Après avoir accusé la science de tous les maux, il faut désormais écouter les scientifiques

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Après avoir accusé la science de tous les maux, il faut désormais écouter les scientifiques

La crise du climat incite bon nombre de personnes à soutenir haut et fort qu’il faut écouter les scientifiques. Mai les plus vieux se souviendront d’une génération accusant la science de tous les maux il y a quelques décennies. «C’est la faute de la science !» disait-t-on dans les années 60-70-80. On accusait alors la science et les scientifiques de leurs découvertes en raison de leur potentiel néfaste sur l’Homme, la Terre et même l’Univers. Les plus avisés défendront le fait que ce ne sont pas découvertes scientifiques en elles-mêmes qui peuvent être dévastatrices mais l’usage que les hommes en font.

La plus célèbre dénonciation remonte à 1939 lorsque Albert Einstein écrit au président américain F.D. Roosevelt pour le mettre en garde sur un usage à mauvais escient de sa théorie de la relativité dans la fabrication d’une bombe nucléaire (reproduction de la lettre traduite en français ci-dessous).


Traduction de la lettre – Wikipédia

« Monsieur,

Certains travaux récents d’E. Fermi et L. Szilárd, dont les manuscrits m’ont été communiqués, me conduisent à prévoir que l’élément uranium peut devenir une source nouvelle et importante d’énergie dans un futur immédiat. Certains aspects de la situation qui est apparue me semblent demander une attention, et si nécessaire, une action rapide de la part de l’Administration. Je pense donc qu’il est de mon devoir d’attirer votre attention sur les faits et recommandations suivants :

Ces quatre derniers mois, il est devenu possible grâce aux travaux de Joliot en France ainsi que ceux de Fermi et Szilárd en Amérique, de déclencher une réaction en chaîne nucléaire avec de grandes quantités d’uranium. Grâce à elle, une grande quantité d’énergie et de grandes quantités de nouveaux éléments similaires au radium pourraient être produits. Maintenant, il semble presque certain que ceci pourrait être atteint dans un très proche avenir.

Ce nouveau phénomène pourrait conduire à la construction de bombes et il est concevable, quoique bien moins certain, que des bombes d’un nouveau type et extrêmement puissantes pourraient être assemblées. Une seule bombe de ce type, transportée par bateau et explosant dans un port, pourrait très bien détruire l’ensemble du port ainsi qu’une partie de la zone aux alentours. Toutefois, de telles bombes pourraient très bien s’avérer trop lourdes pour un transport aérien.

Les États-Unis n’ont que du minerai pauvre en uranium et en quantité modérée. Il y a de bons filons au Canada et dans l’ancienne Tchécoslovaquie mais les sources les plus importantes se trouvent au Congo belge.

Eu égard à ces éléments, vous pouvez penser qu’il serait désirable d’avoir un contact permanent entre l’Administration et l’équipe de physiciens qui travaillent sur les réactions en chaîne en Amérique. Une manière possible de réaliser cela serait de donner mission à une personne qui a votre confiance, et qui pourrait peut-être jouer ce rôle à titre officieux. Sa tâche pourrait consister à :

a) se mettre en rapport avec les départements gouvernementaux, pour les informer des développements à venir, et faire des recommandations pour l’action du Gouvernement, en portant une attention particulière au problème de la préservation de l’approvisionnement en minerai d’uranium pour les États-Unis ;

b) accélérer le travail expérimental, qui n’est à présent accompli que dans les limites des budgets des laboratoires universitaires, en fournissant des fonds, si nécessaire, par des contacts avec des mécènes privés ralliés à cette cause, et peut-être aussi en obtenant la coopération de laboratoires industriels possédant les équipements requis.

Il paraît que l’Allemagne a actuellement mis fin à la vente d’uranium des mines tchèques qu’elle a annexées. Une telle action précoce de sa part peut sans doute être mieux comprise quand on sait que le fils du sous-secrétaire d’État allemand, von Weizsäcker, est attaché à l’Institut du Kaiser Wilhelm à Berlin où une partie du travail américain sur l’uranium est en train d’être reproduite.

Très sincèrement vôtre

Signé : Albert Einstein. »

Cliquez ici pour l’original en anglais


Mais les efforts des scientifiques n’arrêteront pas les velléités des politiciens américains de l’époque. Et à la vue des effets des bombes nucléaires larguées sur le Japon lors de la deuxième Guerre mondiale, n’aidera pas les choses. On accusent les scientifiques d’être à l’origine de la catastrophe.

 

Au cours des années 60 et suivantes on accusera les scientifiques d’être la cause première de la pollution de l’air en raison des avancées industrielles et technologiques engendrées par leurs découvertes.

On observe un amalgame entre la découverte elle-même et son usage. Les scientifiques entrent alors dans une période de silence.

Aujourd’hui, ironie du sort, un grand nombre de personnes et d’organismes se tournent vers les scientifiques et leurs études pour appuyer leurs revendications dans le cadre de la crise du climat. Certains croient que seule la Science peut découvrir comment nous sortir de cette crise car peu importe les efforts de réduction des gaz à effet de serre, notamment le co2, il faudra user de nouvelles technologies.

Pour plusieurs le sort en est déjà jeté soit parce que l’Homme ne parviendra pas à mettre en œuvre les solutions avancées par la Science, soit parce que les changements climatiques sont déjà irréversibles.

Selon moi, la perte de confiance en l’Humanité est légitime. Mais je n’accepte qu’une seule explication : la pensée scientifique n’est pas majoritaire au sein de la population. Si on reproche à l’Homme de ne pas agir en conséquence de cause, c’est parce que l’Homme ne s’est pas donné un mode de pensée scientifique permettant à sa conscience d’être en phase avec les connaissances scientifiques.

La Science a toujours été pour l’Homme un simple outil plutôt qu’un mode de pensée de tous les jours. Penser juste ne tombe pas du ciel. Il faut se former à la pensée scientifique, lutter contre ses opinions et ses croyances, pour laisser le Savoir dominer notre vie, notre mode de vie.

 

 

 

 

 

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

Publié dans Votre éditeur prend position

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