Les travaux de la commission parlementaire ne concernent pas tous livres. Clément Laberge, vice-président Marketing et développement de marché, De Marque

DOSSIER PRIX UNIQUE DU LIVRE

Dans son deuxième billet en faveur du prix unique du livre publié sous le titre Réglementer le prix des livres? L’édition. Clément Laberge, vice-président Marketing et développement de marché chez De Marque (distributeur de livres numériques – Entrepôt numérique) écrit:

Cela dit, je pense qu’il faut reconnaître que les revendications du milieu du livre en faveur d’une réglementation du prix des livres neufs — et les travaux de la commission parlementaire qui doit les étudier — ne concernent pas tous les textes et tous livres. Elles visent à maintenir au Québec des conditions favorables à la production des livres pour lesquels un éditeur se porte garant de l’œuvre qu’il choisit de publier. D’autres forums devront éventuellement s’intéresser aux enjeux associés à l’auto-édition et à l’édition à compte d’auteurs.

Monsieur Laberge va plus loin en invitant la commission parlement à limiter son attention aux seuls enjeux de l’édition traditionnelle :

J’espère que la commission prendra le temps de bien définir son champ d’études — pour le limiter aux livres édités — parce que nous courrons autrement le risque de voir ses travaux se perdre dans des considérations qui ne nous permettraient pas de répondre adéquatement aux enjeux qui sont à l’origine de ses travaux.

Pour respecter cet appel de monsieur Laberge, tous les intervenants et les membres de la commission parlementaire devraient alors faire abstraction de diversité de la production éditoriale parce que cette dernière implique aujourd’hui l’auto-édition et l’édition à compte d’auteur, c’est-à-dire aux livres qui échappent désormais au marché traditionnel de l’édition. Je le répète : «L’industrie traditionnelle du livre n’a plus le monopole de la diversité de la production éditoriale.»

Lorsque monsieur Laberge fait de la diversité de la production éditoriale le principal enjeu, il insiste sur sa «valeur essentielle, tant d’un point de vue culturel qu’économique — voire même d’un fonctionnement démocratique de la société.» Or, comment faire appel au fonctionnement démocratique de la société en rejetant d’emblée ceux et celles qui démocratisent l’accès à l’auteur, à l’édition, à la distribution et à la librairie. Le fonctionnement démocratique de la société ne peut pas être, par définition, exclusif mais uniquement inclusif.

Notez une nuance importante dans la prise de position de monsieur Laberge par l’usage de l’article «un». Il se réfère à «un» fonctionnement démocratique de la société et non pas «au» fonctionnement démocratique de la société. C’est un exemple parfait d’une approche exclusive et du repli sur elle-même de l’industrie traditionnelle du livre. Or, ce repli sur soi est à l’origine de bon nombre des problèmes de cette industrie, notamment ceux évoqués pour justifier la demande d’une politique du prix unique du livre.

Aborder l’industrie du livre comme si elle évoluait dans un monde à part, sur une planète hors de tout système, ne sera pas bénéfique pour cette industrie. L’univers du livre est en expansion alors que le marché traditionnel de l’édition se rétracte sur lui-même. Il veut se soustraire à la loi de gravitation et ainsi rester seul dans son coin, soit-disant, pour survivre au passage de ce qui s’avère pour lui un trou noir.

Tel que précisé dans notre mémoire, «La Fondation littéraire Fleur de Lys n’est ni pour ni contre un prix unique du livre mais pose des conditions dans le cas de l’adoption d’une réglementation.» L’une de ces conditions est la mise en contexte du marché traditionnel de l’édition dans le nouvel univers du livre.

Ainsi, la question fondamentale du rôle de l’éditeur posée par Clément Laberge ne trouve plus sa réponse dans un monopôle de la qualité et de la diversité de la production éditoriale… purement industrielles. Dans l’Histoire du livre, ce n’est pas l’éditeur qui exerce le plus vieux métier du monde mais l’auteur. C’est l’auteur qui mérite toute notre attention car c’est lui qui traverse le temps. Autrement, il faudrait avouer que l’auteur n’existe que par son éditeur.

Voici le texte intégral du billet Réglementer le prix des livres? L’édition. de Clément Laberge :

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Réglementer le prix des livres? L’édition.

PAR CLÉMENT LABERGE, 1er AOÛT 2013

Je reprends ma réflexion aujourd’hui en répondant à une question qui m’a été adressée hier après-midi par Mario Asselin:

Une de tes prémisses Clément : « Il faut d’abord que celui-ci [le livre numérique ] soit écrit, édité et diffusé… ». Je comprends pour “écrit” et “diffusé”, mais pour “édité” ? Pourquoi faut-il absolument qu’un livre numérique soit édité ? »

Cela soulève la question, fondamentale, du rôle de l’éditeur.

Il existe bien sûr de plus en plus de moyens pour l’auteur d’un texte d’en faire lui-même la diffusion — particulièrement sous forme numérique. Il y a de plus en plus de plateformes d’auto-édition ou d’édition à compte d’auteur (des termes qui sont souvent utilisés pour décrire des réalités assez différentes). Et c’est très bien ainsi. C’est une excellente chose que les idées puissent circuler librement, de plus en plus facilement.

Ce n’est toutefois pas cela qui requiert mon attention dans la présente réflexion.

Ce qui m’intéresse ici c’est le processus, généralement plus exigeant, dans le cadre duquel un auteur soumet un manuscrit à un éditeur — qui le sélectionne pour sa qualité parmi l’ensemble de ceux qu’il reçoit, qui accompagnera l’auteur pour perfectionner l’œuvre, lui donner une forme (titre, couverture, esthétisme, matériaux, formats, etc.), planifier sa diffusion, prendre la responsabilité du respect des droits de l’auteur et de la rémunération qui y sera associée. Dans un tel contexte, c’est l’éditeur qui assume les risques financiers associés à la publication de l’œuvre, pas l’auteur. C’est un processus qui n’est pas lié au support imprimé. Il existe déjà des éditeurs qui diffusent seulement en format numérique (qui devront éventuellement être mieux reconnus).

Je crois que ce processus est important — même nécessaire — pour assurer la qualité de la production éditoriale. Le regard que portent les éditeurs sur le travail des auteurs, les choix éditoriaux et les investissements qu’ils font dans le but d’assurer la production et une diffusion adéquate des œuvres contribuent activement à donner forme à une production éditoriale nationale riche et diversifiée.

Je ne nie pas qu’il puisse y avoir de plus en plus d’œuvres diffusées sans édition préalable — et je me réjouis que les auteurs qui souhaitent adopter ce circuit puissent le faire de plus en plus facilement, avec des outils et des plateformes de diffusion de plus en plus simples et plus puissantes.

Il n’est donc pas absolument nécessaire qu’un livre numérique soit édité (un livre imprimé non plus d’ailleurs!) — mais il m’apparaît indispensable de préserver (mieux : d’investir!) pour s’assurer de préserver la capacité des auteurs, des éditeurs et des diffuseurs (parmi lesquels les libraires) à collaborer dans un contexte qui demeure économiquement viable pour les uns et les autres.

Cela dit, je pense qu’il faut reconnaître que les revendications du milieu du livre en faveur d’une réglementation du prix des livres neufs — et les travaux de la commission parlementaire qui doit les étudier — ne concernent pas tous les textes et tous livres. Elles visent à maintenir au Québec des conditions favorables à la production des livres pour lesquels un éditeur se porte garant de l’œuvre qu’il choisit de publier. D’autres forums devront éventuellement s’intéresser aux enjeux associés à l’auto-édition et à l’édition à compte d’auteurs.

J’espère que la commission prendra le temps de bien définir son champ d’études — pour le limiter aux livres édités — parce que nous courrons autrement le risque de voir ses travaux se perdre dans des considérations qui ne nous permettraient pas de répondre adéquatement aux enjeux qui sont à l’origine de ses travaux.

SOURCE

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VOIR AUSSI

«J’ai personnellement la conviction qu’il faut réglementer le prix du livre» Clément Laberge, vice-président Marketing et développement de marché, De Marque

NOTRE DOSSIER SUR LE PRIX UNIQUE DU LIVRE


Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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