Prix unique du livre – Marie Laberge : «Je suis en train de virer mon capot de bord»

DOSSIER PRIX UNIQUE DU LIVRE

«Je suis en train de virer mon capot de bord», Marie Laberge

L’écrivaine québécoise Marie Laberge, signataire de la demande pour l’établissement d’un prix unique du livre il y a un peu plus d’un an, n’est plus certaine qu’une telle réglementation soit une bonne chose. Elle a affirmé «Je suis en train de virer mon capot de bord» (lire : «je suis en train de changer d’idée») lors d’une entrevue à l’émission Tout le monde en parle du dimanche 13 octobre 2013.

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L’écrivaine québécoise Marie Laberge lors de son passage
à l’émission Tout le monde en parle le dimanche 13 octobre 2013.

Le chroniqueur télé du quotidien La Presse a relevé en ces mots le changement de cap de l’écrivaine face à un éventuel prix unique du livre :

«Venue promouvoir son 11e roman Mauvaise foi, Marie Laberge a admis avoir changé d’idée en ce qui concerne l’imposition du prix unique des livres en librairie et dans les magasins à grande surface, qu’elle approuvait. «Le doute s’est infiltré en moi», a-t-elle dit, craignant que cette pratique éloigne les gens moins fortunés ou moins enclins à la lecture des romans québécois.»

Source

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Sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle le 13 octobre 2013.
L’animateur Guy A Lepage questionne l’écrivaine Marie Laberge (dame à droite avec le doigt en l’air et entourée de deux invités) sur sa position au sujet du prix unique du livre.

Voir l’entrevue sur le site de Radio-Canada

Lorsque cette entrevue ne sera plus disponible sur le site de Radio-Canada, cliquez sur l’un des deux formats ci-dessous pour écouter la bande audio conservée sur notre serveur.

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Commentaire de votre éditeur

L’écrivaine Marie Laberge doute désormais du bénéfice d’une réglementation imposant un prix de vente unique pour les nouveautés dans tous les points de vente du livre à la suite du débat suscité par les travaux de la commission parlementaire sur le prix unique du livre.

«À la base c’est une bonne idée» a-t-dit en ajoutant «Après, je me suis informée, surtout en France, et en France, les librairies vont aussi mal qu’au Québec» malgré la loi sur le prix unique du livre adoptée il y a trente ans.

L’écrivaine a ramené sur le tapis un problème important :

«Nous, on a un problème majeur au Québec, c’est analphabétisme. Un million de personnes au Québec sont analphabètes. On est huit millions de personnes».

L’animateur Guy A Lepage s’est étonné de la statistique, sans doute comme bon nombre de ses téléspectateurs.

L’analphabétisme fut soulevée par la Fondation pour l’alphabétisation lors de la commission parlementaire sur le prix unique du livre.

Mais le débat sur cette question ne lève toujours pas au Québec. Il n’y a donc pas de mobilisation populaire pour contrer ce grave problème qui entraîne, selon les propos de Marie Laberge et plusieurs autres, «des coûts sociaux énormes». De temps en temps, le gouvernement souligne son aide aux organismes luttant contre l’analphabétisme, rien de plus.

Je crois qu’un préjugé tenace et pervers explique cette attitude face à l’analphabétisme au Québec : il est d’emblée associé à la pauvreté, un sujet à sensibilité variable au sein de la population selon le moment de l’année. Si la lutte contre la pauvreté trouve encore une place dans les discours de nos politiciens, les mesures gouvernementales sont trop souvent contreproductives, telles les coupes de l’aide sociale.

Nos politiciens abordent souvent le problème de la pauvreté pour justifier leurs actions en faveur de la création d’emplois. Par contre, les emplois annoncés ne correspondent pas au profil des pauvres. Nos politiciens parlent de plus de en plus de «bons emplois», c’est-à-dire d’emplois avec un «bon salaire». Or, les «bon emplois» sont destinés à des personnes avec un degré d’employabilité élevé (diplômés des collègues et des universités). Les pauvres, les vrais pauvres, n’ont pas une telle formation pour accéder à ces «bons emplois» car ils décrochent de l’école :

Parfois des taux qui dépassent 50%

Le dossier du décrochage scolaire au Québec continue de causer des inquiétudes. Quoiqu’une amélioration semble se faire, une grande disparité régionale existe entre les différents secteurs.

Depuis 20 ans, le taux de décrochage n’a pas beaucoup bougé et se situe dans les 20 %. Cependant, selon l’ex-présidente de la Fédération québécoise des directeurs et directrices d’établissement d’enseignement (FQDE), Chantal Longpré, le problème devient alarmant lorsque les écoles sont étudiées une à une.

«Quand on prend chaque école individuellement, c’est là que ça devient vraiment alarmant. On se retrouve avec des taux de décrochage de 60 %», a-t-elle indiqué à TVA Nouvelles.

Toutefois, elle mentionne que les écoles qui accueillent plus de 50 % d’élèves en difficulté ne sont pas dans ces calculs. Seulement 25 % de ces élèves réussissent et terminent leur secondaire. S’ils étaient ajoutés au pourcentage, le taux serait encore plus préoccupant.

Agence QMI – 30 mars 2013

De toute évidence, les décrocheurs scolaires sont en grand nombre au sein de la population analphabète au Québec.

Mais le manque d’instruction n’est pas obligatoirement un indice fiable de la pauvreté financière. Il y a beaucoup de gens peu instruits au Québec qui gagnent très bien leur vie. Et ce sont de ces gens-là dont on parle dans le débat sur le prix unique du livre lorsqu’on s’attarde aux acheteurs occasionnels de livres dans les magasins à grande surface. On dit de ces gens qu’ils ne fréquentent pas les librairies (par manque de culture littéraire) mais qu’ils sont prêts à acheter un livre pour leurs enfants tout en faisant leur épicerie dans un magasin à grande surface. Ils achètent là un livre ou une «bébelle» (lire «jouet»), comme le mentionnait Marie Laberge à Tout le monde en parle. On ne veut pas que les acheteurs occasionnels, surtout les analphabètes, cessent d’acheter au rabais des livres pour leurs enfants dans les magasins à grande surface parce que les prix seraient à la hausse à la suite de l’adoption d’un prix unique du livre.

Ainsi, on mise en partie sur l’alphabétisation des enfants des analphabètes pour lutter contre l’analphabétisme, question que le problème ne perdure pas d’une génération à l’autre. Mais que fait-on pour le million de Québécois actuellement analphabètes? Est-ce que cette stratégie axée sur leurs enfants est un aveu d’abandon des parents analphabètes? On vous dira que ce n’est pas le cas malgré les ressources très limitées allouées par nos gouvernements aux organismes d’alphabétisation.

Je crois que le problème de l’analphabétisme mérite qu’on s’y intéresse pour lui-même et non pas par ricochet en lien avec les intérêts d’une quelconque industrie, fusse celle du livre.

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Voir la couverture de presse de l’ActuaLitté

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Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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2 comments on “Prix unique du livre – Marie Laberge : «Je suis en train de virer mon capot de bord»
  1. […] 14 OCTOBRE 2013 : «Je suis en train de virer mon capot de bord», Marie Laberge. […]

  2. […] Cet article se réfère à notre article Marie Laberge : «Je suis en train de virer mon capot de bord» […]

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