Prix unique du livre : Gabriel Nadeau-Dubois ne creuse pas plus loin que le discours officiel

DOSSIER PRIX UNIQUE DU LIVRE

La nouvelle

Gabriel Nadeau-Dubois, Ancien coporte-parole de la Classe (coalition d’associations étudiantes) et nouvel auteur, prend position en faveur d’une réglementation du prix de vente du livre dans son article «Le PQ et le prix du livre: affirmer l’identité québécoise, mais laisser mourir sa littérature?» publié par Le Huffington Post, édition du 13 novembre.

L’article

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Le PQ et le prix du livre: affirmer l’identité québécoise, mais laisser mourir sa littérature?

« Culture », « patrimoine », « histoire », « identité » : depuis près de trois mois, le gouvernement du Parti québécois se présente comme le champion de l’identité québécoise et de son patrimoine historique. « Affirmons-nous! », claironnent ses ministres sur toutes les tribunes. Pendant ce temps, le milieu du livre crie au secours. Des appels qui, pour le moment, restent sans réponse. Entre la fermeté du PQ dans le dossier de la « Charte » et sa tergiversation dans celui du prix réglementé du livre, le contraste est frappant. L’affirmation culturelle du PQ s’arrête-t-elle là où les marges de profit de Costco commencent à diminuer?

Avec un chiffre d’affaires annuel de plus de 700 millions de dollars, le livre est le premier secteur culturel au Québec. Le premier, avant le cinéma, avant la télévision, avant la musique. C’est bel et bien sa pérennité qui est en jeu ces jours-ci. Sans prix réglementé *, il y a fort à parier que les librairies indépendantes continueront de fermer leurs portes et que se constituera un authentique oligopole de trois ou quatre grands joueurs, qui pourront alors non seulement dicter les prix (à la hausse), mais également orienter les choix éditoriaux. La première victime sera la diversité culturelle, aussi bien dire la culture elle-même.

Évidemment, ce ne seront pas tout les livres qui écoperont. J.K. Rowling et Dan Brown peuvent dormir en paix, le Guide de l’auto aussi : ils font partie des 200 à 300 titres que vendent Wal-Mart et Costco. Ce qui est en jeu, c’est notre littérature nationale : la poésie, les romans un peu plus vieux et les essais un peu moins sexy, qui font partie des 20 000 à 50 000 titres que vendent les librairies. Certains parlent de cette défense de la littérature d’ici comme d’un combat d’élitiste. Bien au contraire, ce qui est élitiste, c’est de penser que les Québécois ne peuvent pas apprécier un roman un peu plus élaboré que Fifty Shades of Grey. Et si on leur proposait autre chose, juste pour voir? C’est ce font chaque jour les milliers de libraires qui réclament aujourd’hui un prix réglementé, mais qui se frappe au silence d’un gouvernement qui, depuis des mois, se vante pourtant de défendre l’identité québécoise.

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Notre critique

Dans son article, Gabriel Nadeau-Dubois reprend le plus récent argument du discours officiel en faveur d’une réglementation du prix de vente du livre, l’appel au nationalisme fondé sur l’affirmation de l’identité nationale et associé à la présence du Parti Québécois (PQ) à la tête du gouvernement. De plus, Gabriel Nadeau Dubois aligne le débat sur la «Charte des valeurs » proposée par le gouvernement et la «tergiversation» de ce dernier dans le dossier du prix unique du livre :

Entre la fermeté du PQ dans le dossier de la « Charte » et sa tergiversation dans celui du prix réglementé du livre, le contraste est frappant. L’affirmation culturelle du PQ s’arrête-t-elle là où les marges de profit de Costco commencent à diminuer? Source

Le ministre Maka Kotto ne pourra pas plaire à tout le monde. Il devra choisir. De quel côté penchera sa décision? Cela reste à voir, mais on peut déjà dire que ce choix sera déterminant: le ministre de la Culture montrera ainsi si son gouvernement est honnête lorsqu’il prétend que sa défense de l’identité culturelle québécoise n’est pas qu’un slogan électoral. Source

Cette politisation à saveur nationaliste du prix unique du livre cherche à mettre le gouvernement du Parti Québécois en contradiction avec lui-même. Le message est clair : si vous soutenez l’affirmation de l’identité nationale, vous devez soutenir la littérature québécoise en la protégeant des géants américains par une réglementation du prix de vente du livre. Le discours frôle l’antiaméricanisme:

Sans prix réglementé *, il y a fort à parier que les librairies indépendantes continueront de fermer leurs portes et que se constituera un authentique oligopole de trois ou quatre grands joueurs, qui pourront alors non seulement dicter les prix (à la hausse), mais également orienter les choix éditoriaux. La première victime sera la diversité culturelle, aussi bien dire la culture elle-même. Source

Gabriel Nadeau-Dubois qualifie le discours au sujet de l’analphabétisme au Québec de «misérabiliste». Le sujet de l’analphabétisme au Québec refait surface depuis quelques semaines au Québec à la suite de l’intervention de la Fondation québécoise pour l’alphabétisation à la Commission parlementaire sur le prix unique du livre, à la suite de l’intervention de l’écrivaine Marie Laberge à l’émission Tout le monde en parle et de la publication de plusieurs articles dans différents médias. Tous les intervenants du secteur de l’alphabétisation au Québec se réjouissent de voir de nouveau le sujet sur la place publique. Pour Gabriel Nadeau-Dubois, ce discours nous plonge dans le noir :

Sortir du noir

Il faut sortir du discours misérabiliste qui entoure le livre et la lecture, il faut arrêter de parler de nous-mêmes comme d’une nation d’illettrés. Si la situation est préoccupante, elle n’est pas exclusive au Québec : certes trop faibles, nos taux de littératie sont néanmoins bien meilleurs qu’en France. Le ministère de l’Éducation a évidemment un rôle à jouer dans la lutte contre l’analphabétisme, tout comme les éditeurs, les auteurs et les libraires. Donner le goût de lire est leur mission, et pour y parvenir, la diversité reste leur meilleure arme.Source

C’est la comparaison de notre situation avec celle de France faite par Gabriel Nadeau-Dubois qui est misérable parce qu’elle relève du fameux «Quand on se regarde on se désole, quand on se compare on se console» qui ne se vérifie jamais dans la vraie vie. La lutte (car il s’agit bel et bien d’une LUTTE) contre l’analphabétisme au Québec ne doit pas être modulée en comparaison avec la situation ailleurs dans le monde. 

Gabriel Nadeau-Dubois se trompe aussi en affirmant que la «meilleure arme» pour «donner le goût de lire» demeure «la diversité». Il se publie plus de livres (de titres) que jamais auparavant dans l’histoire du monde et la diversité n’a jamais été aussi grande. Certains se demandent s’il y a «Trop de livres?», d’autres soutiennent que «Trop de livres tue le livre». L’écrivain Gabriel Zaid s’est même penché sur la question.

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Bien trop de livres ?
Lire et publier à l’ère de l’abondance

L’abondance serait-elle un mal ? Le livre va-t-il mourir étouffé par la surproduction constante de nouveaux titres qui inondent les rayons des libraires ? Et si le livre meurt, entraînera-t-il avec sa disparition la fin de toute connaissance humaine valable ? Ou faut-il au contraire se réjouir du choix sans précédent offert au lecteur curieux d’apprendre ou de découvrir ? Dans cet essai ironique et informatif, Gabriel Zaid nous dévoile la situation réelle du livre aujourd’hui, et pourquoi, envers et contre tout, le lecteur pourra toujours trouver le livre qui répond à ses attentes.

Il n’y a aucun lien entre le goût de lire, le nombre de titres disponibles, le nombre de points de vente et la diversité éditoriale. Aussi, il faudrait prouver hors de tout doute raisonnable que le goût de lire a diminué chez les habitants des quartiers et des villages à la suite de la fermeture de leur librairie.

Gabriel Nadeau-Dubois soutient que Réjean Ducharme trouverait aujourd’hui un éditeur québécois plutôt que d’avoir à se tourner vers la France.

Le milieu de l’édition au Québec n’a jamais été aussi fort, novateur et engagé. Il rayonne de tous ses feux, malgré un équilibre précaire et fragile. Il y a à peine quelques décennies, un certain Réjean Ducharme a dû se faire publier en France, puisque personne au Québec ne voulait de son œuvre. Si Ducharme écrivait en 2013, il serait publié chez nous, parce que des éditeurs et des libraires passionnés font, tant bien que mal, vivre les paroles d’ici. Source

Gabriel Nadeau-Dubois affirme que les éditeurs savent d’emblée reconnaître la valeur des œuvres littéraires soumises par nos auteur. Or, plus souvent qu’autrement, c’est la valeur COMMERCIALE de l’œuvre qui attire l’attention de nos éditeurs.

Plus encore, bon nombre d’auteurs ne soumettent plus leurs œuvres à nos éditeurs au profit de l’autoédition et de l’édition à compte d’auteur. Les lecteurs peuvent ainsi reconnaître eux-mêmes la valeur littéraire d’une œuvre et en faire un succès. Aujourd’hui, c’est l’intérêt des lecteurs pour une œuvre autoédité qui attire les éditeurs :

Macmillan recrute de nouveau une auteure autoéditée

Avec l’achat de cinq titres déjà sortis et deux inédits

Les gros contrats pleuvent actuellement : chez Macmillan, on vient de faire tomber un chèque pour acquérir les droits de cinq ouvrages et deux encore à avenir. L’auteure est Mary Wood, une écrivain bien connue… pour être autoéditée avec un grand succès.

Depuis 1989, Wood écrit, avec plaisir et bonheur, et a rencontré le succès en 2011, quand elle a commencé à commercialiser par elle-même ses œuvres, rapporte le Bookseller.

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Une ancienne auteure Amazon rachetée par un éditeur traditionnel

Delacort Press fait une affaire ?

Les histoires de princes charmants dans l’édition commencent à prendre à peu près toutes la même tournure : un auteur découvert par le biais de l’autoédition est finalement signé par un grand éditeur. Mais avec une variante chez certains : il suffit de remplacer autoédition par ‘Publié par une filiale d’Amazon Publishing’. Et la dernière en date, c’est Arwen Elys Dayton.

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Les jeunes se mettent enfin à l’écriture avec un tout nouveau genre littéraire, le «New adult»

Le journaliste cite en exemple Jamie McGuire qui a autoédité son roman “Beautiful Disaster” en 2011. Il s’agit de l’histoire de bonne fille au passé sombre qui rencontre un gars plein de tatous à son entrée à l’université. Elle a vendu plus de 200,000 exemplaires de son roman du genre «new adult» qui se glissera ainsi dans la liste des meilleurs vendeurs du New York Times. L’année suivante (2012), elle signera une entente avec un éditeur (voir aussi ici), Atria Book (Simon & Schuster, Inc.).

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Bref,  il faut prendre le temps de s’informer avant de prendre position dans un débat. Je pensais que c’était le cas de Gabriel Nadeau-Dubois mais je me suis trompé.

Notre DOSSIER PRIX UNIQUE DU LIVRE

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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