Semaine de la presse et des médias – La censure

Semaine de la presse et des médias

Censure et médias

L’annulation de la conférence de Mathieu Bock-Côté dans une librairie de Montréal sous la pression de menaces de troubles lors de l’événement a relancé le débat au sujet de la censure. Cette affaire mettrai en cause des éléments dits d’extrême gauche alors que Mathieu Bock-Côté s’affiche ouvertement de la droite.

Voir ici, ici, ici, ici, ici et ici.

Certaines personnes se portent à la défense de Mathieu Bock-Côté en le définissant comme un intellectuel. Je ne crois pas que l’on puisse attribuer le titre d’intellectuel à quiconque se limite à exprimer des opinions, fondées ou non, sur la place publique, dans les médias ou dans des essais. Même si l’opinion exige parfois un certain travail de recherche et de réflexion, je ne la reconnais pas comme le fruit d’un travail intellectuel. Aujourd’hui, l’opinion règne en roi et maître dans notre société et étouffe la connaissance et le savoir qui en découle. L’opinion n’est rien de plus qu’un jugement. Un débat d’opinion n’est rien de plus qu’un débat de jugements.

Est-ce utile ? Les pseudo-intellectuels, diplômés ou non de l’université, soutiennent non seulement l’utilité des débats d’opinions mais leur nécessité. «Il est sain de débattre» affirment-ils haut et fort. Je ne suis pas de cet avis même si j’aime débattre, d’aucuns diront, «sans fin».

Un intellectuel avisé tiendra compte qu’il rentre dans le règne de l’opinion sur la connaissance s’il se consacre à développer et à exprimer ses opinions. Il contribue au règne de l’opinion et sa seule satisfaction est d’exprimer la sienne dans l’espoir qu’elle fasse débat. Il tourne en rond autour de la connaissance et du savoir mais ne produit ni l’un ni l’autre.

Or, la connaissance et le savoir est ce dont nous avons le plus besoin dans notre société.

On dit que nous n’avons jamais été aussi informé qu’aujourd’hui. C’est faux. Être informé, c’est d’abord et avant tout connaître et savoir, non pas juger. Les jugements inondent la connaissance et le savoir. Nous sommes informés d’un grand nombre d’opinions de toutes sortes sur lesquelles nous échafaudons d’autres opinions pour finir avec une chaîne sans fin d’opinions sur des opinions. En revanche nous sommes très peu informé de la connaissance et du savoir. De toute façon, nous sommes prêt à juger toute connaissance et tout savoir même sans connaître et sans savoir.

Un jour pas si lointain, j’ai demandé à un jeune d’une trentaine d’années s’il pensait que son cerveau pouvait produire autre chose que des opinions. Il m’a répondu «non». C’est pour vous dire à quel point l’opinion exerce son règne sans partage.

Dans le débat entre la censure et la liberté d’expression, on notera une forte proportion de sentiments, pour ne pas dire d’émotions. Les mots choisis, le ton… sont choisis pour engendrer le débat.

Or, dans le domaine de la connaissance et du savoir, il est plutôt proposé de lutter contre ses opinions et ses sentiments en vue de se soumettre à une catharsis intellectuelle, comme l’avançait Gaston Bachelard :

La catharsis intellectuelle : toute culture scientifique doit commencer (…) par une catharsis intellectuelle et affective, c’est-à-dire par une véritable purification des préjugés, des idées toutes faites, des opinions admises. C’est une condition préalable pour qui veut vraiment entreprendre une recherche intellectuelle. Bachelard reprend ici la tradition philosophique, qui, depuis Socrate en passant par Descartes, exige la rupture avec la doxa (l’opinion) pour penser librement par soi-même.

Note : Tel que rapporté par : Nicolle, Jean-Marie, Histoire des méthodes scientifiques – Du théorème de Thalès à la fécondation in vitro, Bréal, 1994, pp. 115-116.

Autrement dit, l’opinion n’est ni une connaissance, ni un savoir. Mais on en donne volontiers l’illusion dans les milieux intellectuels, surtout dans le secteur dit des «fausses sciences».

La censure des opinions ou des occasions d’exprimer des opinions ne me concerne pas autant que la censure de la connaissance et du savoir. Être informé des jugements des autres sur tout et rien ne m’intéresse pas. Je veux connaître et savoir et ce n’est pas dans le but de fonder une opinion.

Il y a dans les opinions des distorsions cognitives qui peuvent abattre le meilleur des hommes de bonne volonté. En voici une liste tirée du livre Être bien dans sa peau de David D. Burns, M.D.:

  1. Le tout-ou-rien : votre pensée n’est pas nuancée. Vous classez les choses en deux seules catégories : les bonnes et les mauvaises. En conséquence, si votre performance laisse à désirer, vous considérez votre vie comme un échec total.

  2. La généralisation à outrance : un seul événement malheureux vous apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs.

  3. Le filtre : vous choisissez un aspect négatif et vous vous attardez à un tel point à ce petit détail que toute votre vision de la réalité en est faussée, tout comme une goutte d’encre qui vient teinter un plein contenant d’eau.

  4. Le rejet du positif : pour toutes sortes de raisons, en affirmant qu’elles ne comptent pas, vous rejetez toutes vos expériences positives. De cette façon, vous préservez votre image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec votre expérience de tous les jours.

  5. Les conclusions hâtives : vous arrivez à une conclusion négative, même si aucun fait précis ne peut confirmer votre interprétation.

    • a. L’interprétation indue. Vous décidez arbitrairement que quelqu’un a une attitude négative à votre égard, et vous ne prenez pas la peine de voir si c’est vrai.

    • b. L’erreur de prévision. Vous prévoyez le pire, et vous êtes convaincu que votre prédiction est déjà confirmée par les faits.

  6. L’exagération (la dramatisation) et la minimisation : vous amplifiez l’importance de certaines choses (comme vos bévues ou le succès de quelqu’un d’autre) et vous minimisez l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent
    toutes petites (vos qualités ou les imperfections de votre voisin, par exemple). Cette distorsion s’appelle aussi « le phénomène de la lorgnette ».

  7. Les raisonnements émotifs : vous présumez que vos sentiments les plus sombres reflètent nécessairement la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à une réalité.

  8. Les « dois » et les « devrais » : vous essayez de vous motiver par des « je devrais… » ou des « je ne devrais pas… » comme si, pour vous convaincre de faire quelque chose, il fallait vous battre ou vous punir. Ou par des « je dois ». Et cela suscite chez vous un sentiment de culpabilité. Quand vous attribuez des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, vous éveillez chez vous des sentiments de colère, de frustration et de ressentiment.

  9. L’étiquetage et les erreurs d’étiquetage : il s’agit là d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier votre erreur, vous vous apposez une étiquette négative : « Je suis un perdant ». Et quand le comportement de quelqu’un d’autre vous déplaît, vous lui accolez une étiquette négative : « C’est un
    maudit pouilleux ». Les erreurs d’étiquetage consistent à décrire les choses à l’aide de mots très colorés et chargés d’émotion.

  10. La personnalisation : vous vous considérez responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, vous n’êtes pas le principal responsable.

Ces distorsions cognitives furent relevées chez des patients souffrant de troubles dépressifs, comme quoi des erreurs de pensée peuvent avoir de graves conséquences sur la santé. La recherche avait pour but de trouver un traitement sans médicament à la dépression. Le médecin David D. Burns a observé que le patient corrigeant ses distorsions cognitives était à nouveau «bien dans sa peau».

«Être bien dans sa peau. Ce livre nous initie aux principes de la thérapie cognitive, suivant laquelle nous apprenons qu’en changeant notre manière de penser nous pouvons modifier notre humeur. Dans un langage clair et simple, un éminent psychiatre américain esquisse à grands traits un programme systématique de maîtrise des distorsions de la pensée qui conduisent au pessimisme, à la léthargie, au stress, à l’anxiété, à la perte du respect de soi. Découvrez comment : · Identifier les facteurs ayant une influence sur l’humeur; · Réagir face à l’hostilité et la critique; · Se débarrasser des sentiments de culpabilité; · Surmonter la dépendance à l’égard du besoin d’approbation; · Augmenter le respect de soi; · Gérer le stress de la vie quotidienne et l’anxiété; · Se sentir bien, tous les jours… Une approche thérapeutique à la portée de tous : La joie d’être.» Source : Les libraires.

Je pense que le règne sauvage de l’opinion dans les médias québécois a un effet négatif sur la santé mentale de leurs audiences. Être indigné, consterné, balancé émotivement à gauche et à droite, en haut et en bas, jour après jour, par une vision médiatique d’un monde corrompue, mauvais, dangereux, malhonnête… ne peut pas être le germe d’un monde meilleur. C’est plutôt déprimant !

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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