Éditorial – Dénonciation des fausses nouvelles : les termes manquent de rigueur

Éditorial

Dénonciation des fausses nouvelles

Les termes manquent de rigueur

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

La dénonciation des fausses nouvelles va bon train et devient une spécialité de plusieurs journalistes. Malheureusement, le choix des termes employés maquent souvent de rigueur. Donnons en exemple l’usage des termes « vérité » et « croyance » car ils donnent lieu à des contresens. Affirmer «Je ne crois pas à cette fausse nouvelle» relève de la croyance. L’affirmation oppose ici une croyance à une autre. Si elle repose sur des faits vérifiés et contre-vérifiées, l’affirmation utilisent ces faits pour fonder une croyance plutôt qu’une vérité de fait.

« Je crois » ne peut pas servir à la dénonciation d’une fausse nouvelle.

La croyance est le processus mental expérimenté par une personne qui adhère à une thèse ou une hypothèse, de façon qu’elle les considère comme vérité, indépendamment des faits, ou de l’absence de faits, confirmant ou infirmant cette thèse ou cette hypothèse.

Source : Croyance, Wikipédia

Etymologie : du latin classique credere, tenir pour vraie quelque chose, croire, penser, avoir confiance, se fier.

La croyance est le fait de croire, c’est-à-dire de tenir quelque chose pour véritable ou réelle, d’être persuadé ou intimement convaincu qu’elle est vraie ou qu’elle existe.

Source : Croyance, La toupie.

Certitude plus ou moins grande par laquelle l’esprit admet la vérité ou la réalité de quelque chose.

Source : Croyance, Centre national de ressources textuelles et lexicales.

Interrogé au sujet d’une fausse nouvelle, nous dirons y CROIRE ou ne pas y CROIRE. Cette approche révèle que nous jugeons d’une nouvelle suivant notre capacité à y CROIRE ou non. Or, les faits utilisés pour dénoncer une fausse nouvelle ne sont pas à CROIRE mais à ADMETTRE. On parle alors de vérité de fait fondée sur la connaissance.

CONNAÎTRE, ce n’est pas CROIRE.

En philosophie, la connaissance est l’état de celui qui connaît ou sait quelque chose. On appelle aussi « connaissance » les choses connues elles-mêmes, et par extension les choses qui sont tenues pour des connaissances par un individu ou une société donnée.

Source : Connaissance (philosophie), Wikipédia.

L’idée qu’une nouvelle puisse être FAUSSE ou VRAIE me laisse perplexe. À prime abord, toutes les nouvelles sont ou devraient être vraies puisqu’elles proviennent de journalistes à qui nous reconnaissons d’emblée la rigueur et l’éthique de la profession.

Certes, les fausses nouvelles dont il est question ne proviennent pas de journalistes professionnels, à moins que ces derniers aient été eux-mêmes bernés par manque de rigueur.

Prenons en exemple la soi-disante fausse nouvelle à l’effet que les personnes ayant une barbe devrait raser cette dernière pour s’assurer que leur masque de protection N95 contre le COVID-19 soit étanche. Dans une récente édition de l’émission de télévision LES DÉCRYPTEURS à l’antenne de Radio-Canada, l’équipe soutenait que cela était faux. Il en va de même de l’agence France Presse : Les autorités ne recommandent pas de se raser la barbe pour se protéger du coronavirus.

La nouvelle est fausse si elle est associée au coronavirus (COVID-19) mais elle est vraie si on parle du SRAS, le Syndrome respiratoire aigu sévère lié au coronavirus apparu pour la première fois en Chine en novembre 20021, et a provoqué une épidémie en mai 2003 (Wikipédia).

En effet à cette époque, un membre de ma famille était infirmier dans un centre hospitalier au Québec. Lors de la formation du personnel sur l’usage et l’ajustement du masque respiratoire de protection, le représentant commercial de la compagnie a dit que la barbe pouvait affecter l’étanchéité du masque.

Le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail traite de la question sur son site web :

Les travailleurs qui ont une barbe (même de deux jours) ou de longs favoris ne peuvent porter d’appareils respiratoires, car leurs poils nuisent à l’étanchéité entre la peau et le masque. Le port de lunette pourrait aussi nuire à l’étanchéité de l’appareil respiratoire. L’étanchéité compromise, l’air pourra « s’infiltrer » dans le masque, empêchant celui-ci d’offrir la protection respiratoire nécessaire. Enfin, si le travailleur a des cicatrices au visage ou un problème d’acné, la peau du visage pourrait aussi compromettre l’étanchéité du masque respiratoire.

Source : Appareils respiratoires – Choix, Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail.

On trouve une recommandation semblable sur le site web de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) de la France :

Masques de protection respiratoire et risques biologiques : foire aux questions

7 – Est-ce que le port d’un masque FFP est compatible avec une barbe ?

Une barbe (même naissante) réduit l’étanchéité du masque au visage et diminue son efficacité globale

Il en va de même de la tenue vestimentaire des infirmières recommandée par l’ordre des infirmières et des infirmiers du Québec :

Lorsque le port d’un masque à haut pouvoir filtrant est obligatoire, notamment en présence de cas de tuberculose et de SRAS, la barbe doit être fraîchement rasée sinon l’étanchéité du masque pourrait être compromise (Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail, 2003).

Source : La tenue vestimentaire des infirmières, Prise de position, Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec.

La fausse nouvelle était à l’effet que le «Centers for Control and Prevention (CDC), l’autorité américaine de veille sanitaire, recommande de se raser la barbe pour se protéger du coronavirus actuel.» (Agence France Presse). La dénonciation de cette fausse nouvelle fut orientée sur le fait que l’autorité sanitaire américaine n’avait jamais recommandé de se raser la barbe dans le cas du port du masque pour contrer la transmission du Kovid19. Les journalistes professionnels se sont limités à contrôler la source de la fausse nouvelle, c’est-à-dire le Centers for Control and Prevention (CDC). Ce dernier n’ayant pas recommandé de se raser la barbe pour se protéger du coronavirus actuel, les journalistes se sont arrêtés là.

Il fallait se demander si le masque respiratoire recommandé, le N95, posait un problème aux barbus. Il fallait s’informer auprès des fabricants, notamment 3M, et auprès des différents intervenants en première ligne. Mais les journalistes sont tombés dans la piège de la fausse nouvelle en se laissant orienter vers la source américaine.

Et quant à être dans le giron américain, il fallait aussi effectuer d’autres vérifications. J’ai trouvé cette recommandation sur le site de l’Université de l’Arizona au sujet du masque N95 :

I’m really attached to my beard. Do I really have to shave to wear a respirator?

Yes, if you are assigned to wear any tight fitting respirator, such as a disposable N95, half-mask or full-faced cartridge respirator. Even a day’s stubble will compromise your protection by interfering with the mask to face seal. You can have a moustache and a tightly trimmed goatee that ends right at the chin line. Consider keeping shaving supplies at work if your need for a respirator is hard to predict from day to day. Loose-fitting hooded PAPRs (Powered Air Purifying Respirators) are the only approved respirator for bearded individuals. PAPRs cost much more than other respirators. Decisions are made at the department level as to whether budgets allow for PAPR purchase.

Source : Respiratory Protection, The Arizona Board of Regents on behalf of The University of Arizona.

Je suis vraiment attaché à ma barbe. Dois-je vraiment me raser pour porter un respirateur?

Oui, si vous devez porter un respirateur bien ajusté, comme un respirateur jetable N95, un demi-masque ou un masque facial à cartouche. Même la barbe d’une journée compromettra votre protection en interférant avec le masque pour sceller le visage. Vous pouvez avoir une moustache et une barbiche bien taillée qui se termine juste au niveau du menton. Pensez à garder les fournitures de rasage au travail si votre besoin d’un respirateur est difficile à prévoir au jour le jour. Les PAPR à capuchon (respirateurs à adduction d’air filtré motorisé) sont les seuls respirateurs approuvés pour les barbus. Les PAPR coûtent beaucoup plus cher que les autres respirateurs. Les décisions sont prises au niveau du département pour savoir si les budgets permettent l’achat du PAPR.

Google, traduction automatique

Bref, la nouvelle à l’effet de se couper la barbe pour assurer l’étanchéité du masque N95 recommandé au personnel soignant des malades infectées ou présumés infectées par le COVID-19 est véridique. Il fallait porter son attention sur le masque N85 plutôt que sur la source.

Si le «Centers for Control and Prevention (CDC)» (USA) ne fait pas une telle recommandation dans le cas précis du COVID-19, il le fait dans le cas du port du masque N95 à l’instar de plusieurs autres sources dignes de confiance. Voilà une vérité de fait.

Les fausses nouvelles ont le défaut d’induire en erreur les journalistes professionnels dans leurs vérifications.

 

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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