«Le 12 août, j’achète un livre québécois»… pour supporter les auteurs ou les intermédiaires ?

Dans section «Actualité» du site web du ministère de la Culture et des Communications du Québec on peut lire :

Le 12 août, j’achète un livre québécois

Pour la 4e année consécutive, le public québécois est invité à participer à l’évènement « Le 12 août, j’achète un livre québécois », lancé à l’initiative des auteurs Patrice Cazeault et Amélie Dubé. Cette activité est devenue au fil des ans, grâce aux médias sociaux et à l’appui des libraires, une occasion pour découvrir la littérature québécoise et les auteurs d’ici.

Pour en savoir plus ou pour y participer, visitez l’événement Facebook officiel pour 2017 « Le 12 août, j’achète un livre québécois » ou consultez votre librairie agréée préférée!

Source : Minitère de la Culture et des Communications du Québec

Le ministère oriente donc la population vers les librairies agréées. Est-ce le vœux exprimé par les créateurs de cet événement lancé sur Facebook par les auteurs Patrice Cazeault et Amélie Dubé ? Voici la présentation de l’événement par ces auteurs sur la page Facebook de l’événement :

Le 12 août, j’achète un livre québécois

Vous souvenez-vous? Depuis quatre ans, nous nous lançons le défi de transformer le marché du livre au Québec pour une journée? Ai-je besoin de vous rappeler le succès fracassant de l’événement?

Ça vous dit de recommencer cette année?

Encore une fois, nous vous invitons bien humblement à vous joindre à nous le 12 août 2017 pour vous procurer un livre québécois, pour faire vivre et rayonner notre culture, pour soutenir un auteur d’ici…

Comme l’an dernier, faisons-en un événement festif. Le 12 août, partagez avec nous vos selfies (avec votre nouveau livre ou votre bon de commande en ligne!), une image de vos enfants le nez collé à leur nouveau bouquin préféré, un montage en noir et blanc (ou avec le filtre de votre choix sur instragram) de votre dernière trouvaille.

En attendant, venez discuter avec nous de vos découvertes littéraires, de votre passion ancrée au plus profond de votre âme ou de cette curiosité pour la lecture que vous venez tout juste de vous découvrir en survolant cette page!

Bref, amusons-nous.

Il y a tant de plumes extraordinaires au Québec. Des univers à explorer, des mots pour nous faire rêver, pour nous secouer, nous surprendre, nous tirer des larmes ou nous faire éclater de rire. Des mots soigneusement choisis pour nous faire vivre quelque chose de précieux, de différent.

Cette année encore, j’achète un livre québécois.

Alors, qui est avec nous?

(Patrice Cazeault et Amélie Dubé, auteurs)

Source :Le 12 août j’achète un livre québécois, Événement, Facebook.


«pour soutenir un auteur d’ici…»

L’événement «Le 12 août j’achète un livre québécois» est organisé «pour faire vivre et rayonner notre culture, pour soutenir un auteur d’ici…» En aucun temps, les organisateurs orientent les participants à cet événement vers un point de vente donné. Il est uniquement question de l’achat d’un livre québécois.

Je dénonce la récupération de l’événement par le ministère de la Culture et des Communications du Québec au profit des librairies agréées parce qu’on trouve bon nombre d’autres points de vente du livre québécois.


N’est pas une «entreprise québécoise dans le domaine du livre» qui veut

L’«industrie culturelle», dans le milieu même de l’industrie culturelle et du gouvernement, se limite aux entreprises du livre agréées par le ministère de la Culture et des Communications du Québec en vertu de la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (la Loi du livre).

Mais n’est pas une «entreprise québécoise dans le domaine du livre» qui veut. Tous les points de vente de livres québécois ne sont pas reconnus par cette loi, à commencer par les grandes surfaces, les dépanneurs, les clubs vidéo-librairie, les magasins à rayons… Et toute la chaîne du livre née des nouvelles technologies : éditeurs en ligne, libraires en ligne, bibliothèques numériques en ligne… Pas plus que que les auteurs autoédités et les auteurs édités à compte d’auteur.

Pour être un auteur, un vrai, et pouvoir s’attribuer le titre d’écrivain, il faut être édité par un éditeur agréé par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.

Et pour être un éditeur agréé, il faut obligatoirement que sa production de livres soit distribuée dans les librairies… agréées par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.

Si vous êtes un éditeur uniquement en ligne offrant uniquement votre production de livres dans une ou des librairies uniquement en ligne sur le web, à l’instar de la Fondation littéraire Fleur de Lys, vous ne pouvez pas obtenir un agrément du ministère. Vous n’êtes pas une entreprise dans le domaine du livre au sens de la Loi du livre.


Autrement dit, toute entreprise dans le domaine du livre n’est pas nécessairement une entreprise dans le domaine du livre au Québec, et ce, par force de loi.


Politiques du livre discriminatoires

Toutes les politiques québécoises (et canadiennes) dans le domaine du livre sont «exclusives», par opposition à «inclusives». Il s’agit ni plus ni moins que de politiques discriminatoires.

Tous les efforts du gouvernement Québec n’ont pas pour but de soutenir la littérature québécoise mais plutôt le développement des entreprises agréées par son ministère de la Culture et des Communications et reconnues à ce titre comme étant l’industrie du livre.


Marché planifié

L’industrie québécoise agréée dans le domaine du livre par le gouvernement a donc obtenu de ce dernier, par la Loi du livre, un monopôle. Lequel ? Celui d’être la seule et unique pouvant recevoir l’aide financière du gouvernement et profiter de ses politiques exclusives.

Par exemple, les bibliothèques doivent obligatoirement se procurer leurs livres auprès des libraires agréés.

Acquisition de livres par les acheteurs institutionnels

Description

Depuis 1981, la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (chapitre D-8.1) oblige les acheteurs institutionnels à acheter tous leurs livres, à lexception des manuels scolaires, dans au moins trois librairies agréées de leur région administrative. Cette mesure vise à augmenter l’accès d’un point de vue territorial et économique au livre dans toutes les régions du Québec par l’entremise d’un réseau de librairies réparties sur l’ensemble du territoire.

Seules les librairies pour lesquelles un agrément a été délivré par la ministre de la Culture et des Communications à son titulaire sont agréées.

Les commerces dont l’activité principale ou accessoire est la vente de livres, mais pour lesquels un agrément n’a pas été délivré ne sont pas des librairies agréées. Les acheteurs institutionnels ne peuvent effectuer l’achat de leurs livres dans ces établissements.

La procédure et les conditions relatives à l’acquisition de livres sont prévues au Règlement sur l’acquisition de livres par certaines personnes dans les librairies agréées (chapitre D-8.1, r. 1).

Les acheteurs institutionnels et les titulaires d’un agrément de librairie agréée sont tenus de s’y conformer.

Source : MCCQ

Ainsi, si êtes une bibliothèque reconnue, c’est-à-dire, subventionnée par le gouvernement (ministère de la Culture et des Communications et ministère de l’éducation), vous recevez des subventions gouvernementales. Et vous devez utilisez la part de ces subventions dédiée à l’achat de livres auprès des librairies agréées par le ministère.

En plus de cette clientèle institutionnelle captive, le libraire agréé a droit à une remise minimale de 40% du prix de vente sur chaque exemplaire vendu.

Agrément des libraires

D’autre part, la Loi oblige les distributeurs et les éditeurs, qu’ils soient agréés ou non, à accorder aux libraires agréés une remise minimale de 40 % (30 % pour une catégorie d’ouvrages déterminés à l’annexe B du Règlement chapitre D-8.1, r. 2) lors des achats de livres.

Source : MCCQ

On se rapproche dangereusement de ce que les vieux appelaient sans gêne un «racket» pratiqué par une mafia du livre.


Au fil des ans, la Loi du livre devient un dogme digne de ceux du Vatican

Mais il faut ce qu’il faut pour soutenir le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre, diront d’autres. Pour ces derniers, la Loi du livre adoptée en 1981 n’était pas simplement utile mais absolument nécessaire pour qu’une véritable industrie québécoise du livre voit le jour, s’assure à jamais une domination sans partage du marché et ainsi mettre au pas toutes concurrences étrangères. Aucun autre secteur industriel québécois ne jouit des avantages d’une telle loi.

Au fil des ans, la Loi du livre devient un dogme digne de ceux du Vatican. On ne touchera pas à la Loi du livre, pas même pour y inclure le livre numérique; les éditeurs (agréés) refusent cet ajout à la Loi. Tout au plus, la révision de la Loi du livre en cours portera sur des modifications mineures aux règlements inhérents à loi.

La Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC – Gouvernement du Québec) présente ainsi les résultats de la Loi du livre (Loi 51) :

Trente ans après l’entrée en vigueur de la loi 51, on peut constater que l’approche québécoise a produit des résultats bénéfiques pour les créateurs, l’industrie et la société. Tel que décrit dans le document de l’ADELF : « La filière du livre emploie actuellement environ 12 000 personnes au Québec et génère un chiffre d’affaires annuel de près de 700 M $, ce qui en fait la plus grande industrie culturelle québécoise. Plus de 4 500 titres sont publiés ici chaque année. Au prorata de la population, le volume d’édition est comparable, par exemple, à celui de la France, de l’Italie et de l’Allemagne. Les titres québécois (littérature générale et scolaire) occupent plus de la moitié du marché du livre. Par ailleurs, les lecteurs québécois ont aussi pleinement accès à la littérature du monde entier grâce à un système d’importation et de distribution efficace qui met en marché environ 30 000 nouveautés en langue française par année ».

Source : Mémoire de la Commission du livre de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec présenté à la Commission de la culture et de l’éducation – CONSULTATION SUR LA RÉGLEMENTATION DU PRIX DE VENTE AU PUBLIC DES LIVRES NEUFS IMPRIMÉS ET NUMÉRIQUES, 23 août 2013, p. 14.


Comment une industrie avec un chiffre d’affaires annuel de près de 700 millions de dollars n’arrive-t-elle pas à faire vivre sa principale source de matière première, ici les auteurs ?

Écrire ne fait pas vivre (Québec), Observatoire de la culture et des communications du Québec, Statistiques en bref – No 01 / Avril 2003.

Une enquête de l’Observatoire de la culture et des communications – Le dur métier d’écrivain / 28 % de ceux qui vivent de leur plume ont des revenus qui sont inférieurs à 15 000 $, Caroline Montpetit, LE DEVOIR, 2 mai 2003

Il n’est pas facile de vivre de ses droits d’auteur au Québec. La preuve, c’est que seulement 9 % des écrivains québécois y arrivent. Des écrivains qui vivent essentiellement de leurs revenus d’écriture, 28 % ont des revenus qui sont inférieurs à 15 000 $ et 26 % ont des revenus supérieurs à 60 000 $. Ce dernier échantillon ne regroupe cependant que 2 % de l’ensemble des écrivains, soit une vingtaine de personnes au Québec.

L’auteur, maillon faible de l’industrie littéraire, Louis Laforce, Québec, Le Soleil – Opinions, 19 janvier 2013

L’auteur est le maillon faible de l’industrie littéraire. Il écrit par passion et parce qu’un sourire sur le visage d’un lecteur le comble de joie. Mais ça ne met pas de beurre sur la table.

« Écrivain, on ne vit pas de ça au Québec », Sophie Cazenave,  Radio-Canada, 25 janvier 2017

Quand Patrick Isabelle s’adresse à la trentaine d’ados assis sagement en face de lui pendant le cours de français de madame Hervet, l’auteur n’y va pas par quatre chemins : « Mon métier principal, c’est écrivain, mais on ne vit pas de ça au Québec. Du moins, c’est difficile d’en vivre. »

Vivre de sa plume au Québec, une réalité pratiquement impossible, Pierre-Yves McSween, La Presse+, 31 mai 2017

Maintenant, si l’auteur réussit à vendre 5000 exemplaires de son livre, il peut crier de joie parce que c’est un exploit difficile à réaliser, mais cela ne fait quand même bien qu’un revenu de 12 500 $. Rien pour se payer une vie décente.


Revenons à la question : Comment la plus grande industrie culturelle au Québec avec 12,000 employés, subventionnée par l’État, protégée et avantagée par une loi juste pour pour elle et avec un chiffre d’affaires annuel de près de 700 millions de dollars n’arrive-t-elle pas à faire vivre sa principale source de matière première, les auteurs ?

La réponse est simple : parce que cette industrie en a décidé ainsi. L’industrie du livre a décidé de verser à l’auteur 10% du prix de vente au détail de chaque exemplaire vendu.

Pourtant on dit : «Sans auteur, pas de livre». Mais l’industrie s’empresse de répondre : «Sans livre, pas d’auteur» (Les éditions du Septentrion).


Œuvre gratuite

L’industrie va plus loin, non seulement en se limite à verser une redevance de 10%, mais elle acquiert l’œuvre de l’auteur tout à fait gratuitement. Ainsi, aucun coût d’acquisition de l’œuvre ne figure parmi les dépenses de l’éditeur :

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Dans cette industrie, le fournisseur de matière première (l’auteur) n’apparaît pas dans le coût d’un livre, pas plus que l’acquisition de son œuvre.


L’auteur doit céder gratuitement à l’éditeur tous ses droits d’auteur sur son œuvre

En fait, l’auteur doit céder gratuitement à l’éditeur tous ses droits d’auteur sur son œuvre, et ce pour une période allant jusqu’à 50 ans après son décès. La cession des droits d’auteur par l’auteur à l’éditeur ne rapporte rien à l’auteur. Il s’agit d’une exigence de l’éditeur. Si l’auteur refuse de céder ses droits d’auteur, l’éditeur lui refusera la signature d’un contrat d’édition.

La période jusqu’à 50 ans après de décès de l’auteur s’accorde avec la Loi sur le droit d’auteur. Après cette période, l’œuvre n’est plus protégée par la la loi et devient une œuvre du domaine public que tous peuvent utiliser gratuitement, sans devoir payer un cent au titulaire des droits d’auteur désigné par l’auteur.

En général, le droit d’auteur demeure valide pendant toute la vie de l’auteur, puis pour une période de 50 ans suivant la fin de l’année civile de son décès. Par conséquent, la protection inhérente au droit d’auteur prend fin le 31 décembre de la cinquantième année suivant le décès de l’auteur.

Le Guide du droit d’auteur, Office de la propriété intellectuelle du Canada

Votre droit d’auteur existe au Canada pendant toute votre vie et 50 ans après votre décès. Par la suite, l’œuvre appartiendra au domaine public et n’importe qui pourra l’utiliser. C’est le cas pour la plupart des œuvres, mais il existe toutefois certaines exceptions.

Qu’est-ce que le droit d’auteur? Office de la propriété intellectuelle du Canada


Aide financière de l’État

Non seulement l’éditeur obtient gratuitement l’œuvre et les droits d’auteur sur cette œuvre qu’il va éditer, il aura aussi accès à l’aide financière de l’État, grâce à son agrément par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.

Une industrie subventionnée

En 2015, Québec a donné 6 millions de dollars en aide à l’édition, sans compter les 6 millions additionnels accordés en crédits d’impôt. Le gouvernement fédéral aussi subventionne des maisons d’édition avec le Conseil des arts du Canada.

Le côté sombre du livre québécois, Sylvie Fournier, Radio-Canada, 10 mars 2016

L’aide à l’édition du gouvernement fédéral provient à la fois du Fonds du livre du Canada géré par le ministère Patrimoine Canadien et du Conseil des arts du Canada.

Éditeurs littéraires

Appuyer la pratique artistique

La composante Éditeurs littéraires du programme Appuyer la pratique artistique finance les éditeurs canadiens de livres littéraires et de revues qui sont engagés dans le développement et la promotion des auteurs canadiens. Les subventions soutiennent la publication de livres littéraires et de revues écrits par des auteurs canadiens.

Financement – Subventions – Appuyer la pratique artistique – Éditeurs littéraires, Conseil des arts du Canada

En 2014-2015, le Fonds du livre du Canada a versé en subvention aux éditeurs québécois un total de 16 610 821 $ (Liste des bénéficiaires) dans le cadre de programme Soutien à l’édition et 88 836 $ (Liste des bénéficiaires) dans le cadre de son programme Développement des entreprises (source). Le total de l’aide aux éditeurs québécois dans le cadre des programmes du Fonds du livre du Canada est de : 16 699 657 $.

Avec les 12 000 000 $ du Québec, le grand total s’élève maintenant à  28 699 657 $ pour l’année 2014-2015. Et ce grand total ne comprend pas les 3 722 800 $ subventions accordées aux éditeurs québécois par le Conseil des arts du Canada en 2014 (Source). Le GRAND TOTAL de l’aide publique aux éditeurs québécois est de 29 022 457 $ pour une seule année financière.


Répercussion nulle pour les auteurs de l’aide publique à l’industrie du livre

Dans la littérature spécialisée dans le domaine du livre, les éditeurs n’utilisent pas cette aide publique, ne serait-ce qu’une part, pour soutenir les auteurs mais uniquement pour leur propre rentabilité.

La littérature spécialisée associe cette aide publique à un effort pour abaisser le point mort ou, si vous préférez, le seuil de rentabilité de l’édition d’un livre. Le calcul se fonde sur nombre d’exemplaires à vendre avant de tirer des profits de l’investissement de l’éditeur.

Bien sûr, l’aide publique accordée aux éditeurs a pour effet d’abaisser ce point mort. À 3 802$ d’aide publique par titre édité en moyenne, le point mort s’abaisse de 512 exemplaires, à 2 285, soit tout juste sous le nombre d’exemplaires vendus. De là à conclure que l’aide gouvernementale est essentielle au maintien de la rentabilité du secteur, il n’y a qu’un pas à franchir. Ajoutons que dans le cas de figure où serait obtenu un crédit d’impôt représentant 20% du coût de préparation et 10% des frais d’impression du premier tirage (soit au total 1 517$), le point mort s’abaisserait encore de 204 exemplaires, ce qui nous amènerait à 2 081 exemplaires.

Les chiffres des mots, Marc Ménard, Sodec, 2001, chapitre 5 – L’édition, p. 150

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On peut lire au bas du tableau ci-dessus : «(…), le livre neuf est donc, grâce au soutien des gouvernements, offert à un prix accessible aux lecteurs».

Marc Ménard ajoute «De là à conclure que l’aide gouvernementale est essentielle au maintien de la rentabilité du secteur, il n’y a qu’un pas à franchir» (voir citation ci-dessus).

Or, la démonstration de la rentabilité du secteur de l’édition propose de s’attarder à la publication d’un titre, d’un seul titre servant de modèle. On sait tous que l’éditeur publie plusieurs titres par année.


Subvention versée selon le pourcentage des ventes brutes

Pour les ouvrages admissibles, le montant de l’aide correspond à un pourcentage du chiffre de ventes réalisé au cours du dernier exercice financier de l’entreprise, selon les catégories d’ouvrages admissibles. L’aide maximale est de 100 000 $.

Aux fins du calcul, le demandeur doit fournir un rapport des ventes brutes par catégorie et joindre la liste des ouvrages publiés dans la dernière année.

Plus encore, l’aide publique à l’éditeur n’est pas liée aux ventes d’un titre mais de la catégorie (poésie, théâtre, roman…). Plus l’éditeur agréé publie un nombre élevé de titres par année, plus il aura des chances de ventes et, le cas échéant, plus il recevra des subventions.


Le modèle illustré ci-dessus impliquant un tirage initial de 1000 exemplaires ne tiennent pas nécessairement la route. Voici pourquoi.


Système d’office : en avant les nouveauté

Dans un premier temps, il faut tenir du système d’office appliqué dans l’industrie québécoise du livre. Il s’agit d’un système obligeant les librairies agréées à recevoir les nouveautés des éditeurs agréés par le biais des distributeurs/diffuseurs à titre d’intermédiaires.

NOTE : (Les termes « l’office », « les offices », « la mise à l’office », « le système d’office » ou encore « les envois d’office » sont souvent employés dans le même sens que « le système de mise à l’office ».)

Les pratiques

Le système des offices (9) est un mode de commercialisation basé sur des envois automatiques et réguliers de la part des éditeurs et diffuseurs aux libraires, par le biais des distributeurs, et dont la fréquence est tributaire des arrivages des éditeurs. Ce système permet aux libraires de recevoir les nouvelles parutions ou rééditions selon des grilles préétablies, et ce, avec des droits de retour précisés.

La grille d’office est un outil de planification qui ventile la production par grandes catégories (parfois des centaines) et par degré de facilité escomptée des ventes. « Pour que le système de l’office soit efficace, il est essentiel que le détaillant ait établi un profil sérieux de sa clientèle et de ses collectivités. À partir de ce profil de clientèle, chaque diffuseur détermine avec le libraire une grille d’office des nouveautés par sujet, et s’il y a lieu par collection; en fonction des catégories de vente (best-seller, grande vente, moyenne vente, petite vente). Cette grille d’office peut être modifiée à la suite d’une entente entre le détaillant et le diffuseur. Lors des rencontres avec son client, le représentant du diffuseur l’informe de la liste des nouveautés à paraître et des quantités de livres qu’il devrait recevoir en vertu de la grille d’office. Ces quantités peuvent alors être modifiées – en ajout ou en retrait – d’un commun accord. Ces nouvelles quantités s’appellent des prénotés. » (10). Avec les années, les grilles d’office sont de plus en plus élaborées et raffinées selon les profils des clients, et le prénoté devient une pratique de plus en plus courante à laquelle on a recours pour ajuster les grilles préétablies par les distributeurs.

Les différents acteurs de la chaîne d’approvisionnement du livre sont tous liés entre eux par des ententes commerciales. « Les diffuseurs-distributeurs ont des contrats leur garantissant l’exclusivité des droits de diffusion-distribution sur le marché canadien des livres des éditeurs qu’ils représentent » (11). Les diffuseurs obtiennent des éditeurs québécois ou étrangers l’autorisation d’agir comme leurs représentants exclusifs pour la promotion et la commercialisation de leurs ouvrages. Quant aux distributeurs, ils sont responsables de l’aspect logistique des opérations (traitement et expédition des livres, notamment les offices, facturation et remontée des recettes vers l’amont). En pratique, dans la plupart des cas au Québec, les distributeurs agissent également à titre de diffuseurs.

L’ouverture obligatoire du compte d’un libraire chez un distributeur spécifie les termes de paiement accordés par le distributeur ainsi que l’information sur les conditions commerciales consenties par le diffuseur, dont les remises qui peuvent varier d’un client à l’autre.

Selon les pratiques commerciales courantes, l’expédition des livres aux librairies est payée par les distributeurs tandis que les retours voyagent aux frais des librairies. Les factures sont payables le plus souvent en 60 jours fin de mois, mais la moyenne s’établit à environ 75 jours. Quant aux délais de paiement des distributeurs aux éditeurs, ils sont en moyenne de 60 jours après la mise à l’office. Généralement, le droit de retour est de douze mois.

Plus précisément, deux facteurs affectent le bon fonctionnement de l’économie de l’office et la rentabilité de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement : 1) l’ampleur et l’évolution des taux de retour; 2) les délais de paiement le long de la filière, lesquels induisent des dynamiques fort différentes, selon les secteurs, des flux mensuels de liquidité.

(9) Un office peut comprendre des nouveautés ou toute autre parution dont la remise en vente a été motivée, par exemple, par l’actualité ou la réimpression d’un livre.

(10) Guide des us et coutumes de la diffusion et de la distribution de livres, ADELF

(11) Guide des us et coutumes de la diffusion et de la distribution de livres, ADELF

SOURCE : Étude sur la mise en marché des nouveautés par le système de l’office au Québec, Analyse du fonctionnement, des paramètres de performance et des frais d’exploitation / Novembre 2007, Le secrétariat du Comité sur les offices / Table de concertation interprofessionnelle du milieu du livre, pp.14-15

Ce système d’office date des années 1970 et fut intégré à la Loi du livre adoptée en 1981. Le libraire agréé doit s’y soumettre :

Conditions reliées au stock de livres

Pour une librairie générale de langue française :

— détenir, durant toute l’année, un stock minimum de 6000 titres différents, soit 2000 livres publiés au Québec et 4000 publiés ailleurs qu’au Québec, et respecter la répartition de ces titres dans les 7 catégories prévues par le Règlement avec leurs minimums respectifs (voir l’annexe B du Règlement sur l’agrément des libraires, chapitre D-8.1, r. 4 pour la répartition);

— recevoir les envois d’office d’au moins 25 éditeurs agréés et garder les titres en étalage au moins 4 mois.

Pour une librairie générale de langue anglaise :

— détenir, durant toute l’année, un stock minimum de 6000 titres différents, soit 2000 livres publiés au Canada et 4000 publiés ailleurs qu’au Canada et respecter la répartition de ces titres dans les 7 catégories prévues par règlement avec leurs minimums respectifs (voir l’annexe B du Règlement sur l’agrément des libraires, chapitre D-8.1, r. 4 pour la répartition);

— recevoir les envois d’office des livres publiés en anglais de tous les éditeurs agréés et garder les titres en étalage au moins 4 mois.

Note : Une librairie peut cumuler un agrément en français et un agrément en anglais. Dans ce cas, elle doit détenir un minimum de 6000 titres différents en français et de 6000 titres différents en anglais et répondre aux exigences des 2 agréments, considérés séparément.

Pour une librairie spécialisée :

— posséder en tout temps un nombre de titres représentatif de l’ensemble des titres publiés dans la discipline de l’agrément;

— recevoir les envois d’office de tous les éditeurs agréés publiant des œuvres dans la discipline pour laquelle la librairie est agréée et garder les titres en étalage au moins 4 mois.

L’agrément de librairie spécialisée habilite son titulaire à exercer son activité de librairie auprès des organismes assujettis à la Loi. Ce privilège se limite à la vente de livres dans la spécialité pour laquelle un agrément a été délivré.

Source : Agrément des librairies, ministère de la Culture et des Communications du Québec

Soulignons que le libraire agréé est obligé de «recevoir les envois d’office d’au moins 25 éditeurs agréés». On compte actuellement 168 éditeurs agréés au Québec. Donc, les libraires ne sont pas dans l’obligation légale de recevoir toutes les nouveautés des 168 éditeurs agréés mais seulement d’au moins 25 d’entre eux. Ainsi, toutes les nouveautés des éditeurs agréés québécois ne sont pas nécessairement sur les rayons de votre libraire agréé préféré.


Bonjour, ici votre éditeur, votre livre vient d’être retiré des tablettes des librairies. Êtes-vous intéressé à acheter les invendus ?

Agrément des libraires

Conditions reliées au stock de livres

Pour une librairie générale de langue française :

  • recevoir les envois d’office d’au moins 25 éditeurs agréés et garder les titres en étalage au moins 4 mois.

Source : MCCQ

La durée de vie d’une nouveauté en librairies agréées ne dépasse pas 4 mois, surtout sur l’éditeur, le distributeur, le diffuseur et le libraire lui-même ne l’ont pas publicisé pour la peine.


Impression à la demande

Revenons à question du tirage. Dans le contexte du système d’office et de la Loi du livre, l’éditeur n’est pas dans l’obligation d’un fort tirage de milliers d’exemplaires pour chaque titre. Avec l’impression à la demande, l’éditeur peut se limiter au tirage de quelques centaines d’exemplaires. Mais peu importe, la subvention demeure à la même peu importe le tirage. L’éditeur agréé tire un certain avantage à multiplier les titres publiés par année pour profiter d’autant plus de subvention de l’État.

En 2016, le nombre de nouveautés s’élevait à 4 922 titres au Québec

Le marché québécois est petit répètent les éditeurs agréés pour justifier l’aide publique. Mais comment dans un marché aussi petit que le nôtre peut-on publié près de 5 000 titres en une seule année ?


Ce n’est pas un problème pour les éditeurs subventionnés par l’État MAIS PLUTÔT POUR LES AUTEURS. En effet, plus le nombre de nouveautés demeure élevé, plus la vente d’exemplaires/titre baisse compte tenu de la petitesse du marché québécois.

Nombre d’exemplaires vendus par titre

Au cours de la dernière année (2016), les distributeurs ont vendu 259 799 titres différents au Canada. De ce nombre, 148 324 ont été vendus à moins de 10 exemplaires (57 %), 56 307 titres ont été vendus de 10 à 50 exemplaires (22 %) et 55 168 titres à plus de 50 exemplaires (21 %).

Nombre d’exemplaires vendus par titre  Édition nationale

Au cours de la dernière année, les distributeurs ont vendu 48 105 titres différents ayant été publiés au Québec et au Canada. De ce nombre, 21 465 ont été vendus à moins de 10 exemplaires (45 %), 10 521 titres ont été vendus de 10 à 50 exemplaires (22 %) et 16 119 titres à plus de 50 exemplaires (33 %).

Nombre d’exemplaires vendus par titre  Édition étrangère

Au cours de la dernière année, les distributeurs ont vendu 211 694 titres différents ayant été publiés à l’étranger. De ce nombre, 126 859 ont été vendus à moins de 10 exemplaires (60 %), 45 786 titres ont été vendus de 10 à 50 exemplaires (22 %) et 39 049 titres à plus de 50 exemplaires (18 %).


Ces statistiques du nombre d’exemplaires vendus par titre annoncent une véritable catastrophe pour les auteurs puisqu’ils tirent leur revenu (redevance) sur la base du nombre d’exemplaires vendus; un maigre 10% du prix de vente au détail.

Quant à l’éditeur, il accumule sa part de 33% du prix de vente au détail de chaque exemplaire vendu sur plusieurs titres différents au cours d’une même année et l’aide publique annuelle.


Avec une part de 10% du prix de vente au détail de chaque exemplaire vendu, l’auteur ne peut pas en tirer un revenu annuel suffisant pour vivre. Il doit avoir une ou plusieurs autres sources de revenus, bref il doit travailler ailleurs. Et ce travail ne lui laisse pas le temps nécessaire pour se consacrer à l’écriture de plusieurs titres par année. Ainsi, la très grande majorité des auteurs de l’industrie du livre sont à temps partiel ou font de l’écriture un loisir. Pendant ce temps la filière du livre emploie environ 12 000 personnes au Québec.

Un succès pour l’industrie, pas pour les auteurs.

Les écrivains québécois ● PORTRAIT DES CONDITIONS DE PRATIQUE DE LA PROFESSION LITTÉRAIRE AU QUÉBEC

DIVERSITÉ DES REVENUS et des activités professionnelles DES ÉCRIVAINS

Dans cette étude, nous avons distingué les revenus que les écrivains ont tirés de la création littéraire des autres gains, peu importe la source. Leur revenu personnel médian13, toutes sources confondues, est de 39 387$ en 2008, tandis que le revenu médian tiré de la création littéraire s’élève à 2 452$. Il existe donc un écart significatif entre ces deux catégories de gains, ce qui révèle que la plus grande part des revenus des écrivains provient de l’exercice d’une autre activité.

Un écrivain sur trois (34% ou 505 personnes) a gagné en 2008 un revenu personnel inférieur à 30 000$ (tableau 1a), 38% (575 personnes), entre 30 000$ et 59 999$ et, enfin, 29% (430 personnes), 60 000$ ou plus.

Répartis selon les tranches de revenus tirés directement de la création littéraire, les deux tiers des écrivains (65% ou 980 personnes) ont obtenu en 2008 des revenus de moins de 5 000$. Une proportion de 22% (soit 330 personnes) a touché entre 5 000$ et 19 999$ du travail d’écrivain et 13% (soit 200 personnes), 20 000$ ou plus (tableau 1b).

______

13. La médiane est une mesure qui répartit le groupe en deux parts égales: la moitié des individus ont un revenu inférieur à la médiane et l’autre moitié, un revenu supérieur.

Nous avons demandé aux écrivains quelle avait été, en 2008, leur principale source de revenu (26). Pour la moitié des écrivains, ce sont les revenus de travail qui ont le plus compté (figure 6). En fait, les revenus liés à la création littéraire – les droits d’auteur et les bourses d’aide à la création – constituent les sources les plus importantes pour 17% des écrivains. Les autres types de revenus, tels que les prestations gouvernementales et le régime de retraite de l’ex-employeur, sont les sources principales d’un auteur sur quatre. La répartition des écrivains selon la principale source de revenu en relation avec le temps qu’ils accordent aux activités de création littéraire fait ressortir que les auteurs dont le principal revenu est constitué des revenues de travail sont ceux qui consacrent le moins de temps aux activités littéraires (tableau 9). SOURCE : Les écrivains québécois ● PORTRAIT DES CONDITIONS DE PRATIQUE DE LA PROFESSION LITTÉRAIRE AU QUÉBEC , 2010, INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC, pp.30-31.

Autrement dit, il n’y a que 200 personnes qui vivent de leurs écrits au Québec dans le cadre d’une industrie générant une chiffre d’affaires annuel de près de 700 millions de dollars, et ce, en marge des 12,000 personnes qui y trouvent un emploi.

Bon nombre d’intervenants dans l’industrie québécoise du livre justifient la Loi du livre et l’aide publique en raison de la petitesse de leur marché et de la concurrence qui, autrement, s’imposerait à leur dépend. Or, cette même «petitessse du marché» ne s’applique-t-elle pas aussi aux auteurs ? N’y-a-t-il pas lieu d’offrir une loi et aide publique aussi spéciales aux auteurs qu’à l’industrie qu’ils alimentent ?


L’autre industrie du livre

Plusieurs auteurs ont déjà compris que la position de l’industrie du livre et celle de l’État ne changeront pas. De plus en plus d’entre eux vont voir ailleurs. Ils ne se donnent même plus la peine de soumettre leurs manuscrits à des éditeurs agréés.

Ils optent alors pour l’autoédition et l’édition à compte d’auteur qui connaissent un essor indéniable depuis l’arrivée des nouvelles technologie informatique, notamment le web et l’impression à la demande.


Mais aucun instance de l’industrie du livre et aucun gouvernement ne veut reconnaître ces types d’édition qui donnent pourtant lieu au développement d’une nouvelle économie du livre. Et à ce titre, l’industrie traditionnelle du livre y voit une concurrence qu’elle qualifie de bas de gamme. Elle veut conserver son monopôle… de l’aide publique et sa Loi du livre. Leur analyse se résume en ces mots :

Peu lui importe la situation financière de «ses» auteurs, ils gagnent leur vie autrement. On ne peut pas donner une part plus élevée à l’auteur. Nous tirons nous-même le diable par la queue.

Trouvez-moi un éditeur agréé sur l’aide sociale ou qui fréquente les banques alimentaires.


L’industrie du livre est prospère au Québec grâce à la Loi du livre et l’aide publique mais elle ne cesse de se plaindre de son sort. Avec ses 90% sur le prix de vente au détail de chaque exemplaire vendus dans un marché qu’elle a elle-même saturé, elle tend les bras aux gouvernement à la moindre brise.

Elle ne change pas s’il n’y a pas à la clé une aide publique additionnelle. Par exemple, elle a refusé de produire des livres en format numérique tant et aussi longtemps que la SODEC n’a pas avancé une subvention 500.00$/titre.

L’aide financière peut atteindre 70 % des coûts admissibles jusqu’à concurrence de 500 $ par titre et de 30 000 $ par exercice, par éditeur.

SOURCE : PROGRAMME D’AIDE AUX ENTREPRISES DU LIVRE ET DE L’ÉDITION 2017-2018 – LIVRE ET ÉDITION – Volet 8 – Aide à la numérisation (en vigueur depuis le 7 juillet 2011), SODEC.


L’industrie du livre saura renvoyer les auteurs au Conseil des Arts et des Lettres du Québec. Voici quelques extraits concernant l’aide aux écrivains tirés des Appendices du Rapport annuel de gestion 2015-2016 du Conseil des Arts et des Lettres du Québec :

«Déplacement – Aide aux déplacements professionnels des artistes et des écrivains leur permettant d’accepter des invitations pour participer à des activités reliées à la pratique de leur art ou au rayonnement de leur carrière.»

Avec une aide globale de 1 080 740 $ pour les écrivains, il n’y a pas de quoi pavoiser lorsqu’on se réfère aux 29 022 457 $ d’aide publique accordée aux éditeurs agréés.

Une industrie de l’aide

La rémunération des cinq dirigeants les mieux rémunérés du Conseil des Arts et des Lettres du Québec s’élève à 5 283 316 $, ce qui représente la moitié de l’aide aux écrivains.

En pareil cas, je parle d’une industrie de l’aide, dans ce cas, de l’aide aux écrivains. Je déplore que le personnel de cette industrie de l’aide ont un revenu de loin supérieur à ceux à celles à qui une aide publique est accordée.

Notons aussi que l’aide accordée aux organismes en littérature (1 182 141 $) est un peu plus élevée que l’aide aux écrivains (1 080 740 $).


Une aide exclusive

L’aide aux écrivains accordée par la Conseil des Arts et des Lettres du Québec (CALQ) s’adresse uniquement à ceux et celles qui ont déjà un pied dans l’industrie :

Admissibilité

Conditions générales

Pour être admissible, le candidat doit, en littérature et conte :

– avoir publié dans un contexte reconnu par ses pairs et dans un genre littéraire admissible à une bourse du Conseil, soit une œuvre de fiction ou un essai portant sur les arts ou les lettres. Les publications sur support électronique qui ont fait l’objet d’un processus de sélection, d’édition et de diffusion reconnu par les pairs sont admissibles.

La pratique du compte d’auteur ou de ses formes apparentées ainsi que l’autoédition ne sont pas reconnues.

Source : CALQ

Notez la discrimination négative de l’édition à compte d’auteur et de l’autoédition sous toutes leurs formes.


L’auteur-entrepreneur

Ces deux types d’édition et toutes leurs formes possibles intéresse de plus en plus d’auteur (amateur) et d’écrivains professionnels à travers le monde. On parle ici de l’auteur-entrepreneur qui connaît le succès sans aucune aide publique. Marie-Brassard, présidente fondatrice de l’Alliance québécoise des éditeurs indépendants et des Éditions Véritas Québec, a soutenu dans la presse «que le milieu du livre n’a plus besoin du soutien financier des gouvernements provinciaux et fédéral pour assurer sa croissance».

Le soutien aux éditeurs de livres questionné

L’Alliance québécoise des éditeurs indépendants (AQEI) estime que le milieu du livre n’a plus besoin du soutien financier des gouvernements provinciaux et fédéral pour assurer sa croissance.

« Ces subventions ont été pensées pour faire émerger la littérature québécoise, mais aujourd’hui elles ne profitent qu’aux gros joueurs », indique Marie Brassard, présidente de l’AQEI.

SOURCE : TVA Nouvelles  et Le Journal de Montréal.

Il va sans dire que l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) a protesté vivement aux propos de Madame Brassard :

«De prétendre que si on peut éditer des livres sans subvention, alors ces subventions ne sont plus utiles, c’est de la bouillie pour les chats. Ce qu’il faut se demander, c’est si ces livres sont lus, si les auteurs en sortent réellement gagnants», a répliqué Richard Prieur, le directeur général de l’Association des éditeurs de livres.

M. Prieur affirme que la marge de profit des éditeurs est très mince, moins de 5 %. Selon ses observations, dans huit cas sur dix, l’opération est déficitaire. «C’est lors des réimpressions, quand un livre connait du succès, qu’un éditeur est gagnant.»

SOURCE : TVA Nouvelles  et Le Journal de Montréal.

Il n’y a qu’un bémol à apporter à la position de Madame Brassard : l’infrastructure dont profitent les auteurs autoédités et édités à compte d’auteur est soutenue par l’aide publique. Je pense ici aux distributeurs agréés, au réseaux des librairies agréées et au réseau des bibliothèques publiques. Sans cette infrastructure, il serait impossible à quiconque souhaite rentabiliser l’autoédition ou l’édition à compte d’auteur de son œuvre dans des points de vente avec pignon sur rue.

La nouvelle économie du livre est virtuelle

Car une bonne part de la nouvelle économie du livre est virtuelle, sur le web. La toile offre un tout autre monde du livre, notamment un lien de vente direct entre les auteurs et leurs lecteurs. Il n’y a pas de part à verser à des intermédiaires lorsque l’auteur ouvre sa propre librairie en ligne, si ce n’est les frais d’hébergement de son site web et les frais du paiement en ligne. Le 40% de commission versée aux librairies traditionnelles ou avec pignon sur rue disparaît du budget.

L’impression à la demande ou comment répondre aux lecteurs de livres papier quand on édite en numérique

Il faut aussi compter l’apport indiscutable de l’impression à la demande depuis la fin des années 1990. Chez les imprimeurs offrant ce service, on peut commander un seul exemplaire à la fois à la suite de chaque vente. Ainsi, chaque exemplaire papier imprimé est un exemplaire déjà payé (par son lecteur). Il n’y a pas de mise de fonds pour l’impression et l’entreposage des exemplaires. L’imprimeur peut envoyé directement au lecteur son exemplaire.


Selon les statistiques du dépôt légal, l’autoédition enregistre une augmentation de 57% en 7 ans au Québec

Source

Et cette statistique ne tient pas compte des auteurs d’ici qui ne se soumettent pas au dépôt légal du Québec et du Canada, souvent parce qu’ils s’autoéditent à l’étranger (USA – FRANCE) où l’offre est plus diversifiée que jamais.


Une économie de libre marché

Au Québec, on ne peut pas soutenir que l’industrie (traditionnelle) du livre évolue dans un libre marché mais plutôt dans une économie planifiée en raison de la Loi du livre et des politiques et de l’aide publiques.

En revanche et contre vent et marré, la nouvelle économie du livre se développe dans un libre marché qui démocratise autant l’accès à l’édition que l’accès aux lecteurs.

Au Québec, la cohabitation d’une économie planifiée et d’une économie de libre marché dans le domaine du livre ne permet à cette dernière de prendre véritablement son essor comme c’est le cas ailleurs dans le monde où l’intervention de l’État ne va pas aussi loin qu’en nos frontières. Ici, l’industrie du livre agit et est reconnu comme un monopôle par les gouvernements grâce à cette économie planifiée mise en place par la Loi du livre et l’aide publique.

Le livre québécois

Ce monopôle implique qu’un livre est reconnu comme étant québécois que s’il est conforme à la Loi du livre. Autrement dit, pour notre gouvernement, un «livre québécois», c’est exclusivement un livre publié par un éditeur qu’il a agréé. Ainsi, lorsque le gouvernement du Québec parle du livre, il exclut :

  • les livres autoédités;
  • les livres édités à compte d’auteur;
  • les livres uniquement édités en ligne;
  • les livres qui ne sont pas distribués en librairies traditionnelles (avec pignons sur rue);
  • les livres offerts uniquement dans une librairie en ligne sur Internet;
  • les livres uniquement imprimés à la demande (un exemplaire à la fois à demande expresse de chaque lecteur);
  • les livres offerts uniquement en format numérique.

Voir aussi

Livres : la politique d’exclusion du gouvernement du Québec


Notez que seul le gouvernement du Québec a adopté une telle Loi du livre. Ailleurs dans le monde, les gouvernements ne sauraient pas pratiquer une politique d’exclusivité face à la production de la nouvelle économie du livre. Par exemple, il ne viendrait pas à l’idée du gouvernement de la France d’affirmer qu’un livre autoédité n’est pas, par force de loi, un livre français.


Le 12 août, j’achète un LIVRE QUÉBÉCOIS

Le gouvernement applique cette politique québécoise d’exclusivité à l’événement «Le 12 août, j’achète un livre québécois!» en invitant les intéressés à se rendre dans une librairie agréée plutôt que n’importe lequel des nombreux autres points de vente du livre au Québec :

«Pour en savoir plus ou pour y participer, visitez l’événement Facebook officiel pour 2017 « Le 12 août, j’achète un livre québécois » ou consultez votre librairie agréée préférée!

Source : MCCQ

Pour notre gouvernement, le livre québécois se trouve dans les librairies agréée et pas ailleurs. Ou peut-être croit-il que l’achat d’un livre québécois dans une autre point de vente ne profite pas suffisamment à l’industrie du livre. Si c’est le cas, il oublie que la redevance de 10% du prix de vente au détail versé à l’auteur s’applique peu importe le point de vente de l’exemplaire et, du même coup, que l’événement vise à encourager les auteurs québécois et qu’il n’est pas obligatoire, pour ce faire, d’aller dans une librairie agréée pour acheter un livre proposé par un éditeur agréé.

Aussi, il n’est pas étonnant que les libraires agréées ont sauté à pieds joints sur l’occasion puisqu’ils en profitent plus que tous les autres intervenants avec une remise de 40% du prix de vente au détail de chaque exemplaire vendu, cette journée-là comme toutes les autres journées de l’année.

Le 12 août est-il LA journée pour acheter un livre québécois?

Lancée il y a quatre ans, l’événement Le 12 août, j’achète un livre québécois est maintenant devenu récurrent partout au Québec. Les libraires ont sauté à pieds joints dans cette initiative qui leur procure un Noël en plein été.

Source : Radio-Canada

L’un des auteurs à l’origine de l’événement à même déclaré :

Je pense que c’est dispersé. Et le 12 août est devenu un événement qui grandit et qui devient la fête du livre. Pas juste un événement Facebook. Nous sommes fiers de voir comment l’événement évolue. Les libraires ont repris le flambeau avec brio

Amélie Dubé

Source : Radio-Canada  

Le bonheur des libraires :

Lancé en 2014 par les auteurs Patrice Cazeault et Amélie Dubé, qui souhaitaient dynamiser le milieu du livre québécois, l’événement Le 12 août, j’achète un livre québécois ! fait désormais le bonheur des librairies.

Source : La Presse

Le succès des marchands :

Véritable succès pour les marchands de livres du Québec depuis son lancement il y a quatre ans, l’événement Le 12 août, j’achète un livre québécois permet aux libraires d’enregistrer des ventes qui, autrement, ne se concrétiseraient peut-être pas.

Source : «Comme une journée du temps des Fêtes» pour les libraires, Le Soleil


Cette journée serait beaucoup plus intéressante si tous les intervenants de l’industrie du livre s’accordaient pour accorder ce jour-là une redevance digne de ce nom aux écrivains québécois.

Mais l’industrie n’en fera rien car elle ne fait rien sans une subvention à la clé


CONCLUSION

Au départ, cet article se voulait une réponse à l’analyse initutlé Vivre de sa plume au Québec, une réalité pratiquement impossible signée par Pierre-Yves McSween dans l’édition du 31 mai 2017 de la section AFFAIRES de LA PRESSE +.

Il introduisait son texte en ces mots :

Chaque mois, une moyenne de 2500 nouveautés en français est offerte dans le marché québécois du livre. Dans ce marché saturé, l’auteur voit ses chances de vivre de sa plume comme plutôt minces. C’est mathématique. « Comment se fait-il que l’auteur reçoive si peu sur la vente d’un livre qui est sa création ? », entend-on souvent. En fait, d’un point de vue financier et de gestion des risques, l’auteur est peut-être condamné à avoir un succès financier anecdotique.

La gestion des risques est partagée par tous les payeurs de taxes et d’impôts puisque les gouvernements du Québec et du Canada supportent l’industrie québécoise du livre dans le cadre de différentes politiques et programmes d’aide, et même, par une loi, la Loi du livre. On ne peut donc pas se référer à cette gestion des risques comme si elle était entièrement assumée par l’industrie. En fait, ce sont tous les payeurs de taxes et d’impôts qui courent une partie des risques pris par l’industrie québécoise du livre. Le sort des auteurs amateurs et des écrivains professionnels avec leur maigre 10% de redevance fait sursauter plusieurs lecteurs mais ces derniers peuvent prendre la parole pour que la situation change, pour une meilleure répartition des profits de cette industrie de 700 millions de dollars par année.

Pierre-Yves McSween concluait ainsi son analyse :

Mathématiquement, à moins de se satisfaire d’un faible revenu ou encore d’avoir produit un très grand nombre de livres, l’auteur ne peut pas espérer vivre de sa plume. C’est une question de marché : l’offre dépasse la demande. Au Québec, faut-il donc considérer l’écriture d’un livre comme une activité complémentaire ? Chose certaine, tout succès commercial est l’exception qui confirme la règle, et rien ne garantit qu’il sera répété.

Si l’offre dépasse la demande, c’est en partie parce que l’industrie québécoise du livre repose sur un SYSTÈME de subventions qui encourage l’offre. Malgré la petitesse du marché québécois du livre, la nombre de nouveaux titres s’élève à tout près de 5 000 par an. Je ne peux pas croire que les éditeurs et les gouvernements ne savent pas que ce nombre de nouveautés par an sature le marché.

Pierre-Yves McSween demande : «Au Québec, faut-il donc considérer l’écriture d’un livre comme une activité complémentaire ? Avec un taux de refus de plus de 10% des manuscrits soumis par les auteurs à l’attention des éditeurs, l’écriture demeure un loisir.

Mais le loisir ne s’arrête plus à l’écriture elle-même depuis l’arrivée des nouvelles technologies. La mise en page, la conception graphique, l’illustration, l’impression à la demande, la distribution, la diffusion et même la vente s’inscrivent désormais comme des loisirs pratiquer par les auteurs pour créer des opportunités d’être lu. Ce sont tous ces loisirs que le gouvernements devraient soutenir financièrement.

Et avec l’arrivée massive de personnes pré-retraitées et retraitées instruites dans les années 60, l’écriture gagne en popularité au point où l’on peut parler du «Peuple en écriture».

Le taux de refus de 10% des manuscrits par les éditeurs se traduit par une offre en librairie, aussi grande soit-elle, ne pouvant pas dépasser 10% de tous les écrits du Peuple en écriture.

Lorsque nous parlons du patrimoine littéraire du Québec, nous parlons uniquement du livre industriel, de seulement 10% des écrits des québécois, conservés sur les rayons de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et de Bibliothèque et Archives Canada.

Au Québec, très rares sont les analystes, même les plus spécialisés, qui ont une vision globale du domaine de l’écriture et du livre. C’est pourquoi la nouvelle économie du livre, alimentée par les auteurs amateurs et les écrivains professionnels, passent sous leur radar. C’est pourtant une révolution qui est cours. Il en va autrement ailleurs dans le monde où aucune Loi du livre dicte muraille l’industrie du livre.

Le Conseil de l’Europe a réalisé non pas un mais deux projets «La nouvelle économie du livre» depuis les années 1990. La France a eu sa Commission de réflexion sur le livre numérique en 1999.

Heureusement le Peuple québécois en écriture n’attend pas les gouvernements pour faire sa propre révolution, même s’il faut pour cela et dans plusieurs cas retenir les services d’entreprises américaines et européennes d’édition en ligne avec impression à la demande.

Au Québec, la Fondation littéraire Fleur de Lys fêtera son quinzième anniversaire l’année prochain (2018) à titre de pionnier de l’édition en ligne avec impression à la demande. C’est bien parce que nous sommes un organisme sans but lucratif pouvant compter sur de nombreuses heures de bénévolat que nous avons tenu le coup sans aucune aide de l’État.


Suggestion de lecture

Le monde québécois du livre et ses coulisses, guide pratique et critique, Serge-André Guay, Fondation littéraire Fleur de Lys

Le monde québécois du livre et ses coulisses, guide pratique et critique, Serge-André Guay, Fondation littéraire Fleur de Lys. Livre numérique gratuit (PDF).

HERVE FISCHER

Serge-André Guay a publié cet ouvrage, accessible en ligne (*), pour les auteurs en quête d’un éditeur et pour nous faire connaître à tous les coulisses de l’industrie du livre, selon l’expérience qu’il en a accumulé au fil des ans au Québec. Créateur de la Fondation littéraire Fleur de Lys, il a acquis une expertise exceptionnelle et travaillé avec passion au développement de l’édition de livres numériques. Nous sommes au milieu du gué dans ce domaine. Le livre numérique plafonne, il est  vrai, selon les derniers chiffres de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec (**), qui vient de publier son rapport pour l’année 2015: 502 600 livres numériques vendus, soit une baisse de 0,6% par rapport à 2014; mais une augmentation du chiffre d’affaires de 3,4%, soit 7,4 M$, pour un prix moyen par exemplaire de 14,74%.

Il faut recommander la lecture de ce livre, extrêmement lucide et bien informé. Le gouvernement et en particulier la SODEC y trouveront une somme d’analyses  qui pourraient guider leurs réflexions au moment où le débat n’est pas encore conclu sur la politique du prix unique du livre, numérique ou pas, et où on nous annonce une grande réforme de la politique culturelle du Québec. Un pays qui ne soutient pas efficacement la lecture, donc l’industrie du livre, par l’innovation, surtout si sa culture est minoritaire dans le vaste continent nord-américain, n’a que l’avenir de ses voisins.

http://manuscritdepot.com/a.serge-andre-guay.5.html

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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8 comments on “«Le 12 août, j’achète un livre québécois»… pour supporter les auteurs ou les intermédiaires ?
  1. L’article est modifié en faveur d’une simple référence à la page Facebook «Les pourquoi de Théophile». J’ai déjà intégré le message Facebook publié par les auteurs à l’origine de l’événement «Le 12 août, j’achète un livre québécois!»

    • emilierivard dit :

      Je ne suis toujours pas convaincue que les publications de la page des Pourquoi appuient justement votre point de vue (surtout quand on considère que les pages professionnelles de Mika et de moi-même encouragent fortement les visites dans les librairies indépendantes), mais cette fois-ci, rien n’est mensonger.

  2. emilierivard dit :

    Ça fait plaisir, Amélie.

  3. Prière de nous communiquer les liens vers vos messages en faveur des librairies indépendantes.

    • emilierivard dit :

      Elle sont très nombreuses sur les pages de Mika illustratrice et de moi-même. Mais elles vont pas mal à l’encontre de l’opinion défendue ici, justement.

  4. emilierivard dit :

    Oui, je comprends tout à fait, et c’est une vision de la situation qui se défend. Toutefois, à mon avis, le 12 août est un événement qui se veut inclusif et qui invite tous les créateurs et autres acteurs du livre québécois à en faire ce qu’il désire. La grande visibilité de l’événement sur les réseaux sociaux permet justement à tous de mettre ses créations de l’avant plus que jamais. Je ne dis pas que c’est facile (ça ne l’est jamais de toute façon), mais tout de même possible. D’ailleurs, l’événement amène le lecteur à être de plus en plus curieux par rapport à ce qui se fait au Québec, une envie de découverte qui est bénéfique pour tous, en bout de ligne.

  5. Amélie Dubé dit :

    Le 12 août j’achète un livre québécois, est un événement festif SANS limite sur le lieu de l’achat du livre. Je le répète, il n’y AUCUNE restriction de lieu pour faire son achat du 12 août. Du moment que le livre est québécois. C’est aussi simple que ça. Il n’y pas de « si » ou « à moins que ». Tout est dans le titre de l’événement. Clair et limpide.

Les commentaires sont fermés.

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