Ces auteurs qui se cachent de leurs lecteurs

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Stratégie culturelle numérique du Québec

1. Ces auteurs qui se cachent de leurs lecteurs

On aura beau dire que les nouvelles technologies facilitent la communication, une forte majorité d’auteurs québécois se cachent encore et toujours de leurs lecteurs. Ils n’ont ni site web, ni blogue, ni adresse de courriel publique. En leur absence, le web littéraire québécois demeure sous-développé comme nous l’observions il y sept ans lors d’une première analyse.

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) a lancé le 3 octobre 2013 une initiative baptisée Le Ph@re pour aider ses membres à se doter de micro sites web. Un an plus tard, seulement 28 membres de l’UNEQ ont profité de l’offre. Ils représentent à peine 2% des 1529 membres du syndicat dont la plupart demeure absent du web.

En 2011-2012 et 2012-2013, un atelier offert par l’Uneq à ses membres sous le thème Comment créer et gérer un  blogue a réuni seulement 24 participants.

Le site L’île – L’infocentre littéraire des écrivains québécois ne récence que 36 sites web d’auteur. Pourtant ce site rassemble des forces vives du milieu littéraire québécois puisqu’il est le résultat d’un partenariat entre l’Uneq, le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ), la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ) et l’Association internationale des études québécoises (Aiéq).

Il ne s’agit pas de remettre en question les efforts des organisations précitées mais plutôt de mesurer l’intérêt des auteurs québécois pour les nouvelles technologies, pour se rendre accessibles à leurs lecteurs sur le web et par courrier électronique. De toute évidence, les écrivains québécois ont très d’intérêt pour les nouvelles technologies et leur absence du web contribue au diagnostic qui s’impose : l’internet littéraire québécois est anémique.

Est-ce que nos écrivains n’ont pas le goût de communiquer avec leurs lecteurs autrement que par la publication de leurs œuvres? Pourquoi se contentent-ils de cette communication à sens unique ? Ont-ils peur d’être débordés de courriels et de commentaires? Pourquoi se cachent-ils ainsi de leurs lecteurs? Pourquoi nos écrivains se privent-ils de cette communication avec leurs lecteurs alors que ces derniers sont déjà connectés et recherchent leurs lectures sur le web?

Les auteurs québécois ne s’adaptent pas aux changements de comportement des lecteurs engendrés par les nouvelles technologies. Pourtant tous les intervenants culturels s’entendent sur l’importance de produire une masse critique de contenus sur le web.

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Dans son rapport sur le numérique (Porte grande ouverte sur le numérique – Rapport sur la consultation – Option culture, virage numérique – octobre 2011), la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) constatait l’urgence d’augmenter la visibilité de la culture d’ici sur le web:

Accroître la visibilité et la promotion de l’offre des contenus

Pour que les produits culturels québécois circulent dans l’univers numérique et joignent leurs publics, il faut accorder une attention toute particulière à la promotion et à la visibilité de ces produits. Il faut intensifier et mieux exploiter l’utilisation des nouveaux outils numériques de promotion et de mise en marché. Au lieu de convier l’utilisateur dans un lieu et à un moment précis, il faut l’inciter à venir chercher ces contenus quand il le veut, dans un environnement personnalisé. Pour rendre les contenus accessibles et visibles, il faudra aussi compter sur une présence dans les sites web étrangers et des agrégateurs ou des plateformes de diffusion québécoises concurrentielles.

Source : Porte grande ouverte sur le numérique – Rapport sur la consultation – Option culture, virage numérique – octobre 2011, Société de développement des entreprises culturelles du Québec, page 15.

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Et dans sa stratégie culturelle numérique (Pour occuper l’espace numérique – Stratégie culturelle numérique du Québec), annoncée le 29 septembre 2014, le ministère de la Culture et des Communications du Québec insiste sur cet objectif:

Développement de la stratégie

Afin de guider les partenaires du réseau, trois orientations définissent la portée du déploiement culturel numérique attendu : enrichir l’offre, assurer l’accès, rendre l’environnement convivial. En découlent trois axes d’intervention indissociables qui traversent chacune des orientations et qui reflètent l’état d’avancement de la culture et des communications québécoises en matière de numérique : se mettre à niveau, s’élancer, se surpasser.

Orientations

Enrichir l’offre de contenus culturels numériques

La première orientation, « Enrichir l’offre de contenus culturels numériques », consiste à générer une masse critique de contenus existants, nouveaux et expérimentaux pour assurer une présence accrue sur tous les canaux.

Assurer la diffusion et l’accessibilité des contenus

La deuxième orientation, « Assurer la diffusion et l’accessibilité des contenus », mise sur les nouveaux outils numériques et les habitudes de consommation émergentes pour accroître la disponibilité, la facilité d’accès et la visibilité des contenus québécois.

Créer un environnement propice au développement du numérique

La troisième orientation, « Créer un environnement propice au développement du numérique », consiste à adapter les structures législatives, réglementaires, juridiques et commerciales qui encadrent les contenus.

Source : Stratégie culturelle numérique, Ministère de la Culture et des Communications du Québec, page 7.

Voir aussi :

Le Plan culturel numérique du Québec : un investissement de 110 M$ pour notre culture, chez nous, partout

Site web dédié

À mon avis, une part importante de cette masse critique de contenu culturel québécois sur le web peut (doit) être ajoutée par les écrivains eux-mêmes. Ces derniers ne peuvent pas se plaindre de la masse critique critique culturelle étrangère sur le web québécois sans participer à la réalisation de notre stratégie culturelle numérique.

Dans son dernier communiqué de presse, le mouvement Sauvons les livres, créer pour défendre l’adoption d’une loi sur le prix unique du livre, une solution rejetée par le gouvernement actuel, parle d’une éventuelle hécatombe d’auteurs et demande «Voulons-nous d’une société où seuls les Costco, Walmart et Amazon décideront de ce qui se lit au Québec?» :

«Sauvons les livres réaffirme que des mesures alternatives ne seront qu’un traitement inefficace sur un malade atteint d’une maladie bien plus grave. En effet, la menace du rouleau-compresseur Amazon, qui a déjà fait des ravages dans le monde anglo-saxon, continue de peser sur les librairies indépendantes, garantes d’une véritable diversité littéraire. « Si nous voulons éviter une hécatombe de librairies, et par ricochet d’éditeurs et d’auteurs, le gouvernement a la responsabilité morale et politique de protéger le réseau de librairies du Québec. Voulons-nous d’une société où seuls les Costco, Walmart et Amazon décideront de ce qui se lit au Québec? » a déclaré Élodie Comtois, porte-parole du mouvement.»

Source : Sauvons les livres : la culture est-elle une priorité pour le gouvernement Couillard ?, Communiqués de l’UNEQ, 4 septembre 2014

La passivité généralisée des écrivains québécois sur le web ne leur permet pas de se poser en victimes des changements de comportement des lecteurs engendrés par les nouvelles technologies et les initiatives étrangères.

On ne peut pas envisager créer une masse critique de contenu culturel québécois sur le web sans l’apport de nos écrivains, ce qui implique une nouvelle attitude face aux nouvelles technologies et aux lecteurs plus nombreux sur le web qu’en librairies.

Reste maintenant à espérer que nos écrivains ne boudent pas le web pour des raisons mercantiles ou parce qu’ils veulent être payés pour chaque ligne écrite sur un site web, un blogue,… pour communiquer avec leurs propres lecteurs.

Voir aussi

2. Les documents fantômes du web culturel québécois

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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