L’autoédition, une étude du Collectif sous la direction du bureau d’études de l’Association professionnelle des métiers de la création-Smart

L’autoédition (1/2)

Des pratiques alternatives


Une étude du Collectif sous la direction du bureau d’études de l’Association professionnelle des métiers de la création-Smart


Publié sous licence Creative Commons


Le développement des technologies numériques bouleverse le marché du travail dans tous les secteurs. Parmi les évolutions qui affectent en particulier les métiers de la création figurent la fragilisation accrue des intermédiaires et une tendance croissante à l’autoproduction. Le monde du livre n’échappe pas à ce mouvement d’ensemble. Mais parfois l’autoédition peut être une manière d’explorer des voies singulières – en renouant avec des pratiques artisanales, en imaginant de nouveaux circuits de diffusion.


De l’édition de fanzines photocopiés en quelques dizaines d’exemplaires et distribués à bas prix dans un cercle restreint de relations aux livres d’artiste de facture luxueuse, les initiatives qui permettent aux auteurs de publier eux-mêmes leur travail sont diverses et nombreuses. Avant d’aborder dans un prochain article la question de l’autoédition numérique, nous avons voulu nous pencher sur une pratique vieille comme l’imprimerie : celle qui consiste à faire venir soi-même au jour ces objets de papier qu’on appelle des livres.

L’autoédition consiste, selon le petit Larousse, en « l’édition d’un ouvrage sans autre intermédiaire que l’imprimeur », donc en se passant des services de la maison d’édition, opérateur encore central dans la chaine de production du livre1. Cette pratique est en pleine expansion. Si elle a explosé récemment suite aux possibilités offertes par la révolution numérique, on oublie souvent qu’elle est fort ancienne et qu’elle concerne même des textes importants dans l’histoire de la littérature française.

Deux illustres exemples, entre beaucoup d’autres, suffisent pour s’en convaincre. La fabrication d’Une saison en enfer, en 1873 s’est négociée directement entre Arthur Rimbaud et l’imprimeur bruxellois Poot. Ce dernier a même conservé une partie des exemplaires, le jeune poète n’étant pas en mesure de les payer C’est aussi à Bruxelles qu’avaient paru quelques années plus tôt les Chants de Maldoror, commandés par Lautréamont à l’imprimeur Lacroix.

De prime abord, l’autoédition souffre aujourd’hui d’un manque de légitimité : elle apparait comme le fait d’écrivains refusés par les maisons professionnelles. Ce parfum d’amateurisme ne concourt pas à valoriser les ouvrages autoédités. Pourtant, ce sont parfois d’autres motifs qui ont poussé certains auteurs dans cette voie. Ainsi, en France, l’écrivain polémique et controversé Marc-Edouard Nabe, après s’être rendu infréquentable sur les plateaux de télévision suite à ses coups d’éclats et après s’être brouillé avec son éditeur, s’est proposé, en janvier 2010, de (auto)rééditer ses ouvrages précé-dents et de vendre lui-même ses nouveautés en ligne. Succès immédiat : le stock est écoulé dans le mois et le livre doit être réimprimé. Toute son œuvre est actuellement disponible sur son site2. Il a même développé un concept – l’antiédition – sur la base de ses expériences (BEUVE-MERY, 2011).

Les chemins de la liberté

Pour explorer cette pratique, le présent article se base sur deux témoignages, recueillis en sep-tembre 2013, d’auteurs ayant assumé lucidement le choix de l’autoédition pour leur projet.

Jennifer et Emilie se sont lancées dans l’aventure de l’autoédition, à côté de leur travail respectif à temps plein, pour publier un livre sur le Vintage à Bruxelles. Elles se sont rencontrées grâce à leur blog de déco, qui traite notamment de leur passion pour le vintage et de leur amour pour leur ville. Elles ont donc décidé de rassembler leurs connaissances, coups de cœur et trouvailles dans un guide illustré intitulé BXL {Vintage}. Celui-ci est paru en octobre 2013. Les auteurs-éditrices nous expliquent les raisons qui ont présidé à leur choix :

« Nous avons tout de suite opté pour l’autoédition parce qu’on voulait vraiment garder une liberté créative. En tant que graphiste et photographe, nous voulions nous laisser le choix d’une mise en page et d’un livre visuellement à notre image, sans rentrer dans le carcan d’un éditeur. »

Pascal Leclercq, pour sa part, est poète, romancier, traducteur. Toute son œuvre a paru chez des éditeurs ayant pignon sur rue (et parfois dans des maisons très prestigieuses, comme Gallimard pour ses deux traductions). Cela ne l’a pas empêché d’opter délibérément pour l’autoédition quand il s’est agi de faire paraître son recueil de poésie La vie grouille d’insectes, le monde de tracas (Liège, juin 2013). L’écriture des poèmes, à base de collages, s’est appuyée sur un protocole précis. Au départ de l’aventure figure un carnet que Pascal avait reçu en cadeau d’un ami et qui deviendra le support premier de l’expérimentation : « Celui-ci est composé de cinq parties ; les collages seront effectués à partir de cinq livres différents, un pour chaque partie du carnet, choisis pour leur appartenance à des univers différents (littérature blanche, polar, roman érotique, roman sentimental, science-fiction). » Le livre a été imprimé de façon artisanale et l’édition a été limitée à cinquante exemplaires, avec toutefois une particularité : chaque exemplaire est dédoublé, de sorte que celui qui en a acheté un par souscription en reçoit gratuitement un second, destiné à être offert à un ami qui à son tour s’engage à le faire circuler. Une « démarche laboratoire », comme Pascal s’en explique :

« Au fond, ces poèmes sont vraiment un laboratoire. Publie-t-on un laboratoire ? C’est ça la question Et la réponse est venue : petit à petit a émergé l’idée qu’on pourrait faire un livre qui se passerait de main à main, un genre de samizdat des pays soviétiques Puis s’est mis en place une espèce de protocole, avec l’élaboration d’un système d’autoédition, mais une autoédition très particulière, puisqu’elle va procéder par souscription : on va proposer aux gens d’acheter non pas un recueil, mais deux. On savait que les gens trouveraient super le principe de faire voyager les recueils, mais qu’ils garderaient pour eux celui qu’ils ont acheté… Donc, ici, l’autoédition répondait vraiment à un besoin d’explorer une autre forme de diffusion »

L’autoédition fait donc partie intégrante de la démarche de création ?

« La démarche entière est laboratoire, pas uniquement la forme, tout le dispositif est dirigé vers l’idée que vous achetez un laboratoire. Le livre lui-même est un laboratoire, car il est imprimé sur un Risographe3… C’est aussi ça la beauté de la chose, les livres voyagent… Je trouvais que pour ce projet-là, l’autoédition était vraiment intéressante Oh, j’aurais pu être suivi par un éditeur, mais ç’aurait été complétement ridicule puisque son but aurait été justement de travailler à la vente d’un livre Le parti pris était simple, je ne voulais pas de corrections au texte, je voulais que ça reste à l’état de laboratoire… »

Du temps et des compétences multiples

Les maisons d’édition disposent de compétences pour la production physique du livre, en matière de graphisme, de mise en page, de typographie, qu’elles prennent intégralement en charge. Elles possèdent aussi de puissants leviers en termes de diffusion et de promotion. Enfin leur image donne au public la garantie d’une certaine qualité de texte. Comment les auteurs autoédités parviennent-ils à remplir ces différentes tâches ? Et quels ont été les coûts (humains et financiers) de l’opération ? Emilie et Jennifer se sont exprimées sur ce sujet :

« Le livre nous a pris à peu près un an et demi à développer. Nous avons d’abord discuté du projet et fait une liste d’adresses qu’on aimait bien, pour commencer très lentement à prendre des photos dans certains endroits sélectionnés. En en parlant aux gens, notre idée s’est concrétisée peu à peu, mais nous ne savions pas comment nous pourrions financer ce projet. Nous sommes passées à la vitesse supérieure lorsque nous avons décidé du moyen de financement. Nous avions entendu parler du financement parti-cipatif (crowdfunding) qui commençait à bien se développer en Europe, et nous avons opté pour cette solution qui nous permettait de rentrer directement en lien avec nos futurs lecteurs potentiels, de leur présenter notre projet et de tester par la même occasion l’intérêt pour une telle publication4. Nous avons donc développé toute une campagne de communication, un budget, tout en continuant à préparer les photos, l’identité visuelle et les textes du livre. »

Le volume de travail semble impressionnant ?

  • On a travaillé à plein régime pendant 8 mois, en gérant tous les aspects de la production et de la ges-tion d’un livre. Heureusement, Jennifer, qui est graphiste avait plus d’expérience avec les imprimeurs, et à deux, nous nous complétions bien en termes de gestion du budget et de la communication. Ce travail a été très lourd et nous a pris énormément de temps. Heureusement que nous étions très enthousiastes, portées et soutenues par nos proches et nos lecteurs, et qu’on y a cru jusqu’au bout ! C’est probablement aussi notre quotidien de blogueuses qui nous a motivées à tout faire nous-mêmes, à tout construire de nos petites mains. »
  • Bien sûr, nous n’excluons pas de faire appel à un éditeur pour une future mise à jour du livre et une réédition à plus grande échelle, nous sommes cependant heureuses et fières d’avoir pu produire ce livre seules et d’avoir un si beau résultat. »

L’aventure de l’autoédition exige donc un investissement important, on le constate à la lumière de ce témoignage. Pascal a déjà été publié chez des éditeurs « classiques ». Quelle a été la nature de ses relations ? Et que pense-t-il du développement contemporain de l’autoédition ?

« Je suis plutôt contre l’autoédition, je pense que l’auteur doit se confronter à un éditeur, c’est ce qui fait mûrir son œuvre. J’ai pu constater plusieurs fois que des personnes qui se ‘‘complaisaient’’ dans l’autoédition avaient tendance à stagner, au niveau intellectuel, poétique, littéraire Je pense que l’éditeur est là pour cadrer l’auteur, pour lui permettre d’atteindre ce qu’il n’est pas capable d’atteindre tout seul… Des refus, j’en ai essuyé pas mal au début, mais tu essaies et tu bonifies, parce que justement tes éditeurs sont là pour te faire bonifier. Si tu travailles avec quelqu’un qui te suit un peu, tu n’as pas plus à te tourner vers d’autres éditeurs C’est sûr qu’en poésie, on a tendance à multiplier les éditeurs, ce n’est pas comme les romanciers, ça fait partie du jeu et c’est souvent des histoires de rencontres… D’ailleurs c’est encore une chose que je n’aime pas dans l’autoédition : on est relativement seul avec soi-même alors que la poésie, pour moi, c’est vraiment une histoire d’amitié… Pour diffuser son travail, il faut rencontrer des gens et c’est autour de l’éditeur que ça se passe… Pour moi, le boulot d’un éditeur est très particulier Même quand des auteurs se mettent ensemble dans une structure associative, ils ont tendance à rester auteurs, et pas assez éditeurs : le boulot d’un éditeur c’est de faire des livres, donc il doit dire ‘‘ce n’est pas cohérent, ça je ne peux pas publier’’. J’aime travailler avec des éditeurs très exigeants. »

La relation d’accompagnement de l’éditeur reste donc incontournable pour Pascal. Mais quel avenir donne-t-il à la pratique de l’autoédition ?

« Un grand avenir. On a tous les moyens techniques possibles, inimaginables il y a un siècle, pour éditer ses propres livres. L’autoédition existait, bien sûr, mais il fallait de l’argent. Maintenant– c’est peut-être aussi là le danger – n’importe qui peut publier son propre bouquin, c’est encore pire avec le net Singulièrement, un ouvrage n’a pas d’avenir comme ça. La pratique a de l’avenir mais, à mon avis, elle n’aboutira pas à grand-chose. Cependant elle doit continuer parce qu’elle est vivifiante . On connait la problématique de l’économie du livre et l’autoédition se place en-dehors de l’économie du livre, donc elle est forcément poussée vers la marge. Si tu veux te faire connaitre, ce n’est pas le bon plan, mais dans les cercles réduits, par exemple en poésie, ça peut être intéressant. Mais autant être cheap alors, autant passer par la photocopieuse et la couverture cartonnée que tu fais toi-même, avec la rogneuse qui coupe pas droit et la numérotation faite à la main Je serais plus pour un truc comme ça. »

Passion, désir, amitié, recherche, expérimentation Les valeurs à la base de ces deux initiatives d’autoédition trouveraient sans doute difficilement leur place dans des industries culturelles dont l’enjeu premier est de rentabiliser les investissements consentis pour la réalisation d’un produit. Il s’agit dans ces deux cas de se donner les moyens de sa liberté. Sans doute les démarches ont-elles leurs limites, du côté de la commercialisation en particulier. Mais au moins ont-elles le mérite, en cette époque où certains n’envisagent plus la culture que sous l’angle de la valorisation économique, de rappeler que ce qui fait la valeur première d’une œuvre, ce n’est pas l’argent qu’elle rapporte, mais le sens qu’elle génère.

Quentin de Ghellinck,

Bureau d’études de l’Association professionnelle des métiers de la création – Smart

Novembre 2013


Les sites des auteurs-éditeurs

Jennifer, alias  Le 13zor et Emilie –  Em Aime

 Pascal Leclecq


Notes de bas de page

  1. L’autoédition est très fréquemment confondue avec l’édition à compte d’auteur. Celle-ci consiste pour un auteur à s’offrir, à ses frais, les services d’une maison d’édition pour la publication d’un ouvrage
  2. marcedouardnabe.com. Lire notamment « ‘‘Pauvres chéris !’’ : Marc-Édouard Nabe et l’anti-édition », La Revue littéraire n° 79, 24 février 2010.
  3. Le risographe est un système d’impression digitale très rapide fabriqué par la  Riso Kagaku Corporation.
  4. http://www.indiegogo.com/projects/bxl-vintage 4  hhtp://www.indiegogo.com/projects/bxl-vintage

Sources et ressources

BEUVE-MERY A. « Faut-il choisir l’autoédition » sur  www.enviedecrire.com/faut-il-choisir-auto-edition, 2011, consulté le 26 août 2013.

COLLECTIF, Bureau d’études de l’APMC (dir.), L’artiste et ses intermédiaires, Bruxelles, Mardaga-SMartBe, 2010 DE GHELLINCK Q., L’autoédition ( 2/2). Emprise et entreprise numérique, décembre 2013 + URL SMART

NORMAND J.-Y. « l’autoédition, échec de l’auteur ou liberté de réussir ? », sur  hhtp://lecercle.lesechos.fr/  entreprises-marches/high-tech-medias/internet/221171886/autoedition-echec-auteur-liberte-reussir, 2013, consulté le 26 août 2013.

Autres-talents.fr,  hhtp://autres-talents.fr/autoedition/Conseils/maison-edition–5,58.html


L’autoédition (2/2)

Emprises et entreprises numériques


Une étude du Collectif sous la direction du bureau d’études de l’Association professionnelle des métiers de la création-Smart


Publié sous licence Creative Commons


Le développement des technologies numériques bouleverse le marché du travail dans tous les secteurs. Parmi les évolutions qui affectent en particulier les métiers de la création figurent la fragilisation accrue des intermédiaires et une tendance croissante à l’autopro-duction. Le monde du livre n’échappe pas à ce mouvement d’ensemble. Certains auteurs y voient l’occasion de développer une vraie entreprise.

Le boom de l’autoédition est un phénomène récent, mais celle-ci représente déjà 12 % du volume total du dépôt légal français en 2011 (NORMAND, 2013)1. Le développement des supports numé-riques pour les textes littéraires (liseuses, kindle…) et les nouveaux circuits de diffusion créés par internet, puis par les réseaux sociaux, permettent de faire de l’autoédition intégrale, sans aucun recours à un intermédiaire, éditeur ou imprimeur. L’essor du marché des imprimantes personnelles concourt aussi au renforcement de l’autoédition « intégrale ». Par ailleurs, certaines tâches aupara-vant dévolues aux maisons d’éditions sont maintenant automatisées et accessibles à tous, ne serait-ce qu’en raison du perfectionnement des correcteurs orthographiques automatiques, par exemple.

Le développement de supports numériques au détriment du format « papier », ainsi que l’appa-rition de plateformes spécialement conçues pour la diffusion de textes autoédités (voir plus bas), simplifie également certains aspects liés à la diffusion et élimine les contraintes techniques liées à la confection physique du livre en papier. Les services print on demand permettent en outre de produire un livre papier « à la carte », à partir de son ordinateur.

Quelques exemples et contre-exemples

Bien que la plupart des ouvrages autoédités ne dépassent pas les 150 exemplaires (FINDER, 2012), la pratique de l’autoédition compte tout de même de grands succès. S’attarder sur quelques cas de figure emblématiques permet de prendre la mesure du phénomène. 50 Nuances of Grey, cette trilogie érotique due à la romancière britannique E.L. James, a connu un fort succès auprès du lectorat féminin. Le premier tome, autoédité en 2011, n’était accessible que via le site de l’auteur. Dès le mois de mai de la même année, un site spécialisé le proposait en impression, avec reliure et couverture. Le succès fut tel qu’une maison d’édition (Vintage Book) a racheté les droits de l’œuvre en anglais. 50 Shades of Grey, pour reprendre le titre original, a été le plus grand succès de librairie cette année-là. Les droits sur la traduction française ont été vendus à la maison d’édition J-C Lattès. La traduction a aussi constitué un succès de librairie.

Certains auteurs francophones autoédités ont aussi été propulsés en tête des ventes, en littérature de genre notamment. Ainsi dans le style policier/thriller, le français David D Forrest est parvenu à écouler, en autoédition, 15 000 exemplaires de son roman policier En série. Journal d’un tueur (MICHAUX, 2012). En Belgique, le premier roman de Cécile Chabot2 Le marchand de mort, en-quête policière se déroulant dans la civilisation maya, est diffusé au format numérique3 et papier sur Amazon et a rencontré un succès considérable sur les plateformes de diffusion d’ouvrages numériques.

Néanmoins, même pour les auteurs les plus célèbres, l’autoédition peut se révéler difficile : ainsi, Stephen King avait tenté l’aventure de l’autoédition, en 2000, avec un roman-feuilleton intitulé The Plant. Bien que précoce par rapport au développement de l’offre numérique, ce coup de poker semblait peu risqué, vu la réputation de l’auteur. Erreur : l’expérience s’est soldée par un flop com-mercial et éditorial, au grand soulagement des maisons d’édition traditionnelles (LAUNET, 2000).

Il existe de nombreuses plateformes en ligne, qui permettent à des auteurs autoédités de diffuser leurs œuvres, voire même de les imprimer et relier. Parmi les sites anglo-saxons, on peut citer, en vrac et parmi d’autres :  aventine.com,  smashwords.com,  hillcrestmedia.com, Amazon (via sa plate-forme  Kindle Direct Publishing),  lulu.com,  authorhouse.com…

Dans les pays francophones de tels services sont moins développés et l’offre est donc moins plé-thorique. On peut mentionner notamment  welovewords.com ou  ebookpulp.com. Ces sites offrent également des services différents.

Le témoignage d’une convaincue

Comment un auteur peut-il exploiter les possibilités offertes par le numérique ? Pour répondre à cette question, nous avons interrogé Cécile Chabot, praticienne enthousiaste de l’autoédition.

Elle s’est lancée dans l’écriture et a rapidement opté pour l’autoédition. Elle fait un véritable travail de gestion de projet, pour assumer les différents aspects de la production de ses ouvrages, en dehors de son travail à temps plein de juriste. Avec le « Cycle de Xhól », elle occupe une niche littéraire très particulière : le polar maya. Elle a aussi un recueil de nouvelles à son actif et d’autres projets en littérature générale. Elle bénéficie donc d’une expertise unique en Belgique sur la pratique de l’autoédition. L’auteur de cet article a fait l’erreur d’entamer son entretien par une mention de 50 Shades of Grey :

« Ce livre est très récent, il y a des auteurs plus anciens, comme John Locke, qui a été le 1er à dépasser la barre du million d’exemplaires vendus, ou Amanda Hocking. J’ai assisté à l’émergence de la vente de bouquins électroniques sur le marché américain. L’évolution du marché français ne sera sans doute pas pareille, car il existe une spécificité francophone qui empêchera l’édition électronique de devenir aussi importante que sur le marché anglo-saxon, mais je crois fermement que dans 5 ans, la part des livres électroniques atteindra de 30 à 40 % du marché français. »

Pourquoi s’est-elle décidée à opter pour l’autoédition, plutôt que de se tourner vers un éditeur traditionnel ?

« Dès que je me suis lancée sérieusement dans l’écriture, l’autoédition a été une évidence pour moi (…) En littérature générale, il est clair que c’est difficile de se faire connaitre si on n’a pas la puissance de feu d’un éditeur, en termes de diffusion ou de marketing. Mes romans ont été conçus dès le départ en auto-publication, parce que c’est le genre de livres – des livres de niche – qui peut y fonctionner. Il est clair que, quand on se lance dans l’autoédition, le plus grand des enjeux, c’est de trouver son lec-torat, ce qui est plus facile quand on est dans une littérature de genre : il y a plus de possibilités de se diffuser sur les réseaux sociaux, facebook, les forums, etc. J’ai par ailleurs une ambition : voir mon activité comme professionnelle, non comme un hobby. J’ai par exemple formalisé des processus de production, depuis l’écriture jusqu’à la relecture et la correction, de manière à pouvoir fournir un texte de qualité… Je n’ai pas d’éditeur, mais j’ai procédé à la mise en place d’un processus qui pallie cela : J’ai un groupe de bêta lecteurs, qui sont des fans de la première heure et qui me relisent en première phase dans un contexte éditeur, puis je fais appel à un correcteur professionnel rémunéré qui permet d’avoir une qualité de textes publiable et j’ai également recours à un graphiste professionnel pour la couverture et maintenant pour les illustrations. C’est donc tout un processus de production… »

Marketing, marque éthique…

Il incombe donc à Cécile d’assumer tous les rôles de la chaîne de production du livre. La dimension entrepreneuriale est-elle donc si manifeste ?

« Totalement, j’ai une application de project management, je gère un projet d’édition avec des inter-venants qui sont des prestataires dont certains sont volontaires et d’autres rémunérés. Je cumule les fonctions d’auteur, d’éditeur et de marketeur . Le marketing pour moi, c’est tout l’enjeu quand on est autopublié… Dernière illustration de mes activités marketing : pour la sortie des Nouvelles d’Amérique centrale je vais lancer en décembre 2013 et pendant deux semaines une action promotionnelle sur les réseaux sociaux (Fb, G+, Twitter, Pinterest) et les communautés de lecture (Goodreads, Babelio). Ce sera un concours pour remporter 5 exemplaires papier dédicacés. Maintenant que j’ai les versions papier du Marchand de la mort et du Secret du masque de jade, je vais lancer des actions semblables pour ces deux livres en janvier 2014.

Je trouve aussi qu’être autoédité a quelque chose de précieux par rapport à une maison d’édition : on peut rentrer en contact direct avec ses lecteurs. C’est compliqué, ça prend du temps, mais ça permet d’avoir des retours, des commentaires, des critiques. Mon but en marketing, c’est d’être éthique, de ne pas vendre à tout va mais de pouvoir trouver et identifier mon lectorat, qui aime mon genre, mon ton. Mon but est de me faire connaitre à travers différents canaux (twitter, facebook etc) pour amener les gens qui pourraient être intéressés par ce que je fais à souscrire à ma chronique, qui est l’élément essen-tiel, le pivot de ma stratégie marketing : ça me permet d’avoir des listes de noms. J’ai sorti le premier tome les mains dans les poches, sans avoir aucune plateforme, sans compte twitter et ça n’a pas pris tout de suite… Mais pour le deuxième j’avais une petite liste de lecteurs passionnés et j’ai vu qu’il a été lancé plus facilement ! »

Qu’en est-il de ses rapports avec les maisons d’édition ? En a-t-elle déjà contacté ?

« Non, je n’ai jamais envoyé de manuscrit. Je ne ferme pas la porte, en cas de proposition, mais là je m’amuse beaucoup… Ce qui importe dans l’autoédition, c’est la volonté de porter toutes les casquettes : je m’amuse à créer, à écrire mais également à gérer mon projet, notamment au niveau du marketing (même si je déteste ce terme). Soyons clair : ma liste n’est pas exceptionnelle actuellement mais elle me permet déjà de faire de très bons chiffres de vente. Plus le nombre d’inscrits augmentera, plus cette liste montrera son efficacité. De plus mon travail de juriste me donne l’habitude de négocier des contrats lourds : je comprends donc la relation de négociation et je capitalise sur ces forces. Mais je n’avais aucune compétence en marketing, c’est la partie que j’ai eu le plus de mal à maîtriser. Je commence aussi à être à l’aise sur les parties techniques. Vivre actuellement de sa plume dans le monde autoédité francophone n’est pas encore vraiment faisable. Dans le monde anglophone, c’est possible, même sans rencontrer de succès stellaires. J’ai fait mes calculs en royalties : si je vends 3000 exemplaires par mois, ce serait parfait et même déjà à 1000 exemplaires par mois, je pourrais lâcher un boulot à temps plein… »

Les qualités requises pour se lancer dans l’autoédition ?

« Il faut faire passer le message aux auteurs qui veulent s’autoéditer : il faut avoir la personnalité qui correspond ! Il faut maitriser l’aspect créatif mais aussi l’aspect gestion de projet, il faut posséder la volonté de mettre en place une stratégie et de tester des tactiques et d’acquérir des capacités techniques. Personnellement, je n’ai pas peur des défis techniques, de mettre les mains dans le cambouis. J’ai égale-ment une stratégie claire : créer une liste de lecteurs fidèles que je peux joindre quand je le souhaite et adapter tout mon marketing autour de cet objectif de base. Il y a des écrivains qui ne sont pas du tout faits pour être autoédités parce qu’ils n’ont pas envie de passer une heure par jour sur les réseaux sociaux, de faire une chronique hebdomadaire, de mettre les mains dans le cambouis de leur site internet, etc. »

Et quel avenir donnerait-elle à l’autoédition ?

« Il y a une spécificité française : il suffit de voir le déchainement des passions relatif à l’édition numérique sur les forums français. La ministre française de la culture, Aurélie Filipetti, semble considérer l’édition électronique avec une grande défiance… Et il y a toujours un manque de compréhension en France des éditeurs papier traditionnels avec des pratiques totalement absurdes comme vendre un livre électronique plus cher qu’un livre papier, par exemple. Le monde de l’édition traditionnelle français est protégé par la politique de la concurrence (notamment le prix unique du livre), mais il ne peut pas éternellement compter sur cette protection dans l’univers numérique : cela donne un faux sentiment de sécurité, mais ne les incite pas à s’adapter à ce nouvel environnement (pratiques de prix, de parution, de promotion). Le réveil risque d’être douloureux. On voit apparaître des petites structures très dynamiques, comme Bragelonne, par exemple, qui comprennent les enjeux du monde de l’édition numérique. Ce sont elles qui vont tirer les marrons du feu… »

Un simple coup d’œil sur le site de Cécile Chabot permet de mesurer à quel point, chez elle, l’autoédition s’accompagne d’une très grande maîtrise de la communication sur internet et des possibilités interactives d’un tel outil. On y trouve en effet tout à la fois des articles de type blog sur des sujets liées aux métiers de l’écriture, une présentation de ses livres dont il est possible de télécharger gratuitement un chapitre mais que le visiteur peut aussi acheter, des commentaires de lecteurs qui renvoient par un clic à une page d’Amazon, sans oublier un lien direct avec tous les réseaux sociaux imaginables. Là où certains, comme on l’a vu dans la première partie de ce dos-sier, voient dans l’autoédition une manière d’échapper aux contraintes de l’édition commerciale, la romancière semble comme un poisson dans l’eau dans l’univers de l’auto-entreprise. Après tout, pourquoi, avec ou sans internet, l’autoédition échapperait-elle à des tendances contradictoires qui traversent la société entière ?

Quentin de Ghellinck,

Bureau d’études de l’Association professionnelle des métiers de la création – Smart

Décembre 2013

L’auteure-éditrice : ­

 www.cecilechabot.com https://fr-fr.facebook.com/cecile.chabot


Notes de bas de pages

  1. Lire aussi la première partie de ce dossier : DE GHELLINCK Q., L’autoédition (1/2) Des pratiques alternatives, décembre 2013.
  2. Cécile Chabot nous fait abondamment profiter de son expérience dans la seconde partie de cet article.
  3. Il est maintenant disponible sur fr à travers Createspace.

Sources et ressources

BEUVE-MERY A. « Faut-il choisir l’autoédition » sur  www.enviedecrire.com/faut-il-choisir-auto-edition, 2011, consulté le 26 août 2013.

COLLECTIF, Bureau d’études de l’APMC (dir.), L’artiste et ses intermédiaires, Bruxelles, Mardaga-SMartBe, 2010 DE GHELLINCK Q.,  L’autoédition (1/2) Des pratiques alternatives, décembre 2013.

FINDER A. ‘The Joys and Hazards of Self-publishing on the Web’, sur  www.nytimes.com/2012/08/16/technol ogy/personaltech/ins-and-outs-of-publishing-your-book-via-the-web.html?pagewanted=all&_r=0, 2012, consulté le 26 août 2013.

LAUNET E. « Stephen King plante ses e-lecteurs », sur  www.liberation.fr/ecrans/0101355344-stephen-king plante-ses-e-lecteurs, 2000, consulté le 26 août 2013.

NORMAND J.-Y. « l’autoédition, échec de l’auteur ou liberté de réussir ? », sur  http://lecercle.lesechos.fr/  entreprises-marches/high-tech-medias/internet/221171886/autoedition-echec-auteur-liberte-reussir, 2013, consulté le 26 août 2013.

MICHAUX S. « David D Forrest, un auteur édité en numérique », sur  www.lettresnumeriques.be/2012/05/04/  david-d-forrest-un-auteur-autoedite-en-numerique, 2012 consulté le le 26 août 2013.


Source

Le but principal est simple : décharger les travailleurs autonomes de la gestion administrative, comptable et financière. Parce que “l’union fait la force”, la coopérative Smart est capable d’offrir des services spécialisés à moindre coût et d’en développer toujours plus pour vous simplifier la vie. Aujourd’hui, 100.000 membres utilisent les services de l’entreprise partagée, en France et dans 8 autres pays d’Europe.

 * * *

Le bureau d’études fait partie de l’asbl «Association Professionnelle des Métiers de la Création», qui est l’entité de SMartBe défendant les intérêts de ses 45.000 affiliés, artistes et professionnels de la création. Sa mission consiste à favoriser l’amélioration de leurs conditions de travail et une plus grande professionnalisation de leurs relations de travail et à renforcer leur indépendance économique et leur autonomie.

Depuis 1997, le bureau d’études réalise notamment des enquêtes économiques, juridiques et sociologiques sur les conditions actuelles de travail des artistes et des professionnels de la création. Ces études ont pour but de mieux faire connaître le secteur. Le bureau édite des publications, organise des conférences et des colloques, réalise des recherches sur les nouveaux services potentiels et améliore la connaissance des milieux artistiques et créatifs.


 

 

 

 

 

 

 

 

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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