RECHERCHE / Pratiques culturelles numériques et plateformes participatives : opportunités, défis et enjeux

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Pratiques culturelles numériques et plateformes participatives : opportunités, défis et enjeux

Les dispositifs numériques et l’émergence de plateformes participatives en ligne sont venus modifier les formes traditionnelles d’engagement des publics envers les contenus culturels.

Cette synthèse des connaissances fait le point sur l’état des recherches à ce sujet. Elle s’appuie sur l’analyse d’un corpus de plus de 1 200 documents, issu d’une recension étendue des publications scientifiques, mais aussi des documents institutionnels les plus pertinents.

Réalisée en partenariat avec deux organismes du milieu culturel, Culture pour tous et Compétence culture, cette synthèse est destinée à répondre aux grandes préoccupations des acteurs culturels québécois face aux nouvelles configurations des publics dans l’environnement numérique.

Le rapport couvre les points suivants :

  • les enjeux techniques, économiques et sociaux associés aux principales plateformes utilisées par les acteurs du milieu culturel québécois;
  • la composition, les usages, les motivations et les principales figures du public qui utilise les plateformes participatives;
  • les diverses dimensions du fossé numérique (accès, littératie, usages) qui affectent la participation culturelle en ligne;
  • les tendances en matière de mobilisation des publics en ligne par le secteur culturel (accessibilité, ludification, engagement);
  • l’état actuel des politiques publiques sur la participation culturelle numérique.

Chercheure principale

Nathalie Casemajor, Institut national de la recherche scientifique

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Résumé 

Rapport de recherche 

Appel de propositions 

Dépôt du rapport de recherche : janvier 2019

 -30-

Source : Fonds de recherche Société et Culture, gouvernement du Québec.


Conclusions de la recherche

Intersectorialité et durabilité

L’enjeu de la participation culturelle numérique invite à une action globale, qui prenne en compte l’ensemble de ses dimensions : culturelles, économiques et sociales.

  • En ce sens, les initiatives interministérielles et intersectorielles peuvent permettre d’agir de manière complémentaire, contribuant ainsi à la durabilité de l’action publique.
  • Si le MCCQ a un rôle prépondérant à jouer dans la mise en place des conditions de la participation culturelle numérique, la synergie peut être accentuée avec d’autres ministères et agences publiques. Ainsi les collaborations en cours pourraient être renforcées en particulier avec le MESI (volet économique des compétences numériques des professionnels, accès au branchement haute vitesse pour tous) ainsi qu’avec le MEES (volet scolaire de la littératie numérique et du développement du goût pour une offre culturelle diversifiée).
  • Dans une moindre mesure, certains enjeux pourraient être traités dans le cadre d’une collaboration plus approfondie avec les ministères et les agences en charge de la santé et de la sécurité, afin de mettre en place les conditions d’un environnement numérique sain. De ce point de vue, les enjeux de protection des données privées, de lutte contre le harcèlement en ligne et contre les attaques de trolls sont prioritaires. L’addiction numérique, si elle est un enjeu réel, ne semble pas être au cœur des enjeux prioritaires à l’heure actuelle.
  • Enfin, pour être véritablement durables, les mesures d’action ne devraient pas se limiter à l’intervention dans l’environnement numérique. Il conviendrait d’agir dans l’environnement culturel, social et économique au sens large, incluant les contextes hors-ligne et les contextes d’interfaces entre les environnements numérique et non-numérique. De ce point de vue, les acteurs de la société civile ont un rôle important à jouer et leurs représentants devraient être intégrés dans les processus de définition des stratégies publiques pour la participation culturelle numérique.

Échelles et moyens d’intervention

  • La législation à l’échelle multinationale peut avoir des impacts profonds sur l’encadrement des plateformes, comme l’illustrent les effets du Règlement général sur la protection des données (RGPD) promulgué par l’Union Européenne.
  • Dans une perspective de gouvernance multiniveaux, l’intervention fédérale et provinciale devrait s’articuler étroitement avec les acteurs régionaux et locaux afin que les mesures de financement, d’accompagnement et de formation répondent aux besoins des différents milieux et des différents territoires.
  • Les Ententes de développement culturel des territoires du MCCQ peuvent être un cadre pertinent pour mobiliser et soutenir les divers milieux locaux (scolaire, municipal, communautaire, institutionnel) qui ont bâti des relations durables avec les groupes et les populations visés, et sont à même de déployer des actions de proximité.

Finalités de l’action publique

Trois finalités principales se dégagent de l’action publique visant à favoriser la participation culturelle numérique.

1) Visibilité et rayonnement des contenus culturels québécois

  • Cette finalité est celle qui s’articule le plus étroitement avec les enjeux économiques de la participation culturelle numérique. L’engagement des publics y est conçu comme un relais de la production (sociofinancement), de la diffusion (promotion, visibilité, découvrabilité, rayonnement) et des transformations de la consommation de l’offre culturelle en ligne (personnalisation, fidélisation). Les enjeux reliés à cette finalité semblent relativement bien couverts par les politiques culturelles actuelles.
  • Cela dit, des mesures d’accompagnement au sociofinancement, telles que les déductions et les incitations fiscales favorisant le micro-patronage, pourraient être mises en œuvre pour promouvoir cette contribution des publics à la production culturelle et artistique locale.

2) Sensibilisation, démocratisation et démocratie culturelle

  • Cette finalité concerne les enjeux proprement culturels de la participation numérique. Elle mise sur la démocratisation de l’expérience culturelle (découverte, sensibilisation) et sur les principes de démocratie culturelle (expression, expérimentation, création amateur).
  • Dans le cadre des orientations énoncées dans le Plan culturel numérique du Québec, il conviendrait d’approfondir l’articulation entre les données disponibles et la capacité d’agir sur le développement des goûts et des dispositions culturelles. Au-delà de la découvrabilité, les moyens d’action pourraient être précisés davantage en ce qui concerne la sensibilisation (notamment des jeunes) et la médiation culturelle, en lien avec l’expertise des acteurs locaux.
  • Il y a également lieu de reconnaître que ces moyens d’actions ne contribuent pas à produire des données statistiques sur les comportements culturels, qui seraient rapidement réutilisables dans une stratégie de mutualisation des données culturelles. Situées sur un plan différent, elles représentent plutôt un investissement à moyen et long terme qui agit sur la construction de valeurs culturelles.

3) Équité et inclusion sociale

  • Cette finalité vise à agir sur le premier fossé numérique (accès matériel à l’Internet, branchement à haute et très haute vitesse) ainsi que sur le deuxième fossé numérique (compétences et littératie numérique) . Le troisième fossé numérique (différences dans les usages des plateformes) ne relève pas d’une logique d’inégalité, mais plutôt d’une différentiation. Il ne constitue donc pas une priorité pour l’action publique.
  • Les politiques culturelles ont un rôle à jouer dans une approche transversale de ces enjeux, en synergie avec les politiques économiques et éducatives. Les mesures d’action pourraient notamment être renforcées au niveau du soutien aux bibliothèques, qui sont un pivot de la démocratisation des compétences numériques dans le secteur culturel. Les Fab Labs et les médialabs sont aussi des lieux privilégiés pour l’apprentissage de compétences numériques en contexte de création artistique et culturelle. Le maillage intersectoriel des différents acteurs concernés (culturels, éducatifs, communautaires) pourrait être renforcé pour répondre aux besoins des différentes populations et pour s’adapter à la spécificité des territoires.
  • Étant donné qu’un grand nombre de Fabs Labs et de médialabs à vocation culturelle sont actuellement situés en métropole (à Montréal et à Québec), il convient de réfléchir davantage à l’accès aux ressources de littératie et d’expérimentation de création numérique en région. Le développement de ressources en milieu scolaire peut contribuer à l’équité territoriale pour les jeunes scolarisés, mais pour répondre aux besoins des jeunes déscolarisés et des adultes, il est essentiel de soutenir les activités des bibliothèques publiques et des organismes culturels, artistiques et communautaires en région.
  • En outre, il existe peu de mesures d’action pour répondre aux besoins spécifiques des populations autochtones. Si certaines actions existent pour accélérer le branchement des communautés autochtones (premier fossé), des actions ciblées en médiation culturelle et en littératie numérique pourraient être définies en concertation étroite avec les groupes concernés afin de remédier au deuxième fossé (ex. Fabs Labs et médialabs dans les écoles, ou en version mobile pour toucher les jeunes déscolarisés et les adultes).
  • Enfin, il conviendrait de mettre en place un plan d’action, voire des mesures législatives, pour favoriser l’accessibilité universelle aux contenus culturels numériques. Peu de mesures d’action traitent de cet enjeu en ce qui concerne les personnes en situation de handicap, et les technologies progressent trop lentement. Par ailleurs, certaines dispositions de protection des droits d’auteur (DRM) ont pour effet de freiner l’accès aux contenus. Il convient ainsi de préciser les obligations légales des plateformes et des producteurs culturels, notamment dans les secteurs de la diffusion télévisuelle en ligne, du livre électronique et de l’écoute de musique en continu (sous-titrage, audiodescription, interopérabilité avec les logiciels adaptés).

Création de plateformes et d’applications

  • Le développement de nouvelles plateformes publiques comporte une grande part de risque, compte tenu de leurs coûts de développement et de maintien. Par ailleurs, leur impact réel sur la visibilité des contenus locaux et sur le développement de publics n’est pas évident, selon la littérature consultée. Cela dit, déléguer indirectement aux grandes plateformes existantes les conditions de participation des publics est également problématique. L’UNESCO recommande une démarche concertée s’appuyant sur les entreprises et les organisations de la société civile locale pour développer des projets selon une méthodologie allégée.
  • Les Passeports culturels numériques sont une autre mesure d’action expérimentée en Europe pour stimuler la demande de biens et services culturels locaux, publics et indépendants, tout en subventionnant la consommation culturelle indépendante et l’offre du secteur public. Les résultats de l’expérience italienne montrent que ce dispositif sert surtout à soutenir le secteur du livre.

Formation des professionnels de la culture

  • Ce champ d’action est relativement bien couvert par les politiques publiques du Québec et du Canada, notamment en lien avec le développement économique du secteur culturel. Des mesures d’accompagnement existent aujourd’hui à toutes les échelles du territoire (fédéral, provincial, régional, local).
  • S’ils couvrent une bonne partie des thématiques centrales liées aux publics, ces efforts gagneraient à être poursuivis et promus dans l’ensemble des secteurs du milieu culturel, tout en reconnaissants les besoins différenciés des artistes et des travailleurs culturels.
  • Les efforts doivent notamment se poursuivre en termes de formation continue des professionnels, particulièrement : 1) du point de vue de l’accompagnement des stratégies de communication et de promotion numérique, étant donné que les outils numériques et les plateformes web évoluent continuellement et rapidement; 2) en ce qui concerne la production et l’exploitation des données et des métadonnées, qui peuvent contribuer aux stratégies de diffusion et de mise en marché de l’offre.

Gouvernance des plateformes

  • Elle peut être envisagée comme une responsabilité coopérative : si les gestionnaires de plateformes y jouent un rôle central, les usagers et les institutions légales ont également une part de responsabilité à cet égard. Les gouvernements sont responsables de mettre en place des mécanismes de supervision et des mesures pour assurer que les responsabilités soient partagées équitablement et véritablement endossées par toutes les parties concernées, qui doivent être informées et outillées en ce sens.
  • L’un des principaux enjeux de la gouvernance des plateformes concerne le maintien d’un environnement numérique sain et accessible à tous. Pour cela, il convient de prendre au sérieux la lutte contre les modes de participation toxiques (trollage, cyberharcèlement). L’avancement de l’intelligence artificielle peut y contribuer, mais le rôle des modérateurs humains reste essentiel.
  • La protection des données personnelles est un autre enjeu central de la gouvernance des plateformes. De ce point de vue, la Commission d’accès à l’information du Québec a souligné l’obsolescence des cadres québécois de la protection des données personnelles sur les plateformes numériques. Ces cadres devraient donc être révisés.

Quelle évaluation de la participation numérique?

  • Il y a généralement un manque de moyens et de compétences pour évaluer les impacts des politiques. Si les critères et les recommandations des agences gouvernementales incitent les organisations et les institutions culturelles publiques à développer des outils de participation numérique, ce type de participation constitue rarement un critère d’évaluation ex post des programmes lancés et/ou subventionnés par les organisations culturelles. La mesure et l’évaluation des pratiques culturelles connectées peut y contribuer, mais elle compte aussi des limites.
  • La concentration du secteur des plateformes et la position dominante de certains acteurs commerciaux entraînent une rupture d’accès à ces données pour les pouvoirs publics. Pour y remédier, l’UNESCO recommande d’établir des mesures incitatives destinées aux plateformes numériques afin d’obtenir des données culturelles utiles, voire d’élaborer une politique nationale pour établir leur nature publique.
  • Plusieurs initiatives sont en cours au Québec pour améliorer de la disponibilité des données sur l’usage et la consommation des contenus culturels en ligne. À côté des acteurs établis comme l’OCCQ émergent de nouveaux acteurs, comme le Pôle sur les données massives en culture, qui mise sur de nouvelles expertises d’analyse des publics et tente d’établir une nouvelle infrastructure de mutualisation des données. Le lancement d’une stratégie nationale concertée par le MCCQ montre que cet enjeu fait partie des priorités des politiques culturelles numériques au Québec.
  • Toutefois, la fragmentation des plateformes complique la collecte de données comparables (standardisées et interopérables) sur les pratiques connectées des publics de la culture. Les données comportementales (transactionnelles) manquent souvent de qualité et de contextualisation sociodémographique. De plus, certaines sont collectées sans le consentement des usagers, ce qui rend leur utilisation problématique. Le ciblage comportemental qui peut être fait à partir de ces données soulève également des enjeux éthiques, par exemple liés au microciblage ethnique.
  • Finalement, il convient de pluraliser les études sur la participation culturelle numérique pour l’envisager dans sa globalité. Les dimensions culturelles et collectives (comme la non-participation à la vie culturelle et numérique des groupes désavantagés), sont difficilement saisissables par les biais des données de transactions en ligne et des statistiques de consommation de biens et de services culturels numériques. Les analyses qualitatives de small data permettent de creuser la portée et la signification des pratiques culturelles en lien avec les finalités sociales, économiques et artistiques des politiques culturelles.

 

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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