Votre éditeur prend position – Quand les médias détournent notre attention sur leur travail

Votre éditeur prend position

Quand les médias détournent notre attention sur leur travail

Les grands médias ont sauté à pieds joints sur les fausses nouvelles (fake news) pour mettre en valeur la qualité de leur propre travail et livrer concurrence aux réseaux sociaux et aux médias web.

L’émission « Les décrypteurs » de la télévision de Radio-Canada est un bel exemple du détournement de notre attention vers les fausses nouvelles. Pendant ce temps, nous perdons de vue toute analyse du travail de Radio-Canada. En fait, nous percevons les médias dénonçant les fausses nouvelles comme étant fiables, objectifs, bien informés…

Dans un communiqué de presse de Radio-Canada publiés le 9 décembre 2019, Des diffuseurs publics unis contre la désinformation, on peut lire :

Nous sommes fiers de vous faire part d’un développement important dans l’élaboration d’une réponse mondiale visant à s’assurer que le public continue d’avoir accès à des sources de nouvelles et d’information fiables.

Aujourd’hui, les membres du DG7, l’organisation des médias de service public de sept pays démocratiques dont fait partie CBC/Radio-Canada, se sont entendus sur une action commune pour contrer la désinformation. Baptisé « Project Origin », ce nouvel outil permettra de valider et de vérifier le contenu numérique de divers formats, des articles écrits jusqu’aux vidéos. L’objectif est d’assurer au public que les contenus qu’il trouve en ligne sont originaux et n’ont pas été altérés ou manipulés.

L’annonce d’aujourd’hui reconnaît le rôle de leadership qu’a joué CBC/Radio-Canada dans le développement d’approches communes à l’échelle internationale pour lutter contre les vidéos de nouvelles hypertruquées générées par l’intelligence artificielle, notamment en adaptant la technologie afin de vérifier par voie numérique l’authenticité de nos contenus de nouvelles lorsqu’ils sont publiés sur d’autres plateformes.

« Project Origin » mise sur le travail que CBC/Radio-Canada fait avec la Trusted News Charter, une initiative mondiale menée par la BBC pour renforcer les mesures de protection des auditoires contre la désinformation.

« Les sources de nouvelles et d’information dignes de confiance sont essentielles pour la démocratie. Tout ce qui menace cette confiance est un défi mondial », a déclaré Catherine Tait, présidente-directrice générale de CBC/Radio-Canada. « Le diffuseur public du Canada continuera à travailler avec des partenaires médiatiques partageant ses valeurs afin de renforcer les mesures pour contrer la désinformation. »

Vous pouvez lire le communiqué du DG7 ici (en anglais seulement).

Notre perception de ces médias comme étant fiables, objectifs, bien informés… ne dure que le temps de la dénonciation de la fausse nouvelle car nous savons fort bien que les médias sont tous biaisés par leur politique éditoriale respective.

Lorsqu’un chef d’antenne des nouvelles télévisées nous dit « Voici toutes vos nouvelles », nous savons fort bien qu’il ne parlera pas de  TOUTES les nouvelles mais uniquement de celles choisie par la station. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les communiqués de presse relayés par les agences spécialisées dont CNW Telbec. On peut aussi se référer au fil de presse du gouvernement du Québec et celui du gouvernement du Canada. On se rend vite compte que les médias passent sous silence la majorité des communiqués de presse émis par les gouvernements et d’autres sources.

Cette sélection de l’information, nous dit-on, est le fruit d’une longue expérience de qui intéresse et devrait intéresser les consommateurs des médias, de ce qui mérite l’attention des citoyens. Ce faisant, les médias nous offrent une vision du monde loin de la réalité dans son ensemble.

Si RDI (Réseau de l’information de Radio-Canada) a célébré le 1er janvier 2020 ses 25 ans en ondes, les téléspectateurs assidus savent que le réseau ne tient pas une promesse implicite : offrir de l’information inédite 24 heures sur 24. Nous savons tous que les informations sont reprises en boucles tout au long de la journée… et de la nuit (le CRTC ne prend pas en compte la programmation de minuit à 6h00 du matin dans la promesse de réalisation des médias électroniques). La société Radio-Canada pourra toujours répliquer qu’elle n’a jamais eu et n’a toujours pas aujourd’hui les moyens d’offrir davantage d’informations inédites (si ce n’est sur ses sites web). Il n’en demeure pas moins que le filtre de Radio-Canada nous offre une vue que partielle de ce qui se passe ici et dans le monde. Je parle bel et bien d’un « filtre » et non pas d’un manque ressource.

Il en va de même de tous les réseaux d’information continue à travers le monde, comme si le modèle ne pouvait pas être meilleur ou peut être qu’il s’agit du modèle le plus approprié compte tenu de la rentabilité financière à atteindre.

Pour détourner notre attention sur leurs carences, les médias dits dignes de confiance mettent l’accent sur les fausses nouvelles en brandissant une arme populaire : la démocratie.

Les sources de nouvelles et d’information dignes de confiance sont essentielles pour la démocratie. Tout ce qui menace cette confiance est un défi mondial », a déclaré Catherine Tait, présidente-directrice générale de CBC/Radio-Canada.

Dans cette déclaration, il s’agit de la confiance de la population  dans les « sources de nouvelles et d’information dignes de confiance ». Et par un tour de passes-passe, on nous dit que ces sources de nouvelles et d’information dignes de confiance « sont essentielles pour la démocratie ».

Notez bien qu’on parle des SOURCES de nouvelles et d’information. Je ne veux pas jouer avec les mots mais il est important de noter que seul les médias produisent des nouvelles. Ils s’attardent à une action, un geste, une déclaration, une étude, un rapport, un événement… et en font des nouvelles. Les nouvelles ne font pas partie de la réalité; elles n’ont d’existence qu’une fois produites par les médias. Et selon la source de nouvelles que vous choisissez, il est possible d’avoir une perception et un point de vue différents que si vous en aviez choisi une autre.

Dans le processus de production d’une nouvelle, il y a le traitement de l’information. Et ce dernier repose en grande partie, non pas sur le code d’éthique des journalistes, mais plutôt sur la politique éditoriale propre à chaque média.

En amont, il y a la cueillette d’information et la vérification de l’information. Or, on ne peut pas dire que les médias consacrent tout le temps nécessaire pour une cueillette d’information qui soit complète, tenant compte de différentes sources. Les médias jugent les sources d’information dès le départ, avant même d’entreprendre la cueillette d’information. « On ne donnera pas la parole à celui-ci mais plutôt à celui-là, allez donc l’interroger. » La cueillette d’information est biaisée avant de commencer.

Plus encore, les jeunes journalistes de la relève, même s’ils disposent de sources d’information beaucoup plus variées grâce au web que n’en disposaient les anciens de la profession , n’ont pas toute la détermination, les connaissances et l’expérience pour creuser toujours plus large et plus profondément, jusqu’à la source première. Il faut savoir ce que l’on cherche et comment le trouver. De toutes façons, ont ne leur en donne ni la formation, ni le temps.

Quant à la vérification de l’information, un autre parent pauvre du processus de production de la nouvelle, j’ai souvent l’impression que le monde a commencé avec l’an 2000, au plus tard en 1980, selon l’âge du journaliste et les résultats fournis par les moteurs de recherche. D’où la faiblesse de la mise en contexte de la nouvelle.

Il n’y a pas de quoi être surpris que l’étape ultime de la production de la nouvelle, le traitement de l’information, manque de rigueur. On ne donne pas ce que l’on n’a pas. Et on ne peut pas reprocher à une personne de ne pas donner ce qu’elle ne possède pas.

Finalement, les médias d’information dits dignes de confiance participent à la démocratie en se reconnaissant un pouvoir d’influence sur la population — un pouvoir d’information, diront certains — mais les seuls à jouir de ce pouvoir, ce sont les médias eux-mêmes. La population est manipulée ou pas suffisamment bien informée pour ne pas l’être tant et aussi longtemps qu’elle ne profite d’une solide éducation aux médias.

L’éducation aux médias est redevenue à la mode avec l’attention accordée par les médias d’information aux fausses nouvelles. Évidemment, nous dira-t-on, ces fausses nouvelles ne peuvent pas provenir des médias dignes de confiance. Il faut regarder ailleurs.

L’éducation aux médias a pour but de développer le sens critique des gens face à tous les médias. Pour atteindre ce but, il ne s’agit pas de fournir aux gens des critiques toutes faites des médias mais plutôt de donner à chacun les moyens de bâtir sa propre critique des médias. On atteindra ce but en enseignant aux gens le fonctionnement des médias dans tous leurs aspects et sous tous les angles.

On espère de l’éducation aux médias une population plus critique face aux médias et capable de bien argumenter leurs critiques en distinguant le fonctionnement objectif du média de son appréciation personnelle. Par exemple, il faut informer la population au sujet des efforts déployés par les médias pour nous détourner de l’attention que nous leur portons au profit des fausses nouvelles voir au profit des nouvelles qu’ils produisent.

 

 

 

 

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

Publié dans Votre éditeur prend position
2 comments on “Votre éditeur prend position – Quand les médias détournent notre attention sur leur travail
  1. […] Je n’entrerai pas ici dans une critique des médias traditionnels d’information si ce n’est pour souligner une fois de plus qu’ils profitent des fausses nouvelles pour détourner notre attention de leur propre travail. À ce sujet, je vous invite à livre une autre opinion de mon cru : Quand les médias détournent notre attention sur leur travail. […]

  2. […] original. C’était aussi le sujet de mon éditorial du 2 janvier 2020 publié sous le titre « Quand les médias détournent notre attention sur leur travail ». On n’en sort […]

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