Le pouvoir de la culture sur le gouvernement du Québec

La semaine dernière (10 juillet 2013), je mettais en garde un entrepreneur étranger sur le pouvoir démesuré du milieu québécois de la culture sur notre gouvernement, peu importe le parti politique.

Ce pouvoir du milieu québécois de la culture en est un de mobilisation de l’opinion publique rendu possible, notamment, par les médias. Je crois que ce pouvoir de la culture est démesuré car il donne souvent lieu à des tempêtes dans des verres d’eau. Subventionné jusqu’à l’os par l’État, le milieu de la culture ne tolère aucun remise en question et accepte d’évoluer que si et seulement si l’État ajoute de l’aide financière. Plus encore, le milieu de la culture étend souvent son bras télescopique à plusieurs autres secteurs, dont l’éducation.

Par exemple, le 28 juin dernier (2013), l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) accueillait favorablement la décision du ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, d’abandonner l’intitulé du programme d’enseignement collégial « Culture et Communication » au profit de celui d’« Arts, Lettres et Communication ». Source

Voici le communiqué de presse qui réjouit l’UNEQ :

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logo_mesrstLe ministre Pierre Duchesne valorise l’enseignement des arts et des lettres

Québec, le 28 juin 2013 — Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, M. Pierre Duchesne, réintroduit les mots « Arts et Lettres » dans le titre du programme préuniversitaire « Culture et communication ». Dorénavant, le programme s’intitulera Arts, lettres et communication. Le titre est modifié mais les changements au contenu du programme qui ont fait consensus dans le réseau collégial demeurent.

Rappelons qu’après une longue démarche de révision du programme qui a duré 3 ans et qui a été effectuée en partenariat avec les enseignants du collégial de même qu’avec les directions des études des collèges et des universités, le contenu du programme Arts et lettres a été revu et enrichi. Depuis, les exigences au regard de la qualité de la langue française sont plus élevées. De plus, avec ces 30 heures supplémentaires à la formation spécifique, ce programme collégial ne sera plus le programme préuniversitaire comportant le moins grand nombre d’heures d’enseignement. Il fallait corriger cette situation et ce programme comptera maintenant plus de 700 heures d’enseignement, à l’instar des autres programmes préuniversitaires.

Malgré le contenu bonifié de ce programme, la modification du titre a provoqué beaucoup de réactions. Le fait de le nommer « Culture et communication » et d’éliminer les mots « Arts et Lettres » a été perçu par plusieurs acteurs du milieu comme une façon de dévaloriser ce champ d’enseignement. Ce qui n’est aucunement l’intention du ministre.

« Les arts et les lettres font partie du précieux savoir lié aux humanités. Ces matières sont les flambeaux qui éclairent le sens critique des étudiants inscrits dans nos collèges. En offrant une solide culture générale tant aux étudiants inscrits en formation préuniversitaire qu’à ceux en formation technique, nous contribuons à former de jeunes adultes plus responsables, généreux et critiques, capables d’avoir une emprise sur leur avenir », a déclaré le ministre.

C’est donc dans cet esprit que le nouveau programme qui avait été nommé « Culture et communication » portera dorénavant le nom de Arts, lettres et communication. Le titre est modifié mais les changements au contenu du programme demeurent.

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Renseignements :

Mathilde Borde
Relations médias
418 646-4508, poste 3604

Source

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Mais cette décision du ministre ne satisfait pas l’UNEQ qui a répliquée le jour même par un autre communiqué de presse :

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logo_uneqCommuniqués de l’UNEQ – 28 juin 2013

Les Lettres reviennent au programme mais le flou demeure

Montréal, le 28 juin 2013 – L’Union des écrivaines et des écrivains québécois accueille favorablement la décision du ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, d’abandonner l’intitulé du programme « Culture et Communication » au profit de celui d’« Arts, Lettres et Communication ». Il s’agit d’un pas dans la bonne direction mais qui est loin de dissiper les craintes de l’UNEQ face au contenu de ce nouveau programme.

Dans un texte publié dans Le Devoir du 19 juin dernier, l’UNEQ a déploré les ambiguïtés que comporte le devis du ministère adopté en avril dernier. Les trois auteurs déploraient que les œuvres littéraires soient devenues des « objets culturels » au même titre que n’importe quel élément de culture et de civilisation et appréhendaient que cette approche retire à la littérature sa spécificité et conduise à considérer des œuvres magistrales comme Les Fous de Bassan ou L’Avalée des avalés sur un pied d’égalité avec des publicités de pâte dentifrice ou des messages sur Twitter.

L’UNEQ estime toujours que le profil littéraire de ce programme est trop flou et qu’en mettant l’accent sur la mise en valeur de la « culture personnelle » de l’étudiant, il fasse peu de cas de la transmission d’un patrimoine littéraire commun et prive ainsi les jeunes d’un apport essentiel à la compréhension de la société québécoise.

L’UNEQ espère que le ministre Duchesne profitera de l’occasion pour revoir le devis à la lumière de ces préoccupations qui demeurent entières malgré la réintroduction des arts et des lettres dans le titre du programme.

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois est un syndicat professionnel créé en 1977. L’UNEQ regroupe près de 1 400 écrivains : des poètes, des romanciers, des auteurs dramatiques, des essayistes, des auteurs pour jeunes publics, des auteurs d’ouvrages scientifiques et pratiques. L’UNEQ travaille à la promotion et à la diffusion de la littérature québécoise, au Québec, au Canada et à l’étranger, de même qu’à la défense des droits socio-économiques des écrivains.

-30-

Source : Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ)

Louiselle Lévesque, chargée de communications

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La tempête dans un verre d’eau

temp-te

Dans ce cas-ci, la tempête dans un verre d’eau tient du fait que le nouveau programme mettrait «l’accent sur la mise en valeur de la « culture personnelle » de l’étudiant».

Dans le projet de refonte du programme, on trouve un seul passage se référant à la culture personnelle de l’étudiant :

Amener la personne à intégrer les acquis de la culture

  • C’est savoir lire et apprécier diverses formes d’expression culturelle

La formation collégiale poursuit et favorise le développement de la culture personnelle de l’élève. En ce sens, ses apprentissages lui permettent d’être sensibilisé aux productions culturelles qui lui sont proposées, de pouvoir en interpréter le sens et en considérer la valeur, pour mieux comprendre qu’il est à la fois le produit et le participant d’un univers culturel structuré.

Je me demande comment l’Union des écrivaines et des écrivains québécois peut soutenir que le développement de la culture personnelle de l’élève se fasse au détriment «de la transmission d’un patrimoine littéraire commun et prive ainsi les jeunes d’un apport essentiel à la compréhension de la société québécoise

Mais j’ai déjà la réponse : l’UNEQ veut le contrôle du programme, un droit de veto sur toute décision du gouvernement dans le domaine littéraire, ce qui lui permettrait d’imposer SON PROPRE programme de littérature aux jeunes québécois et ainsi choisir les œuvres à l’étude en subordonnant les départements locaux :

«Cette indétermination généralisée fait reposer la valeur du profil de littérature sur des décisions locales, car ce sont les départements de français qui devront concrétiser dans leurs plans-cadres l’énoncé des compétences à atteindre. Le danger, c’est que pour attirer la « clientèle », on élabore des contenus soi-disant attractifs, mais peu susceptibles de transmettre un patrimoine littéraire commun.»

Source : Libre opinion – Disparition d’Arts et lettres: un flou artistique? 19 juin 2013 | Diane Boudreau, Patrick Moreau, Danièle Simpson – Union des écrivaines et des écrivains québécois. LE DEVOIR.

Bref, l’UNEQ ne fait pas confiance aux départements de français de nos collèges. Et il y a péril en la demeure, un «DANGER», celui de voir ces départements succomber à l’élaboration «des contenus soi-disant attractifs, mais peu susceptibles de transmettre un patrimoine littéraire commun» «pour attirer la « clientèle »». Ce manque de confiance de l’UNEQ dans le bon jugement du personnel des départements de français de nos collèges est un affront intolérable.

Pour l’UNEQ, la culture ne doit pas être personnelle mais collective. On souhaite que la culture que s’appropriera par l’élève soit la culture collective et que ses goûts personnels soient soumis à cette culture collective. L’UNEQ soutient qu’il en vas de «la compréhension de la société québécoise.» Dans ce contexte, déplaçons la littérature dans le cursus des cours d’histoire politique et sociale québécoise. Ce n’est que dans son contexte politique et social que la littérature peut être abordée à titre de culture collective.

Autrement, la littérature demeure une question de culture personnelle. Connaître quelques titres qui ont fait l’Histoire du Québec, c’est une chose (que se place très dans les conversations). Sa bâtir une culture personnelle, selon ses goûts les plus intimes, sa personnalité, ses attentes, c’est une toute autre chose. Je crois que ce n’est qu’une fois une culture personnelle établie qu’on pourra ensuite s’intéresser à celles des autres et à la culture collective. La culture est d’intérêt personnel avant d’être d’intérêt collectif.

Tout mauvais contact avec la culture rebiffera l’élève. Il en va de même dans le cas très particulier de la lecture. Toute lecture forcée d’une œuvre qui ne vous intéresse pas à prime abord ne vous donnera pas le goût de lire.

La culture, ça ne se rentre pas dans la gorge par la force. Prioriser la culture personnelle de l’élève m’apparaît le meilleur choix pour l’enseignement.

Quant la culture littéraire collective, il revient à l’Union des écrivaines et des écrivains québécois de la définir, de lister tous les titres d’intérêt collectif et de produire une histoire de la littérature québécoise. Alors, on verra ce qu’il est en des intentions réelles de ce syndicat face à l’enseignement de la littérature.

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Nous avons déjà dressé une revue de presse de ce sujet sous le titre «Le programme «Arts et Lettres» cède sa place à «Culture et communication» dans les collèges québécois».

Voir aussi :

Dossier du débat au sujet de l’enseignement de la littérature

—-

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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