Votre éditeur prend position face à la nouvelle politique culturelle du Canada

Je suis en parfait accord avec la nouvelle politique culturelle du Canada sous le nom «Canada créatif» dévoilée par la ministre du Patrimoine canadien, l’honorable Mélanie Joly, le 29 septembre dernier (2017). Il s’agit de « la vision du gouvernement du Canada pour les industries culturelles et créatives canadiennes dans un monde numérique». J’apporte mon appui à cette politique culturelle à la suite d’une lecture attentive du discours de madame Joly et du Cadre stratégique du Canada créatif.

Cliquez sur le tableau pour agrandir.

Nous avons reproduit dans leur intégralité ces deux éléments essentiels à une bonne compréhension de cette politique dans ce magazine en ligne dès l’annonce de la ministre :

Lancement de Canada créatif – l’honorable Mélanie Joly, ministre du Patrimoine canadien

Le cadre stratégique du Canada créatif, ministère du Patrimoine canadien

Il me faut insister sur une lecture attentive, c’est-à-dire sans préjugés et en toute objectivité, pour cerner adéquatement les faits et ainsi éviter les interprétations erronées. Malheureusement, les réactions de bon nombre d’intervenants dans le milieu de la culture témoignent d’un manque évident d’attention aux propos de la ministre et au texte du cadre stratégique.

Plusieurs de ces intervenants s’attendaient à une forme de mise au pas des géants du web («Amazon, YouTube, ou avec Deezer, Spotify, iTunes et les autres») qu’ils accusent de tous leurs malheurs. Or, je suis d’avis que la crise vécue par l’industrie québécoise de la culture s’explique par son inertie depuis l’avènement des technologies du numérique et l’émergence nouveaux modèles d’affaires innovateurs conséquents depuis la fin des années 90, sans compter les changements de comportement des consommateurs face à ces nouvelles offres sur le web qui, faut-il le rappeler, demeure un espace virtuel sans frontière.

Notre industrie culturelle souhaite aujourd’hui que les géants du web paient le prix des conséquences de son inertie. Je ne suis d’accord avec cette demande parce que rien ne nous garantit qu’elle saura utiliser à bon escient les fonds obtenus des géants du web pour se sortir de l’impasse dans laquelle elle s’est mise.


Ordre des comptables professionnels agréés (CPA) du Québec

Cette publicité télé de l’Ordre des Comptables Professionnels Agréés du Québec illustre fort bien les réactions de notre industrie culturelle face à l’innovation nécessaire pour sortir de la crise et prendre le virage numérique, dans ce cas précis au sein de l’industrie de la musique au prise avec une baisse de la vente de CD. Le CPA propose la création d’une plateforme en ligne à laquelle les gens pourraient s’abonner et écouter de la musique en continue. Or, tous les gens de la maison de disques réagissent à la proposition en riant de cette idée qui, dans la vraie vie, fut concrétisée avec un très grand succès.

L’idéateur de cette publicité a compris à la perfection la situation de l’industrie culturelle d’ici face au nécessaire virage numérique. FÉLICITATIONS.


Notre industrie culturelle ne me semble pas disposer de l’ouverture d’esprit et des outils pour assimiler les nouvelles technologies, les changements de comportement des consommateurs et de l’entrepreneurship essentiel pour innover.

Le problème ne concerne pas les créateurs eux-mêmes mais l’industrie qu’ils alimentent de leurs créations. Nos créateurs peuvent parler haut et fort de leur spécificité. En revanche, l’industrie culturelle n’a de spécifique que son attentisme face aux gouvernements.

Innover, ce n’est pas créer un Amazon québécois, comme le propose l’homme d’affaire Alexandre Taillefer. Innover ne consiste pas à imiter, à reproduire ou à recréer en nos frontières ce qui existe ailleurs. Que veut-on ? Imposer au web des frontières nationales, ghettoïser le web ?

Monsieur Taillefer soutient qu’il faut créer, mousser la demande pour les produits culturels québécois car sans la demande, il n’y a pas de possibilités de développement de l’industrie (source : L’économie de la culture en danger?, Rdi Économie, 21 septembre 2017). Il a raison… depuis la fin des années 90.

À sa création en 1994, Amazon était l’idée novatrice d’un gars qui dormait son auto, faute de mieux. Pourquoi ne pas vendre des livres en ligne, tous les livres disponibles sur le marché dans une grande librairie en ligne sur le web. Le fondateur Jeff Bezos a inventé la «librairie virtuelle»; ça c’est une innovation.


Le site de vente Amazon a été fondé en 1994 par Jeff Bezos. Celui-ci a déclaré avoir été encouragé à créer l’entreprise pour « minimiser [le] regret » qu’il aurait eu de ne pas avoir profité de la ruée vers l’or des débuts d’Internet19. Amazon était à l’origine une librairie en ligne20. Alors que les plus grandes librairies physiques et catalogues de vente par correspondance pouvaient offrir jusqu’à 200 000 titres, une librairie en ligne pouvait aller beaucoup plus loin. Bezos voulait que le nom de son entreprise commence par un A pour apparaître tôt dans l’ordre alphabétique. Il a commencé à regarder dans le dictionnaire et s’est arrêté sur amazon (Amazone) parce que c’était un lieu « exotique et différent » et que le fleuve était considéré comme le plus grand du monde, destinée qu’il souhaitait à son entreprise21.

19. (en) « Person of the Year – Jeffrey P. Bezos », Time Magazine,‎ (lire en ligne [archive])

20. (en) Gary Rivlin, « A Retail Revolution Turns 10 », The New York Times, Seattle, WA,‎ (lire en ligne [archive])

21. Ann Byers (2006). Jeff Bezos: the founder of Amazon.com, The Rosen Publishing Group. Voir pg. 46-47 [archive]

Source : Amazon.com, Wikipédia


Quelle fut la réaction de l’industrie québécoise du livre face à cette innovation ? L’inertie, puis la critique face au succès de l’initiative, puis le refus d’y participer finalement suivi par la perception d’une menace. Amazon, la librairie en ligne, a donc pu se développer allégrement au Québec en occupant l’espace laissé vacant par notre industrie du livre pendant de nombreuses années. Aujourd’hui, Amazon offre un site web canadien en français avec des boutiques francophones qui rivalise avec la librairie en ligne que les libraires indépendants se sont finalement dotés en 2013, soit il y a cinq ans ou 17 ans après l’arrivée d’Amazon, 17 ans de tergiversation face à cette nouveauté. Se plaindre de la concurrence déloyale d’Amazon est déloyale en soit.

Au début des années 2000, le ministère de la Culture et des Communications du Québec a pris les devants avec un investissement de 100,000$ pour doter les libraires du Québec d’une librairie en ligne transactionnelle. Les libraires du Québec ont refusé cette librairie virtuelle quelques heures avant sa mise en ligne. Résumé : 100,000$ de nos taxes et de nos impôts à la poubelle et un retard inexplicable des libraires québécois sur le web. Il faudra attendre plus de dix ans  pour voir les librairies indépendantes du Québec se doter d’une librairie transactionnelle en ligne, soit en 2013. Résumé : plus de 10 ans d’inertie avant de passer à l’acte… avec d’autres subventions de l’État.

Et que penser de la réaction de l’industrie québécoise du livre face à l’arrivée sur le marché des liseuses électroniques et des livres en formats numériques. Même réaction de départ : inertie. Quand Sony lance sa liseuse électronique, il sera disponible partout au Canada en 2008… sauf au Québec parce qu’il n’y a pas assez de livres numériques québécois ! (Voir : Le livre électronique de Sony disponible partout au Canada sauf au Québec).

En 2008, la Société de développement des entreprises culturelles du gouvernement du Québec (Sodec) se contente de «mener un veille», «d’organiser des réunions internes» et «de consulter» (Rapport annuel 2006-2007, Sodec) au sujet du nouveau monde du livre numérique. Pis encore, la Sodec tires les mauvaises conclusions et encourage le scepticisme. Voici ce qu’on peut lire dans son dernier rapport annuel:


AXE 5 OUVERTURE À LA MODERNITÉ ARTISTIQUE ET TECHNOLOGIQUE

OBJECTIF 5.1

Considérer, dans les aides à la production et à la diffusion, le recours aux nouvelles technologies et au numérique comme moyen d’expression et de diffusion.

Mener au besoin une réflexion sur les nouveaux usages reliés à
la diffusion des œuvres numérisées.

La connaissance du contexte économique dans lequel baignent les industries culturelles, tout comme l’évolution de leur marché, figure comme une préoccupation constante de la Société. Nous constatons que la numérisation est actuellement au centre des débats qui y ont cours : elle interpelle les acteurs de plusieurs domaines : ceux de la musique, du livre et du cinéma. L’arrivée de nouvelles plateformes de diffusion liées à Internet et aux appareils mobiles entraîne, il est vrai, de nouvelles possibilités mais aussi de nouvelles contraintes pour les entreprises culturelles (format, coût de production, visibilité, rémunération, etc.).

Parmi les principaux constats émanant des réflexions issues de cette veille d’information, nous relevons un problème de financement éprouvé par ces entrepreneurs culturels. En fait, les investissements nécessaires à la mise à niveau des contenus permettant d’accéder aux nouvelles plateformes s’ajoutent aux dépenses courantes de mise en marché. Il faut comprendre que la numérisation des contenus ne générera pas nécessairement des revenus d’exploitation additionnels puisque les modèles d’affaires sont variables ; bien souvent, ce sont plutôt les fournisseurs de services et d’infrastructures et les fabricants de logiciels qui accaparent l’essentiel des revenus supplémentaires produits, qu’ils surviennent sous forme publicitaire ou par un surplus sur les ventes à l’unité.

Rapport annuel, 2006-2007, Sodec, page 50


Retenons plus particulièrement ce passage :

«Il faut comprendre que la numérisation des contenus ne générera pas nécessairement des revenus d’exploitation additionnels puisque les modèles d’affaires sont variables ; bien souvent, ce sont plutôt les fournisseurs de services et d’infrastructures et les fabricants de logiciels qui accaparent l’essentiel des revenus supplémentaires produits, qu’ils surviennent sous forme publicitaire ou par un surplus sur les ventes à l’unité.»

À l’époque, j’écrivais : «Si le marché du livre numérique ne profitait pas aux éditeurs, comme l’affirme la Sodec, croyez-vous que Harper Collins, Random House, Simon & Schuster, Penguin, Hachette,… investiraient dans le domaine ?»

Mais le plus étonnant vient du fait que la SODEC se limite alors à «Mener AU BESOIN une réflexion». Ce n’était déjà plus le temps d’envisager «au besoin» une réflexion. Il fallait aller de l’avant et vite pour se tailler une place dans le marché.

Et qu’est-ce que nos éditeurs attendaient ? Évidemment, ils attendaient une aide financière de l’État (SODEC) pour produire des livres numériques (500.00$/livre jusqu’à concurrence de 30,000$/an). Là-dessus elle affirme toute sa spécificité. Les éditeurs québécois auront finalement trouvé leur salut dans un entrepôt virtuel de livres numériques, la vente aux bibliothèques et les prêts aux usagers de ces bibliothèques, le tout subventionné en partie par l’État et les municipalités. Là-dessus aussi elle affirme toute sa spécificité.

SPÉCIFICITÉ, VOUS DITES ?

L’industrie québécoise du livre ne bouge pas tant et aussi longtemps que l’État n’allonge pas de l’argent.

Et même encore là, en 2017, il n’est pas question de moderniser la LOI DU LIVRE pour y inclure le livre numérique demande l’Association nationale des éditeurs de livres (Source : Loi 51 – Les éditeurs ne veulent pas inclure le numérique – L’association des éditeurs a livré ses principes pour le nouvel examen de la loi, Catherine Lalonde, LE DEVOIR, 19 février 2016). Ainsi va la modernité au sein de l’ANEL… et le gouvernement du Québec se pliera sans doute à la demande du puissant lobby de cet organisme.


À ce jour, on ne trouve aucune réaction officielle de l’Association des libraires du Québec (ALQ) et de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) à la politique culturelle annoncée par la ministre Mélanie Joly.

Seule l’Union des Écrivaines et des Écrivains québécois (UNEQ) a fait connaître sa position dans une lettre ouverte adressée à la ministre et signée par la président du syndicat, Suzanne Aubry (reproduction intégrale ci-dessous).


Lettre ouverte à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly

Par Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ

Madame la Ministre,

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), comme toutes les autres associations de créateurs et d’artistes du Québec et du reste du Canada, attendait avec impatience l’annonce de votre nouvelle politique culturelle. Malheureusement, force nous est de constater que cette politique, « Canada créatif », annoncée le 28 septembre, est une stratégie d’évitement.

Pourquoi la caractériser ainsi ? Parce qu’en ce qui concerne la révision tant attendue de la Loi du droit d’auteur, rien de tangible n’a été annoncé. La nouvelle politique se contente d’énoncer que « les parlementaires établiront sa portée et le processus à suivre », ce qui signifie que le Parlement décidera des modifications, vous évitant ainsi d’avoir à vous prononcer sur cette révision.

Or, comme vous le savez, le fait que la notion « d’utilisation équitable » ne soit pas clairement définie dans la Loi a mené à une judiciarisation des rapports avec les utilisateurs. Le conflit entre Copibec et l’Université Laval, et celui entre Access Copyright, les universités canadiennes et les ministères de l’Éducation hors Québec, en sont des illustrations éloquentes. De plus, les amendes prévues par la Loi dans le cas de violations commises à des fins non commerciales, qui pourraient s’appliquer aux établissements d’enseignement, sont tellement basses qu’elles favorisent en quelque sorte la spoliation de nos œuvres.

Depuis l’introduction de nouvelles exceptions lors de la refonte de la loi en 2012, les auteurs et éditeurs québécois et canadiens ont été privés de dizaines de millions de dollars en redevances et continuent à en faire les frais. Et pourtant, faut-il vous le rappeler, le revenu médian que les écrivains québécois tirent de leurs droits d’auteurs est de 2 450 $ par année.

L’une des rares mesures touchant le livre dans votre politique prévoit que le Fonds du livre du Canada sera modernisé : « Le programme appuiera des approches novatrices de mise en marché et de promotion des livres canadiens et favorisera une plus grande collaboration à l’échelle de l’industrie. Le programme contribuera aussi au développement de contenu canadien destiné aux plateformes d’apprentissage en ligne. Ainsi, les livres d’auteurs canadiens seront mis à la disposition de tous les étudiants au pays. »

Plusieurs questions restent cependant sans réponse. Quelles seront les modalités de cette mise à la disposition de nos œuvres à tous les étudiants du pays ? Le gouvernement a-t-il prévu une protection des droits des auteurs sur ces plateformes ? Quel sera le rôle des sociétés de gestion ? Encore une fois, votre politique évite de définir clairement la portée de cette modernisation, et aucune mesure ne semble prévue pour assurer la protection des droits des auteurs ou l’instauration d’un système de redevances pour la mise en ligne de leurs œuvres.

Nous sommes d’autant plus inquiets de cette absence d’encadrement dans votre politique culturelle que sa pièce centrale, l’entente que votre gouvernement a négociée avec la plateforme Netflix, ne définit ni l’investissement auquel Netflix s’est engagé, ni la part qui sera attribuée à la production d’émissions en langue française. Encore une fois, vous semblez privilégier davantage une stratégie d’évitement que la mise en place d’une équité fiscale. Comme le soulignait avec justesse le ministre de la Culture et des Communications du Québec, Luc Fortin : « Comment peut-on abdiquer sur cette question-là lorsqu’on sait justement toute la précarité de notre identité dans cet univers numérique ? » Nous croyons qu’une politique culturelle ne peut être définie sur la seule base d’un « arrangement » avec une compagnie étrangère.

Madame la Ministre, l’UNEQ vous demande d’assurer les auteurs que vous verrez, au moment de la révision de la Loi sur le droit d’auteur, à ce que la notion d’utilisation équitable soit clairement définie et à ce que des amendes plus strictes en cas de violation des droits des auteurs soient rétablies. Nous vous demandons également de préciser les modalités de la modernisation du Fonds du livre du Canada, afin de garantir que les droits des auteurs seront respectés.


Dans le discours prononcé par la ministre Joly lors du lancement de la politique culturelle canadienne, on trouve passage au sujet de la Loi sur le droit d’auteur :


Loi sur le droit d’auteur : pleins feux sur les créateurs

Investir dans les créateurs, c’est aussi veiller à ce qu’ils soient rémunérés de façon équitable. Pour ce faire, ils doivent pouvoir protéger leur propriété intellectuelle et en tirer le meilleur parti.

Nous allons bientôt procéder à un examen parlementaire de la Loi sur le droit d’auteur. Et je vais travailler d’arrache-pied pour m’assurer que cet examen défende les intérêts des créateurs.

De même, nous allons procéder à une réforme de la Commission du droit d’auteur pour nous assurer d’investir dans le contenu culturel, de payer plus rapidement nos artistes et de réduire les coûts pour toutes les parties.

Toutes ces initiatives vont aider les créateurs à transformer de formidables idées en contenu extraordinaire.

Notre message pour eux est clair : prenez des risques, avancez des propositions audacieuses et uniques, et nous vous aiderons à réussir.

SOURCE : Canada créatif, Patrimoine canadien.


Et dans le «cadre stratégique du Canada créatif», on trouve un sous-titre consacré à la loi du droit d’auteur :


Pilier 1. Investir dans les créateurs et les entrepreneurs culturels canadiens et leurs récits

1.5 Lancement de l’examen parlementaire de la Loi sur le droit d’auteur

Un examen parlementaire de la Loi sur le droit d’auteur doit être lancé en 2017. Le gouvernement enclenchera l’examen, tandis que les parlementaires établiront sa portée et le processus à suivre. Il est temps de se pencher à nouveau attentivement sur le droit d’auteur et de vérifier si ce régime répond à ses nombreux objectifs stratégiques. Il est essentiel que les créateurs canadiens soient bien équipés pour tirer pleinement parti des possibilités offertes par l’environnement numérique. Les Canadiens apprécient le contenu créatif. Chaque jour, ils en profitent, le partagent, le regardent et l’écoutent. De nombreux créateurs indiquent cependant qu’ils ont de la difficulté à obtenir une rémunération pour la consommation de leurs œuvres, et ce, même lorsque la demande est en hausse, surtout en ligne. Les nouvelles technologies et les nouveaux joueurs ont perturbé les modèles d’affaires traditionnels – ils ouvrent des perspectives intéressantes sur de nouveaux modèles d’affaires et de nouvelles sources de revenus.

Le droit d’auteur est un outil important qui donne aux créateurs le pouvoir nécessaire pour réussir sur un marché mondial concurrentiel. Notre cadre du droit d’auteur est un élément essentiel de notre économie créative, et le restera. En vertu d’un régime de droit d’auteur efficace, les créateurs peuvent tirer profit de la valeur de leurs œuvres, et les utilisateurs peuvent continuer d’avoir accès à une vaste gamme de contenu culturel.

SOURCE : Le cadre stratégique du Canada créatif, Patrimoine canadien.


Selon l’UNEQ : «La nouvelle politique se contente d’énoncer que « les parlementaires établiront sa portée et le processus à suivre », ce qui signifie que le Parlement décidera des modifications, vous évitant ainsi d’avoir à vous prononcer sur cette révision.» C’est là une interprétation car toutes les décisions du Parlement au sujet de la Loi sur le droit d’auteur implique la position de la ministre concernée. Autrement dit, elle se prononcera sur le sujet lors de l’examen parlementaire de la Loi sur le droit d’auteur. On ne peut pas trouver dans une politique culturelle tous les détails alors que ces derniers demeurent à venir suivant l’examen de la Loi sur le droit d’auteur par les parlementaires.

En n’annonçant pas sa position au sujet de la Loi sur le droit d’auteur lors du lancement de sa politique culturelle, la ministre tient grande ouverte la porte à la discussion avec les auteurs, ce que souhaite l’UNEQ puisque sa président affirme dans sa lettre ouverte (le caractère gras est de nous) : «Madame la Ministre, l’UNEQ vous demande d’assurer les auteurs que vous verrez, au moment de la révision de la Loi sur le droit d’auteur, à ce que la notion d’utilisation équitable soit clairement définie et à ce que des amendes plus strictes en cas de violation des droits des auteurs soient rétablies.» Bref, le dialogue est ouvert.

Si la ministre avait pris position sur les modifications à apporter à la Loi sur le droit d’auteur dès le lancement de la politique culturelle canadienne, nous serions, non pas dans un dialogue, mais dans un débat. La ministre promet que ce débat viendra.

À mon avis,  le lancement de la politique culturelle n’était pas le moment pour ouvrir un débat sur la position de la ministre au sujet de la modification de la Loi sur le droit d’auteur, en tout respect de l’ensemble des parlementaires.


Mais la démocratie étant ce qu’elle est, bon nombre de journalistes, d’intervenants de l’industrie culturelle et même de la fiscalité ont monter en épingle plusieurs aspects de la politique culturelle alors promis à des discussions et des débats à venir et annoncés dans le «cadre stratégique du Canada créatif». Il s’agit ni plus ni moins d’une feuille de route :


Un Canada créatif pose les jalons d’une action concertée. Il nous donne une feuille de route pour négocier le virage qui s’amorce et pour appréhender notre économie créative selon une optique pangouvernementale. Pour y arriver, nous aurons besoin du leadership de nombreux intervenants, y compris des organismes de notre portefeuille et de leurs conseils d’administration.

SOURCE : Le cadre stratégique du Canada créatif, Patrimoine canadien.


Un journaliste a reproché à la ministre d’avoir fait une annonce au sujet de Netflix lors du lancement de la politique culturelle. Le journaliste a précisé que la ministre avait détourné l’attention de tous au profit de Netflix et au détriment de sa politique culturelle. Ce n’est pas la ministre qui a fait tout un plat au sujet de Netflix mais bel et bien les journalistes, les fiscalistes et un nombre élevé d’intervenants de l’industrie culturelle. À mon avis, les médias sont en grande partie responsables du détournement de l’attention de la population sur la position de la ministre au sujet de Netflix.

Le gouvernement fédéral a décidé de ne pas taxer Netflix. Les médias peuvent alimenter le débat mais pas au point de passer sous silence la politique culturelle elle-même. Ce n’est pas démocratique.

Quand vient le temps de traiter des géants du web, j’ai l’impression que les médias et les intervenants concernés perdent le nord. Ils accusent ces géants du web de leur succès en nos frontières. Or, ces géants du web, nés petit à l’initiative de jeunes entrepreneurs voir de simples étudiants doués, ont du succès ici et ailleurs dans le monde parce qu’ils ont innovés. Ils n’ont pas attendu de l’aide de l’État pour développer leurs projets, contrairement à ce qui se passe au Québec.

Les géants du web ne sont pas responsables du retard du Québec et du Canada dans le virage numérique. En ne faisant pas ses devoirs numériques, très souvent par manque de connaissance et par résistance aux changements et inertie, l’industrie culturelle québécoise a perdu un temps précieux et elle s’est ainsi plongée dans une crise qu’elle a fomentée.

Quand aux médias écrits, aussi en crise, je les accuse des même maux. Ils reprochent à Google et Facebook d’accaparer les recettes publicitaires :


« Des journalistes sont mis à pied et la couverture de l’actualité décline parce que Google et Facebook empochent maintenant les recettes publicitaires, a ajouté M. Dias. Le gouvernement doit intervenir avant qu’il soit trop tard. »

Jerry Dias, président national d’Unifor,

Source : Il faut accélérer l’examen de la politique culturelle, Unifor.


Et que veulent-ils ? De l’aide de l’État :


Dans un rapport de 2016, le Forum des politiques publiques recommandait une aide de 300 millions de dollars pour les journaux et, en juin 2017, l’organisation représentant les éditeurs de journaux a fait une proposition similaire à la ministre.

Source : Il faut accélérer l’examen de la politique culturelle, Unifor.


Les médias doivent d’abord démontrer à la population qu’ils sont capables de s’assurer un avenir par l’innovation.

Car l’innovation est roi et maître dans le domaine du numérique.

L’innovation ne consiste pas à imiter, à faire comme les autres, voire à rejoindre le premier coureur, mais à lancer une nouveauté, quelque chose d’inédit. C’est ainsi que les géants du web sont nés.


Les gouvernements ne seront d’aucune aide dans cette quête d’inédits. Ils ne savent même pas faire un fichier PDF comme du monde. La saisie d’écran ci-dessous le prouve hors de tout doute. Il s’agit des propriétés du fichier PDF du cadre stratégique de la politique culturelle annoncée par la ministre Joly et disponible sur le site web de Patrimoine canadien.

Le fichier document a pour nom «FINAL Backgrounder_FR». Il est sans titre, sans aucune mention de l’auteur du document, sans sujet, sans mots-clés, et sans métadonnée, pas même une mention du copyright (voir saisie d’écran ci-dessous).

Quand je parle de faire ses devoirs numériques, je fais, entre autres choses, référence à la production d’un simple fichier en format PDF pour en assurer la découvrabilité par tous, y compris les géants du web.

Ah ! Misère !Enregistrer

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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  1. […] de notre industrie culturelle face au nouveau monde du numérique. Dans mon article publié hier, Votre éditeur prend position face à la nouvelle politique culturelle du Canada, je dresse un portrait de la situation en pointant du doigt l’inertie de notre industrie […]

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