OPINION / S’informer pour se faire une opinion, ce n’est pas une bonne idée

Image par Pete Linforth de Pixabay

OPINION

S’informer pour se faire une opinion, ce n’est pas une bonne idée

Serge-André Guay, président étiteur
Appui-Livres- Agence de presse Le monde du livre
Fondation littéraire Fleur de Lys

L’édition spéciale consacrée à l’information de la série de télévision Dans les médias diffusée à Télé-Québec (voir l’émission) a mis de l’avant l’idée bien connue soulignant le nécessité de bien s’informer avant de se faire une opinion.

Il fut question de s’informer à des sources sûres et crédibles, celles qui respectent les faits, notamment auprès des médias traditionnels d’information. Ces derniers se targuent d’être à l’abri des fausses nouvelles en raison de leur rigueur dans le traitement de l’information, plus spécifiquement, le temps venu de la vérifier.

Je n’entrerai pas ici dans une critique des médias traditionnels d’information si ce n’est pour souligner une fois de plus qu’ils profitent des fausses nouvelles pour détourner notre attention de leur propre travail. À ce sujet, je vous invite à livre une autre opinion de mon cru : Quand les médias détournent notre attention sur leur travail.

Si les journalistes professionnels dénoncent la place grandissante des chroniques d’opinion au sein de leur médias au détriment du journalisme de terrain ou d’enquête, il n’en demeurent pas moins qu’ils nous recommandent d’utiliser les informations pour se faire une opinion, une opinion bien fondée puisque ces journalistes se fondent uniquement sur les faits. Le but ultime du téléspectateur ou du lecteur face à l’information médiatique serait de se faire une opinion.

Une telle recommandation ne considère pas que, non seulement les médias traditionnels d’information sont inondées de chroniques d’information, mais que la société elle-même nage déjà dans une mer agitée d’opinion, ce qui laisse de moins en moins de place au savoir et à la connaissance.

Sur le plan sémantique, connaître, c’est avoir la connaissance de l’existence d’une chose, c’est l’identifier, la tenir pour réelle, tandis que savoir, c’est avoir une connaissance approfondie d’une chose qui résulte d’un apprentissage, c’est avoir dans l’esprit un ensemble d’idées et d’images constituant des connaissances à propos de cet objet de pensée. Généralement, savoir implique une connaissance plus approfondie et plus rationnelle que connaître.

Source : Savoir et connaître, Banque de dépannage linguistique, Office québécois de la langue française.

Bref, nous exprimons davantage des opinions que des savoirs et des connaissances au sein de notre société. Je le mentionne comme une véritable plaie au sein de notre société en soutenant que « L’opinion règne en roi et maître sur notre société » dans notre livre J’AIME PENSER – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison (exemplaire numérique gratuit en format format PDF et en format web).

Le crise de la COVID-19 (coronavirus) le confirme à chaque jour alors que les leaders politiques insistent sur l’importance de fonder leurs décisions sur la science (le savoir et la connaissance). Par ces déclarations en faveur du savoir et de la connaissance, nos politiciens veulent nous rassurer sur l’objectivité de leurs décisions. Car, en d’autres circonstances, nos leaders politiques mettent de l’avant leurs opinions; le savoir et la connaissance prennent le bord.

Le problème avec l’opinion est né de sa toute puissance sur la vérité de faits. J’ai observé à maintes reprises des gens prendre pour vraie leurs opinions uniquement parce qu’ils la pensent. Dans ce contexte, l’opinion devient une vérité. N’avez-vous remarqué toutes ces personnes mettant fin à un débat d’opinions par l’affirmation «À chacun son opinion» ou «À chacun sa vérité», sans distinction ?

L’opinion mute en une croyance » : «Si je le pense, ça doit être vrai». «Je prends pour vrai ce que je pense parce que je le pense ». Il y a là une grande différence avec «Il est vrai que je pense».

Une fois acquise comme une croyance, on ne peut plus rien contre l’opinion. On peut toujours tenter de soulever un doute mais on entre en conflit avec la confiance en soi de la personne. Au diable ! Le bénéfice du doute.

La lumière entre par les failles.

Le doute, c’est la faille par laquelle la lumière éclaire celui ou celle qui est dans le noir. Évidemment, plus le temps passé dans le noir est long, plus la lumière, si minime soit-elle, fera mal aux yeux. Le réflexe involontaire sera de colmater la faille au plus vite.

Sans lumière, on ne peut voir si on est ou non dans l’erreur.

Admettre une erreur peut ébranler la confiance en soi, surtout si la personne croit que le but dans la vie est d’avoir raison. Pour ce faire, on se donne raison constamment, ce qui évite de se remettre en question à la lumière d’une faille.

Pour éviter tout inconfort, plusieurs personnes se donnent aussi l’illusion de vivre dans la lumière avec une génératrice interne.

MOI, je crois…

MOI, je pense…

Il faut insister ! C’est le MOI et le JE qui affirment. Qu’une autre personne soutienne le contraire, ça importe peu car MOI, je pense et je crois. C’est l’expression de la confiance dans ce que je pense et ce que je crois. La confiance en soi devient alors la croyance en soi.

Pour ramener cette personne à la raison, il faudra lui faire vivre une expérience de pensée, avec une paire de lunettes soleil en réserve, s’il le faut. Ce n’est pas une mince affaire. Parfois, la nécessité de violer l’esprit de l’autre en marchant sur la pointe des pieds pour entrer dans son inconscient sans éveiller sa conscience se présente comme le seul et unique moyen, tellement la personne croit dans ce qu’elle pense et dit de ce qu’elle pense.

Il ne s’agit pas de convaincre, d’amener l’autre à changer d’idée au profit d’une autre, mais plutôt de réparer la mécanique de la logique et de la pensée elle-même. À ce stade, il y a un bris dans le système de pensée lui-même, un bris source d’erreurs de pensées ou, si vous préférez, de distorsions cognitives.


Extrait du livre Être bien dans sa peau, David D. Burns, M.D.

  1. Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.
  2. La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.
  3. Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.
  4. Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.
  5. Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.
    • L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.
    • L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.
  6. L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».
  7. Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.
  8. Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.
  9. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.
  10. La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Source : Être bien dans sa peau, David D. Burns, M.D.


Cette liste d’erreurs de pensée accablera toute personne capable de prendre un tant soit peu de recul face à elle-même. Autrement, nous aimons croire que nous sommes objectif…

Nous aimons croire que nous sommes objectifs, que nous sommes intéressés par l’information objective. En fait, à moins qu’une personne devienne subjective au sujet d’une information objective, elle ne s’y intéressera pas et elle ne sera pas motivée par cette information. Nous disons juger objectivement, mais en réalité nous réagissons subjectivement.

Nous faisons continuellement des choix dans notre vie quotidienne. Nous choisissons des « choses » qui nous apparaissent subjectivement, mais nous considérons nos choix comme étant objectifs.

« We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively. We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

Source : Cheskin, Louis, Basis For marketing Decision, Liveright, New York, 1961, p. 82. « We like to believe that we are objective, that we are interested in objective information. Actually, unless one becomes subjective about a new objective information, he is not interested in it and is not motivated by it. We say we judge objectively, but actually we react subjectively. We continually make choices in daily life. We choose the « things » which appeal to us subjectively, but we consider the choices objective. »

Cette croyance en notre objectivité repose en partie sur les faits que nous exploitons pour justifier nos opinions. Mais nous ne retenons que les faits qui nous appellent subjectivement. Il en va de même des médias traditionnels d’information. Ils se disent objectifs mais ne retiennent que les faits qui les appellent subjectivement, et ce, malgré la rigueur qu’ils pratiquent. En bout de ligne, on n’a pas les mêmes nouvelles d’une station à une autre, d’un journal à un autre.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

Tagged with: , , ,
Publié dans opinion., Votre éditeur prend position

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Ce site web est sous licence Creative Commons – Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.5 Canada (CC BY-NC-ND 2.5 CA)
Article explicatif au sujet de notre maison d’édition

Entrez votre adresse de courriel pour suivre ce magazine littéraire et être notifié par courriel des nouvelles publications.

Joignez-vous à 1 257 autres abonnés

Dossier « Les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci »
Dossier – Résultats du sondage « Les Québécois et leurs écrits »
TÉLÉCHARGEMENTS

Les documents PDF les plus populaires ci-dessous

Un petit détour – Vous êtes redirigés ici pour vous permettre de découvrir ce magazine en ligne avant de télécharger le document demandé. Tous nos documents à télécharger sont d’abord annoncés dans ce magazine. Abonnez-vous gratuitement (voir ci-dessous).

Composition technique d’un article de presse
Les styles interpersonnels selon Larry Wilson
Follow Appui-livres on WordPress.com
Magazine littéraire

Ce magazine littéraire est l’œuvre de la Fondation littéraire Fleur de Lys et s'inscrit dans une mission d'éducation populaire au sujet du monde du livre, et ce, tant auprès des auteurs que des lecteurs.

Vous pouvez nous écrire à l'adresse suivante :


contact@manuscritdepot.com

Archives
Recherche par catégorie
Se connecter
%d blogueueurs aiment cette page :