Avenir du journalisme scientifique : il y a de l’espoir!

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La science fait partie de la vie quotidienne. Beaucoup d’informations circulent, et disent un fait et son contraire. La démarche journalistique est d’autant plus nécessaire.
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Avenir du journalisme scientifique : il y a de l’espoir!

Cristina Sanza, Concordia University; Brittney Borowiec, McMaster University; David Secko, Concordia University; Farah Qaiser, University of Toronto; Fernanda de Araujo Ferreira, Harvard University; Heather MacGregor, University of Toronto; Michael Bramadat-Willcock, Concordia University, and Pouria Nazemi, Concordia University


 

Reproduction d’un article du magazine La Conversation autorisée sous licence Creative Commons licence.


Mangez des bleuets : ils contiennent des antioxydants. Optimisez votre santé cardiaque : faites chaque jour une activité d’intensité modérée. Faites-vous vacciner : vous n’aurez pas à craindre telle ou telle maladie.

Tout ce que nous lisons, voyons ou entendons influence notre conduite et nos décisions. De nombreux aspects de notre vie quotidienne – de notre alimentation à la qualité de notre sommeil – sont liés d’une manière ou d’une autre à la recherche scientifique.

Qu’ils visent à informer leur lectorat ou à éveiller son intérêt, les médias en viennent parfois à nous inonder d’articles scientifiques sensationnalistes, promotionnels ou inexacts. Cette information façonne non seulement notre quotidien, mais aussi notre perception de la valeur de la science. Or, ces écueils pourraient être évités si les journalistes scientifiques actualisaient la manière dont ils rapportent les faits.

De même, si les lecteurs savaient ce qu’est un journalisme scientifique empreint d’exactitude et d’impartialité, ils pourraient distinguer les bons articles de ceux qui laissent à désirer. Ils seraient alors en mesure d’effectuer un choix éclairé.

L’avenir du journalisme scientifique s’annonce à la fois passionnant et périlleux. Les personnes qui souhaitent se lancer dans le domaine peuvent suivre la tradition et, par exemple, transmettre l’information sur une seule et même plateforme. À l’inverse, ils peuvent choisir de réinventer la façon de raconter les faits scientifiques. La question se pose, et nous ne pouvons plus l’ignorer.

L’été dernier, des étudiants des cycles supérieurs venus des quatre coins du monde ont participé à l’école d’été de l’Université Concordia appelée Projected Futures. Ce cours intensif visait à repenser les modalités de la communication scientifique au sein de la société. Dans ce cadre, nous avons défini des méthodes clés pour concevoir des récits sur la science et ainsi accroître l’intérêt et la confiance dont celle-ci bénéficie.

Comment humaniser une science en friche?

La science n’a rien d’une créature stérile et infaillible, produite par un ordinateur ou quelque autre système rutilant et bizarroïde. Il s’agit plutôt d’une activité humaine composée en parts égales de curiosité, de frustration, d’ambiguïté et d’enthousiasme. L’exercice se décline rarement en une série de découvertes géniales et spectaculaires. Il relève plutôt de la tâche fastidieuse mais stimulante, compétitive mais collaborative.

Voici une manchette scientifique classique : « Des chercheurs ont trouvé un traitement contre le cancer : la solution résidait depuis toujours dans le café – votre latté matinal n’aura jamais eu meilleur goût! ». Mais en fixant notre attention sur des découvertes sensationnelles suscitant un changement de paradigme, nous risquons fort de ne pas considérer la situation dans son ensemble. Qui sait si demain, un article ne traitera pas en détail des effets cancérigènes de votre remontant caféiné matinal.

Trop souvent, cette mise en contexte est négligée. Résultat : les lecteurs entretiennent de faux espoirs, des craintes ou une incompréhension du processus scientifique.

Au cours de l’école d’été Projected Futures de l’Université Concordia, les étudiants repensent les modalités de la communication scientifique au sein de la société.
Daren Zomerman, Author provided

En présence d’un corpus de connaissances en constante évolution, les chercheurs peuvent ressentir de l’agitation, de l’irritation ou, avec un peu de chance, de l’exaltation. Chose certaine, l’analyse d’un sujet scientifique est toujours en quelque sorte une œuvre inachevée.

La démarche journalistique doit tenir compte des limites, des ambiguïtés et des incertitudes propres au sujet traité. Elle doit en outre mettre l’accent sur les personnes, illustrer les efforts de collaboration déployés par les chercheurs et, parallèlement, fournir une analyse critique des données recensées. Autrement dit, il faut déboulonner le mythe du génie solitaire et recueillir de l’information auprès de plusieurs auteurs principaux.

Les étudiants des cycles supérieurs et les postdoctorants connaissent généralement les menus détails des expériences auxquelles ils participent. En s’intéressant à ces stagiaires dans un article, on met en lumière l’importance de leur contribution et la nature collaborative de la science. Par ailleurs, ceux-ci sont souvent faciles d’accès, ce qui représente un avantage pour les journalistes.

Qui fait partie de notre communauté?

Le journalisme scientifique devrait être pratiqué par des reporters dotés d’une formation en science ou par des scientifiques formés au journalisme. La compréhension qu’a le grand public de la science s’en trouverait enrichie à plusieurs égards. De plus, cela éviterait de donner une importance démesurée à certaines découvertes ou une viralité regrettable à des affirmations trompeuses.

Toutefois, la diversité dans le domaine du journalisme scientifique ne doit pas se limiter au parcours professionnel ou universitaire du rédacteur. L’inclusion de membres de groupes sous-représentés ou marginalisés revêt ici un caractère essentiel.

Les rares enquêtes qui fournissent des données démographiques sur les journalistes scientifiques affichent des taux de réponse désastreux. Par conséquent, il s’avère fort ardu d’engager une discussion argumentée sur les moyens de promouvoir la diversité dans ce milieu. Mené en 2016 auprès de 125 chroniqueurs canadiens, le sondage J-Source montre un net déséquilibre des caractéristiques sociodémographiques, et ce, en faveur des hommes d’âge moyen, de race blanche et d’orientation hétérosexuelle.

De même, une analyse des principaux médias canadiens réalisée en 2016 et portant sur des personnes interviewées révèle que 71 % des citations émanent de sources masculines. Peu importe leur profession, les femmes arrivent toujours en second à cet égard.

Heureusement, de nouvelles plateformes facilitent l’accès à la sphère publique. L’organisme canadien Informed Opinions et l’organisation internationale 500 Women Scientists prônent ainsi une augmentation du nombre de sources diversifiées en journalisme scientifique. Cela dit, les journalistes scientifiques doivent exploiter activement de telles ressources et éviter tout biais sous-jacent dans leurs reportages.

Pourrait-on être plus cosmopolite?

La diversification des contenus scientifiques aidera le grand public à mieux appréhender la science, et ce, à l’échelle tant locale que mondiale. Par ailleurs, si les centres de recherche de premier plan mènent fréquemment des études plus coûteuses, ceux qui sont moins connus pourraient tirer avantage d’une plus grande visibilité.

Bien sûr, il n’appartient pas aux médias de promouvoir des établissements ou des chercheurs scientifiques. Par contre, pour favoriser une vision plus équilibrée des choses, il conviendrait d’assurer la couverture médiatique de petits établissements publics jouissant d’une bonne crédibilité. En effet, ceux-ci n’ont généralement pas accès aux services promotionnels d’organismes subventionnaires ou d’équipes de relations publiques.

Pour des personnes qui ne sont pas attachées à un établissement prestigieux, ce rayonnement accru pourrait se traduire par un élargissement des possibilités de financement et, partant, contribuer à résorber les inégalités.

Trop souvent, les médias occidentaux s’en tiennent à des sources universitaires européennes ou nord-américaines. À preuve, une étude effectuée en 2017 sur la couverture médiatique canadienne des pays en voie de développement conclut à un traitement principalement axé sur les conflits et les désastres. Un intérêt accru pour la recherche internationale pourrait augmenter la popularité des échanges culturels et permettre au public de mieux comprendre la dimension universelle de la recherche scientifique.

Un avenir plus collaboratif

Le monde du journalisme voit éclore des formes inédites de narration – des nouvelles affichées sur Instagram aux balados, en passant par diverses solutions d’intelligence artificielle.

Dès lors, l’image dépassée du journaliste scientifique travaillant en silo est appelée à se métamorphoser – ne serait-ce que pour tenir compte de la complexité des sujets traités et de l’obligation de maîtriser les plateformes numériques émergentes.

Pigistes dans bien des cas, les journalistes scientifiques disposent rarement des ressources ou du temps nécessaires pour optimiser la diffusion multiplateforme de leurs articles. En revanche, l’établissement d’un réseau de communicateurs – dotés chacun d’une expertise, de compétences et d’outils différents – pourrait transformer tout reportage en ouvrage de collaboration.

De même, une modulation des supports rendrait les articles plus accessibles. Par exemple, un texte imprimé pourrait être lu et enregistré, le convertissant ainsi au format audio. Du reste, des publications bien connues, notamment The New Yorker,Wired et Hakai Magazine, le font déjà.

Comme celui des chercheurs qu’ils interviewent, le travail des journalistes scientifiques abonde en moments de curiosité, de frustration, d’ambiguïté et d’exaltation. C’est un boulot en constante évolution. En faisant preuve de créativité et en privilégiant la collaboration, nous tisserons des récits qui méritent d’être racontés.

L’école d’été Projected Futures 3 se tiendra du 5 au 9 août 2019. Participez-y et faites connaître vos idées sur l’avenir du journalisme scientifique.The Conversation

Cristina Sanza, Concordia Science Journalism Project Team Manager, Concordia University; Brittney Borowiec, PhD Candidate in Biology, McMaster University; David Secko, Professor of Journalism, Concordia University; Farah Qaiser, Graduate Student, University of Toronto; Fernanda de Araujo Ferreira, PhD Student, Harvard University; Heather MacGregor, PhD Candidate in Cancer Immunology, University of Toronto; Michael Bramadat-Willcock, M.A. Candidate, Digital Innovations in Journalism Studies, Concordia University, and Pouria Nazemi, Freelance science journalist, Concordia University

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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