Deux méthodes pour mieux comprendre comment le cerveau traite le langage écrit

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Deux méthodes pour mieux comprendre comment le cerveau traite le langage écrit

Sylvie Gendreau, Polytechnique Montréal

Cette chronique est dans la droite ligne et se nourrit des recherches et rencontres publiées sur mon site Les cahiers de l’imaginaire.


Même si lire est un acte fondateur dans l’apprentissage et pour stimuler sa créativité, pour plusieurs, le fait d’être sollicités par les réseaux sociaux, les jeux vidéos et autres distractions, lire devient de plus en plus difficile. Lorsque j’enseigne, je m’aperçois que pour certains étudiants cela représente un vrai défi de lire tous les livres que je conseille. Ils disent avoir du mal à se concentrer et à retenir ce qu’ils lisent. Et pourtant, ils font des études supérieures, imaginez les autres… Mais après l’expérience, ils sont enchantés de leur progrès !

L’être humain a commencé à parler il y a de cela environ 100 000 ans. Il s’est mis à l’écriture beaucoup plus tard, 3 500 environ avant notre ère. Tandis que la lecture de masse n’a véritablement fait son apparition qu’au dix-neuvième siècle.

Pour mieux comprendre ce que l’acte de lire implique, il est nécessaire de considérer le système oculaire, puisque tout stimulus visuel transite par la rétine.

Deux méthodes pour comprendre le cerveau

Deux méthodes sont à la disposition des chercheurs pour mieux comprendre comment le cerveau traite le langage écrit : le potentiel évoqué (la modification du potentiel électrique produite par le système nerveux en réponse à une stimulation externe) et le mouvement des yeux.

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Le mouvement des yeux intéresse tout particulièrement les adeptes des techniques de lecture rapide. Plusieurs paramètres sont en jeux dans une séance de lecture : la position des yeux, la durée de fixation, et la séquence de fixation des mots dans un texte. Plusieurs variables viendront infléchir la valeur de ces paramètres :

  • Les mots peuvent être plus ou moins longs.
  • La prononciation varie d’un mot à l’autre.
  • Dans un texte, certains peuvent revenir à intervalles plus ou moins réguliers.
  • Selon le contexte, la sémantique ou la syntaxe est plus ou moins prévisible.

On estime à environ 300 mots par minute la vitesse moyenne de lecture, soit 200 millisecondes par mot. Le temps de fixation pour un mot ne se limite pas toutefois à la simple reconnaissance graphique du mot en question. 60 millisecondes sont requises pour que l’information soit transmise aux zones du cerveau responsables du traitement lexical. Ensuite, un temps de programmation est nécessaire pour que le nerf oculomoteur incite l’œil à passer au mot suivant. Le temps de fixation variera aussi selon le degré de difficulté lexicale. Pour identifier de manière précise à quel moment le mot est reconnu comme tel par le cerveau, il faut s’en remettre à la méthode du potentiel évoqué.

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Vitesse de lecture

Des chercheurs italiens ont récemment mesuré le temps de lecture silencieuse par rapport au temps de lecture orale. Le temps moyen de lecture silencieuse d’étudiants âgés de 14 à 23 ans est de 12,5 syllabes par secondes, soit le double de la vitesse moyenne de lecture orale. Alors que la vitesse de lecture orale demeure inchangée, la vitesse de lecture silencieuse augmente progressivement et culmine durant les dernières années d’études universitaires.

D’autres recherches en neurosciences confirment, indirectement, le bien-fondé des techniques de lecture rapide. En effet, pour les neurotypiques que nous sommes, nous appréhendons visuellement le monde qui nous entoure, du général au particulier. Nous balayons notre paysage visuel avec une précision d’abord grossière, puis de plus en plus fine jusqu’à en extraire une information utile. Ce processus est exécuté à grande vitesse, souvent inconsciemment, et nécessite une mobilité oculaire élevée. En revanche, le système de reconnaissance visuelle des individus autistes fonctionne de manière inverse. Les autistes ont plutôt tendance à se focaliser sur la reconnaissance de détails précis, pour procéder ensuite à l’élaboration d’une image d’ensemble.

Ce processus neurotypique – une reconnaissance oculaire du général au particulier – vient en quelque sorte confirmer la pertinence des techniques de lecture rapide qui préconise justement de balayer en diagonale et rapidement un texte et de procéder par conséquent du général au particulier.

Le recours de plus en plus répandu des analyses IRM permet d’appuyer ce que les lecteurs avertis savent déjà : la pratique de la lecture en augmente la rapidité et l’efficacité. Une équipe de chercheurs espagnols et chiliens ont récemment démontré que la connaissance linguistique est emmagasinée dans notre mémoire à long terme. Ces réseaux neuronaux se structurent progressivement et existent à l’état latent. Ils sont préactivés à la vue d’un mot, accélérant ainsi le processus de reconnaissance des caractères écrits. Un cerveau entraîné peut ainsi anticiper d’autant plus rapidement la compréhension d’un texte.

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Rituel de lecture

Et voici un petit rituel de lecture pour aider tous ceux et celles qui souhaitent lire davantage et retenir plus longtemps ce qu’ils lisent :

Attitude : se mettre dans une position de concentration, vous commandez votre cerveau et il exécute.

Posture : s’asseoir confortablement en s’assurant d’avoir le dos droit, ne croisez pas les jambes, détendez les épaules, placez les bras pour être confortable.

Ergonomie : placer le livre à la bonne hauteur pour vos yeux, utilisez un support ou quelques livres.

Aide visuel : utiliser un guide visuel, un stylo, un doigt, un pointeur.

Pauses : détendre les yeux toutes les 15 à 20 minutes. Ne lisez pas plus de 60 minutes sans pause. Pendant une pause de 5 minutes, bougez, allez boire un verre d’eau.

Vue d’ensemble : quand vous commencez un nouveau livre, informez-vous rapidement au sujet de l’auteur et du thème et passez en revue la table des matières. Pendant cette reconnaissance, votre cerveau crée un tronçon et fait déjà des associations avec ce que vous connaissez déjà, cela apporte une base à l’exercice de lecture, favorise la concentration et vous aide à cerner ce que vous voulez retirer de votre lecture.

But de la lecture : réfléchissez à ce que vous attendez de cette lecture. Quelles informations sont les plus importantes pour vous ? Définissez votre stratégie de lecture. Quelles sections vous lirez et à quelle vitesse.

Questions : si vous recherchez des réponses précises, formulez vos questions spécifiquement avant d’entreprendre la lecture.

Alarmes : mettez une alarme du temps que vous souhaitez consacrer à la lecture et fermez les autres distractions. Prévoyez un temps tous les jours pour que cela devienne une habitude.

Annotations : identifiez des marqueurs à l’aide de post-its et symboles.

Synthèses : prévoyez dix minutes à la fin de chaque séance de lectures pour faire une brève synthèse de ce que vous venez de lire.

Audio : si vous écoutez un livre audio ou regardez une conférence, faites une carte mentale pendant ou après l’écoute pour écrire les idées principales et secondaires et vos commentaires et inspirations.

Conclusion : lorsque vous avez terminé un livre ou un article, révisez vos notes et faites une fiche synthèse, que vous classerez avec la cartographie réalisée pendant la lecture ou l’écoute.

Répétitions : n’hésitez pas au cours du prochain mois, à relire votre synthèse et vos notes. Le secret : Lire avec une bonne méthode, synthétiser, s’hydrater, dormir et relire.

Exercice pratique : Associez votre lecture à une activité précise. Vous verrez que vous vous souviendrez plus longtemps de votre lecture si vous tentez d’en appliquer les concepts rapidement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’associe souvent un exercice aux billets que j’écris. Si le lecteur joue le jeu, cela l’aide à retenir le concept plus longtemps.

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Astuces pour optimiser vos notes de lecture

Créer un index à la dernière page du livre pour noter les passages qui vous semblent importants.

Si vous retranscrivez vos notes dans un fichier électronique, vous pouvez utiliser un code de couleur (ou des symboles) pour favoriser les consultations de vos notes ensuite

C citations : No de pages

I idées nouvelles que cela me donne : No de page

S stimuli (idées intéressantes)

M principaux messages du livre : No de page

E études intéressantes à référencer : No de pages

Faire une cartographie 24 heures après la lecture, cela vous permettra de faire une synthèse du livre pour mieux mémoriser son contenu.

Faire une fiche manuscrite de ce que vous en avez retenu, 24 heures après la cartographie, cela permet d’avoir du recul pour retenir ce qui est important, et c’est le délai idéal pour se souvenir : 24 heures et 48 heures.

Garder vos fiches accessibles classées selon un thème que vous retrouverez facilement ensuite. La mémoire a besoin de répétition. Il vaut mieux lire un peu tous les jours et prendre des notes si on souhaite se souvenir plus longtemps de nos lectures.

Bonne lecture !La Conversation

Sylvie Gendreau, Chargé de cours en créativité et innovation, Polytechnique Montréal

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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One comment on “Deux méthodes pour mieux comprendre comment le cerveau traite le langage écrit
  1. Eugenie Mengue dit :

    Tres instructif . Methode adoptee .

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