Mémoire présenté par Services d’information communautaire de la Vallée de la Châteauguay à la Commission de la culture et de l’éducation dans le cadre du Mandat d’initiative sur l’avenir des médias d’information

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Services d’information communautaire de la Vallée de la Châteauguay

Chateauguay Valley Community Information Services

3202 Tullochgorum, Ormstown, Québec J0S 1K0 a/s maynardhugh@gmail.com

Le 10 mai 2019

Mémoire au Commission de la culture et de l’éducation sur l’avenir des médias d’information

Louisette Cameron

Secrétaire de la Commission de la culture et de l’éducation 418 643‐2722

cce@assnat.qc.ca


Document d’information sur les Services d’information communautaire de la Vallée de la Châteauguay

Fondé il y a 156 ans en 1863, le Huntingdon Gleaner appartenait à diverses entreprises familiales pendant la plus grande partie de son histoire. Même s’il s’agissait techniquement d’une entreprise privée, la propriété locale a donné le titre de « journal communautaire » comme il est typique dans tout le Canada. Éventuellement, The Gleaner a ajouté une section de langue française en 1993 appelée La Source (format dos‐à‐dos).

Alors que la consolidation dans la presse écrite commençait au tournant du siècle, The Gleaner / La Source fut vendue par le propriétaire local à une série de reventes à plusieurs chaînes de médias : Les Hebdos Montérégiens en 1985, Quebecor en 2011 et enfin Transcontinental en 2013. En 2015, The Gleaner / La Source a cessé sa publication en tant que journal indépendant, The Gleaner devenant un encart de 8 pages dans l’hebdomadaire régional à distribution gratuite Le Journal Saint‐François (Valleyfield) et la fermeture totale de La Source. En 2017, Transcontinental a vendu Le Journal Saint‐François (incluant The Gleaner) à une entreprise de média régionale, Gravité Média.

En 2018, Gravité Média a déterminé que The Gleaner, sous la forme d’un encart en anglais de 8 pages, n’était pas viable financièrement. Plutôt que de simplement fermer The Gleaner, Gravité Média souhaitait respecter l’héritage patrimonial de la publication et donner l’occasion à la communauté anglophone de continuer à être desservie par un journal communautaire. En novembre 2018, une réunion publique s’est tenue à Ormstown avec des représentants de Gravité Média, afin de discuter des possibilités entourant l’acquisition par la communauté des droits permettant de continuer à publier The Gleaner.

À la suite de cette réunion, un comité directeur nommé « Future of The Gleaner » a été formé, avec les résultats suivants :

Un organisme à but non lucratif appelé les Services d’information communautaire de la vallée de Châteauguay a été créé avec les objectifs suivants :

  • Fournir des informations, des nouvelles et des reportages de qualité sur des sujets importants pour les communautés de la MRC Haut St‐Laurent et de ses environs.
  • Promouvoir la recherche de l’excellence lors de la publication de contenu sous forme écrite, audio et visuelle via un journal, un site Web, une radio / télévision communautaire ou un autre média approprié.
  • Contribuer à l’amélioration de la qualité de vie dans les communautés ciblées et à la promotion de la richesse sociale, culturelle et artistique de la région en donnant à la communauté l’accès à des nouvelles et des informations pertinentes au niveau local qui reflètent ses besoins et ses intérêts.

Des discussions ont eu lieu avec Gravité Média pour acquérir les actifs de The Gleaner (titre, domaine Web, etc.) et un accord de transfert sera signé au début du mois de mai 2019.

Le 29 mai 2019, la date de relancement de The Gleaner est fixée avec une version imprimée souvenir et un nouveau site Web.

Les prochaines étapes consistent à solliciter des financements sous forme de subventions, financements, commandites, dons, publicités et abonnements afin de poursuivre la version Web tout au long de l’été et de lancer une version imprimée hebdomadaire de The Gleaner en septembre 2019. Le SICVC consolidera ça structure avec une campagne de recrutement, préparation de plans stratégiques et commerciaux, extension de The Gleaner à une section en français (Le Gleaner) et examen des options permettant d’établir des partenariats avec les écoles (engagement des jeunes, formation à la technologie), la communauté de l’expression anglaise de la Ville de Châteauguay et d’autres possibilités offertes par les médias communautaires (notamment la radio).


Aperçu de la situation

Le SICVC étant, à l’heure actuelle, entièrement bénévole, nous ne disposons pas des ressources nécessaires pour dresser un portrait détaillé des médias d’information dans le contexte actuel. Cela sera probablement couvert en profondeur par d’autres intervenants dans tous les cas. Nous affirmerions toutefois qu’un média dynamique et diversifié sert à informer et à faire avancer le débat public. Des médias locaux reflétant fidèlement la communauté qu’ils servent sont indispensables au maintien des valeurs démocratiques et à la mise en place d’un cadre propice à l’évolution de nos communautés.

Notons également que les Québécois de l’expression anglaise ont toujours signalé que l’accès à l’information dans leur propre langue est à la fois un besoin et une priorité (sondage CHSSN‐CROP, diverses années). Cela peut sembler un peu une contradiction dans un monde inondé d’informations en anglais par le biais de CNN, du magazine Time et des films hollywoodiens ad infinitum. La nuance importante est que les Québécois de l’expression anglaise ont besoin d’informations dans leur propre langue sur leurs propres communautés locales et régionales, ce qui est de plus en plus difficile à obtenir de façon constante dans un contexte de francisation de la vie quotidienne au Québec et de la disparition des médias communautaires traditionnels.

Les Québécois de l’expression anglaise ont toujours eu accès à une variété de médias locaux et régionaux, une histoire qui a déjà été perturbée par les tendances des médias qui ont donné une impulsion à ces audiences. L’existence même d’institutions médiatiques établies de longue date dans nos communautés semble maintenant menacée. Certains ont déjà disparu et d’autres ont été transformés, pas toujours pour le mieux.

Dans ce contexte, nous essayons de relancer une publication historique afin que les communautés rurales de la MRC du Haut St‐Laurent et de ses environs (traditionnellement appelée la vallée de Châteauguay par la communauté anglophone) soutiennent et fournissent un contenu multimédia de qualité qui: est local et pertinent, en anglais pour commencer, mais éventuellement en anglais et en français.

La Commission a demandé que nous abordions quatre questions principales :

  • Le financement aux entreprises et organismes dans l’atteinte de l’équité fiscale ;
  • Leur présence régionale et la valorisation du rôle local de l’information ;
  • La viabilité des modèles d’affaires à l’ère du numérique ;
  • Et leur indépendance.

Financement

Il ne fait aucun doute que l’affectation de fonds publics à un secteur spécifique doit être effectuée de manière juste et avec un bénéfice démontré pour la société. Divers programmes sont actuellement en place, tels que la subvention postale pour les publications fournies par Patrimoine canadien, la subvention de fonctionnement pour les stations de radio communautaire fournie par le ministère de la Culture et de la Communication du Québec et les subventions pour les radiodiffuseurs publics tels que CBC et Télé‐Québec.

La question n’est donc pas de savoir si les gouvernements devraient fournir un soutien aux médias d’information, mais plutôt comment le faire pour que le soutien serve à garantir la fourniture d’informations de qualité et non à augmenter les profits.

Il existe sans doute de nombreuses manières de concevoir et de mettre en œuvre de tels programmes d’appui, mais de telles options dépassent notre capacité et notre expertise pour élaborer plus avant à ce stade, à une exception notable près : le statut d’organisme de bienfaisance. Dans sa mise à jour financière d’octobre 2018, le gouvernement du Canada a annoncé son intention d’inclure les médias appartenant à la communauté dans la définition du statut d’organisme de bienfaisance, permettant ainsi aux médias appartenant à la communauté de solliciter des dons et d’émettre des reçus déductibles des impôts. Une telle mesure aiderait énormément les médias communautaires au service des petites populations à rester viables, et nous recommandons à la Commission que le gouvernement du Québec fasse des démarches auprès du gouvernement fédéral pour qu’il modifie sans tarder la réglementation.


Présence régionale

La raison d’être de SICVC est d’assurer une couverture locale et régionale de qualité des informations, événements et informations pertinentes pour la population. Les grands médias montréalais, même ceux qui ont un mandat public tel que la SRC, s’aventurent rarement dans les régions à moins d’un désastre ou d’une autre calamité. S’il n’y a pas de média local, il n’y a pas de nouvelles locales. La contribution entièrement bénévole qui a été faite pour relancer The Gleaner a été motivée par le fait que la communauté réalise maintenant ce qui manque depuis la fermeture du journal il y a six mois. Les gens sont sincèrement enthousiastes à l’idée que le journal reviendra.

Ne soyons pas dupes, l’intérêt et l’excitation ne sauraient se substituer aux abonnés et annonceurs rémunérés, sans lesquels l’entreprise ne réussirait pas. Une campagne de sollicitation publique conjointement avec la relance déterminera le cours des prochaines activités, mais la publicité pour le journal imprimé prévu de 12 pages est déjà épuisée, une version de 16 pages est en préparation et il est possible qu’un journal de 20 pages soit réaliste pour le jour d’impression le 27 mai. En mode veille . . .

La décision de créer un organisme à but non lucratif chargé de diffuser des nouvelles et des informations dans la région n’est pas un hasard. La succession de chaînes de médias qui professaient leur engagement indéfectible à servir la communauté et à honorer l’héritage historique de la publication qu’ils venaient d’acheter ne valait pas le papier sur lequel elle était imprimée. Sauf Gravité Média ‐ ils ont eu le courage de dire qu’ils ne pouvaient pas continuer financièrement, mais ils étaient prêts à aider les autres à essayer.

Le meilleur moyen de garantir les nouvelles et les informations régionales consiste à s’assurer que les médias générant et diffusant ce contenu sont à la fois détenus et situés dans la région.


Modèle d’affaires

Nous avons observé la situation à La Presse avec intérêt, car l’une des plus grandes sociétés financières au Canada (Power Corp.) a décidé que La Presse n’était plus viable en tant que publication exclusivement numérique et a fait don de ses actifs à un organisme à but non lucratif. « Bonne chance! » c’était le mot final. La Presse s’est lancée dans une campagne de dons de type PBS, un mode de financement qui signifie que 5% des lecteurs paieront parce qu’ils voient de la valeur dans une publication de qualité, tandis que 95% en feront un tour gratuit. C’est précisément pour cette raison que nous taxons les revenus de chacun, sinon la plupart ne paieraient pas pour les avantages qu’ils reçoivent.

Le contexte du SICVC est très différent (petite population rurale, un tiers d’anglais et deux tiers de francophones) et un modèle de financement mixte sera donc à l’ordre du jour:


Abonnements

Un Gleaner relancé ne survivra pas 6 mois sans une base d’abonnement payant. Le nombre d’entreprises locales n’est pas suffisamment important pour prendre en charge un modèle de distribution gratuite (comme l’a découvert Gravité).


Impression et numérique

Vous êtes fous si vous n’en faites qu’un seul, foutu si vous ne faites que l’autre ‐ il faut que les deux soient imprimés et numériques en dépit des coûts supplémentaires. L’impression par elle‐même coupe la moitié de l’audience, mais le numérique seul ne génère pas assez de revenus publicitaires (la plupart étant absorbés par Google et Facebook), les deux doivent fonctionner en parallèle.


Publicité locale

Une base d’abonnement payant pour une version imprimée donnera de la crédibilité à la vente de publicité aux entreprises locales qui voient peu de valeur dans la promotion numérique qui n’a pas un auditoire de masse, en particulier avec un service haut débit limité et médiocre dans la région. Un paywall numérique devra peut‐être aussi être pris en compte.


Anglais et français

La base de population par rapport aux revenus potentiels est trop faible pour avoir une publication autonome en anglais ou en français dans un environnement aussi rural à long terme. Le partage des coûts d’administration, d’impression, de distribution et de technologie, ainsi que le ciblage du contenu sur chaque communauté linguistique spécifique constitue le fondement de la viabilité.


Prestations de service

Dans le passé, les journaux communautaires étaient souvent associés à une imprimerie, un modèle commercial mixte garantissant la viabilité des deux composantes. La version moderne (et numérique) consiste en des services de conception graphique, de publication assistée par ordinateur et de communication destinés à générer des revenus complémentaires pour soutenir une expertise et une technologie de pointe pouvant être utilisées par les supports d’information.


Accent sur le contenu

Historiquement, les journaux ont fonctionné comme des journaux et les stations de radio comme des stations de radio, etc. Cela ne peut plus être le cas pour les petites communautés rurales, car elles ne disposent pas d’une masse critique suffisante pour accueillir des médias multiples et concurrents. En outre, la prolifération des médias numériques a brisé la domination de la presse écrite, de la radio et de la télévision ‐ aucun format de média ne domine, ils coexistent tous. C’est la raison pour laquelle la société mère de The Gleaner s’appelle « services d’information communautaires » ‐ son mandat est de fournir des informations et des informations de qualité, et pas seulement de gérer un journal. En consolidant le contenu de la communauté et en le distribuant ensuite sous différents formats ‐ un journal imprimé pour ceux qui n’appartiennent pas à l’ère numérique, une radio communautaire pour ceux qui travaillent dans la cuisine et des impressions numériques, audio et visuelles pour ceux qui utilisent des appareils mobiles, on peut atteindre tous les publics. En outre, la publicité peut être regroupée pour offrir aux annonceurs une couverture plus adaptée à certains types de marketing ‐ IGA obtient les promotions hebdomadaires dans les journaux, les promotions quotidiennes à la radio et les promotions de bannières sur le Web, le tout pour un prix unique.


Non lucratif

En plus d’être une institution véritablement communautaire, la création d’une entreprise sociale en tant que fournisseur de services d’information évite de générer un excès de profit qui est souvent rapatrié à des investisseurs externes n’ayant guère d’intérêt dans la communauté. Une entreprise sociale doit générer un excédent aux fins de réinvestissement, mais elle n’a pas besoin d’aller au‐delà pour être viable. Il existe d’autres avantages, tels qu’un engagement accru des communautés, l’admissibilité aux subventions et au financement de l’économie sociale, ainsi que la création et le maintien de l’emploi local.


Indépendance

Une publication dans les médias est composée du côté journalistique et du côté commercial et doit être tenue séparée, comme l’Église et l’État. Cependant, ils doivent encore danser ensemble dans une embrassade délicate ‐ si la publication ne peut générer aucun revenu, elle ne peut pas payer pour ses journalistes ; si les journalistes ne sont pas en mesure de produire un produit de qualité (par rapport au public qui l’est, The National Enquirer inclus), la publication ne peut pas attirer un public et par conséquent générer des revenus suffisants.

Est-ce que l’un est totalement indépendant de l’autre ? Pas tout à fait, mais en plus de respecter les principes journalistiques et les codes de déontologie, il faut un engagement à fournir à la communauté des informations et des informations de qualité pour maintenir son indépendance. Le recul sur la consolidation parmi les médias communautaires est que les grandes chaînes de médias étaient moins intéressées à servir la communauté (comme ils le prétendaient) que dans les territoires de vente pour rester à l’écart de la concurrence et faire rouler les presses d’impression, ce qui a généré plus de profits que suffisant pour couvrir les pertes des médias. Jusqu’à ce que les marges diminuent à un point tel que l’atrophie des journalistes pour économiser de l’argent ne suffit plus pour maintenir l’équation coût / bénéfice en équilibre.

L’incapacité des grandes organisations de médias consolidées à maintenir une couverture locale tout en absorbant les médias communautaires dans leurs chaînes ne fait que souligner la nécessité d’une appropriation locale afin de maintenir l’indépendance des médias communautaires, tant sur le plan financier que journalistique.


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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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