Ces auteurs qui veulent dicter aux lecteurs comment lire leurs livres

Ce midi, j’ai conversé avec un auteur au sujet de la préface à venir pour son manuscrit soumis à l’attention de notre comité de lecture. Cet auteur m’a annoncé projeter une préface de 30 à 40 pages pour son roman, une œuvre de 400 pages (à double interligne). Personnellement, j’ai jamais vu une préface aussi longue pour une telle œuvre.

J’ai compris qu’il voulait se présenter et expliquer aux lecteurs avec moult détails tout le travail de préparation et de rédaction de son roman, leurs présenter avec tout autant de détails chacun de ses personnages et l’histoire elle-même.

Évidement, l’auteur se justifiait à moi dans les moindres détails et je peinais à le suivre. À mes questions formulées le plus simplement du monde («Quel votre but?»), il entrait encore des tous les détails.

Le moins que je puisse dire, c’est que cet auteur passionné est assurément un analytique, ce genre de personne qui ne dispose jamais de trop de détails. Personnellement, j’étais complètement submergé par cette marée soudaine de détails et c’est tout vous dire car je me classe moi-même parmi les analytiques.

Puis, j’eus la nette impression que cet auteur voulait ni plus ni moins dicter aux lecteurs comment lire son œuvre, comment appréhender ses personnages, comme interpréter leur histoire et ses intrigues. «Ce n’est pas là le rôle d’une préface» lui dis-je avec insistance en lui précisant qu’une telle préface allait décourager les lecteurs, briser la magie de la découverte d’une page à l’autre, comme s’ils se retrouvaient devant plusieurs centaines de sigles à mémoriser au début d’un essai. Sa préface devenait un véritable livre d’instruction pour les lecteurs.

Je demeure vieux jeu face à la préface. Comme autrefois, je crois qu’elle doit servir à promouvoir le livre (et l’auteur lorsqu’elle est rédigée par une autre personne – je ne prise pas l’autopromotion). Sur ce point, je rejoins l’équipe du site http://www.etudes-litteraires.com : «Les Italiens, assez caustiques, ont affublé la préface du surnom de salsa del libro, la sauce du livre. Plus cette sauce est relevée, plus l’ouvrage sera lu. La préface doit piquer la curiosité du lecteur, exciter son intérêt.» Bref, la préface ne doit pas tout révéler aux lecteurs

L’auteur revenait avec une certaine instance sur l’importance d’exposer aux lecteurs tout le travail de préparation et de rédaction de son roman. Ne sachant plus quoi lui dire et pour briser le flux incessant de détails, je lui ai lancé : «Vous être égocentrique». Je lui signifiais ainsi qu’il voulait prendre trop de place dans sa préface et son livre. Il s’interrogea mais je ne m’étais pas encore bien fait comprendre.

Eureka ! J’avais trouvé : «Si vous tenez à une telle place dans votre livre, à ce que lecteur entre dans les coulisses de vos personnages et des intrigues de leur histoire, nous rebaptiserons cette préface par «Notes aux lecteurs» et nous placerons à la fin du livre. En pareil cas, le nombre élevé de pages m’importe peu.»

J’ai témoigné à cet auteur de ma lecture en cours de la préface de plus de soixante pages du livre LA NOTION D’ESPRIT de Gilbert Ryle. Si nous sommes dans un tout autre genre littéraire, l’essai plutôt que le roman fiction, il n’en demeure pas moins que cette préface universitaire me dicte comment analyser l’œuvre de Ryle.

Cette préface s’inscrit dans une autre approche : «Les préfaces ont été le plus souvent rédigées par l’auteur de l’œuvre qui livre, dans ce texte préliminaire, ses intentions, cherche à prévenir des objections ou à répondre à des critiques, expose diverses réflexions connexes à l’ouvrage.»  Mais «ce point est surtout vérifié dans les préfaces des pièces de théâtre (Citons les préfaces de Corneille, celles de Racine et particulièrement celles de Britannicus et d’Iphigénie, celle du Tartuffe de Molière, les longues préfaces de Beaumarchais…)» souligne l’équipe du site http://www.etudes-litteraires.com.

Or, la préface de LA NOTION D’ESPRIT me tombe littéralement sur les nerfs. Je ne souhaite pas qu’on me dise comment et quoi penser d’une œuvre avant même que j’en entreprenne la lecture, et ce, peu importe le genre littéraire. Vous saurez me conseiller de passer par-dessus cette préface et c’est sans doute ce que je faire malgré le défi qu’elle m’impose. Cependant, j’aurai sans doute du mal à me défaire cette intrusion du préfacier dans ma tête, de cette première impression qu’il m’a donnée de l’œuvre.

Une courte préface moussera plus efficacement l’intérêt des lecteurs qu’un long texte où l’auteur s’impose et dicte aux lecteurs comment lire leur livre.

À LIRE

La préface selon Wikipédia

La préface de roman comme système communicationnel : autour de Walter Scott, Henry James et Joseph Conrad

Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, p. 1644

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

Courriel : contact@manuscritdepot.com

Président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Publié dans Dossier - Conseils aux auteurs

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