Le «Prologue d’une histoire de l’édition numérique au Québec» commenté par nous

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En 2013, Guylaine Beaudry (voir le sous-titres «Au sujet de l’auteur») a signé un texte sous le titre «Prologue d’une histoire de l’édition numérique au Québec» publié dans une livraison spéciale des Cahiers/Papers de la Société bibliographique du Canada baptisée «L’histoire du livre électronique, une discipline en devenir». En voici la référence sur le site Fabula :

L’histoire du livre électronique, une discipline en devenir

Cahiers de la Société bibliographique du Canada, 2014

«Cette livraison spéciale des Cahiers/Papers porte sur l’évolution du livre électronique envisagée sous l’angle de l’histoire du livre en général. Malgré la diffusion de plus en plus massive des livres numériques depuis les deux dernières décennies, les bibliographes et les historiens du livre commencent seulement à se préoccuper de la question dans leurs travaux de recherche.[…] Normalement, les dernières livraisons des Cahiers sont disponibles en souscrivant un abonnement auprès de la Société bibliographique du Canada, mais vu le sujet de cette livraison, la Société a décidé de la publier en ligne et de l’offrir gratuitement à tous.»

Fabula, le 27/01/2014

Au sujet de l’auteur

«Guylaine Beaudry est directrice des Bibliothèques par intérim de l’Université Concordia. Elle a été précédemment directrice de la Bibliothèque Webster de l’Université Concordia, directrice du Centre d’édition numérique de l’Université de Montréal de même que directrice générale d’Érudit (www.erudit.org). Elle est auteure ou co-auteure de nombreux articles et chapitres de livres portant sur l’édition numérique. Elle est titulaire d’un doctorat en histoire du livre de l’École pratique des hautes études de Paris.» Prologue d’une histoire de l’édition numérique au Québec, Guylaine Beaudry, Cahiers/Papers de la Société bibliographique du Canada, Vol 51, No 1 (2013), p. 1

Extraits & Commentaires

Étant sur la scène de l’édition numérique au Québec depuis plus de dix ans maintenant, je me permets de commenter quelques extraits qui ont retenu mon attention.

Extrait # 1

«Avant tout, il convient de préciser que l’auteur et le lecteur sont les deux seuls acteurs immuables, quelles que soient les périodes historiques et les technologies utilisées. Leurs outils et les processus d’appropriation sont certes en complète redéfinition avec le numérique. Pourtant, leurs rôles et leurs raisons d’être ne sont en rien modifiés, tout comme leur dénomination.»

Prologue d’une histoire de l’édition numérique au Québec, Guylaine Beaudry, Cahiers/Papers de la Société bibliographique du Canada, Vol 51, No 1 (2013), p. 2

C’est faux : les rôles de l’auteur tout comme ceux du lecteurs sont profondément modifiés depuis l’arrivée de l’édition numérique. L’affirmation serait véridique si on isole complètement l’édition numérique de son contexte technologique, ce qui s’avère impossible lorsqu’on tente une approche historique. En fait, l’édition numérique s’inscrit dans l’ère numérique, ce qui implique un nouvel environnement technologique autant pour les éditeurs que pour les auteurs et les lecteurs.

Par exemple, on ne peut pas soustraire à l’édition numérique les technologies du web et de l’internet puisque la distribution, la diffusion et la vente se font maintenant en ligne. Or, ces outils, le web et l’internet, sont disponibles autant à l’éditeur qu’aux auteurs et aux lecteurs.

Avant l’arrivée des technologies du numérique, le lecteur devait passer par l’éditeur pour s’adresser à l’auteur, à moins de participer aux prestations publics de ce dernier (conférences, salons du livres, séances de lecture et de signature). Fort de sa position d’intermédiaire, l’éditeur pouvait alors exercer un tri voire une censure en bloquant toutes les critiques négatives pour en préserver son auteur. Aujourd’hui, il suffit à l’auteur de trouver l’adresse électronique de l’auteur pour communiquer avec lui sans intermédiaire.

De plus, la présence massive des lecteurs sur le web a exercé une pression considérable sur les auteurs afin s’ils soient eux-mêmes actifs sur le réseau. Le rôle social de l’auteur a non seulement pris de l’importance mais il a profondément changé à l’ère numérique. Il se doit de maintenir une communication beaucoup plus soutenue avec ses lecteurs, surveiller davantage l’accueil réservé à son œuvre,… Et l’auteur n’en informe pas nécessairement son éditeur parce qu’il se sent ainsi davantage indépendant et responsable de ses relations avec ses lecteurs, voire avec les médias.

L’édition numérique est dépendante d’un contexte technologique qui confère aux auteurs et aux lecteurs de nouveaux rôles communautaires comme nous l’observons sur les réseaux sociaux, les blogues ou autres plateformes d’échanges directs.

Extrait # 2

«L’entrepôt offre, le plus souvent à l’éditeur, des services d’hébergement des fichiers des publications et prend parfois en charge la préparation des différents formats numériques à partir des fichiers préparés par les éditeurs pour la fabrication des versions imprimées. Son périmètre d’intervention se limite aux ouvrages spécialisés ou généraux. Si la vente directe aux clients lecteurs est parfois offerte par l’entrepôt, il agit comme relais entre les différents points de vente des livres, que ce soit les sites des libraires en ligne de même que les accès vendus aux bibliothèques sous forme d’abonnements.»

Prologue d’une histoire de l’édition numérique au Québec, Guylaine Beaudry, Cahiers/Papers de la Société bibliographique du Canada, Vol 51, No 1 (2013), p. 3

L’auteur parle de l’«entrepôt numérique» mis en place par la firme privée De Marque et l’Association nationale des éditeurs. Elle le présente comme un «relais». Or, cet entrepôt numérique n’est pas obligatoire pour l’édition numérique puisque l’éditeur peut désormais vendre directement ses livres aux lecteurs.

Pourquoi le milieu québécois du livre s’est-il imposé ce relais qui est une reproduction du distributeur papier en version numérique?

Pourquoi les éditeurs québécois n’ont-ils pas profité de l’occasion donnée par les technologies du numérique pour récupérer la part qu’il verse au distributeur?

Réponse : par respect volontaire de la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre (communément appelée « loi du livre »). «Volontaire» parce cette loi ne s’applique au numérique. Cette loi est unique au Québec. Aucune autre loi de ce genre existe dans le monde. Elle définit la chaîne québécoise du livre, maillon par maillon. Et le distributeur est l’un de ces maillons. Les éditeurs québécois du livre ont décidé de ne pas profiter des avantages du numériques pour s’approprier la distribution. Pour aborder la question de l’entrepôt numérique au Québec, il faut la contextualiser.

Ce respect volontaire est mentionné par l’auteur alors qu’elle traite de l’entreprise Prêr numérique mis en place pour les bibliothèques :

«En plus d’offrir les services de gestion des prêts numériques, Prêt numérique agit comme plateforme intermédiaire entre l’entrepôt numérique, les sites d’achat des librairies en ligne et les bibliothèques. Bien que les bibliothèques aient pu s’approvisionner directement auprès de l’entrepôt, ce modèle exprime une volonté gouvernementale de préserver le rôle de la librairie dans l’univers numérique61. Il est à noter que les bibliothèques publiques québécoises ont l’obligation d’acheter les livres de leurs collections auprès de librairies agréées. Ainsi, l’esprit de la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre, adoptée au début des années 1980, a été respecté dans la conception du modèle de commercialisation des livres numériques auprès des bibliothèques publiques du Québec.»

61.Pour plus d’informations sur les motivations et la genèse de Prêt numérique, consulter Clément Laberge, « Au sujet de pretnumerique.ca », dans Jeux de mots et d’images, Québec, 2011. http://remolino.qc.ca/2011/12/03/au-sujet-de-pretnumerique-ca/.

Prologue d’une histoire de l’édition numérique au Québec, Guylaine Beaudry, Cahiers/Papers de la Société bibliographique du Canada, Vol 51, No 1 (2013), p. 22

Extrait # 3

«Une autre caractéristique importante est que ces réseaux multipolaires permettent d’engager des interactions entre les acteurs en brisant le modèle de la chaîne. La règle établissant des relations univoques (par exemple, le fonds d’un éditeur distribué par un seul distributeur) dans le monde de l’imprimé ne tient plus avec le numérique. Un éditeur a maintenant recours à plusieurs canaux de diffusion pour la commercialisation de son fonds. C’est dans ce contexte où toutes les règles du jeu sont en cours de redéfinition que les acteurs des débuts de l’édition numérique au Québec évoluent.»

Prologue d’une histoire de l’édition numérique au Québec, Guylaine Beaudry, Cahiers/Papers de la Société bibliographique du Canada, Vol 51, No 1 (2013), p. 4

Il ne faut pas confondre la distribution et la diffusion tel que nous le rappelle Wikipédia :

«Les termes diffuseur de livres, distributeur de livres et diffuseur-distributeur de livres ne doivent pas être confondus :

  • le diffuseur de livres assure exclusivement les tâches qui sont liées à la diffusion de livres (présentation des nouveautés aux détaillants, enregistrement des commandes, promotion) ;
  • le distributeur de livres assure exclusivement les fonctions qui sont liées à la distribution de livres (stockage, préparation des commandes, expéditions, flux financiers) ;
  • le diffuseur-distributeur de livres assure à la fois les fonctions qui sont liées à la diffusion et à la distribution de livres.

Au Québec, la distribution du livre numérique tient toujours du modèle de l’imprimé contrairement aux propos de l’auteur. Dans ce contexte, toutes les règles du jeu ne sont pas en cours de redéfinition. La distribution demeure sous le même modèle comme nous venons de le souligner au sujet de l’entrepôt numérique.

Quant à la diffusion, il est vrai que l’«éditeur a maintenant recours à plusieurs canaux de diffusion pour la commercialisation de son fonds». Cependant, il faut nuancer car «Dans la plupart des cas au Québec, les distributeurs agissent également à titre de diffuseurs.» (Les chiffres des mots, chapitre 6, La diffusion et la distribution, Marc Ménard, p.176, SODEC). Ainsi, plusieurs éditeurs n’utilisent pas eux-mêmes les nombreux canaux de diffusion à leur disposition mais en confie l’exploitation à leurs diffuseurs-distributeurs papier et numérique. Le recours aux multiples canaux de diffusion qu’offre le web par les éditeurs et les diffuseurs demeure encore à démontrer quantitativement au Québec.

Extrait # 5

«Si on peut noter quelques exceptions49, la stratégie numérique de la majorité des éditeurs généralistes ou littéraires du Québec se limite souvent à recourir aux services de conversion de fichiers, d’agrégateurs, de distributeurs ou de l’entrepôt numérique. Les processus de production et de fabrication des formats de livres homothétiques numériques sont encore basés largement sur la production de livres imprimés. L’édition numérique consiste alors à produire les fichiers pour la diffusion en ligne à partir de ceux qui sont préparés pour l’impression. Plutôt que de penser une chaîne de traitement qui produit un format duquel peuvent découler toutes les formes de représentation du texte, numérique ou imprimée, c’est plutôt une étape supplémentaire, en bout de piste, réalisée par un fournisseur qui prépare les fichiers XML ou ePub.»

49. Notamment Québec Amérique et Ulysse.

Prologue d’une histoire de l’édition numérique au Québec, Guylaine Beaudry, Cahiers/Papers de la Société bibliographique du Canada, Vol 51, No 1 (2013), p. 17

L’auteur a entièrement raison dans cet extrait de sa conclusion. Il lui fallait effectivement souligner que «Les processus de production et de fabrication des formats de livres homothétiques numériques sont encore basés largement sur la production de livres imprimés» et que l’édition numérique est exécutée au Québec comme «une étape supplémentaire, en bout de piste».

* * *

Téléchargements

Cliquez ici pour télécharger l’intégral du texte «Prologue d’une histoire de l’édition numérique au Québec» ou ici

Cliquez ici pour accéder gratuitement à tous les articles du Cahier«L’histoire du livre électronique, une discipline en devenir»

Si ces liens ne fonctionnent plus, écrivez à : contact@manuscritdepot.com

Autres sources

Pour une histoire complète et suivie du livre dans l’univers du numérique, consulter gratuitement les ouvrages de Marie Lebert sur le «Net des études françaises» en cliquant ici

ou sur l’un des liens ci-dessous

Livres en français de Marie Lebert

2012> Le web, une encyclopédie multilingue > Projet Gutenberg > bibliothèque ENSSIB
2011> L’ebook a 40 ans (1971-2011) > Projet Gutenberg > bibliothèque ENSSIB
2010> Le livre, de l’imprimé au numérique > ManyBooks > Projet Gutenberg > bibliothèque ENSSIB
2010> Booknologie. Le livre numérique (1971-2010) > ManyBooks > Projet Gutenberg
2010> Booknologie. Le livre numérique (1971-2010) > chronologie en images dans Picasa
2010> Les langues sur le web > ManyBooks > Projet Gutenberg
2009> L’internet et les langues > ManyBooks > Projet Gutenberg
2009> Une courte histoire de l’ebook > ManyBooks > Projet Gutenberg > bibliothèque ENSSIB
2008> Les technologies et le livre pour tous > ManyBooks > Projet Gutenberg
2007> Les mutations du livre > ManyBooks > Projet Gutenberg > bibliothèque ENSSIB
2007> Le Dictionnaire du NEF > ManyBooks > Projet Gutenberg
2003> Le Livre 010101. Tome 1 (1993-1998) > ManyBooks > Projet Gutenberg > bibliothèque ENSSIB
2003> Le Livre 010101. Tome 2 (1998-2003) > ManyBooks > Projet Gutenberg > bibliothèque ENSSIB
2001> Le Livre 010101. Enquête > Projet Gutenberg
2001> Entretiens (1998-2001). Version trilingue > ManyBooks > Projet Gutenberg > bibliothèque ENSSIB
2001> Entretiens (1998-2001). Version française > ManyBooks > Projet Gutenberg
1999> De l’imprimé à Internet > ManyBooks > Projet Gutenberg
1999> Le multilinguisme sur le web > ManyBooks > Projet Gutenberg

VOIR AUSSI

Tous les livres et articles de Marie Lebert

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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