Panique injustifiée au Mouvement québécois Sauvons les livres

panique-02Le mouvement Sauvons les livres, une coalition en faveur de l’instauration du prix unique du livre au Québec, panique sans raison valable à la suite de sa rencontre le 2 septembre dernier (2014) avec l’adjoint-parlementaire de la ministre de la culture, monsieur Luc Fortin, député de Sherbrooke, dans le cadre de ses consultations pour trouver une solution en faveur des librairies indépendantes.

Cette panique, aussi mauvaise conseillère que la colère, est palpable dans le communiqué de presse émis par le mouvement le lendemain de la rencontre.

Parce que la ministre de la Culture, madame Hélène David, ne s’est sa jointe à son adjoint parlementaire lors sa rencontre avec les représentants du mouvement Sauvons les livres, ces derniers attaquent le gouvernement en titrant leur communiqué : «Sauvons les livres : La culture est-elle une priorité pour le gouvernement Couillard?».

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU MOUVEMENT SAUVONS LES LIVRES

Sauvons les livres : La culture est-elle une priorité pour le gouvernement Couillard ?

Montréal, le 3 septembre 2014 – Quatre représentants du mouvement Sauvons les livres rencontraient hier matin Luc Fortin, député de Sherbrooke, mandaté par la ministre de la Culture, Hélène David, pour consulter le milieu du livre, dans un contexte de fragilisation inquiétant du réseau de librairies au Québec.

Si le libraire, l’auteur, le distributeur et l’éditrice présents ont pu constater la réelle volonté de M. Fortin de trouver des solutions structurantes à long terme, l’absence de la ministre de la culture autour de la table laisse songeur sur les intentions de ce gouvernement de préserver la culture québécoise.

« Si la lecture est véritablement un enjeu fondamental, comme le déclarait la semaine dernière Philippe Couillard, pour contrebalancer les propos choquants du ministre de l’éducation à propos des bibliothèques scolaires, alors nous attendons une réponse favorable aux demandes de rencontre du milieu du livre avec le premier ministre. Il y a urgence. Ce dossier est de la première importance, car outre les aspects culturels, quelques 12,000 emplois au Québec en dépendent.» a déclaré Pascal Chamaillard, distributeur.

Le gouvernement Couillard a rejeté la solution du prix réglementé des livres neufs (un rabais de 10% maximum seulement sur les nouveautés pendant les 9 premiers mois), qui faisait pourtant l’objet d’un  consensus rare dans le milieu du livre. Peut-il changer d’avis ? Dans un contexte d’austérité budgétaire, pourquoi rejeter une mesure qui a fait ses preuves à l’étranger, ne coûtera rien à l’État et aux contribuables et préservera la bibliodiversité?

Sauvons les livres réaffirme que des mesures alternatives ne seront qu’un traitement inefficace sur un malade atteint d’une maladie bien plus grave. En effet, la menace du rouleau-compresseur Amazon, qui a déjà fait des ravages dans le monde anglo-saxon, continue de peser sur les librairies indépendantes, garantes d’une véritable diversité littéraire. « Si nous voulons éviter une hécatombe de librairies, et par ricochet d’éditeurs et d’auteurs, le gouvernement a la responsabilité morale et politique de protéger le réseau de librairies du Québec. Voulons-nous d’une société où seuls les Costco, Walmart et Amazon décideront de ce qui se lit au Québec? » a déclaré Elodie Comtois, porte-parole du mouvement.

« Pour les librairies, ce qui aiderait, ce serait d’entendre enfin le gouvernement défendre haut et fort le rôle de la librairie, garante d’un tissu social. Les libraires transmettent du sens, des idées, des imaginaires, est-ce que ce gouvernement pourrait remettre le libraire au centre de la défense de notre culture? » a affirmé Éric Blackburn, copropriétaire de la librairie Le port de tête, à Montréal.

« Nous ne doutons pas que M. Fortin et ses collègues recherchent de véritables solutions. Or, le milieu du livre a travaillé d’arrache-pied pour définir une politique préservant la création littéraire d’ici et l’accès à des lectures diversifiées. On ne peut pas balayer d’un revers de la main une telle solution, simple et structurante. Notre culture en dépend. » a pour sa part défendu Tristan Malavoy-Racine, auteur et éditeur.

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Source : Sauvons les livres

* * *

Alors que le nouveau gouvernement a rejeté l’instauration du prix unique du livre, le mouvement Sauvons les livres revient à la charge avec ce prix unique du livre plutôt que de proposer une ou plusieurs autres solutions. Force est conclure que le prix unique du livre est la seule solution valable pour assurer la survie et l’avenir des librairies indépendantes selon le mouvement Sauvons les livres. Lorsque vous annoncez que vous désirez une solution que le gouvernement a rejeté, il ne faut pas s’étonner que la ministre de la Culture ne daigne pas se déplacer pour vous rencontrer. Elle connait déjà votre proposition. D’ailleurs, la ministre de la Culture a beaucoup à faire en son début de mandat et c’est pourquoi elle a demandé à son adjoint parlementaire, le député Luc Fortin, de consulter le milieu pour trouver des solutions pouvant aider les librairies indépendantes. La ministre ne peut pas être de toutes les rencontres et son absence ne veut pas dire que son gouvernement ne priorise pas la culture. Par sa réaction à cette absence, le mouvement Sauvons les livres ne fait pas avancer la cause des librairies indépendantes. S’indigner est une chose, juger l’absence de la ministre en est une autre.

Plus encore, dans son communiqué de presse, le mouvement Sauvons les livres dit attendre «une réponse favorable aux demandes de rencontre du milieu du livre avec le premier ministre». Pourquoi le premier ministre passerait-il par-dessus sa ministre de la culture ? Parce qu’il se dit favorable au livre et à la lecture ? Parce qu’il a rabrouer son ministre de l’éducation en raison de ses propos malheureux au sujet du livre dans les bibliothèques scolaires ? Non, ça ne marche pas ainsi en politique. Le premier ministre va laisser sa ministre de la culture proposer une ou des solutions à son conseil des ministres. Et s’il le faut, la ministre se privera de l’aide du mouvement Sauvons les livres, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi.

En effet, le mouvement Sauvons les livres semble s’être lui-même enfermé dans une solution unique comme s’il n’y en avait pas d’autres possibles. Le mouvement Sauvons les livres manquent-ils d’imagination, de créativité, d’entrepreneurship ? Tout porte à la croire.

Le mouvement Sauvons les livres rejette d’emblée toutes autres solutions. On peut lire dans le communiqué de presse : «Sauvons les livres réaffirme que des mesures alternatives ne seront qu’un traitement inefficace sur un malade atteint d’une maladie bien plus grave.» Il y a ici un grave manque d’ouverture d’esprit du malade qui, de plus, se pose comme son propre médecin. C’est une comportement courant dans plusieurs domaines dont celui de la culture où les experts examinent eux-mêmes leur milieu.

Le mouvement Sauvons les livres demande aussi dans son communiqué «pourquoi rejeter une mesure qui a fait ses preuves à l’étranger»? Or, la Fondation littéraire Fleur de Lys, lors de son intervention à la commission parlementaire sur le prix unique du livre l’année dernière (août 2013), a clairement démontré que l’efficacité du prix unique du livre dans un pays comme la France n’a pas empêché les nombreuses fermetures de librairies au cours des dernières années. Le gouvernement français a d’ailleurs adopté une solution d’aide financière directe aux librairies avec un budget spécial de 10 millions d’euros. Pour sa part, la ville de Paris rachète, rénove et loue a bas prix des locaux aux librairies en mal d’investissement. Le prix unique du livre n’est pas efficace même là où il fut adopté pour la première fois.

Aussi, on ne peut pas comparer le marché québécois du livre avec n’importe lequel autre parce que celui du Québec profite d’une loi unique au monde réglementant le commerce du livre. Ici, le commerce du livre n’évolue pas dans un libre marché, comme c’est le cas ailleurs dans le monde. Par exemple, au Québec, un éditeur ne peut pas négocier directement avec un libraire, il doit passer par un distributeur (agréé). Ce n’est pas le cas en France, dans le Canada-Anglais et aux États-Unis.

Et il fallait s’y attendre, le mouvement Sauvons les livres revient une fois de plus à la charge en brandissant AMAZON comme le grand méchant de la pérennité du commerce local du livre. Dans le communiqué, on peut lire : «En effet, la menace du rouleau-compresseur Amazon, qui a déjà fait des ravages dans le monde anglo-saxon, continue de peser sur les librairies indépendantes, garantes d’une véritable diversité littéraire.»  Notez la circoncision délibérée de l’influence du libraire en ligne Amazon au seul monde anglo-saxo. En vérité, Amazon influence le commerce du livre partout dans le monde, y compris dans la francophonie, notamment en France. Mais le mouvement ne peut pas faire allusion à l’influence d’Amazon en France car il se garde cette référence à l’Hexagone pour vanter le prix unique du livre.

Le mouvement Sauvons les livres met de l’avant l’unanimité du milieu québécois du livre pour le prix unique du livre. Une unanimité rare, nous dit-on. Et c’est en raison de cette unanimité que le gouvernement devrait adopter le prix unique du livre. Que les différents intervenants du milieu du livre rencontrent des difficultés à se concerter n’est pas une raison suffisante pour adopter le prix unique du livre.

Enfin, on peut lire dans le communiqué que l’instauration du prix unique du livre au Québec «ne coûtera rien à l’État et aux contribuables». En revanche, les lecteurs paieront un prix plus élevé pour acheter une nouveauté avant l’échéance des neuf mois limitant les rabais à 10% avec un prix unique. Ce dernier implique que la majorité des nouveautés ne seront jamais offertes à plus de 10% de rabais car leur durée de vie moyenne en librairies oscille entre trois et quatre mois. Le prix unique du livre n’a aucune influence positive sur la durée de vie des nouveautés en librairie. Dans ce contexte, le mouvement Sauvons les livres ne peut pas affirmer que le prix unique du livre «préservera la bibliodiversité». Il y aura toujours autant de retours et d’invendus en raison de la rotation rapide des nouveautés sur les tablettes des librairies. Il y aura toujours autant de nouveaux titres qui n’auront pas la chance de rencontrer leurs lecteurs parce qu’ils disparaissent trop rapidement de l’inventaire des librairies.

En fait, le mouvement Sauvons les livres relie la bibliodiversité au nombre de librairies, chacune devant conserver un fonds différents des autres pour se distinguer, voire se spécialiser. Or, cela n’est vrai que dans le cas où le libraire est en compétition directe avec un autre libraire, c’est-à-dire dans les zones urbaines. Il en va tout autrement dans les zones rurales où le libraire est seul sur le marché, ce qui le force à être le plus généraliste possible pour être capable satisfaire à la demande générale sur son territoire.

Je ne prends partie pour ou contre le prix unique du livre. Je prends plutôt partie pour une information juste en vue de choisir la meilleure solution au problème des fermetures de librairies. Malheureusement, cette information juste, vérifiée et contre-vérifié, se fait aussi rare que l’unanimité dans le milieu québécois du livre.

Voir notre Dossier sur le prix unique du livre

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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3 comments on “Panique injustifiée au Mouvement québécois Sauvons les livres
  1. […] Aussi, je suis d’avis que le gouvernement du Québec doit prendre tout le temps utile pour penser ses interventions auprès du réseau des librairies indépendantes. Il doit s’assurer de fonder ses actions sur des données fiables et non pas sur des préjugés, ce qui n’est pas une affaire simple dans le monde du livre qui a la malheureuse habitudes de généraliser à outrance sa situation et de paniquer. […]

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