Vos jugements de valeurs repose-t-il sur des jugements de valeurs?

«Mes critiques des médias ne sont pas gratuites et sans fondements. Elles reposent sur une certaine expérience des médias, des communications, de la publicité et du marketing de plus de trente ans.»

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

J’ai fait mes premiers pas en journalisme dès l’âge de 15 ans avec la publication de mes premiers articles dans l’hebdomadaire locale LA TRIBUNE DE LÉVIS. Trois ans plus tard, je publie des textes dressant un portrait économique de ma région dans LE SOLEIL, le quotidien de la capitale nationale (Québec). Je serais aussi à l’antenne de la radio locale en 1975 à titre de reporter lors de la Chant’Août, le premier grand festival de musique québécoise. Puis, j’accède au poste de chroniqueur au socio-culturel à l’antenne de la radio de Radio-Canada à Québec.

Ne bénéficiant d’aucune formation en journalisme, je profite néanmoins de très précieux conseils de journalistes et de rédacteurs en chef expérimentés qui me prennent sous leurs ailes. Je suis jeune et je me passionne pour le style journalistique.

Je serai le troisième québécois accepté à la prestigieuse École des médias de l’Institut polytechnique Ryerson de Toronto depuis sa création en 1957. Malheureusement, je ne dispose pas des moyens financiers pour de telles études et je dois revenir au Québec quelques mois après le début des cours.

Avant mon départ, un heureux hasard me permet de rencontrer le président du réseau de télévision CTV basé à Toronto. À l’examen de mon curriculum vitae déjà impressionnant pour mon âge, il me dit que si mon expérience avait été acquise dans le monde anglophone des médias, il m’engagerait sur-le-champs (je ne suis pas offusqué par cette affirmation car elle reflète une réalité dont je prends vite conscience une fois installé à Toronto).

De retour dans mon patelin, j’animerai une émission de télévision hebdomadaire baptisée LA SEMAINE ÉTUDIANTE financée en partie par les Commissions scolaires de ma région et le Ministère de l’Éducation du Québec.  Je double cette émission d’une chronique d’une page par semaine sur l’information étudiante dans l’hebdomadaire local.

Au fil des mois, je signe aussi d’autres textes sur différents sujets qui seront retenus par différents médias écrits.

En 1980, âgé de 23 ans, je saute la clôture pour devenir éducateur aux mass-médias. Désormais, je ne travaille plus dans les médias mais je témoigne de mon expérience à ceux et celles qui veulent y accéder. Je prépare et j’anime des ateliers d’initiation aux médias pour les plus jeunes envisageant une carrière dans le domaine.

L’année suivante, je me rends en France pour un stage en éducation aux médias, un nouveau domaine d’intervention de l’UNESCO dont l’objectif est de développer le sens critique de la population face aux médias.

À mon retour, je fonde le Club d’Initiation aux Médias, un organisme sans but lucratif dédié à l’éducation aux médias pour lequel je travaillerai jusqu’en 1987.

Par la suite, j’occuperai différentes fonctions de conseillers en communication et en publicité au services de différents organismes et entreprises privées. Entres autres fonctions, je serai rédacteur en chef du magazine d’affaires FLASH PME, directeur de la publicité pour la BOULANGERIE ST-MÉTHODE, directeur général de la Fondation du CENTRE HOSPITALIER DE BEAUCEVILLE et conseiller en communication délégué à l’implantation du Programme d’Aide aux Employés(es) (PAE) de MIL DAVIE, le chantier maritime de Lévis.

En 1992, je mets sur pied une firme de recherche en marketing spécialisée dans l’étude des motivations d’achat des consommateurs à la demande de l’un des clients exaspéré par les échecs de ses nouveaux produits. J’écrirai de nombreuses chroniques dans les médias spécialisés au sujet des résultats de nos études.

J’ai donc porté une attention spéciale aux médias tout au long de ma carrière avec un regard très attentif sur leur pouvoir et leur influence.

Je me suis grandement préoccupé de l’objectivité de la presse. Sa mission est d’informer et de nous permettre de porter notre propre jugement de valeur. Le journaliste ne doit pas influencer notre réflexion avec ses propres jugements de valeurs.

Évidemment, pour plusieurs, l’objectivité des journalistes demeure une pure utopie : «Personne ne peut vraiment être objectif, rapporter avec justesse les différents aspects d’une nouvelle, faire état du pour et du contre avec équilibre.»

Selon moi, l’objectivité revêt une importance capitale et tout journaliste doit tendre vers elle, à défaut de l’atteindre dans l’absolue.

122_CahiersdujournalismeHier, j’ai découvert un texte intitulé «L’expression des jugements de valeur en journalisme» signé par Gilles Gauthier, Professeur au Département d’information et de communication Université Laval (Québec) et publié dans LES CAHIERS DU JOURNALISME (No 12) à l’automne 2003.

Ce texte est ressorti de ma recherche avec le moteur de recherche GOOGLE pour la rédaction de mon article intitulé de L’usage abusif des adverbes.

La citation suivante est affichée en introduction du texte du professeur Gilles Gauthier :

« Le mot… permet d’exprimer les phénomènes les plus variés. Ces phénomènes, on les exprime : on croit donc les expliquer. »

La formation de l’esprit scientifique, Gaston Bachelard (1934) , chapitre IV, Un exemple d’obstacle verbal : L’éponge – Extension abusive des images familières

Vous vous en doutez, le choix de cette citation n’est pas anodin pour introduire un texte intitulé «L’expression des jugements de valeur en journalisme». La source même de cette citation dévoile l’intention de l’auteur : démontrer que l’esprit scientifique (la pensée scientifique) nous enseigne la plus grande des prudence lorsque nous nous exprimons car nous avons tendance à croire que nous expliquons par le simple fait de que nous nous exprimons. C’est une invitation à prendre du recul.

Le professeur nous introduit à son article en ces mots :

«Le lecteur de journaux est à même de constater qu’il arrive souvent aux journalistes de ne pas se contenter de rapporter l’actualité, mais aussi d’en proposer une certaine estimation ou appréciation. Voici un exemple particulièrement clair : « En 1997, le Bloc a récolté, après une campagne désastreuse, près de 37,86% des voix, comparativement à 49,3% quatre ans plus tôt »(Manon Cornellier, « Un effet Martin surévalué ? », Le Devoir, 23 mars 2000)1. À travers un rappel statistique, le journaliste qualifie de « désastreuse » la campagne électorale du Bloc québécois de 1997. De semblables estimations peuvent être retrouvées dans des articles d’information (même si, suivant une norme traditionnelle d’objectivité encore largement en vigueur dans la presse nord-américaine, elles devraient en être exclues), mais aussi et surtout dans des articles d’analyse2 et de prise de position.

Quand les journalistes émettent de telles appréciations, ils formulent ce qu’on appelle en philosophie analytique du langage des « énoncés ou jugements de valeur » (value judgments). Un grand nombre de chercheurs de ce courant philosophique3 caractérisent l’énoncé de valeur en comparaison de son contraire, l’énoncé ou jugement de fait (fact judgment). Celui-ci a pour fonction de décrire un état de choses (supposé ou possible) de la réalité et a donc pour prétention d’avoir un contenu cognitif. À l’opposé, un énoncé de valeur sert pour certains à exprimer une émotion ou une attitude, pour d’autres à formuler une recommandation et n’est en aucune façon porteur de connaissances. Un critère commode pour marquer la distinction entre énoncés de fait et énoncés de valeur est l’attribution ou la non- attribution d’une valeur de vérité : un énoncé de fait est susceptible d’être vrai ou faux, pas un énoncé de valeur. Il sera fait usage de ce critère plus loin dans le présent texte.»

Je vous invite à prendre connaissance de cet article.

Cliquez ici pour le télécharger en format PDF

Toute la question est de savoir si nous portons des jugements de valeurs sur des jugements valeurs lorsque nous lisons la presse ou lorsque nous écrivons.

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Dossier - Conseils aux auteurs, J'améliore mon français

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