«(…) notre industrie du livre ne se porte pas trop mal, et notre littérature va même bien. Il ne manque que des lecteurs.» Paul Journet, LA PRESSE

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Le journaliste Paul Journet du quotidien LA PRESSE a signé un article sous le titre «Lecteurs recherchés» (21 novembre 2014). Le chapeau de son article se lit comme suit :

«Il est un peu tôt pour pleurer le livre. Malgré le regrettable conflit entre Renaud-Bray et le diffuseur Dimedia, notre industrie du livre ne se porte pas trop mal, et notre littérature va même bien.»

Suit le premier paragraphe :

«Il ne manque que des lecteurs. Mais même en plein blues de l’austérité, ils seront encore plus difficiles à trouver que de l’argent.»

Comment peut-on écrire que «notre industrie du livre ne se porte pas trop mal» et que «notre littérature va même bien» alors qu’on constate que les lecteurs ne sont pas au rendez-vous ? Faut-il comprendre que notre industrie du livre et notre littérature se suffisent à elles-mêmes, peu importe que les lecteurs soient ou non au rendez-vous ? Je ne connais aucune autre industrie dont on puisse dire qu’elle ne va pas trop mal alors qu’elle est en manque de consommateurs.

Mais notre industrie du livre se dit incomparable en soutenant haut et fort que le livre n’est pas un produit (de consommation) comme les autres, comme nous le rappelle le journaliste Paul Journet :

«Il semble exister un déséquilibre entre l’offre et la demande. Mais ce vocabulaire est inapproprié. Un livre n’est pas une tondeuse. Et pour parler de surproduction, il faudrait savoir quel ouvrage ne mérite pas d’être publié…»

Gérald Fillion, journaliste à l’économie de Radio-Canada, va dans le même sens sur son blogue dans le billet intitulé Concurrence, règles et prix unique :

«Il s’est écrit beaucoup de choses sur le prix unique dans les dernières semaines. Et je pense qu’avant toute chose, il faut établir une base de discussion, essentielle et névralgique : le livre n’est pas un produit comme les autres. Le marché du livre, ce n’est pas celui du pneu, du sel de trottoir ou du balai à neige. Le livre est un produit culturel.»

Aussi, dans son texte intitulé «Comment lire la loi 51», la journaliste Catherine Lalonde du quotidien LE DEVOIR rapporte des propos similaires de la part de Denis Vaugeois, le père de cette loi site la Loi du livre :

« Le livre n’est pas un produit comme un autre. Ce n’est pas du dentifrice. On peut utiliser la même sorte de dentifrice toute sa vie, mais on ne lit pas le même livre toute sa vie. »

On trouve de nombreuses déclarations à l’effet que le livre n’est pas un produit comme les autres et je me questionne sur son impact car elle engendre un positionnement marketing du livre au sein de la population. Je crois que ce positionnement du livre est efficace auprès des autorités gouvernementales et des institutions pour convaincre ces derniers d’agir en faveur du livre et de la lecture. Est-il efficace de dire à la population et plus particulièrement aux lecteurs potentiels, que le livre n’est pas un produit comme les autres. Je ne crois pas. Ce positionnement du livre laisse percevoir les lecteurs actuels comme des gens pas comme les autres et, à la limite, stigmatise ces derniers. Devenir «consommateur» d’un produit pas comme les autres implique un effort additionnel : il faut accepter d’entrer dans un groupe de «consommateurs» à part des autres. Ainsi, on rejoint uniquement les «consommateurs» à la recherche d’un statut social différent voire divergeant. Il faut se demander si on positionne le lecteur comme une personne qui va à contre-courant de la majorité.

Les autres produits culturels tels le cinéma et la musique n’exigent pas une telle distinction de la masse de la part de leurs «consommateurs». Ainsi, on discute avant tout du produit lui-même, d’un film ou d’une pièce musicale en particulier, non pas du cinéma ou de la musique. Dans le cas du livre, on force l’attention du «consommateur» potentiel sur le livre lui-même plutôt que sur les œuvres elles-mêmes.

L’industrie du livre est probablement la seule qui dévalorise ceux et celles qui ne sont pas ses «consommateurs». À preuve, cette déclaration du vice-président de l’Association national des Éditeurs de livres (ANEL) en avril 2013 :

Au solde, il n’y a d’avenir ni dans l’attentisme ni dans la fuite en avant. Et surtout pas dans la fatalité. Alors, organisons nous pour ne pas donner raison à ceux qui sont plus affamés de cartes de crédit que de savoir et de culture.

Source : La mythologie numérique, 16 avril 2013, par Jean-François Bouchard – Vice-président de l’ANEL

Force est de conclure que l’industrie du livre elle-même n’est pas une industrie comme les autres. Car s’attaquer ainsi au gens qui ne lisent pas, dire qu’ils sont «plus affamés de cartes de crédit que de savoir et de culture», c’est contre-productif comme je le soulignais dans mon article en réponse à monsieur Bouchard, «La promotion du lecteur pour convaincre de nouveaux lecteurs».

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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