Déclaration des autrices et auteurs contre le travail gratuit

Image par Mari Ana de Pixabay

TEXTE INTÉGRAL

Déclaration des autrices et auteurs contre le travail gratuit

Octobre 2019

Cette déclaration collective est un travail collaboratif qui est né d’un ras-le-bol, d’une grande fatigue, d’un sentiment d’exaspération devant une situation économiquement intenable pour plusieurs d’entre nous. Cette déclaration n’a ni point de départ ni point d’arrivée. Il ne s’agit de l’initiative de personne. Elle ne nous appartient pas. Nous la faisons circuler, vous en entendrez peut-être parler, mais elle ne doit pas être attribuée à quelqu’un·e en particulier : les idées qui y sont exposées sont celles d’un grand collectif dissensuel sans visage mais avec plusieurs noms. Si vous la consultez en tant qu’organisateur ou organisatrice, éditeur ou éditrice, directeur littéraire ou directrice littéraire, bibliothécaire, professeur·e, enseignant·e, etc., sachez que notre objectif n’est pas de vous attaquer, mais bien plutôt d’expliquer pourquoi nous pensons que le travail gratuit doit cesser, pourquoi nous pensons que le métier que nous pratiquons mérite d’être considéré à sa juste valeur, pourquoi nous choisissons, peut-être, d’enfin vous dire non quand vous nous proposerez de travailler avec vous sans salaire, cachet ou quelque forme de rémunération que ce soit. Nous ne sommes pas assoiffé·e·s de cash, mais nous pensons que l’écrivain·e ne mérite pas d’être un simple pion dont tout le monde se sert.

À propos des conditions de travail des écrivain·e·s

La grille de tarifs et d’honoraires de l’UNEQ (Union des écrivaines et des écrivains québécois) suggère des tarifs minimaux qu’aucune association n’a le pouvoir de faire respecter, dans l’état actuel de la loi sur le statut de l’artiste. De plus, ces tarifs n’ont pas été révisés depuis septembre 2015, et plusieurs sont basés sur une enquête menée en 2007 auprès de réviseures et réviseurs linguistiques; c’est donc dire qu’il s’agit d’une base, d’un plancher, de la plus petite valeur qui puisse être accordée à notre travail. Nous croyons qu’en tant que professionnels de l’écriture, ce minimum devrait être pris en considération au moment de nous inviter à participer à un projet artistique. Nous tenons donc à rappeler aux organismes et aux personnes qui sollicitent des écrivains et des écrivaines pour leurs projets de retourner à cette grille et de la considérer comme le minimum requis avant de contacter qui que ce soit. Le salaire devrait être le barème qui justifie la tenue ou non d’une activité littéraire. Si le budget de l’événement ou de la publication ne le permet pas, c’est donc que la faisabilité de ce projet repose sur le travail gratuit de personnes qui, pourtant, sont spécialistes de leur domaine — et n’est-ce pas la raison pour laquelle ces personnes sont sollicitées? Un parallèle intéressant peut être établi avec d’autres « métiers » spécialisés pour lesquels nous acceptons pourtant de payer les tarifs normaux : électricité, plomberie, psychologie clinique, massothérapie, coiffure, esthétique, mécanique automobile, traduction, révision linguistique, etc.  Qu’est-ce que ces pratiques disent sur la valeur que l’on accorde au travail des professionnel·le·s de l’écriture? Cela est d’autant plus problématique que la plupart du temps, ces « offres » viennent de personnes qui sont actives dans le milieu, donc qui a priori accordent de la valeur à la littérature… Nous cherchons donc à valoriser un effort collectif, autant comme praticien·ne·s de la littérature que comme personnes qui organisent parfois des événements, et nous nous engageons dans les deux cas à agir pour faire en sorte que toutes et tous soient rétribuées de manière équivalente. Cela signifie aussi que pour participation égale à un événement, un·e auteur·e « vedette » ne sera pas davantage rétribué·e qu’un·e autre auteur·e dont il a été jugé que la réputation était inférieure à celle de la célébrité sollicitée.

Cette discussion concerne évidemment les conditions matérielles du travail d’écriture. Nous n’aimons pas en parler, nous aimons imaginer que l’art apparaît dicté par les muses, mais il y a dans la réalité des gens qui doivent se libérer du temps pour écrire, alors que le monde continue de tourner. Considérant les ventes des ouvrages québécois, il est impossible pour quiconque (ou à peu près) de ne subsister que grâce aux droits d’auteurs. Il faut donc imaginer que chacun·e occupe un ou plusieurs autres emplois et que l’écriture, dans ces conditions, doit se faire sur du temps qui est « volé » aux contingences de la vie matérielle et quotidienne. Donc, même si le geste d’écrire ne coûte presque rien (ce qui reste à nuancer, parce que le travail demande un certain nombre d’investissements qui sont monétisables ou qui se mesurent en énergie vitale — et qui sont rarement rentables pour l’écrivain·e), il demande du temps qui mérite d’être rémunéré. Dans ce sens, toute œuvre écrite sans bénéficier d’une bourse à la création ou de tout autre financement est une œuvre que son auteur ou son autrice aura « payé » pour l’écrire. Un manuscrit peut prendre des années avant d’être prêt à être envoyé à une maison d’édition. Ce temps et ce travail sont peu reconnus dans la majorité des cas et nous souhaitons que cela change.

Nous souhaitons d’ailleurs rappeler la situation de pauvreté particulière dans laquelle le travail d’écriture plonge certaines personnes. Il y a des auteurs et autrices qui ne peuvent avoir d’autre emploi que l’écriture, qui reçoivent, par exemple, des prestations de l’aide sociale. Leur situation est compliquée puisque l’écriture ne peut leur garantir un revenu stable, et qu’iels ne peuvent prendre le risque de faire des demandes de subvention, voire d’accepter des prix venant avec de l’argent, parce que cela les priverait, par la suite, de l’aide sociale (puisqu’iels perdraient leur statut de personnes « inaptes » au travail en raison de leurs revenus qui seraient alors trop « importants » aux yeux des agents de programme de l’aide sociale), sans pourtant leur garantir un réel revenu à long terme. Dans un monde idéal, un revenu minimum garanti permettrait à ces personnes de survivre avec davantage de dignité. Toutefois, dans l’attente, les solliciter pour du travail gratuit s’apparente dangereusement à une violence de classe que nous ne pouvons que dénoncer.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, nous sommes souvent payé·e·s en retard. Il n’est pas rare que l’un·e d’entre nous reçoive rémunération pour un projet six mois après prestation alors qu’on lui avait promis un paiement en 30 jours ouvrables. Si d’audace nous osons nous plaindre, on nous fait nous sentir comme des enfants gâté·e·s. Dans ce sens, nous aimerions évoquer la possibilité d’être payé·e·s à la réception du texte ou le jour-même de l’événement. Le processus d’écriture peut prendre des semaines, voire des mois; lorsque le texte est rendu, le travail a déjà été accompli. Il serait donc juste d’être rémunéré·e·s en temps opportun.

À propos de la visibilité

Cet argument bidon qu’on nous sert pour nous solliciter sans rémunération est une insulte à notre intelligence et à notre talent : l’exposure ne nous sert à rien pour payer le loyer. Cela dit, c’est un piège dans lequel nous tombons facilement puisque nous savons très bien que nous pourrions, justement, dans la plupart des cas, profiter d’une présence médiatique ou réelle dans un événement… Comment négocier alors que nous savons que nous avons besoin de nous faire connaître et que nous avons peur de ne plus jamais être invité·e·s si nous refusons? La peur n’est-elle pas un affect-clé dans le maintien de ce système trop souvent inéquitable? Il ne faut pas oublier que la société québécoise, comme toute société, bénéficie d’avoir une littérature riche, vivante et diversifiée, que cela contribue à son rayonnement, à son éclat, et à sa réputation. Le problème, pour nous, est que ce capital symbolique repose pour l’instant sur le labeur non rémunéré des écrivain·e·s.

Nous nous demandons sérieusement pourquoi il est admis et accepté que tous les intervenant·e·s de la chaîne du livre soient payés peu importe les ventes (graphiste, imprimeur·e, réviseur·e·s, éditeurs et éditrices, distributeurs, diffuseurs, libraires, correctrices et correcteurs d’épreuves, responsables des communications, traductrice et traducteur, etc.), sauf la personne qui a écrit le livre en question. Certes, nous recevons parfois une avance sur les ventes potentielles de nos livres, mais il nous faut attendre un an avant de toucher à nos droits d’auteurs — si par chance nos redevances sur les ventes du livre sont supérieures à l’avance qui nous a été versée. Pour ceux et celles qui ne le savent pas, l’auteur/autrice ne reçoit, dans la grande majorité des cas, que 10 % des sommes générées par les ventes du livre. C’est le principe de la « vache à lait » comme en musique ou en arts vivants : l’artiste, par son travail « gratuit », crée du capital pour la personne qui distribuera le fruit de son labeur. Mais on oublie que s’il n’y a pas d’artistes, il n’y a pas d’œuvres. Il faut trouver des moyens de démanteler ces rapports de force. Certain·e·s se tournent vers l’autoédition et la vente directe. D’autres préfèrent penser qu’il est possible de réformer la chaîne du livre. Nous n’avons pour l’instant que très peu de pistes de solution… mais nous pensons qu’il est important de rappeler la manière dont l’argent est distribué sur toute la chaîne, et nous souhaitons aussi réfléchir à la création, peut-être, de nouveaux modèles qui renverseront l’ordre établi. Pourquoi ne pas réviser ce maigre 10% accordé aux auteurs et autrices, par exemple? Ce serait un bon point de départ vers une réforme possible de la chaîne du livre.

Plusieurs revues de création littéraire existent grâce au travail non rémunéré des écrivain·e·s qui publient dans leurs pages. Les subventions aux revues et aux éditeurs versées par le Conseil des arts du Canada ne sont admissibles qu’aux organismes qui versent des redevances à leurs collaborateurs et collaboratrices, incluant les écrivain·e·s; c’est donc dire que les organismes subventionnaires reconnaissent le caractère essentiel de la rémunération du travail des auteurs et autrices. Nous savons tout de même qu’il y a là un cercle vicieux : pas de subventions si pas de rémunération, pas de rémunération parce que pas de subvention… Mais cette impasse se joue souvent « sur le dos » des personnes sans qui, nous le rappelons, il n’y aurait tout simplement pas de revue de création : les auteurs et autrices qui produisent des textes pour ces revues. Il est difficile pour nous de blâmer des bénévoles lorsqu’iels nous demandent de travailler bénévolement pour elleux, sachant qu’iels ne sont pas payé·e·s non plus pour leur travail; reste qu’encore une fois, on nous promet une visibilité qui, dans la réalité des choses, ne se transforme que très, très rarement en véritable salaire. Et que dire des concours littéraires qui exigent des frais de participation? Ces revues et ces prix contribuent à la vitalité et à la richesse du milieu littéraire, mais sont autant d’occasions ratées d’obtenir un salaire pour les écrivain·e·s qui y participent. Écrire est un métier.

Nous sommes souvent sollicité·e·s, lors des salons du livre, pour aller présenter notre travail au grand public. Néanmoins, cela se fait, encore une fois, dans la plupart des cas, gratuitement et sur du temps volé à l’écriture ou à nos autres activités professionnelles. Pourquoi certains salons du livre ne rémunèrent-ils pas leurs auteurs et autrices lors des entretiens devant le public? Nous n’arrivons d’ailleurs pas à comprendre les politiques officielles de chaque salon. Cela nous semble, de l’extérieur, plutôt aléatoire : certain·e·s sont payés, d’autres pas, et quand il y a compensation, le cachet est parfois offert par le salon lui-même, parfois par la maison d’édition. Une politique globale permettrait de lever le voile sur les pratiques actuelles, qui demeurent plutôt mystérieuses, et permettrait aussi d’assurer une juste compensation pour toustes. Notre présence lors d’un salon du livre n’est pas une faveur qu’on nous fait, une publicité gratuite qu’on nous offre. Il s’agit de travail : nous devons présenter notre démarche lors d’entrevues ou d’entretiens, nous devons rencontrer le public lors des séances de signature, nous devons contribuer au contenu des médias radiophoniques qui sont sur place, etc. Nous travaillons. Encore une fois : sans auteurs et sans autrices, pas de salons.

La même chose est vraie quand nous nous déplaçons dans des écoles pour rencontrer des élèves ou des étudiant·e·s de tous les niveaux. Aux professeur·e·s qui nous invitent tout en nous expliquant qu’ils n’ont pas les moyens de nous payer et que leurs étudiant·e·s n’ont pas le temps de lire nos livres, mais que notre présence pourrait contribuer à leur épanouissement, nous souhaitons rappeler qu’il existe certains programmes mis en place afin de faciliter la tournée des écrivains dans vos écoles. L’UNEQ gère quatre programmes gouvernementaux; certaines associations locales en proposent également, comme l’AAOF; le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec aussi; le Conseil des arts du Canada et le Conseil des arts et des lettres du Québec, entre autres organismes, en proposent plusieurs. Vous devez faire les démarches nécessaires avant de nous inviter. Chaque déplacement implique une journée de congé au travail, ou une journée de moins consacrée à l’écriture de nos projets en cours. Soyez conscients de notre situation avant de nous demander de venir en classe. Vous êtes payé·e·s pour votre travail; nous méritons la même considération.

De plus, pour ceux et celles d’entre nous qui habitent à l’extérieur de Montréal, le fardeau est double : non seulement nous devons nous déplacer vers la métropole sans que nos frais d’hébergement et de déplacement ne soient remboursés, mais nous ne serons pas payé·e·s pour notre temps, notre énergie et notre travail si vous n’avez pas fait les démarches essentielles avant de nous inviter à votre événement ou dans votre école. La « visibilité » que vous prétendez donc nous offrir en nous invitant nous coûte très cher. Revenons donc à la peur dont nous parlions plus tôt : si nous ne payons pas pour « nous faire voir », nous serons d’autant plus invisibles; le travail gratuit nous plonge donc dans un cercle vicieux dont il est difficile de s’extraire.

À propos de la « marginalité » de certain·e·s d’entre nous

Les auteurs et autrices qui écrivent dans les marges (BIPOC[1], personnes LGBTQIA2S+[2], personnes vivant en situation de handicap, etc.) n’ont pas toujours accès aux mêmes ressources et aux mêmes réseaux d’entraide et sont donc maintenu·e·s dans une vulnérabilité toujours plus grande. Néanmoins, iels sont souvent sollicité·e·s comme « token » ou « personnes issues de la diversité » pour que l’événement ou le projet de publication ne soit pas trop homogène, et ce, sans égard aux enjeux esthétiques qui leur sont propres. De plus, l’exigence d’être la voix marginalisée dans un projet plutôt homogène force la personne minoritaire à défendre et justifier sa démarche artistique vis-à-vis de ses semblables, et ce, même si le projet est principalement le fruit de gens privilégiés. Il en résulte un processus où la personne marginalisée est antagonisée par ses semblables et ainsi encore plus vulnérabilisée. Nous disons qu’il faut repenser les critères sur lesquels on se base pour inviter les personnes racisé.e.s, issues des communautés LGBTQIA2S+, les personnes vivant en situation de handicap, etc., et faire en sorte que ces critères soient recentrés autour de leurs œuvres et de leur discours, et non de leur marginalisation ou de leur position à l’extérieur de la « norme » – à moins que tel soit clairement le sujet de leur travail de création. Si les éditeurs et éditrices, les directeurs ou directrices littéraires ou les organisateurs et organisatrices d’événements n’offrent pas de rémunération juste et adéquate à tout le monde, les personnes marginalisées, souvent, devront refuser en premier de participer au projet en raison des obstacles systémiques énumérés ci-dessus. Nous pensons ici notamment aux personnes vivant avec une maladie chronique, un handicap, ou en situation de pauvreté, et aux personnes marginalisées par leur conditions socioéconomiques ou en raison de leur identité et qui n’ont pas toujours accès aux mêmes réseaux d’entraide et de soutien que leurs pair·e·s plus privilégié·e·s. Nous pensons aussi à tous ces événements qui ont lieu dans des endroits qui ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite, aux personnes qui utilisent une aide à la mobilité (fauteuil, marchette, canne, etc.), et aux personnes vivant avec des maladies chroniques ou des insensibilités majeures. Il devient alors toujours plus difficile pour ces personnes de se libérer du temps pour écrire ou pour se déplacer. Ne pas leur offrir de rémunération pour leur travail ou leur présence à un événement est un geste violent qui reconduit les oppressions dont ces personnes sont victimes. Ainsi, le milieu littéraire reproduit le même, l’identique, et continue de fonctionner en vase clos.

Notre expérience nous a appris que trop souvent, ces personnes ne sont pas payées pour leur contribution artistique pour plusieurs raisons : on croit leur faire une fleur en leur donnant accès à une plateforme de notoriété malgré leur bas niveau de professionnalisation, sans prendre en compte le travail sans compensation juste qui leur est demandé. Leur lutte dans le champ social et dans le champ littéraire est alors doublement plus difficile. Il s’agit d’un obstacle supplémentaire pour ces personnes dans leur quête de professionnalisation; on croit que le simple fait de les inviter est un geste noble, quelque chose comme le devoir civique de représenter un point de vue, et que cette responsabilité rend inappropriée une compensation en argent. Il faut donc changer la philosophie par rapport aux enjeux de diversité et de représentation; nous estimons qu’il n’est plus du tout acceptable de s’appuyer sur une injustice matérielle pour atteindre la parité ou une certaine diversité (souvent symbolique) dans vos projets. La pauvreté est une violence. Vous ne pouvez vous targuer de réaliser un projet qui aspire à réduire les violences symboliques grâce à une représentation diversifiée si vous maintenez par là même une autre forme de violence en privant les personnes marginalisées de compensation juste pour leur temps et travail. Le changement de paradigme que nous appelons par cette déclaration nécessite que nous cessions d’applaudir certains projets pour la diversité des voix qu’ils mettent de l’avant si les participant·es marginalisé·es ne sont pas rémunéré·e·s.

À propos du contexte global

Nous vivons dans les suites de nombreuses séries de coupes budgétaires en culture en raison de politiques d’austérité (Harper, Charest, Couillard, etc.). Nos revendications croisent celles d’autres milieux artistiques. Il nous apparaît essentiel que le milieu littéraire soit financé, et bien (mieux) financé, afin d’éviter de reproduire l’oppression dont nous sommes victimes lorsqu’on nous sollicite pour du travail gratuit.

À cet effet, puisqu’on nous demandera sans doute de trouver des solutions, nous pensons notamment à la possibilité de mettre sur pied des programmes de subventions plus souples et plus nombreux. Les organismes subventionnaires mettent souvent l’accent uniquement sur les frais liés au déplacement (hébergement, transport, repas), et s’il nous reste 4 $ sur l’argent reçu, il faut immédiatement tout remettre — surtout ne pas avoir de salaire pour le temps que le déplacement nous a pris! Cela nous semble plutôt symptomatique du fait que l’écriture, la prise de parole, la participation des écrivain.e.s à différents événements ne soit jamais considérée comme un « vrai » travail (rémunéré). Cela dit, nuançons un peu : nous passons des heures innombrables à écrire, mais non pas à créer : nous devons sans cesse produire des demandes de subvention pour notre subsistance, ou encore pour nos déplacements. Ces nouveaux programmes plus souples que nous appelons de nos vœux pourraient nous permettre, par exemple, d’écrire un texte court pour un magazine culturel ou pour une conférence à laquelle nous avons été invité·e·s, mais ne devraient en aucun cas faire reposer le fardeau de notre participation à un événement sur nos propres épaules. Nous l’avons dit : il existe des programmes de subvention pour les organismes qui souhaitent nous inviter chez eux, et nous pensons qu’il s’agit de leur responsabilité de s’assurer qu’ils pourront nous rémunérer et rembourser nos frais de déplacement. (Plus haut dans cette lettre, nous en avons énuméré quelques uns : nous vous invitons à cliquer sur les liens hypertexte qui vous mèneront là où vous trouverez les informations nécessaires pour demander le financement dont votre projet a besoin.)

Ajoutons finalement que certain·e·s d’entre nous travaillons — pas le choix, pour gagner notre vie en dehors des redevances que nous recevons — dans des métiers de l’édition, de la diffusion ou de la promotion de la littérature, tout en étant auteurs et autrices, et que même si nous n’en sommes pas moins dans la situation pénible qui est décrite tout au long de cette déclaration, nous pensons qu’il peut être utile de sensibiliser nos employeurs à l’épineuse question de la rémunération des autrices et auteurs. Nous encourageons par là-même toustes celleux qui le peuvent à le faire à rappeler, dans leurs réseaux professionnels, la dure réalité que nous dénonçons ici.

Nous sommes fatigué·e·s. Nous ne voulons plus agir en bénévoles de la culture. Vous nous dites parfois que tout cela est de notre faute comme nous avons choisi de « vivre de notre passion », que nous n’avons pas « de vraie job »… Nous savons pourtant que notre travail est essentiel, qu’une société sans ses écrivain·e·s ne peut pas survivre bien longtemps. Nous savons que ce que nous faisons a de la valeur. C’est pourquoi nous décidons de signer cette déclaration et que nous affirmons que le travail gratuit est inacceptable.

Signataires (dans le désordre)

Chloé Savoie-Bernard

Pierre-Luc Landry

Lula Carballo

Jean-Christophe Réhel

Marie Darsigny

Thomas Duret

Vincent Lambert

Véronique Cyr

Daria Colonna

Nicholas Dawson

Kevin Lambert

Ariane Lessard

Mikella Nicol

MP Boisvert

Alexandre Rainville

Roxane Nadeau

Karine Rosso

Sébastien Emond

Julien Guy-Béland

Alexandre Deschênes

Marie Demers

Kama La Mackerel

Camille Toffoli

Stéphanie Roussel

Mariève Maréchale

Anaël Turcotte

Baron Marc-André Lévesque

Marjolaine Beauchamp

Valérie Forgues

Alexis Rodrigue-Lafleur

Caroline Louisseize

Jean-Michel Fortier

Annie Dulong

Rosalie Trudel

Marie Clark

Daphné B.

Maude Pilon

Laurence Olivier

Stéphane Martelly

Maude Veilleux

Françoise Major
Lux

Audrée Wilhelmy

Olivia Tapiero

Zéa Beaulieu-April

Fanie Demeule

Geneviève Blouin

Véronique Drouin

Mathieu Fortin

Mélanie Jannard

Nane Couzier

Gabrielle Giasson-Dulude

Stéfanie Requin Tremblay

Élisabeth Vonarburg

François Lévesque

Camille Robert

Félix Durand

François Godin

Aimée Verret

Katherine A. Ouellet

Jonathan Lamy

Rosalie Roy-Boucher

Hélène Bughin

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Sébastien Dulude

Michelle Poirier

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Gabriel Marcoux-Chabot

Charlotte Moffet

Dany Leclair
Sophie Marcotte

Amélie Bibeau

Simon Boulerice

Claire Dé

Mélanie Landreville

Manon Plouffe

Catherine Lavarenne

Maryse Pagé

Marie-Jeanne Bérard

Nicholas Giguère

Corinne De Vailly

Caroline Allard

Annie L’Italien

Amélie Lessard

Vanessa Bell

Étienne Beaulieu

Sylvie Bérard

Maryse Andraos

Louis Côté

Éric Noël

Maude Lafleur

Valérie Roch-Lefebvre

Laurence Gough

Madeline Toppnorth

Luc Dagenais

Laurence Leduc-Primeau

Hélène Laforest

Maxime Plamondon

Étienne Bergeron

Catherine Fortin

Pierre-Yves Villeneuve

David Leblanc

Marie-Hélène Voyer

Danielle Malenfant

Cynthia Havendean

Sébastien La Rocque

Si Poirier

Mélikah Abdelmoumen

Chloé Varin

Isabelle Boisclair

Dominic Bellavance

Michèle Hénen

Evelyne Gauthier

Pierre-Alexandre Bonin

France Lorrain

Dominique Lavallée

Caroline Barré

Daniel Laverdure

Geneviève Guilbault

Evelyne Stefanato

Isabelle Larouche

Jonathan Simard

Carolyn Chouinard

Cynthia Carbonneau

Louise Tondreau-Levert

Sylvie Payette

Louise Gauthier

Solène Bourque

Sophie-Luce Morin

Lucille Bisson

Ariane Gélinas

Manon Plouffe

Sophie-Anne Landry

Mimi Haddam

Paul-G. Croteau

Alexandre Piral

Marie-Eve Bourassa

Andréane Déziel-Hupé

Valérie Fontaine

Marie-Claude Charland

Philippe-Aubert Côté

Magali Laurent

Rémi-Julien Savard

Emmanuel Lauzon

Louise C. Bergeron

Marie-Élaine Guay

Michèle Poitras

Sonia Sarfati

Joannie Touchette

Nadia Gosselin

[1] Personnes noires, autochtones ou racisées (Black, Indigenous, People of color).

[2] Lesbiennes, gays, bisexuel·le·s, personnes trans*, queer/en questionnement, personnes intersexe ou intersexuées, personnes agenre/asexuelles ou autres, personnes bispirituelles, et plus.

Si vous souhaitez ajouter votre nom à la liste des signataires, je pouvez le faire en suggestion à même le texte. Si cela ne fonctionne pas pour vous, faites-le en commentaire ici. Nous nous chargerons de publier les nouveaux noms ponctuellement.

 -30-

SOURCE : GoogleDoc.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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