilaines, notez le nombre qui offrent assistance et utilisent une copie conforme de votre contrat.

      « Je lis bleu ». Est-ce un peu malhabile, possible, mais, encore aujourd’hui, trop de gens pensent que la littérature québécoise se limite à du Michel Tremblay ou Bryan Perro (sans toute fois connaître son nom). Est-ce un choix intéressé ? Bien sur, mais est-ce le moment de rappeler aux gens que derrière tous les films, jeux et même le goût de voyager il y a une histoire, un contexte; et si ces histoires nous libèrent un tant soit peu du confinement, je pense que oui, c’est le moment.

      Personnellement j’offre le premier tome de ma saga gratuitement pour l’instant tout en proposant de suivre l’évolution du second tome que j’écris. Suis-je un horrible capitaliste, c’est évident, je dois payer mon loyer, mais j’essais de dépendre le moins possible du gouvernement et trouve des solutions équitables. Le choix du type de secours qu’encours le gouvernement (payer des bénévoles en autre), n’est pas le mien et je ne peux rien y faire. Est-il plus capitaliste de faire une promotion de la littérature en tant de confinement ou d’attendre un chèque pour ne rien faire ? Tout le débat est sur la perception et mon cher ami, je n’ai vu aucune place à une explication de la dite crieuse au loups!

      Je n’ai aucune subvention, ni même de demande de fait. Je connais plusieurs auteur(e)s et ils(elles) ont tous une chose en commun, ils (elles) ne peuvent pas vivre de leur art. Et c’est mon cas.

      Je comprend totalement la part de votre opinion qui dit qu’il est mal sain de profiter d’une situation pour faire encore plus de profits. Ceci dit, mon opinion est que vous avez peut-être passé à coté du message (après avoir relu le reportage de Radio-Canada) qui dit: « aimons-nous d’abord, mais restons ouvert! ». La crieuse aux loups est peut-être finalement une louve dont on tire dessus?

      • Bonjour, on parle ici d’édition participative, ce qui implique une participation financière de l’éditeur et de l’auteur. La Fondation littéraire Fleur de Lys repose en grande partie sur le bénévolat, invisible aux yeux de plusieurs. Et c’est grâce à ce bénévolat que la participation financière de l’auteur est réduite à son minimum. Au-delà de notre maison d’édition et de notre librairie en ligne, nous remplissons une missions d’éducation populaire auprès des auteurs amateurs. Aussi, nous avons plusieurs centres d’information en ligne et un quotidien web traitant du monde du livre. La Fondation littéraire Fleur de Lys ne s’adresse pas aux auteurs entrepreneurs et aux écrivains professionnels. Nous sommes une communauté d’auteur qui écrivent et publie à loisir.

        Notre contrat s’inspire du contrat type de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois. Nous l’offrons depuis 2003. Nous avons contribué à son adoption par le monde du livre. Ce contrat n’exige pas de l’auteur qu’il cède ses droits d’auteur sur son œuvre pour être édité. Nous avons eu sur ce point une certaine influence. Il n’est donc pas étonnant qu’il se retrouve dans l’offre de plusieurs maisons d’édition en ligne et même certaines maisons d’édition traditionnelles.

        À titre d’auteur entrepreneur québécois, vous retenez les services d’une maison d’autoédition française (Les Éditions Percée), ce qui me laisse perplexe. Faire la promotion de la littérature, c’est bien. Faire la promotion de la littérature québécoise, c’est mieux. Mais le Québec est loin du compte dans le domaine du loisir littéraire en ces temps de confinement si on le compare à la France. Ici, on en profite pour mousser le commerce du livre. En France, bon nombre d’éditeurs offrent gratuitement des livres numériques à chaque jour. Au Québec, le capitalisme littéraire prime sur l’entraide. Les lecteurs québécois sont invités à acheter, acheter et acheter encore. Il y a bien quelques lectures en ligne débloquées par des éditeurs mais il n’est pas question de permettre le téléchargement des fichiers.

        Quant au monde traditionnel du livre au Québec, il y a longtemps qu’il crie au loup pour obtenir toujours davantage d’aide financière des gouvernements. Il m’apparaît que vous ne connaissez pas très bien le monde du livre dans lequel vous évoluez, pas plus que son histoire. Je ne saurais trop vous recommander la lecture de notre guide, gratuit en format numérique, QUÉBEC – LE MONDE DU LIVRE ET SES COULISSES : http://manuscritdepot.com/n.serge-andre-guay.5.pdf

        Enfin, vous posez cette question : « Est-il plus capitaliste de faire une promotion de la littérature en tant de confinement ou d’attendre un chèque pour ne rien faire ? » Franchement, l’aide gouvernementale m’apparaît essentielle pour si vous souhaitez que le bon peuple réponde à l’appel d’acheter des livres québécois. Et je crois que personne n’attend un chèque d’aide gouvernementale pour se permettre de ne rien faire.

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