Ne payez pas pour voir le documentaire « Le monde selon Amazon»

Critique de votre éditeur

Ne payez pas pour voir le documentaire « Le monde selon Amazon»

Nous annoncions dans ce magazine la sortie du documentaire « Le monde selon Amazon », une production franco-québécoise qui a fait grand bruit dans nos médias. Le documentaire est présentement en salle au Québec. Il ne vaut pas la peine de payer pour voir ce documentaire. J’ai l’impression d’un travail amateur par opposition à professionnel : un montage de séquences vidéos sur un texte pauvre et bourré de généralités. Ce n’est pas tant la production elle-même qui justifie ma critique mais davantage la ligne éditoriale. Le parti pris des documentaristes saute aux yeux : tous contre Amazon. Une tirade de plus contre le géant Amazon et la présentation du documentaire par la maison de production me donne raison :


Amazon, numéro un mondial de la vente ligne, n’est pas une simple multinationale. C’est un empire planétaire. Qui est cette multinationale plus puissante qu’un État? Comment fonctionne cet empire caché? Qui est Jeff Bezos, son patron iconoclaste et libertarien? Quelle est cette entreprise qui s’apprête, au XXIe siècle, à révolutionner totalement le capitalisme comme Ford en son temps? Ce film est une fresque globale, qui adopte un parti pris inédit : les salariés Amazon eux-mêmes, de différentes nationalités, raconteront un modèle qu’ils vivent de l’intérieur. Des confins de la Pologne ou de l’Inde, en passant par les campagnes anglaises, les entrepôts canadiens ou le siège de Seattle, ce film propose une grande fresque sociale mêlant les portraits à l’enquête, l’intime à la méga-machine.

Source : Les Production du Rapide Blanc.


Les critiques d’Amazon sont légions et on n’apprend pas grand chose de nouveau dans ce documentaire d’Adrien Pinon et Thomas Lafarge, du moins pour quiconque se tient informé sur le sujet.

Le reportage-documentaire « Faut-il avoir peur d’Amazon » de France 2, toujours dans cette même ligne éditoriale, coiffe aisément « Le monde selon Amazon ».

Personnellement, je ne vois pas en quoi dénoncer Amazon nous avance. Au départ, le monde du livre partout dans le monde déjà connecté à l’internet avait la chance d’obtenir un tel succès s’il ne s’était pas braqué contre cette idée de librairie en ligne dès son arrivée. Le monde du livre a préféré critiquer vertement le nouveau venu et s’accrocher à ses rayons, et ce, parfois, malgré les recommandations des gouvernements, notamment celui du Québec.

Le chercheur Marc Ménard a publié dès 2001 un Portrait économique du livre au Québec sous le titre « Les chiffres des mots » (PDF GRATUIT) et commandé par la Société de développement culturel du Québec (SODEC). Voici le chapitre 8 :


Chapitre 8

Défis et perspectives d’avenir pour l’industrie du livre

Tout à l’examen des difficultés et des problèmes de l’industrie du livre, il serait facile de sombrer dans le pessimisme. Mais ce serait oublier qu’en quarante ans à peine, on est passé, au Québec, d’une industrie fragile et désarticulée à une industrie solide, complexe et dynamique. Il faut bien rappeler, en effet, la vitalité et la diversité de la production, l’efficacité avec laquelle la structure de diffusion, de distribution et de commerce de détail achemine une énorme masse de produits sur l’ensemble du territoire québécois. Et avec une part de marché de 43 % — 35 % en littérature générale et 60 % dans le livre scolaire — les acteurs locaux exercent un contrôle sur leur marché qui ferait l’envie de la plupart des autres secteurs culturels.

Mais on peut et on doit faire mieux. Car il y a des problèmes. En effet, nous avons montré qu’un certain nombre de tendances aux effets déstructurants pourraient fort bien modifier la situation et entraîner de sévères reculs. Et le monde change, bousculé par les innovations technologiques, la transformation des habitudes de consommation et l’influence de la mondialisation. Ainsi, il nous semble que trois grands défis attendent l’industrie du livre au Québec : un défi de fonctionnement interne, un défi d’organisation de la structure industrielle, et un défi de positionnement dans l’univers de la culture, du divertissement et des loisirs.

Le défi de fonctionnement interne doit être compris comme un ensemble de tendances lourdes du système qui handicapent l’efficacité et la rentabilité de tous les acteurs de la filière. Ces tendances, nous les avons repérées tout au long de cette étude : la hausse tendancielle du nombre de titres édités ; la hausse des prix relatifs du livre ; la hausse des taux de retours; la hausse des exigences en matière de raffinement des mises en place ; la parcellisation des commandes et des expéditions. Dans le contexte économique difficile des années 1990, ces tendances se sont traduites par une baisse des ventes par titre et une hausse des coûts unitaires, une moindre efficacité de la filière à diffuser et à distribuer les livres, et une chute de rentabilité pour tous les secteurs.

Il n’est peut-être pas envisageable ni même souhaitable de réduire le niveau de production. En effet, d’un strict point de vue culturel, il est difficile d’affirmer qu’il y a trop de livres. De plus, ce foisonnement de la production reflète simplement la logique de fonctionnement et la vitalité du secteur de l’édition, ainsi que sa capacité à innover et à se renouveler. Tout au plus peut-on souhaiter — et d’un point de vue gouvernemental, faudrait-il encourager et inciter — un rehaussement du professionnalisme qui prévaut dans cette production.

En revanche, certaines pratiques doivent sans aucun doute être améliorées, ce qui exige la collaboration et la coopération de tous les secteurs de la filière. La formation des employés est un élément qui demeure souvent déficient, et pourtant essentiel. Il faut également développer l’informatisation des entreprises, et plus encore le partage intersectoriel des informations de base et la synchronisation des activités. Bref, favoriser les échanges de données informatisées entre secteurs. Le plus immédiat potentiel de développement des nouvelles technologies, en effet, réside dans le business-to-business, ces nouvelles technologies pouvant précisément permettre de renforcer l’intégration de la filière en la rendant plus efficace de façon globale. Toutefois, là encore, la lourdeur des investissements à entreprendre nécessite fort probablement un appui de l’État.

Le deuxième grand défi relève de l’organisation générale de la structure industrielle. L’histoire du livre montre clairement la façon dont cette structure s’est constamment modifiée, restructurée, élargie et complexifiée. Nul doute que les innovations technologiques en matière de diffusion et de con-sommation du livre — du commerce électronique au livre numérique, en passant par l’impression sur demande et l’édition numérique — risquent fort d’imposer de nouvelles recompositions, d’affecter certains acteurs plus que d’autres. Le repli défensif n’est certes pas souhaitable en ce domaine. Car loin de constituer uniquement des menaces aux positions établies, ces nouvelles technologies offrent également de nouvelles perspectives, entre autres par le développement et l’élargissement du marché pour les livres épuisés et à faible demande autant que pour les livres à contenu scientifique, technique ou pédagogique, ou de référence. Ces perspectives pourront profiter aux acteurs concernés. Car si la demande générée par ces nouvelles technologies demeure assez limitée, leur complémentarité pourrait compter beaucoup dans certains segments de marché.

La concentration des entreprises, qu’elle soit horizontale ou verticale, demeure toutefois une menace sérieuse. Menace à la survie des petites entre-prises et, plus généralement, à la diversité et à la diffusion élargie de l’en-semble de la production québécoise. Une trop forte concentration pourrait se traduire par le développement d’un marché à «deux vitesses », avec d’un côté des titres grand-public bénéficiant d’une forte mise en place — et soutenus par toute la puissance commerciale des grandes entreprises et de leurs nombreuses ramifications — et de l’autre, une multitude de titres à faible tirage et à diffusion restreinte. À cet égard, la vigilance doit être de mise.

Le dernier défi est celui du positionnement du livre dans l’univers de la culture, du divertissement et des loisirs. Le livre, nous l’avons montré, est soumis à une forte concurrence de la part de ces autres produits. Dans un univers de plus en plus numérisé et dominé par l’image et la brièveté, il devra faire sa place, prouver qu’il a encore un rôle à jouer dans cet univers. Prouver qu’il peut être, et peut-être même un peu plus que les autres, porteur de symbolique et de culture, vecteur privilégié de la diffusion de la culture. Là encore, la coopération de tous les acteurs de l’industrie est nécessaire, mais les enjeux sont beaucoup plus larges. Il s’agit d’un choix de société. C’est non seulement l’industrie du livre qui doit relever ce défi, mais aussi l’ensemble du monde de l’éducation, des bibliothèques et des médias.

Cliquez ici pour télécharger l’ensemble de la publication (PDF)


Les parfaits connaisseurs de la Fondation littéraire Fleur de Lys se souviendront de ce passage de l’un des écrits s’inscrivant dans notre lutte pour l’implication du gouvernement du Québec dans le secteur de l’édition en ligne :

D’ailleurs, le secteur du livre semble avoir une peur bleue de l’Internet. À titre d’exemple, mentionnons le refus des libraires indépendants de se doter d’un site Internet financé en grande partie par le ministère dans l’espoir de les aider à faire face aux grandes chaînes de librairies en ligne. Au moment du refus, le ministère avait déjà investi plus de 100,000 $ dans l’aventure, une somme à jamais perdue.

SOURCE


Aujourd’hui, l’entreprise qui ouvrait la voie à tous en donnant l’exemple, Amazon, demeure l’objet de toutes les critiques… qui n’ont toujours pas compris la leçon de son fondateur, Jeff Bezos.

Le scandale ne relève pas d’Amazon mais de tous ceux et celles restés sur le quai de la gare !

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

Publié dans Votre éditeur prend position

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